‹ Fioretti, petites fleurs de S. François d'Assise [microforme]Chapitre 65 sur 75 · TOMBEAU DE SAINTE CLAIRE · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE SAINTE CLAIRE

Franciscaius d'Assise

par la porte du soleil, et sur l’autre revers pleurent sous un joug pesant Nocéra et Gualdo.

« Au point où cette côte adoucit sa pente, naquit au monde un soleil comme celui-ci sort du Gange.

«Et que ceux qui veulent parler de ce lieu ne l'appellent point Assise, car ce nom ne dirait pas assez ; maic il faudrait l'appeler Orient. » Parad., chap. xt (1).

En lisant ces lignes dans le texte original, on croit entendre l'écho des cris joyeux et populaires au milieu desquels fut élevée la basilique d'Assise. L'ancien nom de la colline sur laquelle elle fut construite changea bientôt : c'était la Co/line de l'Enfer ; elle fut appelée la Coline du Paradis. Les infâmes gibets furent remplacés par des chefs-d'œuvre de sculpture. Au lieu des cris sinistres des suppliciés, on entendit les plus douces mélodies ; et le bourreau fit place au Génie, à genoux aux pieds de la Sainteté. Non, il n’y a point dans le monde un coin de terre qui ait subi, dans l’espace de deux ou trois ans, une semblable transformation.

La tombe à laquelle on doit rapporter tous ces change. ments se trouve sous le grand autel, au lieu même qui fut choisi par saint François d'Assise. Aussitôt après sa mort, son corps avait été déposé dans l'église de Saint- Georges, aujourd'hui le tombeau de sainte Claire (2) ;et il y demeura jusqu’à l'achèvement de la grande basilique qué le Frère Elie faisait construire. Les travaux furent poussés avec tant d'activité, qu'au bout de trois ans, l'église fut disposée pour la cérémonie de la translation

r Voyez la note 12°, à la suite de cet ouvrage. 2. Voyez la note 13°, à la suite de cet ouvrage.

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Les Monuments

solennelle. L'enthousiasme populaire qui se manifesta dans cette circonstance donna lieu à un incident qui servit de prétexte pour jeter quelques doutes à l'endroit de la tombe de saint François. Une foule de peuple était venue de tous les pays voisins, et la multitude augmenta au point qu'elle dut s'établir au milieu des champs, faute de logements pour la recevoir en ville. Dcux mille Frères Mineurs étaient arrivés de toutes les Provinces, et l'on: put vraiment craindre que l'enthousiasme ne portât cette foule immense à quelque pieuse exagération.

‘Cependant le saint corps fut levé de terre, au bruit des trompettes et des acclamations du peuple, et porté par les trois légats du Pape et Frère Elie, sur un char merveilleusement décoré et traîné par des bœufs couverts de caparaçons d'écarlate. Les Frères Mineurs marchaient sur deux longues files, portant des palmes ct des flambeaux. Les magistrats, suivis d'une troupe de citoyens armés, fermaient la marche, et comprimaient les flots du peuple qui se pressait de toutes parts. Arrivés à la colline du Paradis, les habitants d'Assise virent un mouvement qui leur fit craindre qu'on ne voulût enlever leur trésor. Aussitôt, ils se précipitèrent sur le char, s'emparèrent violemment du saint corps, entrèrent dans l'église, fermèrent les portes, et placèrent le dépôt sacré dans le lieu qui avait été choisi, sans qu'il fût permis aux prêtres, aux frères et au peuple de lui rendre aucun honneur. Le Pape Grégoire IX, informé de ce grave désordre, en fut dauloureusement irrité. Il en écrivit aux évêques de Pérouse et de Spolète, et reprocha très-amèrement aux habitants

d'Assise d’avoir osé porter leurs mains sacrilèges et prafanes sur les reliques sacrées du saint Patriarche, Evi-

Franciscains d'Assise

demment ces reproches témoignaient seulement que les Assisains s'étaient emparés de force du corps de saint François, afin de le soustraire au dangereux empresse. ment de la multitude. Mais on abusa de cette plainte du Pape, et l'on en conclut que les habitants d'Assise, au lieu de déposer le Corps saint dans la tombe qui lui était destinée, auraient bien Pu le cacher dans quelque endroit secret, pour s'en assurer la Possession exclusive et perpétuelle. A l'appui de ce doute, on alléguait aussi le mystère avec lequel on avait procédé à l'inhumation ; et si ces Soupçons avaient prévalu, saint François aurait dû l'obscurité qu'il avait tant souhaitée Pour sa sépulture aux précautions mêmes qui avaient été suggérées par la popularité de sa gloire. Mais cette prétendue incertitude n'avait aucun fondement sérieux. Les témoignages contemporains, les récits des historiens, les rescrits et les Bulles des Papes, certifiaient que la dépouille mortelle de saint François reposait dans la grande basilique d'Assise. Et toutefois, il y avait toujours des contradicteurs, lorsque, en 1818, le Supérieur Général des Conventucls, voulant mettre fin à cette polémique funèbre, résolut de faire exécuter des fouilles Pour reconnaitre authentiquement la tombe de saint Francois,

Il ne pouvait y avoir de doute relativement à l'endroit où il fallait commencer les travaux ; car, d’abord, une tradition du couvent attestait qu'un souterrain existait sous le gran autel. Une inscription, toute postérieure qu'elle était a :1rr° siècle, fournissait un autre indice qui n'était pas suspect. Sur un des marbres de l'autel on lisait ces mots : Sepulchrum gloriosum. Les anciennes peintures fournissaient aussi leur preuve. Il y avait dans

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la basilique un tableau du célèbre Giunta de Pise, l'ami de saint François, qui était le plus ancien portrait connu du Patriarche séraphique. Or, sur un des compartiments de ce tableau, que l'on conserve encore à la basilique, on voyait l'autel provisoire de bois, qui avait été disposé pour la solennité de la translation, en attendant l'autel de marbre construit quelques années plus tard. Auprès de cet autel, des Frères Mineurs priaient, des lampes brülaient,et des miracles étaient opérés. Sans aucun doute, cette peinture se rapportait à quelque fait relatif à saint François d'Assise, et elle s'expliquait tout naturellement par la présence même de sa tombe sous cet autel. Le fait était donc d'une notoriété publique. Les fresques de Giotto représentant le triomphe de saint François, audessus du grand autel, parlaient dans le même sens. D'un autre côté, les règlements ecclésiastiques mettaient, pour ainsi dire, le sceau à ces témoignages de la peinture. On sait, en effet, que lorsqu'une basilique possède le corps du Saint auquel elle est consacrée, une ancienne coutume veut que la principale relique se trouve placée sous le grand autel. D'ailleurs, les lois de l’Eglise n'ont jamais permis de déposer sous un autel aucun homme dont la sainteté n’eût été d’abord reconnue régulièrement. Or, nul autre Saint n'avait été déposé dans le souterrain audessous du grand autel de la basilique, jusqu’à l'établissement de l'autel définitif ni même à aucune autre époque postérieure, Déjà donc on avait la certitude que si l'on venait à découvrir une tombe en cet endroit, ce ne pouvait en être une autre que celle «'e saint François. Enfin, ce lieu était positivement indiqu. dans une bulle de Sixte V. Ce fut donc là que l’on commença les fouilles.

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Après un travail de cinquante nuits on arriva, par une voie souterraine, à une construction située dans les entrailles de la pierre vive, sur laquelle s'élève la basilique. Dans l'intérieur se trouvait un espace creux et recouvert de trois grandes pierres superposées. Lorsqu'on les eut retirées, on trouva une grille de fer qui entourait une es. pèce de cercueil de pierre. C'était le moment décisif. À la Clarté d'un petit cierge qu'on introduisit à travers les barreaux de la grille, on aperçut un squelette, Quelques parties de la tête, sur lesquelles l'humidité avait formé une sorte de cristallisation, présentaient divers points luisants. Les cssements des bras étaient en croix sur la poitrine, suivant l'habitude qu'en avait saint François pendant sa vie. La pauvreté que respirait cette sépulture rendait bien témoignage à son authenticité. Grossièrement travaillé et presque informe, le cercueil de pierre n'était pas proportionné à la stature du Saint, qui était beaucoup plus petit, Il ne Paraissait pas même avoir était préparé pour lui; car à l’un des angles, on remarquait une ouverture qui semblait indiquer que ce cercueil avait été primitivement le bassin d'une fontaine. Sous la tête du squelette, une pierre tenait lieu de coussin mor. tuaire : on sait que c'était aussi là l'oreiller de saint François pendant sa vie, Une petite parcelle d'étoffe trèsmince, la seule qui ait été retrouvée, porte fortement à croire que le corps n'avait été enveloppé que d'un simple drap de toile. Car, s'il avait été enseveli avec ses vêtements de grosse étoffe et sa ceinture de corde, les débris en auraient été retrouvés : ou du moins, ils auraient laissé quelque trace de poussière, Cette tombe, sur toutes ses faces, était d'une nudité complète. Les premiers disciples

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de saint François s'était appliqués, à cet égard, à remplir les dernières volontés de leur Père. Quelques instants avant de mourir, il s'était fait étendre sans vétements sur la terre nue, pour ne rien emporter de ce monde ; et comme l'a si bien dit le Dante, ilne voulut que le cercueil de la pauvreté.

Et maintenant, voyez quel fut le sort de ce pauvre cercueil. À quelques pieds au-dessus de la grille de fer qui le fermait d'abord, s'élève aujourd'hui un double autel magnifique, en-ichi des marbres les plus précieux. Les chefs-d'œuvre de Giotto le couronnent comme d'un are de triomphe ; et, tout autour, on admire les merveilles de la basilique inférieure. Au-dessus de cette première église, la basilique supérieure est couverte de fresques ravissantes, et les peintures de Cimabüe embellissent sa voûte. Tout près, le Sacro-Convento et la résidence papale sont là comme des sentinelles préposées à sa garde. Dans l'intérieur de la ville, un essaim de couvents et d’églises environnent cette tombe, comme de nombreux enfants autour de leur mère. Le long des rues, sur les portes de la ville, des peintures et des inscriptions annoncent sa présence ; et trois couvents célèbres s'élèvent à quelque distance les uns des autres, dans la campagne, comme les ouvrages avancés de la basilique patriarcale. Voilà donc le mausolée de Jean Bernardone, surnommé François ; et cet homme, c'était l’humble fils de Pierre Bernardone et de Pica, marchands d'Assise.

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REMIÈRE Norr. Page V, — D'après Wadding, l'auteur des Æore/ti serait un Contemporain de saint François, nommé Ugolin de Mont-Sainte-Marie.

LA. } Mais, en le faisant en même temps l'historien contemporain du bienheureux Jean Firmin, le célèbre annaliste nous donne lieu lui-même de le soupçonner d'inexactitude, Puisque dans cette hypothèse Ugolin n'aurait pu commencer son histoire du bienheureux Firmin qu'à l’âge de plus de cent ans. «Si tout l'effort du mysticisme est de faire que l'homme s’oublie devant Dieu, dit C Jzanam, dans les Zuètes Franciscains, ilne faut pas s'étonner que l'auteur de l’Zmitation ait voulu rester ignoré, ni que toute la poésie Franciscaine vienne aboutir à une œuvre charmante, mais anonyme: ce sont s Zerites + Fleurs de saint François. Elles ressemblent vraiment aux fleurs, qui ne publient pas le nom de leur jardinier, mais qui annoncent leur saison. Tout dans ce livre respire la foi, la naïveié du moyen âge: des indices incontestables y font reconnaitre la Première moitié du quatorzième siècle ; mais on n'a que de aibles conjectures Pour y soupçonner la main de Jean de Saint- Laurent, de la noble famille Florentine de Marignolles, que son savoir et sa vertu firent élever, en 1354, au siège. épiscopal de Bisignano. A vrai dire, un livre pareil n’a pas d'auteur ; il se fait peu à peu et comme par Le travail de tout un siècle, »

DEuxIÈME Nork. Page V. — Quelques jours seulement après la publication de ma première édition des Æioretti, une circonstance assez singulière m'apprenait que la pensée de traduire cet Ouvrage avait mis à l'œuvre une plume beaucoup plus exercée que la mienne,

Frédéric Ozanam m'avait rendu de si précieux services dans le cours de mes précédentes études, que je me fis un Plaisir d'aller lui présenter moi-même un hommage de mon livre.

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Contre son habitude, je le trouvai soucieux et embarrassé, et comme je lui en faisais tout simplement l'observation, il m'en donna la raison avec la même simplicité, Lui-même, alors, venait de terminer la traduction des Æorerti; ce travail avait intéressé vivement sa piété et sa curiosité littéraire, etil était sur le point de le publier. J'arrivais donc dans les circonstances les plus inopportunes. Quelques jours après, M. Ozanam avait lu mon livre, etil me déclarait que le sien devenait inutile, puisque j'avais rendu sa pensée sur les Fioretti. 11 se contenta plus tard, de donner dans ses Poètes Franciscains, un choix de trente-trois chapitres pris dans la première partie; et il voulut bien alors rendre public le témoignage particulier qu'il m'avait exprimé déjà, en déclarant, dans une note, que les Æioretti avaient été complètement traduites par M. l'abbé Riche, et que sa traduction est «intelligente et bien écrite (1). »

En 1853, j'étais en Italie, lorsque Dieu enleva au monde catholique cet homme jeune encore, qui venait d’être une de ses gloires. C'est moi qui en donnai la première nouvelle au saint Père, Pie IX, dans une audience que j'eus l'honneur

d'obtenir alors: et Sa Sainteté qui connaissait le mérite, les services et les vertus de Frédéric Ozanam, me laissa voir tout le regret qu’Elle éprouvait de cette perte vraiment douloureuse.

NOTE TROISIÈME. Page XI. — En la dix-huitième année de sa pénitence, saint François, ayant passé quarante nuits dans les veilles, eut une extase à la suite de laquelle il ordonna à Frère Léon de prendre une plume et d'écrire. Alors ii entonna le cantique du Soleil. Et, après qu'il l'eut improvisé, il chargea Frère Pacifique, qui dans le siècle avait été poète, de réduire les paroles à un rythme plus exact, et il ordonna que les frères les apprissent par cœur pour les réciter chaque jour. Les paroles du cantique étaient celles-ci :

« Très-haut, tout-puissant et bon Seigneur, à vous appartien- «nent les louanges, la gloire et toute bénédiction. On ne les « doit qu’à vous, et nul homme n’est digne de vous nommer.

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