Voyez la note 11°, à la suite de cet ouvrage
350 Les ABonuments
cipales vertus de saint François sont les rite de son triomphe, et le pinceau devait les représenter hardiment sous le caractère qui effraie le plus la faiblesse humaine. La Chasteté est donc là retirée dans une forteresse, sous la protection de gens armés. La Pénitence précipite dans de profonds abimes l'amour impur et la mort. L’Obéissance reçoit le joug imposé à l’orgueil comme un animal furieux. Dans le mariage de saint François avec la Pauvreté, celle-ci est couverte d’épines de la tête aux pieds; un chien aboïie après elle, et un misérable lui jette des pierres.
Dans les siècles de foi, quand il s'agissait de productions artistiques, le sentiment public acceptait comme bien naturel ce contraste de l’abnégation chrétienne avec le triomphe qui l'attend. Mais aujourd’hui, on ne comprend plus «: langage, ou du moins l’affaiblissement des croyances et des mœurs demande qu’on le présente sous une forme adoucie. Il faut bien le reconnaître, cette disposition générale contribue singulièrement à égarer les artistes, lorsqu'ils traitent des sujets chrétiens sans être guidés par le flambeau de la foi. Il leur est trop difficile de trouver en eux-mêmes une puissance qui les défende contre la tentation de flatter les fausses délicatesses du siècle, pour en obtenir les suffrages. Oui, l'art religieux de notre époque se fait bientôt courtisan et esclave, s’il
ne se retranche pas dans une conscience sévère ; et il est
fort exposé à donner dans le travers, lorsqu'il n'a point puisé ses inspirations ay pied de la croix. Ily a des temps où le danger devient plus imminent que jamais ; c'est un abime qui s’entr'ouvre alurs sous les pieds de l'artiste, et son art ne peut y échapper qu’à la condition de
Franciscains d'Assise
devenir une vertu. La méditation sérieuse de ce grave sujet serait une étude bien fructueuse pour ceux qui cultivent les arts ; et vraiment je ne connais pas une retraite plus propre à cette méditation que la ville d'Assise avec son silence et sa paix, et que la basilique patriarc ale avec ses magnifiques peintures.
Les peintres qui font le pèlerinage d'Assise peuvent aussi s'inspirer aux chants religieux qu'ils y entend ent. En général, il nous semble Gue la musique est d'une intelligence plus facile pour le peïntre que la peinture ne l'est pour le musicien, La musique, en effet, est une parole poétique, comme la pe*" ture est une écriture illustrée ; or la faculté du langage est plus naturelle que celle de l'écriture. Quoi qu’il en soit, les chants de la basilique d'Assise font m : comprendre ses peintures. C’est un bonheur, sous ce rapport, que les papes lui aient conféré le titre de basilique patriarcale. Ce privilège l’oblige à l'entretien d'une chapelle et d’un chœur de musiciens, comme les grandes basiliques de Rome, Saint-Jean-de- Latran, Saint-Pierre et Sainte-Marie-Majeure. La musique journaliére du matin et du soir est plus solennelle et mieux exécutée, à la basilique franciscaine, qu’elle ne l’est dans un grand nombre de nos cathédrales, aux jours des plus grandes fêtes, Aux plus simples offices, le samedi surtout, à l'office ordinaire qu'on célèbre en mémoire de la mort de saint François, la musique prend un caractère antique merveilleusement en harmonie avec celui de la basilique, Nulle Part ailleurs, nous n’avions entendu des accents plus suaves et plus touchants. Ce n’était pas assez que l'architecture eût donné à saint François sa basilique patriarcale et que la peinture se fût chargée
Les Monuments
or
de perpétuer son éloge funèbre ; la musique, elle aussi, devait répéter harmonieusement son dernier soupir à toutes les générations.
Ce. trois arts avaient déjà rendu leurs hommages à la mémoire de saint François, quand la Poésie lui érigea son monument dans le Paradis du Dante. C'est là que son image vénérable se trouve reproduite dans les vers les plus gracieux. L'idée du mariage de saint François avec la Pauvreté est encore plus délicieusement exprimée dans la description du poète que dans les peintures de Gictto, son ami. La musique si douce de l'office de saint François n'a pas plus de suavité que les quelques vers du Dante sur la mort séraphique du saint Patriarche. Tout ce passage de son poème, ou du moins les vers qui lui servent de prélude, seraient une épigraphe magnifique et digne d’être gravée au fronton de la basilique.
Intra Lupino e l’acqua che discende Dal colle eletto dal beato Ubaldo, Fertile costa d’alto monte pende, Onde Perugia sente freddo e caldo
Da porta sale, e dietro le pianghe
Per grave giogo Nocera con Gualdo.
Di quella costa là dov’ella frange
Più sua ratezza, nacque al mondo un sole
Come fa questo talvolta di Gange.
Pero chi d’esso loco fa parole
Non dica Ascesi, che direbbe corto Ma Oriente, se proprio dir vuole.
« Entre le Lupino et la rivière qui s'écoule de la col- . line choisie par le bienheureux Ubald, descend d’une
haute montagne une côte fertile, « À l'endroit d'où Pérouse recoit le froid et le chaud