‹ Fioretti vescovili ouChapitre 11 sur 19 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

Travail des Sociétés Secrètes pour pervertir les idées du Peuple touchant l'Indépendance de la Papauté.

Circulaire, 19 Mars 1860.

Vous gémissez, comme moi, de l'étrange disposition du peuple par rapport au St. Père ; et c'est vraiment à n'y rien comprendre que d'en voir un si grand nombre livrés à un tel vertige. Mais cet incident malheureux aura du moins l'avantage de nous faire apercevoir le prodigieux travail qui serait à l'ombre, pour gâter l'esprit de ce bon peuple. »

Quoiqu'il en soit, nous ne devons pas perdre courage ; et, loin de là, il nous faut redoubler d'efforts pour paralyser ce travail infernal qui ne saurait s'attribuer qu'aux Sociétés Secrètes, dont la tactique est aujourd'hui évidemment d'affecter tous les dehors de la Religion pour mieux tromper ceux qui sont simples comme des colombes.

Prenons tous les moyens en -notre pouvoir, pour dissiper, de notre horizon, ce nuage si sombre, qui se promène sur nos têtes, et qui finirait, ici comme ailleurs, par éclater et laisser tomber la foudre dont les ravages sont toujours incalculables.

Tâchons de faire comprendre aux Juges et aux Magistrats, aux pères et aux mères, à tous ceux enfin qui sont constitués en autorité que si, par malheur, il arrive que le Pape ne soit plus respecté dans ce pays, comme il l'a toujours été jusqu'ici, tous, tant que nous sommes, nous ne serons plus rien. Ainsi, nous travaillons pour nous, en travaillant à réhabiliter dans tous les cœurs catholiques l'autorité même de Jésus-Christ, personnifié dans son Vicaire.

Bulle d'Excommunication de N. S. P. le Pape au sujet de l'envahissement du ^

Patrimoine de St. Pierre.

Mandement, %\ Mai 1860.

Vous avez déjà appris depuis longtemps. N. T.-C. F., que N. S. P. le Pape avait été dans la pénible nécessité d'excommunier ceux qui avaient contribué directement ou indirectement au sacrilège envahissement des Romagnes, qui font partie des Etats de l'Eglise.

Cette •'■errible peine pouvant s'encourir par tous ceux qui, de loin comme de près, participent efficacement à cette grande iniquité, il nous importe beaucoup, N. T. C. F., de bien faire connaître la nature de cette Bulle Pontificale, afin que personne parmi" nous ne soit exposé à être blessé par ce glaive à deux tranchants, qui tue les uns et guérit les autres.

Cette Bulle est une sentence de mort spirituelle, mille fois plus terrible que la mort corporelle. C'est un jugement prononcé par un Juge compétent qui a reçu de Dieu lui-même le pouvoir de livrer à Satan ceux qui méprisent ses actes ; de les séparer, comme des boucs dangereux du fidèle troupeau du Bon Pasteur ; de les retrancher de la société des vrais chrétiens, comme des payens et des publicains ; de les priver de tous les biens communs à la grande famille catholique ; de les couper comme des branches sèches et inutiles à l'arbre de vie, planté au milieu du Paradis terrestre ; de les arracher comme des mauvaises herbes du champ cultivé par le Père céleste; enfin de fermer le Ciel, pour l'éternité, aux pécheurs impénitents. Ne faudrait-il pas avoir perdu la raison pour oser tourner en ridicule une sentence si terrible, et que Dieu lui-même se charge de faire exécuter, en dépit de toutes les puissances de la terre ?

V Excommunication a des effets terribles qui, sous quelque rapport qu'on l'envisage, doivent lui concilier une profonde vénération et une crainte religieuse. Malheur donc à ceux qui l'encourent ! Malheur aussi à ceux qui la méprisent et travaillent à la faire mépriser, par des mensonges impudents, par des publications insidieuses, et par des écrits irréligieux ! Malheur à ceux qui ont publié une Bulle fausse et ridicule, sachant bien que, par cet aete supposé, ils préparaient à la Bulle authentique une réception humiliante, dans un certain monde ! .Malheur à ceux qui se permettent de jouer avec cette épée à deux tranchants, car ils en seront blessés à mort ! Malheur à ceux qui louent et vantent publiquement des enfants ouvertement révoltés contre leur père, car ils boiront tôt ou tard à leur calice de- malédiction ! Qui ?naledixerit ci sit Me maledictus. (Pontificale Romanum.)

Dénonciation du Journal " le Pays."

Supplément au Mandement du 31 Mai 1860.

Le Pays approuve formellement le Roi Victor-Emmanuel parce qu'il s'est rendu coupable d'un sacrilège ; parce qu'il résiste avec opiniâtreté au jugement du Souverain Pontife ; parcequ'il se fait gloire de braver audacieusement les peines ecclésiastiques, sous prétexte qu'il s'agit ici d'intérêts temporels, comme si ce n'était pas au Pape à décider quelles sont les choses spirituelles soumises à sa juridiction.

Les bons journaux lui ayant adressé le reproche bien mérité que ses renseignements étaient puisés à de mauvaises sources, il répondait le premier Mai qu'"il puisait n'importe où ce qui lui paraissait juste et vrai." Aussi, a-t-il continué, depuis comme auparavant, à ouvrir ses colonnes au Siècle, qui, de l'aveu de tout le monde, est le journal le plus impie qu'il y ait en Europe, et qu'il proclame toutefois comme étant à la tête de l'opinion publique, en France.

Le Pays loue les acteurs et invite ses lecteurs à fréquenter le théâtre (26 Mai 1S60). Il sature l'esprit de ses lecteurs des principes de l'impie Dumas qui, dans sa littérature, justifie le duel, en disant, entr'autres, ces belles choses : " L'offense était réciproque, par conséquent, il n'y avait pas à refuser " (24 Mai). Son correspondant parisien encourage l'esprit révolutionnaire et voudrait mettre toute l'Italie sous le " valeureux Victor-Emmanuel," qui s'est emparé, il ne saurait l'ignorer, par fraude et corruption, d'une partie des Etats Pontificaux. Pour

donner plus d'importance à son héros, il .calomnie d'une manière révoltante le jeune Roi de Naples qui est à ses yeux un tyran, et pourquoi ? Parce qu'il résiste à la révolution que le Piémont propage dans ses Etats (29 Mai). A en croire ce correspondant, il n'y aurait que " tyrannie " dans le royaume de Naples ; les révoltés ne seraient que des " victimes héroïques " ; les hommes attachés à leur gouvernement ne seraient que "des hommes à l'esprit étroit;" les Souverains n'auraient pas plus le droit au trône que les premiers citoyens venus ; " la cause sacrée des peuples, et les droits inviolables seraient à gagner au tribunal de l'opinion universelle," (29 Mai). — Nous parlons ici de ce Roi parce que sa cause est intimement liée à celle des principes ; et parce qu'il est le fils de celui qui donna, en 1848, une si noble hospitalité au Souverain Pontife.

En publiant les proclamations de Garibaldi, il admet, avec ce chef des rebelles, que c'est 7in devoir pour les Italiens de " secourir " avec de l'or, des armes, et surtout leurs bras, ceux qui combattent contre les ennemis de l'Italie, qui sont les mercenaires du Bourbon, et de " plus ceux de l'Autriche et ceux du Prêtre qui règne à Rome." (5 Juin.)

Il fait parler le Siècle et ses collaborateurs pour faire croire à ses lecteurs que Garibaldi "est le champion d'une cause sacrée (la révolte) " pour faire désirer de voir sortir du fonds des gorges de la Sicile, avec les laves ardentes de l'Etna, des milliers de citoyens prêts à combattre et à " mourir sous les ordres du héros (Garibaldi) qui personnifie si bien la révolution italienne dans ses aspirations les plus élevées." Il prononce avec ce journal l'arrêt décisif, " qu'il faut à ce peuple de la Sicile l'indépendance ;" et il proclame Garibaldi comme. étant le héros qui " en " ce moment tente de la lui apporter." C'est son désir, que ceux qui " aiment une patrie l'accompagnent de leurs vœux."

Prenant enfin le ton religieux pour mieux séduire ses lecteurs, il necraintpas de prononcer ce blasphème : " Le Dieu des miséricordes infinies ne saurait permettre qu'on répande plus longtemps le sang des enfants de cette Sicile si éminemment catholique, etc." (5 Juin).

C'est ainsi que le Pays infiltre l'esprit révolutionnaire que l'Ecriture Sainte condamne, comme il a dû s'en convaincre, le 3 Mai, en publiant l'Excommunication qui contient ces paroles mémorables : " Ils ne craignent pas (les révoltés) d'exciter les peuples contre leurs " princes légitimes, à des révoltes criminelles condamnées de la manière la plus claire et la plus terrible par l'Apôtre, etc."

Maintenant, n'aurait-il pas à craindre d'encourir l'anathème qu'il a lui-même publié, et qui pourrait bien le frapper, ainsi que tous ceux qui se font les fauteurs, les conseillers ou -adhérents de l'envahissement sacrilège des Etats Pontificaux?

Quoiqu'il en soit, le Pays convient (Num. du 28 Avril) que " c'est un crime de faire de l'opposition contre l'Eglise ! " il admet cela "comme il admet que toutes les prérogatives de l'Eglise sont de droit divin ; " il prétend " avoir suivi cette maxime à la lettre : " il se dit " un des ardents et sincères défenseurs de la Liberté. Religieuse."

Mais, il faut convenir qu'il ne comprend pas la Religion comme le Pape, comme tous les Evêques et comme tous les vrais Catholiques du monde entier. Il parait la comprendre comme Garibaldi, qui est un chef de séditieux, et le perturbateur du repos et de la paix de l'Italie, et peut-être du monde entier. Il parait la comprendre comme Victor-Emmanuel, qui est un malheureux excommunié^ et un persécuteur de l'Eglise. Car tous ces gens-ià prétendent aimer la Religion, et se disent dévoués au Chef Suprême de l'Eglise.

En voilà assez sur le chapitre de ce journal, pour nous faire comprendre qu'il est souverainement dangereux, et que c'est notre devoir de travailler, par tous les moyens en notre pouvoir, à l'empêcher de séduire les fidèles confiés à nos soins.

CXLT ♦ <

Réparation des Outrages faits par le journal " Lk Pays" a L'An orité Pontificale.

Circulaire i 31 Mai 1860.

Depuis le 14 avril dernier que le Pays a fait à l'Autorité Pontificale un si grand outrage, il m'est resté un sentiment de peine que je lit: puis exprimer. 1 ,a pensée que le C * 1 1 et* Suprême de Y Eglise a été indignement méprisé pàr "un- de' nos |ournaux publics me préoccupe nuit -t four ; et je me sens intérieurement pressé de taire quelque chose, en Amende-HonQrjibje, pour que la malédiction de Dieu ne s'attache à aucun de ntnis. I .a mauvaise semence, ietée alors dans le champ que nous cultivons, pouvant bientôt porter de> fruits amers, ie nie croîs obligé de travailler à arracher sans délai cette ivraie qui se trouve maintenant mêlée au bon grain. Le.- esprits étant maintenant. plus calme sur ce point il est à espérer que notre voix sera mieux entendue. La vue de l'abîme dans lequel sont tombés les révoltés italiens m'effraie pour eux et pour ceux des nôtres qui pourraient bien être leurscomplices ou fauteurs. J'espère que, Dieu aidant, nous effacerons, avec le temps, toutes les mauvaises impressions produites dans l'esprit des fidèles par ces détestables écrits.

Étude des Droits de l'Église du Canada.

■ Circulaire, 1 Juillet 1860.

Chacun comprend vivement que, dans ces temps mauvais, nous avons tous plus besoin que jamais, d'être bien armés, pour défendre les droits inaliénables de l'Eglise, aussi bien que le dépôt sacré des divines vérités qui lui ont été révélées.

Et, en effet, il est visible qu'en prenant une attitude toujours respectueuse mais ferme, en faisant valoir les droits que les lois civiles elles-mêmes, bien comprises, nous garantissent, nous pouvons attendre toute justice du Gouvernement sous lequel la Divine Providence nous a placés, par une disposition toute singulière, et que nous ne pouvons trop admirer. Il est facile de nous en convaincre, en considérant les lois qui ont été faites en faveur de l'Église, depuis la Conquête, et la plupart des Jugements de Cour donnés en faveur des droits de la Sainte Église, et en particulier ceux qui ont été rendus cette année, lesquels nous valent toute une jurisprudence par leur importance.

Maintenant il est facile de s'apercevoir que si nous mettons au grand jour, et si nous posons, sur de solides bases, les sérieuses questions que nous avons à traiter dans nos Conférences Ecclésiastiques, notre travail pourra être utile à d'autres comme à nous. Car il est bien connu que nos Juges et nos Avocats consultent quelquefois notre vieux Rituel, et les vénérables ordonnances de nos anciens Evêques, pour mieux constater notre discipline ecclésiastique, par la coutume immémoriale, qui est à peu près l'unique loi qui régit nos Fabriques . Aussi, faudrait-il citer toutes les autorités légales que l'on aura à invoquer.

D'où il faut conclure que nous avons à donner à nos questions de l'année la plus sérieuse attention. Aussi chacun va-t-il se faire un devoir bien doux d'y travailler de tout son cœur, afin de contribuer de tout son pouvoir au maintien de l'ordre, dans notre administration intérieure, et à la conservation des droits de l'Eglise, dans ses rapports avec la Puissance séculière.

RÈGLEMENT DE VlE POUR LES -VlCAIRES.

Circulaire, 23 Oc t. 1S60.

Comme tout Curé répond de son Vicaire, je vous -prie de veiller à ce que le vôtre observe son Règlement. Ce Règlement est celui-là même qui a été édité parle 2111e Concile de Québec: débita et honestate Clericor?i7n. -De Vicariis, avec un supplément qui consiste à faire ses exercices à une heure réglée, autant que le peut permettre le ministère qui passe avant tout. Ce Supplément donne aux Vicaires, comme aux Curés deux heures de récréation par jour, une journée de congé par semaine, et une petite vacance de huit jours par année. Comme ils ne sauraient arriver à la perfection de leur saint état sans la fidélité aux Saints Canons, je me verrai forcé de les retirer de leur Vicariat, si, pour une raison ou pour une autre, ils n'observaient pas ce Règlement de vie.

Résumé historique de l'Invasion Piémontaise dans les Etats de l'Église.

Lettre Pastorale, 21 Nov. 1860.

L'an dernier, l'Empereur des Français ayant fait connaître publiquement son dessein d'aller faire Ta guerre en Italie, le parti catholique alarmé lui représenta avec respect mais énergie que très-certainement il allait déchaîner la révolution dans cette antique et heureuse contrée.

Pour rassurer tous les honnêtes gens, et en particulier tous les Evêquas de l'Empire, l'Empereur protesta hautement, par une dépêche offieielle du Ministère, qu'il n'entendait pas aller en Italie, pour faire une révolution en faveur de la démagogie ; et il promit au Pape de ne pas permettre que l'on envahît les Etats Romains, dont il lui garantissait l'intégrité.

A la paix de Villafranca et de Zurich, il fut spécialement stipulé que les Etats Pontificaux demeureraient dans leur entier sous la domination temporelle du Pape ; et que les Princes Italiens qui avaient été dépouillés, seraient rétablis dans leurs Principautés.

Cependant, le Gouvernement Sarde s'empara bientôt après des Romagnes ; et, pour justifier cet acte d'envahissement contre la foi des traités, il prétendit en faire un acte constitutionnel d'annexion. Mais, pour l'obtenir, il lui fallut corrompre les populations, en achetant les suffrages au poids de l'or, et en usant de violence. Car c'est un fait connu aujourd'hui que l'on fusille ceux qui ne votent pas pour l'annexion.

Ce fait de l'annexion des Romagnes au Gouvernement Sarde ayant été accompli par des moyens aussi iniques, l'Empereur des Français voulut forcer le Pape aie reconnaître et à l'approuver, en lui promettant de maintenir son autorité temporelle sur le reste des Etats Pontificaux. Mais toujours le Souverain de Rome protesta énergiquement contre cette criante injustice ; et, avec lui, le monde entier.

Les choses en étaient là, lorsque tout dernièrement le Gouvernement Sarde, qui voulait à tout prix s'emparer des autres Provinces des Etats de l'Eglise, envoya des émissaires pour essayer d'en corrompre les peuples a force d'argent. Mais, comme ce moyen avilissant n aboutissait à rien, parce que ces honnêtes populations se trouvent heureuses sous le Gouvernement Pontifical, il recourut à un autre moyen encore plus inique ; ce fut d'envoyer des hommes turbulents pour faire de l'excitation dans ces paisibles Provinces, pour faire croire au monde que les sujets du Pape se soulevaienfparce qu'ils étaient malheureux sous le Gouvernement de l'Eglise.

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Cependant, la petite armée du Pape apaisait facilement les mouvements séditieux de tous ces étrangers qui en venaient aux mains tout exprès pour tromper l'attention publique, car elle n'avait été formée que pour cela. Ce fut dans ces circonstances que le Gouvernement Sarde fit signifier au Saint-Père un ultimatum pour l'obliger de licencier tous les étrangers qui se trouvaient dans ses troupes, sous prétexte qu'ils empêchaient les peuples de se choisir un Gouvernement à leur gré, c'est-à-dire de se révolter.

Or, il est à remarquer que la nombreuse armée du Roi Victor-Emmanuel se trouvait déjà réunie sur les frontières des Etats-Romains, et que le Gouvernement Sarde avait hautement protesté qu'il n'avait aucun dessein d'envahir le Domaine de l'Eglise Romaine, et que ses troupes n'étaient stationnées sur les confins des deux Gouvernements que pour empêcher les mauvais sujets de faire de l'agitation.

La réponse du Ministre d'Etat de Sa Sainteté était à peine donnée à Rome, que les troupes Sardes envahissaient, déjà les Provinces dont on wolait se rendre maître. Comme on ne devait pas s'attendre à cette brusque invasion, les troupes pontificales se trouvaient dispersées ailleurs, où elle se préparaient à faire une vigoureuse résistance aux attaques d'un autre ennemi qui menaçait d'envahir les Etats-Romains d'un autre côté.

Les Soldats de Castelfidardo.

Lettre Pastorale, 21 Nov. 1860.

Ne pouvant rien ajouter aux magnifiques éloges que donne le Père de la Chrétienté, aux intrépides volontaires qui étaient accourus des divers pays de la Catholicité, pour répandre leur sang pour la défense de l'Eglise, Nous allons du moins joindre nos prières aux siennes, pour le repos de leurs âmes.

Nous vous invitons donc à prier de tout cœur pour ceux qui ont si bien combattu pour l'honneur du nom chrétien, et qui sont morts si glorieusement pour la cause de Dieu et de son Eglise; pour ces braves officiers qui, dans ces temps mauvais, se sont montrés les dignes fils des intrépides croisés qui, en allant au secours de la Terre Sainte, paralysèrent la puissance ottomane qui, semblable à un torrent impétueux menaçait d'envahir l'Europe toute entière ; pour ces jeunes gens d'élite qui, pleins de cœur et de foi, combattirent un contre dix, et même deux contre cent, préférant, comme les Machabées, mourir noblement, plutôt que,de vivre pour voir plus tard les désastres des nations chrétiennes : Quoniam meliùs est nos mori in bello, quant videre malagent is uostree et sanctorum ; pour tous ces intrépides soldats qui affrontèrent les plus grands périls, et moururent pour ce qu'ils aimèrent, savoir, la religion, la patne et les autels : Qui dederunt se periado, itt starent sancta, et lex; et glorih maguà glorificaverunt gentem suam ; pour tous ces héros que la belle France,' la courageuse Irlande, la religieuse Belgique, la noble Savoie, le Rhin, la Suisse et l'Allemagne catholiques ont envoyés au secours du Siège Apostolique ; pour tous ces frères généreux qui ont si bien combattu pour défendre le bien commun de la grande famille catholique ; pour tous ceux enfin qui, en mourant si glorieusement nous ont appris à ne pas rougir de notre foi, parce qu'elle est attaquée ; à ne pas avoir honte de notre Père, parce qu'il est dans le malheur ; à ne pas demeurer indifférents pour les maux de l'Eglise, parce qu'ils paraissent irrémédiables ; à ne pas rester muets en face de ces aberrations de-l'esprit révolutionnaire, qui vraiment fascine les intelligences et dénature le langage humain ; à ne pas nous laisser aller à cette fatale illusion qui fait croire qu'il est permis de ne pas se servir de la même balance pour régler les devoirs de la vie publique et ceux de la vie privée.

Assis tristement sur les tombes de tant de héros, qui ne sont morts que pour mieux vaincre, nous entendons leurs voix lugubres protester contre les grandes injustices, qui bouleversent le monde, et répéter avec de profonds gémissements, que si le marchand qui fraude est un inalhonnête homme parce qu'il viole la justice commutative, le Roi qui entre brusquement sur les terres d'un Souverain avec qui il doit vivre en paix, est un brigand qui viole la justice publique et le droit des gens.

Nous allons donc, N. T.-C. F., à l'exemple de notre Père, arroser de nos larmes ces tombes glorieuses, et prier pour ces frères dont la mort généreuse a fait dire à une bouche protestante " que ce sont les derniers martyrs de l'honneur européen." x

CXLVF , ■

Des Crinolines-.

Circulaire, 26 Nov. 1860.-

Je crois devoir répéter ici en substance ce qui a été dit dans plusieurs des Conférences tenues l'été dernier, sur les Crinolines. On a généralement trouvé que ce vêtement répugnait à la décence ; et qu'il fallait prendre tous les moyens possibles de faire disparaître cette mode aussi ridicule qu'inconvenante. 11 a été adopté, comme règle pratique, qu'on en parlerait dans les réunions de personnes pieuses, pour les engager à donner le bon exemple, en cessant de faire usage de cette robe, sans pourtant les y obliger sous peine du refus des sacrements. J'apprends que les essais qui ont été faits, en conséquence, ont eu un bon succès; et il est à espérer qu'en procédant de même uniformément, on parvièndra à faire régner en tout lieu cette pudeur qui est le plus bel ornement du sexe dévot.

Hospitalité envers les Religieux persécutés en Europe.

Circulaire, 25 Avril 1861.

Les derniers journaux d'Europe nous apprennent la triste nouvelle que la Persécution s'élève contre les Religieux. J'aurais la pensée d'offrir l'hospitalité à ceux qui ont été déjà comme à ceux qui, plus tard, seront chassés de leurs Monastères. Mais, auparavant, je voudrais savoir ce que chacun de vous pourrait faire pour ces nouveaux Confesseurs de la Foi. Vous comprenez comme moi que leur séjour ici attirerait de grandes bénédictions sur nos travaux, qu'ils ne manqueraient pas de partager avec nous, avec tout le zèle'que nous leur connaissons. Veuillez bien me donner un mot de réponse là-dessus au plus vite ; car je m'imagine que chaque prêtre du monde catholique va se disputer le bonheur d'accueillir ces heureux exilés pour la défense de la cause commune.

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Premier élan de la Jeunesse Canadienne en faveur de la défense armée du Souverain Pontife.— Correspondance avec la Cour Romaine a ce sujet.

Circulaire, 30 Jtrillet 1861.

J'avais informé S. E. le Cardinal Barnabo, Préfet de la S. C. de la Propagande, du zèle d'un bon nombre de nos jeunes gens de la campagne comme de la ville qui offraient leurs services au S. Père, pour l'aider à défendre le patrimoine de St. Pierre, et je lui avais fait connaître que l'exemple du Zouave Canadien n'avait pas peu contribué à exciter leur noble émulation. Elle me répond là-dessus dans les termes suivants :

" Pour ce qui est des jeunes gens du Canada, qui seraient prêts à prendre les armes, pour le Siège de Pierre, et la liberté de l'Église, " et à accourir dans ce but à Rome, cela assurément prouve d'une manière évidente qu'ils ne se distinguent pas moins par leur foi et leur charité, " que la plupart de ceux des autres nations, qui, par leur dévouement filial, se sont singulièrement fait admirer par l'Eglise toute entière. Et, " de fait, la chose a été très agréable à N. S. P. le Pape. Mais, pour le moment, il ne serait pas expédient que la petite armée du Souverain " Pontife fût augmentée, surtout de soldats venus des pays les plus éloignés. Mais, comme nous avons la plus ferme espérance qu'il arrivera " que le Dieu miséricordieux, par le mouvement de sa toute puissance, fera changer l'état des choses, il pourra arriver en conséquence que les " efforts de ces pieux jeunes gens, réunis de toutes les parties de l'univers catholique, servent utilement et avantageusement à venger les droits du St. Siège. Les choses en étant là, il faudra que les Evêques des lieux où se trouvent de tels jeunes gens aient soin qu'ils persévèrent dans " leur attachement au Siège Apostolique, afin que, si besoin est, ils exécutent dans le temps ce qui est maintenant l'objet de leurs vœux."

Puissent ces vœux de nos héroïques jeunes gens s'accomplir un jour, pour la défense des intérêts catholiques, et l'honneur de notre religieuse patrie ! Ce texte attestera du moins, à la postérité la plus reculée, que le Canada aurait voulu, lui aussi, entourer de ses baïonnettes le Trône Pontifical ; et que ce n'est pas le bon cœur, mais la bonne occasion qui lui a fait défaut. En attendant, nous prierons pour notre Père Commun, et nous l'assisterons de nos biens, jusqu'à ce qu'il plaise à la divine Providence de le remettre en possession du patrimoine de l'Eglise.

Société de Colonisation.

Circulaire, 21 Novembre 1861.

Je recommande à votre zèle la belle œuvre de la Colonisation, que la Divine Providence semble susciter de nos jours, pour nous fournir le moyen de conserverie Canada aux Canadiens, pour qu'il soit toujours ce que nos pères l'ont fait, savoir: une terre catholique avant tout. Connaissant votre patriotisme religieux, je n'ai pas hésité d'assurer la Société de Colonisation qu'elle pouvait compter sur le Clergé, pour l'aider à; poursuivre sa noble entreprise. Mais il a été bien entendu que la politique n'entrerait pas dans nos rangs ; ce qui ne saurait arriver sans un danger évident de ruiner de si belles espérances.

Éducation des Filles — Ste. Angèle de Mérici, fondatrice des Ursulines.

Annonce du 21 Novembre 1861.

Notre St. Père le Pape a ordonnné de célébrer la fête de Ste. Angèle de Mérici dans le monde entier par un décret du n juillet 1861...

Ce décret doit, N. T.-C. F., vous faire comprendre de plus en plus combien la Sainte Eglise s'intéresse vivement à la bonne éducation de vos enfants ; et tout ce que vous devez faire pour entrer dans les intentions de cette tendre Mère. Vous y voyez que le fruit de cette éducation religieuse et bien soignée est de rendre vos enfants utiles à la Société par la pureté de leurs mœurs, parleur modestie et par leur amour du travail manuel. Vous y remarquez que les ennemis de la Religion cherchent à s'emparer de l'éducation de ces tendres enfants, afin de pouvoir, en leur inspirant de fausses maximes, répandre plus facilement leurs principes erronés dans le monde, au grand danger du salut de leurs âmes. Vous avez là une nouvelle preuve des soins de la divine Providence, pour donner à vos familles l'inestimable avantage d'une bonne éducation, en appelant à ce Ministère si difficile tant de saints et de saintes, qui y ont consacré toute leur vie, et qui ont institué des ferventes Communautés qui, avec la grâce de leur sainte vocation, ont conservé dans le monde le dépôt sacré des bons principes, en formant ces cœurs à l'amour des vraies vertus. Telle fut entr'autres la grande Sainte Angèle, qu'il est maintenant question d'honorer sur nos autels. Telles furent, après elle, les Religieuses Ursulines, qu'elle avait fondées, pour continuer sa Sainte Œuvre, dans le monde entier. On les vit arriver avec nos pères, sur nos rives alors sauvages, pour consacrer leur jeunesse et leur beauté au soin de former notre heureuse patrie à ces vertus solides, qui en ont fait, depuis deux siècles, une terre de foi. Ce fut sur ce beau modèle que se formèrent ces autres Institutrices Religieuses qui se sont depuis présentées, avec un courage héroïque, pour partager les travaux qu'imposait cette noble tâche d'enseigner à la femme à être pieuse, travaillante, économe et sage, afin d'être une vraie mèra de famille. Vous en conclurez que vous ne sauriez prendre trop de précautions, dans le choix des maîtres et maîtresses que vous donnerez à vos chers enfants. Vous vous laisserez en même temps persuader que c'est pour vous un devoir de favoriser, de toutes vos forces, cette éducation soignée, que la Religion donne à ces enfants ; que vous devez, à cette fin, vous conformer aux Règlements de ces Saintes Maisons, qui proscrivent tout luxe, toute vanité, toutes dépenses superflues dans les ajustements ; qui recommandent le travail manuel, et qui enseignent à s'y livrer courageusement, pour qu'au sortir du Couvent, l'Enfant soit une bonne fille de famille, partageant avec sa mère, les soins du ménage, pour devenir bientôt elle-même une femme accomplie, une épouse intelligente et une mère vraiment chrétienne.

Menaces de Guerre. — Conseils de prise d'armes.

Circulaire, 25 Décembre i86r.

Aujourd'hui que l'Eglise célèbre la naissance du Roi Pacifiqtie, en chantant avec les Anges : " Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté," l'on n'entend, hélas ! que cris et rumeurs de guerre.

Déjà même, notre Gouvernement, dans sa sage prévoyance, a cru devoir faire appel à la bonne volonté du pays par une Proclamation qui ordonne qu'une compagnie de soixante-quinze hommes soit formée, dans quinze jours, pour le service actif, dans chaque bataillon de voloutai>es.

Comme beaucoup de personnes ne lisent pas les journaux qui reproduisent ces documents officiels, vous ferez bien d'expliquer à vos paroissiens les ordres qui émanent de l'Autorité Civile ou Militaire, concernant l'enrôlement dont il est ici question.

Vous leur ferez facilement comprendre que tout ce que leur demande le Gouvernement est à leur avantage ; et qu'ils doivent s'empresser de répondre à l'appel qui leur est fait. Vous atteindrez sans doute ce but en leur présentant les considérations suivantes et autres qui s'offrent en foule à tous les esprits sérieux et réfléchis.

La guerre est un fléau toujours redoutable pour un peuple. Or, un des moyens à prendre pour l'éviter, c'est d'avoir des hommes bien armés et bien disciplinés pour repousser l'ennemi. C'est Notrc-Seigneur lui-même qui nous en avertit, en nous disant qu'un Roi qui veut faire la guerre, commence par calculer ses forces ; et, s'il trouve qu'il est. trop faible pour résister, il s'y prend de loin pour faire la paix. Alioquin adhuc Mo longe agetite, legationem mitte?is, rogat ea qitœ pacis sunt. (Luc. 14, 32). Il est donc souverainement avantageux pour le pays de s'armer d'avance pour éviter les affreux désastres que cause toujours une invasion ennemie. Or, c'est ce qu'il fera en répondant à l'appel du Gouvernement.

Comme on le voit, il n'est pas question aujourd'hui pour les volontaires de partir pour aller verser leur sang sur nos frontières puisque la guerre avec nos voisins n'est pas même déclarée, et qu'elle ne le sera peut-être pas, surtout s'ils s'aperçoivent que notre Canada a beaucoup de bras vigoureux et bien exercés pour se défendre. Nous aurons donc plus de chance de n'avoir pas de guerre, en nous enrôlant en grand nombre et de grand cœur, que de rester les bras croisés, comme font d'ordinaire les lâches et les paresseux.

Dans une guerre quelconque, il y a toujours de grands malheurs à déplorer. Les campagnes sont dévastées, les villes incendiés, les propriétés pillées, le commerce ruiné, les moissons ravagées ; et, plus que cela, les peuples sont démoralisés, les filles et les femmes insultées et les mœurs publiques considérablement altérées. En s'armant pour la défense de son Gouvernement, on s'arme donc pour la défense de sa propriété, et l'honneur de sa famille et de son pays. De plus, on rend à César ce qui appartient à César," comme nous le recommande si expressément Notre Seigneur dans l'Evangile ; et par conséquent on accomplit un devoir religieux, qui mérite la récompense étemelle.

Toutes les origines vont donc s'allier intimement et n'en faire qu'une, pour la défense de notre commune patrie. Chacun aura à soutenir, à l'ombre du drapeau de la Grande-Bretagne, son honneur national et sa gloire militaire. Sans doute que les Canadiens d'origine française n'oublieront pas les beaux faits d'armes de leurs pères, dont la mémoire se rattache à tant de personnes et à tant de lieux qu'ils ont sous les yeux. On va voir si les héros de Chateauguay sont encore tous vivants ; et si le sang, qui bouillonnait dans leurs veines, coule dans celles de leurs enfants et de leurs compatriotes.

A la vérité, il n'est question, pour le moment, que d'un engagement volontaire. C'est, sans doute, parce que le Gouvernement s'attend qu'il y aura, dans la population du pays, une vraie loyauté, et que, parmi les sujets de Sa Majesté, il se trouvera assez de braves volontaires pour que l'on ne soit pas obligé de faire plus tard des enrôlements en vertu d'une loi qui forcerait les jeunes gens à entrer dans la milice incorporée, et tous les autres en état de porter les armes à marcher à l'ennemi par un commandement général.

Pour prévenir ce cas extrême, ne vaudrait-il pas mieux, pour tous les habitants du pays, s'offrir dès maintenant au Gouvernement, pour recevoir de lui des armes de la meilleure espèce, et apprendre à en faire un bon usage, pour la défense de leurs propriétés, que d'attendre que l'ennemi soit entré, pour mettre tout à feu et à sang? Les bataillons de volontaires, bien armés et bien exercés, ne défendront-ils pas le pays avec plus de succès que des troupes de pauvres gens qui, n'ayant point appris à se défendre, iraient au combat comme à une boucherie ? D'ailleurs, n'est-il pas évident que le Gouvernement s'attachera de plus en plus à un pays dont les habitants lui montreront un si grand dévouement? Ne favoriserait-il pas, avec une affection encore plus paternelle, les institutions déjà si libérales qu'il lui a données? Ne sera-t-il pas par là encouragé à protéger de plus en plus la Religion qui soutient l'homme sur le champ de bataille, et lui apprend à sacrifier sa vie pour l'amour de Dieu et de sa patrie ? Car un peuple fidèle se fait aimer de son Gouvernement comme un bon enfant se fait aimer de son père.

Au reste, en supposant que le fléau de la guerre, dont nous sommes menacés, nous arrive quelque jour, nous aurons alors de quo nous rassurer en pensant que le pays est armé et tout prêt à faire une vigoureuse défense. Tous ceux qui seront appelés à combattre pour repousser l'ennemi de nos foyers, auront appris d'avance à marcher à la victoire, en apprenant à bien se battre, selon toutes les règles de l'art militaire. Ils auront d'ailleurs, pour les absoudre, avant le combat, leurs zélés Pasteurs: et s'il leur faut mourir en braves sur le champ de bataille, ils les auront à leurs côtés pour mourir en bons chrétiens.

Avec ces principes et autres, que vous saurez faire valoir au besoin, nos braves gens comprendront qu'il leur est avantageux de s'offrir à leurs officiers, dès maintenant, pour recevoir les armes du Gouvernement, et apprendre, par des exercices militaires, à en faire un bon usage.

Fortifiés par nos paroles pastorales, ils sauront mépriser les mauvais conseils, qui peut-être leur seraient donnés par des gens ignorants ou mal intentionnés. Ce vieil adage, que la Religion grava dans le cœur de nos pères : " Mon âme est à Dieu, et mon corps est au Rof, " animera et soutiendra leur courage.

Quatrième voyage a Rome au sujet de la Canonisation des Martyrs Japonais.

Mandement, 22 Fêv. 1S62.

Nous partirons prochainement pour la Ville Sainte et vous n'oublierez pas que c'est pour la quatrième fois que Nous allons au Tombeau des Saints Apôtres, depuis vingt-cinq ans que Nous sommes Evêque. Il n'est pas nécessaire que Nous vous disions que ce quatrième voyage, aussi bien que les précédents, est uniquement dans les intérêts de ce Diocèse pour lequel seul Nous vivons, en consumant toutes les forces que la Divine Providence a daigné nous donner. Ego autem libentissime impeiidam et superempendar ipse pro animabus vestris, (2 Cor. 12, 15.)

Car N. S. P. le Pape, Nous ayant fait déclarer, ainsi qu'à tous les autres Evêques du monde catholique , par son Eminence le Cardinal Caterini que " ce lui serait une chose très agréable de nous voir à la Canonisation qu'il doit faire des Bienheureux Martyrs Japonais," Nous nous faisons un devoir de répondre à cette honorable invitation, afin que le Diocèse dont nous sommes chargés soit représenté, dans une des plus grandes solennités qui puissent se faire sur la terre.

Il Nous faudra dans ce voyage prendre place dans les Consistoires qui sont les Assemblées les plus augustes qu'il y ait au inonde par le caractère sacré des personnes qui les composent, par la nature des affaires religieuses et divines qui s'y traitent, et par les procédés majestueux qui y sont suivis. Là, comme II nous le fait signifier à tous, par le Cardinal Préfet, qui nous intime ses suprêmes volontés, Nous aurons à donner une opinion bien réfléchie sur la grave question qui y sera traitée, savoir, s'il convient que les Bienheureux, qui ont obtenu la palme du martyre, en mourant pour la Foi, au Japon, reçoivent, par la Canonisation, les honneurs dûs aux Saints, sur les autels que l'Eglise élevé au Dieu trois fois Saint. Quel vote, N. T.-C. F. ! Quel suffrage que celui qui est ainsi requis de toutes les Eglises du monde par la bouche de leurs Evêques! Car, il est surhumain, et il faut à l'Eglise une assistance particulière de l'Esprit Saint, pour le porter, ce jugement qui, avec une autorité infaillible, déclare à l'univers entier que tels serviteurs de Dieu sont en possession de la gloire éternelle, et qu'ils méritent les honneurs de toute la terre.

Nous avons donc, de part et d'autre, un devoir réciproque à remplir, pour nous rendre le ciel favorable, dans ce beau jour de Canonisation ; Nous, la charge de vous représenter aussi dignement que possible, dans une circonstance si solennelle qui Nous met en spectacle au ciel et à la terre ; et vous, celle de nous aider, par la pureté de vos cœurs et la ferveur de vos prières, à devenir l'heureux canal de tant de grâces précieuses qui nous sont réservées.

Nous partons, N. T.-C F., le cœur plein de cette espérance, et avec le désir de tout sacrifier pour le plus grand bien de ce Diocèse, et d'aller partout où il Nous semblera y avoir quelque chose d'utile ou de nécessaire à faire pour vous. Mais, en quelque lieu que la Divine Providence conduise Nos pas, Nous demeurerons ici en esprit et en affection. Quelque soient les jouissances pures et délicieuses que présente la Religion, dans ces heureux jours de fête, où il semble que l'on n'est plus dans ce lieu d'exil, elles ne nous feront point oublier que vous êtes par-dessus tout et de préférence à tout, Notre joie, Notre bonheur et Notre couronne.

Du *Pape et de Rome.

Mandement, 22 Fév. 1862.

Le Pape, comme Dieu, dont il est le représentant sur la terre, est pour tous, et l'Homme de tout le monde, le Serviteur des Serviteurs de Jésus-Christ. Oui, vraiment, sous quelque rapport que nous le considérions, il est facile de voir qu'il est l'homme de tous les pays, de tous les siècles, de tous les rangs, de toutes les conditions, enfin l'Homme Universel, dont tous les actes sont frappés au coin de la Catholicité, dont l'existence, la vie, les facultés, les talents, le travail sont à l'univers. Il est le débiteur de tous, des ignorants comme des savants, des petits comme des grands, des sujets comme des rois.

Placé sur la Chaire Apostolique, il gouverne, nourrit et défend, sous la houlette du Bon Pasteur, les deux cent millions de Catholiques, qui forment aujourd'hui le vrai troupeau de Jésus-Christ. Il est à la vérité Evêque particulier de Rome. Mais pour que les détails de l'administration de cette Eglise, Mère de toutes les autres Eglises, ne l'empêchent pas d'exercer sa sollicitude universelle, il se décharge du soin des âmes qui appartiennent à cette Eglise, sur un Cardinal qu'il établit pour cela son Vicaire.

Vicaire de la Charité de Jésus-Christ, qui est mort pour le salut de tous, il travaille sans relâche à attirer dans le sein de l'Eglise les sept ou huit cent millions d'hommes, qui se perdent dans le Judaïsme, le Schisme, l'Hérésie, l'Infidélité, et le Paganisme.

Moise de la Nouvelle A lliance, il se fait assister, dans le gouvernement du peuple chrétien, par soixante-dix Cardinaux qui sont, pour l'Eglise, ce qu'étaient pour la Synagogue, les soixante-dix Anciens, choisis parmi les plus sages des enfants d'Israël, pour aider le Législateur Hébreux à gouverner le peuple de Dieu, avec l'Assistance du Seigneur, dont l'Esprit Saint répartissait les dons entre tous ces Juges, mais résidait en plénitude dans le Chef suprême.

Pasteur des Pasteurs, il partage sa sollicitude universelle avec environ mille Evêques, qu'il choisit et institue canoniquement, à qui il accorde tous les pouvoirs nécessaires ; qu'il surveille et affermit dans les devoirs de la redoutable charge pastorale; avec qui il correspond attentivement pour le salut des âmes ; à qui il fait rendre compte de temps en temps dé leur administration ; qu'il oblige de se rendre à certaines époques, auprès de lui, pour qu'ils lui fassent mieux connaître où en est la religion, dans les lieux confiés à leurs soins ; qu'il éclaire dans la pratique des devoirs de la morale chrétienne, pour que les peuples suivent toujours la saine doctrine ; dont il dissipe les doutes et soutient le courage, pour surmonter les obstacles sans nombre qui s'opposent au bien des âmes ; avec lesquels enfin il se comporte comme St. Pierre, avec les autres Apôtres, pour les fortifier dans l'accomplissement de tous leurs devoirs. Tu aliguando conversus, confirma fratres t?eos. (Luc, 22, 32.)

Père de la grande famille chrétienne, il partage ses soins multipliés, pour ses ^innombrables enfants, avec dix-sept Congrégations instituées pour expédier cette multitude d'affaires religieuses qui affluent à Rome, de toutes les parties du inonde; lesquelles Congrégations se composent de Cardinaux, Prélats, Docteurs, Consulteurs. enfin de tout ce qu'il y a de plus éminent en piété, science, sagesse et prudence.

C'est avec l'assistance de ces laborieuses Congrégations, qu'il travaille à conserver la Foi et la Morale ; qu'il examine et condamne les mauvais livres ; qu'il conserve les traditions Divines et Apostoliques ; qu'il maintient la discipline Ecclésiastique et Monastique ; qu'il donne au culte de Dieu toute la splendeur qu'il doit avoir ; qu'il entretient la sainte Liturgie ; qu'il fait observer toutes les religieuses cérémonies ; qu'il canonise les Saints pour multiplier dans le Ciel les protecteurs de la terre ; qu'il fait chercher dans les Catacombes les Restes précieux des Martyrs, pour leur faire rendre de grands honneurs en tous' lieux ; qu'il accorde des Indulgences, Dispenses, Induits sans nombre, pour satisfaire aux besoins de tous les fidèles ; qu'il termine tous les différends qui pourraient troubler la paix des Églises. Oh .! qu'elles sont belles et admirables ces Saintes Congrégations Romaines ! Qu'elles sont précieuses au monde chrétien ! Qu'elles sont utiles et nécessaires à toute l'Eglise !

Souverain d'ufi petit Etat Temporel, il en déploie toutes les ressources matérielles, à l'avantage de la Religion pour laquelle la Divine Providence l'a tout exprès formé tel qu'il est. Car il n'oublie pas que la Papauté n'est sur le Trône que pour faire régner Dieu et son Christ en tous lieux. Il ne faut que jeter un regard sur les Institutions de cette Principauté, pour demeurer convaincu qu'elle n'est ainsi constituée que pour le plus grand bien du monde entier.

Et en effet, pour une population d'un couple de millions d'habitants, il y a trois Universités florissantes, auxquelles on accourt, des différentes parties du monde, pour s'y initier aux hautes études qui forment des hommes distingués pour la Société, aussi bien que pour la Religion.

On voit clairement que la ville de Rome, dont la population n'est que de 194,587 âmes, n'est si richement dotée d'Institutions de toutes espèces que parce qu'elle est la Capitale du monde entier, et le Siège du Souverain Pasteur de toute l'Eglise. Outre les Eminents Cardinaux quî~y résident en grand nombre, on-y compte 40 Evêques, 1385 Prêtres Séculiers, 55 Congrégations d'hommes donnant 2474 Religieux et 72 Couvents, dans lesquels on compte 2032 Religieuses.

Ces diverses Institutions sont consacrées à différents genres de ministères, pour le salut des âmes, les soins des pauvres et l'exercice de la prière et de la contemplation. Mais pourquoi, dans cette ville, tant d'Institutions Evangéliques et Religieuses ? C'est pour l'avantage, encore une fois, de toutes les nations et de tous les pays.

Car ce sont ces saintes familles religieuses qui portent la bonne nouvelle de l'Evangile dans toutes les parties du monde, qui donnent des Martyrs à l'Eglise, des'Orate^rs éloquents à la Chaire et au Barreau, de pieux Confesseurs à la direction des âmes, des Docteurs distingués aux Facultés de Théologie et de Médecine, d'habiles Jurisconsultes au Droit Civil et Canonique, des Savants à la République des Lettres, et cela, dans toutes sortes de langues et pour toutes sortes d'Arts nécessaires ou utiles.

Vous êtes frappés de ce caractère de catholicité, qui est comme infiltré dans toutes les institutions de Rome, quand vous apercevez dans toutes les grandes Basiliques les confessionaux des Pénitenciers du Pape, qui sont l'un pour les Français, l'autre pour les Autrichiens et ainsi des autres nations connues. A des heures fixes, et pendant que se célèbrent les offices divins dans une partie de ces Eglises, les Confesseurs désignés pour exercer le ministère de la miséricorde, en faveur de tous. les peuples du monde, sont là qui attendent pour réconcilier à Dieu ceux dont la prière de l'Eglise aura touché le cœur. Et de fait, sur les quarante à cinquante mille étrangers qui passent une partie de l'année à Rome, combien qui retrouvent l'innocence dans ces fontaines sacrées où ils vont se purifier !

Ce qui fait encore comprendre que Rome est la ville catholique, ouvrant ses portes à tous les peuples de l'Orient et de l'Occident du Septentrion et du Midi, c'est le grand nombre de maisons d'éducation, pour y enseigner les sciences en toutes sortes de langues, afin qu'au sortir de ces Séminaires et Collèges, les élèves que la grâce aura appelés au saint ministère, puissent, à l'exemple des Apôtres, se disperser dans

toutes les parties du monde, pour y raconter les merveilles de Dieu et la gloire de sa sainte Eglise, en toutes sortes de langues. Nous assistâmes, en 1847, à un service public du Collège Urbain ou de la Propagande, et ce fût poivr nous une merveille d'entendre parler cinquantedeux langues, qui étaient toutes comprises et parlées par un des Emineuts Cardinaux, qui président à cette intéressante réunion. On compte donc à Rome, 16 Séminaires et Collèges, fréquentés par 1657 élèves, sans compter un bon nombre d'Académies de philosophie, de théologie et de liturgie.

Il n'y a pas même jusqu'aux institutions d'éducation primaire qm ne se ressentent de l'esprit de catholicité qui règne à Rome. Car elles sont en nombre pour répondre à tous les besoins des enfants étrangers aussi bien que des enfants romains. On y groupe 80 institutions primaires de différents genres pour les garçons seulement. Les pensionnats et orphelinats tenus par les Communautés ont à eux seuls 2613 filles à instruire. Il y a en outre beaucoup d'écoles, trois ou quatre par rue, des hospices et pénitenciers où les enfants reçoivent leur éducation, trois salles d'asile fréquentées par environ 450 petits enfants de 3 à 8 ans, des écoles gratuites et douze écoles du soir, fréquentées par environ 360 jeunes ouvriers, des ouvroirs où les jeunes filles sont formées aux travaux du ménage et à tout ce qui peut les préparer à devenir de bonnes mères de famille. Ces différentes institutions ont des Cardinaux pour Protecteurs, ce qui montre la grande importance qu'on y attache.

Les Institutions de charité sont également marquées au coin de la catholicité ; et elles sont en si grand nombre qu'elles embrassent toutes les misères de la vie. Aucun pauvre en effet ne souffre à Rome ; car il sait où aller manger quand il a faim, et où aller coucher s'il n'a point d'asile. La seule Maison de la Trinité des Pèlerins, instituée pour loger et nourrir au besoin 2000 étrangers à la fois, suffirait pour prouver que Rome est la ville de tout le monde.

Oh ! qu'elle est belle, la Ville du Pontife-Roi, la Ville Sainte, la Ville Eternelle, la Ville Catholique, la Ville des Martyrs, la Villedes souvenirs, la Ville des antiques et beaux monuments, la Ville des chants sacrés et des beaux-arts, la Ville où coulent tant de magnifiques fontaines, dont les eaux vives et intarissables jaillissent jusqu'aux extrémités du monde. Car elles ne sont, et elles ne peuvent être, qu'une bien faible figure des fleuves de grâces qui sortent de ce paradis terrestre, pour arroser toute la terre.

CLÏV

Denier de St. Pierre — Montant de la collecte du Diocèse pour l'année courante —

Étude de cette Institution.

Mandement, 22 Fév. 1862.

Il est temps, N. T.-C. F., que Nous vous rendions compte du Denier de St. Pierre, qui fut collecté, l'an dernier, dans ce Diocèse, et que Nous avons déposé, en votre nom, aux pieds du Souverain Pontife, par les mains de son Eminence le Cardinal Harnabo, Préfet de la S.- Congrégation de la Propagande.

' Ce Denier, consacré à Dieu pour aider à la subsistance de son Représentant sur la terre, s'est élevé à la somme de cinq mille cent quatre-vingt-sept louis, douze schelings et quinze sous.

Dans la lettre que le St. Père a daigné nous écrire lui-même pour nous témoigner sa reconnaissance, (Et cet honneur insigne

s'adresse à vous tous, N. T.-C. F., aussi bien qu'à Nous) , vous aurez sans doute remarqué que N. S. P. le Pape nous dit qu'il est

réduit à une très grande détresse : et vous en aurez été vivement frappés. Ce Père affligé avait déjà découvert son extrême misère au monde

entier, en disant, dans son Allocution Consistoriale du 30 Septembre dernier, que " c'est uniquement par l'aide et le secours des Evêques " et des Fidèles, dont l'insigne piété. et les largesses sont pour lui un soulagement précieux, qu'il peut suffire aux charges qui s'augmentent de " jour en jour."

Cet appel, ou plutôt ce cri de misère, a été entendu dans toute l'Église, et les nations catholiques en ont été profondément émues. Elles ont compris qu'elles avaient un devoir à remplir, et par une heureuse pensée qui ne pouvait venir que du Ciel, elles ont adopté, comme moyen plus facile et plus efficace d'aller en aide au Père commun, " le Denier de St. Pierre," qui depuis plusieurs siècles était tombé dans l'oubli.

On s'est rappelé que, dans les beaux temps de la foi, "le Denier de St. Pierre " faisait couler des fleuves de charité dans lé trésor Pontifical ; et qu'alors le Pape figurait, comme il convenart à son haut rang. dans, toutes les grandes œuvres, qui ont illustré les siècles passés. On s'est demandé, avec empressement, s'il ne serait pas possible de ressusciter ce " Denier de^St. Pierre," en dépit de l'impiété, qui se moque de toutes ces saintes et vieilles choses, qui honorent la religion du Dieu vivant. Et à l'instant on s'est mis à l'œuvre, en foulant aux pieds les sarcasmes de ceux qui blasphèment ce qu'ils ne comprennent pas.

Un saint enthousiasme, qui est évidemment un souffle divin, s'est emparé de tout ce qu'il y a de cœurs nobles, dans le monde ; et il y en a encore beaucoup. Le " Denier de St. Pierre " est donc devenu un mot magique, un signe de ralliement, une devise, que la Chaire, la Tribune et la Presse ont fait retentir jusq'au bout du monde. A la triste nouvelle que les jours difficiles qui se prolongent pour le St. Siège ne font qu'aggraver les charges qui pèsent sur lui, le monde Catholique a été profondément affligé. Il s'est ébranlé dans toutes ses parties, et il est à l'œuvre, pour porter secours à son Père et à son Pontife, en lui payant le " Denier de St. Pierre." C'est ainsi que le malheur des temps fait revivre une institution que le malheur des temps avait fait abandonnner. C'est ainsi que la Divine Providence nous ramène, comme par la unain, anx œuvres de foi que nos pères nous avaient laissées en héritage.

Le " Denier de St. Pierre" est une certaine contribution volontaire, ou redevance pieuse, que tout bon catholique aime à payer au Pape pour honorer, dans son auguste personne, St. Pierre, le Prince des Apôtres et le Chef Suprême de laReligion Chrétienne, qui vit dans ses Successeurs, et l'aider dans les énormes dépenses qu'il lui faut faire pour le bien général de l'Eglise.

Ce que Nous voulons, N. T.-C. F., vous faire voir, dans cette Institution, c'est qu'en payant fidèlement votre bonne part du " Denier de St. Pierre," vous ne faites qu'accomplir un devoir de piété, de justice et de reconnaissance qui veut que les enfants aient soin de leur père ; que les brebis donnent leur lait et leur laine pour nourrir et vêtir leur Pasteur ; que les administrés paient à leurs administrateurs tous les frais d'une administration, qui est toute à leur avantage.

Aujourd'hui, Nous élevons donc la voix pour recommander à votre charité "une nouvelle œuvre: une œuvre plus grande que toutes les autres œuvres dont Nous avons pu parler jusqu'ici ; une œuvre mystérieuse que nos pères, dans l'instinct de leur foi, ont appelée le "Denier de St. Pierre," parce que, retirés, avec l'hameçon évangelique de ce Pècheiir d'hommes, d'un océan d'erreurs et de vices, ils lui ont payé de grand cœur le double tribut qu'ils lui devaient, pour avoir été ainsi appelés à l'admirable lumière de la foi. Car c'était en^bénissant ce grand Apôtre qu'ils venaient déposer à ses pieds une partie de leurs biens temporels, par reconnaissance pour les inestimables richesses spirituelles dont ils se voyaient comblés par son ministère et celui de ses successeurs. C'était par ces oblations volontaires, sous forme tributaire, qu'ils rendaient foi et hommage au Souverain- Pontife, en se reconnaissant sesféodaux spirituels^ parce que Dieu le leur avait donné pour Prince et Seigneur-Suzerain en religion {stiper plebem meam Principem te coustitui), et en soumettant à sa divine puissance tous les royaumes du monde, {Tibi tradidit Deus omnia régna mundi.) C'est donc dans la bouche du miraculeux poisson, que pécha St. Pierre dans la mer de Galilée, qu'il faut aller chercher l'origine de ce Denier sacré.

Nous devons encore vous dire, N. T.-C. F., qu'en faisant dû, "Denier de St. Pierre," une " Œuvre Diocésaine" pour le soulagemen du Père commun dans son extrême détresse, Nous croyons rendre a ce Diocèse, pour lequel, malgré notre indignité et insuffisance, Nous fûmes ordonné Evêque, il y a tout-à-Pheure vingt-cinq ans, le plus grand service que Nous ayons pu lui rendre jusqu'ici, ou que nous puissions jamais lui rendre, s'il plaisait à Dieu de nous donner encore de longues années, pour réparer la stérilité des années passées.

Car, nous en avons l'intime conviction, ce " Denier sacré," en transmettant, d'année en année, nos oblations dans la Ville Sainte, nous reviendra avec des bénédictions cent fois plus abondantes. 11 sera semblable à notre fleuve St. Laurent qui ne se jette à la mer, après avoir arrosé nos riches et belles campagnes, que pour se changer en nuages bienfaisants, et revenir, porté sur les ailes des vents, arroser notre immense contrée et fertiliser nos magnifiques champs, en y répanclmt la rosée du ciel et la graisse de la terré. Croyez-le, N. T.-C. F., si notre Denier, la première fois qu'il a été payé, a été reçu comme une manne descendue du ciel, parce que ce jour-là Notre Père n'avait plus rien, il devra revenir chargé de bénédictions et se répandre sur nos villes et nos campagnes, d'une manière encore plus providentielle que manne ancienne, qui nourrissait tous les jours les Juifs dans les déserts de l'Arabie.

C'est un fardeau doux parce qu'il est parfaitement libre et volontaire. Et en effet, nulle loi ecclésiastique ou civile n'en fait un devoir de conscience. Donne qui veut et comme il veut. Chacun est laissé à sa volonté et à son bon plaisir. Personne n'est contraint de donner par respect humain. Car c'est un don secret dont Dieu seul est témoin, pour le mieux récompenser. La main gauche elle-même ne saura nas ce que donne la droite.'

C'est un fardeau doux, à cause du témoignage de la bonne conscience, qui ne cesse de répéter au fond de l'âme, qu'en payant sa part du " Denier de St. Pierre", on soulage une grande misère cachée sous le manteau Pontifical, et abritée sous la Tiare de la Papauté ; que l'on fait quelque chose, non plus pour un pauvre ordinaire qui, cependant, nous réprésente toujours Jésus-Christ, mais pour Jésus-Christ luimême dans la vénérable personne de son Vicaire ; que, par cet acte de bienfaisance, on a enfin l'heureuse occasion d'imiter en quelque chose nos pères qui, après avoir si généreusement combattu sous le glorieux étendard de Charlemagne, pour élever le Siège de Pierre au-dessus de toute puissance de la terre, afin qu'il fût aux yeux de tous les peuples, une image plus parfaite du Dieu, qui ne dépend de personne, payaient encore si fidèlement leur Denier à celui pour qui ils avaient versé leur sang, comme viennent de faire encore les jeunes héros de Castelfidardo.

Denier de St. Pierre — Mode de l'acquitter.

Circulaire, 26 Fév. 1862.

Il est à désirer que la pensée du " Denier de St. Pierre " s'infiltre dans tous les calculs et dans toutes les entreprises. Ainsi l'homme de profession donnera dans ce but telle portion de ses honoraires, le marchand telle partie de son gain, l'ouvrier tel montant de son profit, le cultivateur la récolte de telle partie de son champ, ou tel animal qui sera le isième ou 2oième de sa basse-cour. C'est un excellent moyen d'obliger Dieu de bénir, par exemple, tout un champ, ou telle entreprise, quand il voit qu'il doit y avoir sa part.

Pour que ce Denier sacré ne paraisse onéreux à personne, il serait bon de répéter souvent qu'on ne demande que ce qui n'est pas nécessaire à l'entretien de la famille, mais ce que l'on dépense follement au jeu, à la promenade, à l'auberge, en mille autres choses nuisibles, ou du moins absolument inutiles. Si l'on est fidèle à cette recommandation, on en verra bientôt les fruits ; et alors le " Denier de St. Pierre " grossira à proportion de l'augmentation des revenus dont il aura été la cause providentielle.

de l'Usure.

Circtdaire, 26 Fév. 1862.

Je vous donne le sujet de la prochaine Conférence que vous voudrez bien tenir au plus tôt ; parceque j'aurais besoin de votre rapport, pour la prochaine Session du Parlement.

Il s'agira donc d'examiner, avec une attention sérieuse, dans- cette Conférence, les maux occasionnés dans les Paroisses de votre Archiprêtré, par l'Usure, et vous ferez connaître dans votre rapport; 10 — Combien il y a de gens prêtant au dessus de six pour cent ; 20 — Combien il y a de cultivateurs, s'il yen a, qui ont vendu leurs terres tout exprès pour avoir de l'argent à prêter à de gros intérêts; 30— vQuel est le taux plus ou moins élevé exigé par les usuriers; 4 o —Combien d'honnêtes cultivateurs ont été, depuis une dizaine d'années, ruinés par l'usure ; 5 o — Quelles sont les fraudes les plus ordinaires employées pour exercer l'usure, et arriver graduellement à un taux énorme et ruineux ; par exemple, les Sociétés de Construction, l'achat de grains, avant même les semences, la spéculation sur le bois, quand il est encore debout dans les forêts, etc., etc. ; 60 — Si, pour le commun des cultivateurs, l'intérêt a plus de 6 pour cent peut être avantageux ; si, même au taux de 6 pour cent, ils peuvent communément se tirer d'affaire, dans leurs embarras pécuniaires ; 7 o — Quels ont été les effets désastreux de la suppression des peines portées autrefois, par l'a loi civile, contre les usuriers ; 8 o enfin, tout ce que vous croirez devoir ajouter de vous-même à ces questions, pour me donner déplus amples informations sur ce point de morale aujourd'hui si oublié.

" St. Joseph garde l'Église."

Circulaire, 26 Fév. 1862.

Je mets cette lettre sons le patronage de St. Joseph pour qu'elle produise d'heureux fruits, moyennant son puissant secours. Chargé, pendant sa vie mortelle, du soin de nourrir Jésus et Marie, dans sa petite maison de Nazareth, et de les préserver de la fureur d'Hérode, il exerce, maintenant qu'il occupe au Ciel un trône si élevé et si brillant, ce même ministère, en faveur du Souverain-Pontife, qui est pour nous un autre Jésus-Christ, et en faveur de l'Église, qui est pour nous la vive image de l'Auguste Vierge Marie.

C'est donc le glorieux Père Nourricier de Jésus, et l'Incomparable Epoux de Marie-Immaculée qui, dans ces temps mauvais, pourvoit à tous les besoins du Saint Pontife Pie IX et du Siège Apostolique, réduit à une souveraine détresse. Ainsi s'accomplissent les oracles divins, que l'Eglise applique à cet admirable Saint : Constituit eum Dominum donms suce, et Principem omiiis possessionis suce. A la vérité

aucun avenir plus sombre ne s'est peut -être présenté, dans les siècles passés, à la Sainte Eglise, cette vraie famille de Dieu. Hélas ! il y a aujourd'hui beaucoup d'Hérodes, qui voudraient la massacrer impitoyablement et l'anéantir. Mais ayons confiance : Dieu, dans son ineffable Providence, a chargé le puissant Joseph de la garder. Il est fidèle et prudent ; il saura bien la mettre en sûreté. Ecce fodelis servies et prudens g-uent cqnstituit Dominas super familiam stiam.

Puisqu'il en est ainsi, nous avons un devoir bien légitime à remplir, celui de louer, honorer et glorifier ce bon Père, ce puissant Protecteur de l'Eglise et de son Pontife, qui sont pour nous comme la personnification de Jésus et de Marie. Accomplissons donc, par notre dévotion à cet aimable Saint, et notre zèle à le faire aimer, cet autre oracle de la Divine Ecriture, qui s'applique encore à cet homme juste, qui a mérité, par son inviolable fidélité, d'être le gardien de son Seigneur : Vir Jidelis multum laudabitur : et qui custos est Domi7ii s?ii glori/icabitur.

L'Église d'Orient et l'Eglise d'Occident se rencontrant a Rome.

Mandement, 8 Dec. 1862.

Cette réunion des Evêques à Rome pour la Canonisation des Martyrs Japonais fut marquée par un trait singulier de la divine Provi dence, savoir, l'heureuse rencontre de l'Eglise d'Orient et de l'Eglise d'Occident dans le sein du Père commun, à Rome, ce grand centre d'unité, et dans un temps où Rome offrait au monde étonné le plus magnifique spectacle. Elles se rencontrèrent pour se consoler dans les maux qui les affligent. L'Eglise d'Occident est heureuse dans sa constante fidélité à la grâce de sa vocation et dans les abondantes bénédictions célestes dont elle est l'objet. Mais, d'un autre côté, elle est dans d'amères douleurs à cause des plaies cruelles qui lui sont faites par l'impiété, qui soulève les prétentions de la politique contre l'autorité de l'Eglise, l'orgueil de la raison humaine contre la révélation divine ; qui établit en principe que toute religion est bonne, principe séduisant qui endort les hommes dans ce sommeil léthargique qui conduit à la mort éternelle. Malgré tout, elle peut encore offrir de grandes consolations à sa sœur, l'Eglise d'Orient, qui est affligée dans son cœur malade'depuis tant de siècles, dans ses enfants qui souffrent une horrible persécution, et dans les mystérieux châtiments qu'elle subit en punition de la révolte de ses pères contre la Sainte Eglise Romaine. L'une implorait le secours de l'autre dans ce pompeux office qui se célébrait dans une des magnifiques Églises de Rome, où un Patriarche de l'Orient chantait la messe, et où un Evêque de l'Occident adressait à un auditoire des plus imposants sa puissante parole, pour réclamer sa charité en faveur de nos frères orientaux.

eux

" Saints."

Mandement, 8 Dec. 1862.

Considérez, N. T.-C. F., que la Sainteté de l'homme est la grande affaire de Dieu lui-même. Car tout ce qu'il fait c'est pour faire des Saints. Et, en effet, c'est pour faire des Saints qu'il a créé le monde, qu'il le conserve et qu'il le gouverne. C'est pour faire des Saints qu'il a envoyé son Fils dans le monde, et qu'il a institué son Eglise, qui est le chef-d'œuvre de sa puissance et de sa sagesse. C'est pour glorifier et récompenser ses Saints, qu'il a créé le Paradis et qu'il y a amassé tous les trésors de sa magnificence. Et faut-il s'en étonner ? Il est lui-même trois fois Saint ; et il ne se plaît et ne se glorifie que dans les Saints.

Cérémonie de " l'Oblation " aux Messes de Canonisation.

Mandement, 8 Déc. 1862.

Il y eut à cette messe de Canonisation une cérémonie particulière et pleine de mystères, appelée Oblation. C'étaient des Cardinaux qui venaient, avec beaucoup d'appareil, déposer aux pieds du Souverain Pontife, des offrandes mystiques, qui consistaient dans des cierges richement ornés, des pains et barils de vin dorés avec des armoiries en relief, et des volières contenant des tourterelles, colombes et autres oiseaux. Cette cérémonie est très-ancienne dans l'Eglise ; et elle était même en usage dans l'ancienne loi. Ces oblations signifient, entr'autres choses, que les Saints que l'Eglise canonise ont été, durant leur vie, des lampes ardentes par leurs œuvres de justice, des victimes pures par leur vie de sacrifices, des tourterelles gémissantes parleurs larmes et leurs soupirs, des colombes innocentes par leur douceur et leur charité, et enfin des oiseaux planant dans les airs, par leur dégagement de toutes les choses de la terre et leurs continuels désirs de la bienheureuse éternité.

Institutions Charitables Protestantes et Catholiques.

Lettre Pastorale, 25 Déc- 1S62.

Vous savez sans doute N. T.-C. F., que nos Frères séparés se sont généreusement mis à contribution pour faire une "Maison d'Industrie et de Refuge pour les pauvres delà Cité " et qu'ils sont décidés à ne pas reculer devant les- dépenses d'un si grand établissement,

dût-il leur coûter quarante mille piastres pour les frais de bâtisse, et douze mille pour les dépenses annuelles d'entretien. C'est avec l'espoir que " cette Institution sera bientôt florissante," qu'ils se mettent à l'œuvre. Chacun de nous, comme de raison, souhaite bonheur et prospérité à une entreprise qui a un but si louable, et qui peut assurément faire beaucoup de bien.

Vous connaissez aussi, N. T.-C. F., qu'ils ont décidé que cette Maison d'Industrie et de Refuge serait protestante ce qui veut dire destinée a soulager les pauvres appartenajit à leur croyance religieuse et gouvjrnée par un bîtreau exclusiveinent composé de protestants . C'est à leurs yeux le seul moyen praticable de faire bien fonctionner cette nouvelle institution, car ils considèrent que l'élément catholique ne saurait s'allier à l'élément protestant dans une telle institution, où il faut nécessairement donner l'enseignement religieux. Il n'y a pas un seul catholique qui ne comprenne qu'ils ont parfaitement raison.

Aussi, n'y a-t-il personne parmi nous qui puisse blâmer le parti qu'ils ont pris, de faire seuls un établissement, dont ils reconnaissent pour eux la nécessité ; car ils s'aperçoivent bien qu'ils n'ont pas d'établissement pour secourir, dans leurs besoins, les personnes sans emploi, les veuves et autres femmes privées de l'assistance de leurs maris, les aveugles, les vieillards et les infirmes, qui se trouvent sans support, les émigrants qui n'ont point d'amis, les serviteurs sans place, les malades renvoyés de l'hôpital, mais encore trop faibles pour gagner leur vie ; enfin les incurables.

Nous ne pouvons donc, dans ce cas, que voir de bon œil leur louable projet de faire, pour eux seuls, une chose dont ils ont seuls besoin. Pour la même raison, nous trouvons juste qu'ils veuillent être seuls à diriger une institution qui est uniquement établie dans les intérêts de leurs pauvres. Ils n'ignorent pas toutefois que nous nous mêlons, autant que nous le pouvons, aux œuvres qui sont pour le bien des protestants, comme pour celui des catholiques. La Banque d'Epargne de notre Cité en est une preuve sensibles. Car cette Institution a toujours été florissante, et cependant elle a des Directeurs protestants et catholiques, et un de ses Patrons est, comme vous le savez tous, votre propre Evêque, qui vous invite à avoir confiance dans une Institution publique qui vous offre toutes les garanties possibles.

Quoiqu'il en soit, nous devons, N. T.-C. F., vous faire remarquer ici sur quel pied sont nos différentes Institutions Catholiques, afin que vous sachiez que répondre, si l'on vous disait que la Religion Catholique n'a pas soin de ses pauvres. Quelques chiffres suffiront pour vous mettre au fait de tout ce que vous devez savoir des œuvres qui se sont faites parmi ncais, sans qu'il soit nécessaire de vous nommer les Institutions où se font ces œuvres de charité.

Disons donc, en peu de mots, que l'Eglise Catholique soigne journellement dans son hôpital 200 malades ; qu'elle nourrit chaque jour durant l'hiver 875 familles, à qui elle distribue des vivres, du bois et des habits ; qu'elle abrite habituellement dans ses asiles ouverts à toutes les misères T678 personnes de tout âge, de tout sexe et de tout- état, réduites par caducité, viduité, faiblesse d'enfance, à l'impossibilité de gagner leur vie, et à qui elle donne des soins, soit pour leur adoucir les peines de la vie, quand elles sont incurables, soit pour leur apprendre à remplir honorablement les devoirs de leur état, quand elles seront rentrées dans la société ; qu'elle procure des places à environ 700 servantes par année quand elles se trouvent sans ouvrage, qu'elle prodigue toutes sortes de soins dans ses maisons d'asile à 800 petits enfants des deux sexes, quand ils sont en état de parler et de manger, afin que leurs mères puissent, pendant qu'ils sont à s'instruire à ces pieuses écoles, gagner de quoi les nourrir ; qu'elle a déjà commencé à ouvrir des salles de convalescence afin que les malades, que les médecins jugent n'avoir plus besoin de leurs soins, puissent y reprendre les forces dont ils ont besoin pour s'arracher à la misère ; qu'elle ouvre tous les soirs un asile aux plus malheureux pour qu'aucun ne soit exposé à périr de froid et de misère, quelque coupables qu'ils puissent être, parce qu'elle ne saurait oublier les paroles de miséricorde qu'a laissé tomber de sa divine bouche son Fondateur, pendant qu'il habitait au milieu des infortunés enfants d'Adam : " Je suis venu ici-bas pour chercher les pêcheurs."

Du Paupérisme- Conférences de St. Vincent de Paul — Principes sociaux des Œuvres de

Charité Catholique — Noël.

Lettre Pastorale, 25 Dec. 1862.

Afin de prévenir les maux incalculables que peut causer partout le " Paupérisme," c'est-à-dire la pauvreté, enfantée par le vice, avec sa prétention de se faire soulager bon gré mal gré par les riches, l'Eglise Catholique, comme une bonne Mère, emploie tous les moyens en son pouvoir pour rendre les pauvres bons et vertueux. Elle a, pour la seconder dans son zèle maternel, des citoyens charitables qui s'associent, non seulement pour se porter de mutuels secours, quand arrive le temps de l'infortune, mais encore pour répandre les bénédictions de la charité dans le sein de l'indigence et de la maladie.

Ces charitables citoyens se réunissent chaque semaine pour entendre les soupirs des veuves et des orphelins et aviser aux meilleurs moyens de leur porter des secours efficaces. Nous ne devons pas ici les détailler, ni dire combien de familles ces compatissantes Conférences soulagent et consolent, dans leurs jours de désolation, parce que leur règle est celle de l'Evangile, savoir : de laisser leur gauche ignorer ce que donne leur droite. Mais nous sommes du moins autorisé à dire que par leur visite à domicile, et par leur vigilance sur la conduite morale de leurs pauvres, ils travaillent efficacement à préserver notre jeune société des horreurs qui bouleversent les vieilles sociétés européennes, par suite des détestables principes qu'a engendrés cet affreux " Paupérisme." -

A la vérité, nous ne mettons pas nos pauvres sous des verroux, pour les empêcher de force d'aller frapper aux portes des riches. Nous avons pour cela beaucoup de bonnes raisons. Nous pensons que le pauvre, aussi bien que le riche, peut jouir de sa liberté, tant qu'il ne se rend pas nuisible et dangereux à la société, par ses violences et autres excès condamnables. Nons croyons que ce serait une occasion d'immoralité, si nous forcions les hommes à vivre séparés de leurs femmes, ce qui serait d'ailleurs criminel aux yeux de Dieu, qui défend aux hommes de séparer ce qu'il a uni lui-même par un lien sacré, le lien du mariage. Nous avons pour principe invariable que les pères et les mères sont maîtres de leurs enfants ; et qu'ils sont chargés de les bien élever ; et que personne au monde ne saurait les priver de ce droit que la nature et la religion leur donnent sur ceux à qui ils ont donné la vie. Nous avons aussi pour nous la raison qui nous fait voir tous les jours que c'est par les pauvres que les pays se peuplent et que les nations deviennent de grandes et puissantes nations.

En conséquence, nous prenons soin des nombreuses familles, loin de chercher à les rendre stériles, afin d'y trouver des éléments de vie et de prospérité. D'ailleurs nous vénérons nos pauvres, parce que notre commun Maître s'est fait pauvre, et qu'il nous a déclaré que ce que nous faisons pour ces pauvres qui sont nos frères et ses membres souffrants, nous le faisons pour lui-même, avec la ferme confiance qu'il nous en récompensera en nous donnant la vie éternelle.

Nous sommes heureux de pouvoir "vous écrire toutes ces choses, dans une Maison où l'on a chaque jour sous les yeux le spectacle de tant de misères. Car le cœur le plus dur s'amollit nécessairement en voyant d'un côté tant de souffrances, et de l'autre une si grande charité pour les soulager. C'est à la suite de quatre on cinq mois d'infirmité que Nous vous adressons ces recommandations paternelles. Or, vous ne l'ignorez pas, N. T.-C. F., si, dans ces jours où l'on peut s'attendre à paraître devant le Souverain Juge, quelque chose peut rassurer, c'est assurément la pensée que les pauvres que l'on aurait secourus, sont nos avocats, nos amis et nos défenseurs, dans ce moment suprême.

Nous nous sentons animé d'une juste confiance que vous aurez pour agréables les paroles que Nous vous adressons, en pensant que c'est aujourd'hui le jour où le Dieu qui possède tous les trésors du ciel et de la terre est né dans une pauvre étable, et que, pour mieux célébrer cette joyeuse naissance, vous avez eu pour la plupart l'inestimable bonheur de le recevoir à la sainte Table. Pénétrez-vous bien maintenant de cette sublime pensée qui ranime toute la foi catholique : " Jésus m'a nourri dans la divine Encharistie, je veux à mon tour le nourrir dans ses " pauvres."

''La Vie de Jésus" par E. Renan.

Circulaire, 3 Dèc. 1863.

Si un voleur était entré, dans le cours de cette année, dans une de nos Eglises, s'il y avait franchi les bornes du Sanctuaire, et s'il était monté à l'Autel, pour briser la porte du Tabernacle ; si, enfin, enlevant le Ciboire, il avait foulé aux pieds les Saintes Hosties, vous comprenez, que ce serait pour nous tous un devoir indispensable de faire nous-mêmes à Notre Seigneur, si indignement outragé dans le Sacrement de son amour, et de lui faire faire de continuelles Amendes Honorables, par les pieux fidèles confiés à nos soins.

C'est ce que nous allons faire à l'égard d'un sacrilège d'une nouvelle espèce, qui vient d'être commis contre la Divine Personne de Jésus-Christ, par un écrivain impie qui, comme vous le savez, a publié un abominable Roman, dans lequel il s'efforce de renverser les Autels érigés au vrai Dieu, et de fouler aux pieds la Divinité de Jésus, qu'il travaille à arracher à son tabernacle vivant, qui est le cœur de l'homme de foi humble et sincère. Cet horrible Roman est intitulé ; " Vie de Jésus," et son auteur est M. Ernest Renan, membre d'un Institut de France. Dans ma sollicitude pastorale, je dois signaler à votre foi cet ennemi juré de la Divinité de Notre Seigneur, comme un second Arius, qui, comme le premier, se montre armé de toute la rage de l'enfer, avec toute la séduction des esprits de malice. Car les bruyants battements de mains avec lesquels les hommes du mal ont salué l'apparition de ce livre impie, me font craindre que son éclat ne retentisse jusqu'ici, et qu'il ne trouve ici et ailleurs des partisans zélés.

Tels sont en substance, Chers Coopérateurs, les horribles blasphèmes qui se lisent dans la " Vie de Jésus," par Ernest Renan, homme public, comblé d'honneurs insignes, engraissé de l'argent des contribuables, et assis dans une des plus éminentes chaires académiques de la Capitale de l'Empire Français, avec mission d'y distribuer régulièrement la doctrine et la science à la jeunesse française. Que cet impie ait pu écrire des choses si injurieuses au Fils de Dieu et à sa Divine Religion, sans aucune réclamation de l'autorité publique, avec l'applaudissement des journalistes imbus des mêmes principes, et avec d'autres avantages encore, cela fait verser des larmes et pousser de profonds gémissements : car il est aisé de concevoir ce que tout cela fait craindre, pour les sociétés qui laissent ainsi outrager le Saint des Saints.

C'est à vous seul néanmoins que je communique mes peines et mes frayeurs, parce que nos populations, grâce à la Divine Providence, ont encore une Foi si vive qu'elles ne sauraient même avoir la pensée qu'une si grande impiété pût exister dans le monde. Voilà pourquoi je me suis bien gardé de leur révéler ces horribles choses, qui les auraient infailliblement scandalisées, je les dépose donc dans votre sein, pour décharger mon cœur du poids de la trop juste douleur qui l'accable, et afin que, de concert, nous avisions aux meilleurs moyens de prévenir les maux que pourrait bientôt produire parmi nous ce livre détestable.

Attachons-nous plus amoureusement que jamais à l'adorable Personne de ce Dieu-Homme, en lui disant, avec Saint-Pierre : " Seigneur à qui irons-nous, si ce n'est à vous, qui avez les paroles de la vie étemelle ? " Vous êtes le fils unique du Père, qui vous a engendré dans son sein divin, de toute éternité dans les splendeurs des Saints. Vous êtes l'éclat de sa lumière, la splendeur de sa gloire, le caractère de sa substance, l'image de sa bonté, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu. Vous êtes le Premier-né de tontes les créatures, le Prince des siècles, le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs, le Principe et la Fin, l'Alpha et l'Oméga, la Vérité et la Lumière, !a Résurrection et la Vie ; et en vous habite corporellement la Plénitude et la Divinité.

Et, comme l'Auguste Vierge Marie est indignement traitée dans ce maudit ouvrage, où elle est proclamée comme une femme ordinaire, qui a eu d'autres enfants, après avoir mis au monde Jésus, animons-nous dans notre zèle à promouvoir la gloire de cette Glorieuse Mère de Dieu. Qu'elle soit le continuel objet de nos chants sacrés et de nos louanges parfaites. Faisons-la connaître, louer, aimer autant qu'elle le mérite, autant du moins que nous en sommes capables. Répétons sans cesse qu'elle a été Immaculée dans sa Conception et que toujours elle a été Vierge pure et sans tache ; Vierge avant son enfantement ; Vierge dans cet ineffable enfantement ; Vierge après cet incompréhensible enfantement Toujours prosternés aux pieds de cette Vierge toute-puissante, qui a écrasé la tête du venimeux serpent infernal, et qui a détruit toutes les monstrueuses hérésies, qui sont les Portes de l'Enfer, qui n'ont cessé d'agiter !a Sàinte- Eglise, croyons que sous son étendard nous vaincrons les erreurs et les vices, qui menacent de nous déborder de toutes parts.

Renan — Réparatrices.

Circulaire, 3 Dec. 1863.

Épouses chéries du divin Jésus, je vais, je le comprends bien, troubler vos paisibles demeures, qui sont le séjour ordinaire de la foi et de la piété, en vous communiquant une lettre, qui vous fera connaître les horribles blasphèmes que vient de vomir l'Enfer contre l'Adorable Personne de Notre Seigneur.

Je regrette vraiment de répéter, dans vos Saintes Maisons, d'où s'élèvent, jour et nuit vers le Ciel, le parfum de tant de ferventes prières, les affreux attentats commis contre l'aimable Époux que vous avez préféré à tout, et qui vous y fait goûter, par torrents, les délices de son amour ; mais, en vérité, nous avons besoin que vous vous fassiez Victimes de Propitiation, pour réparer tant d'injures ; et voilà pourquoi je me décide à vous découvrir les nouvelles épines qui couronnent le divin Cœur de Jésus, pour qu'il vous répète ce qu'il disait autrefois à son humble servante : " Voilà ce Cœur qui aime tant les hommes, et qui n'en reçoit que d'indignes outrages."

Je n'ai besoin d'aucun commentaire, pour vous faire entier da«9 des sentiments de vive douleur, à la vue de tant d'outrages. Car dans l'élan de vos cœurs de Vierges, vous allez de vous-mêmes vous porter a la pratique des œuvres satisfactoires, que l'instinct de votre piété ne manque jamais de vous faire trouver, et inventer même au besoin

" Vous allez donc, comme d'innocentes tourterelles, remplir le Diocèse de vos voix plaintives et gémissantes, pareeque le Dieu de Majesté a été indignement outragé par des hommes qu'il a comblés de ses bienfaits. i uisse l'écho de vos longs gémissements se répandre dans les assemblées des méchants, les pénétrer des sentiments de la plus vive douleur ! Puissent vos réparations purger la terre de fout levain d'impiété, et la rendre digne des bénédictions du ciel, que nous recueillerons dans toutes les douceurs de la paix !

Que la glorieuse Mère de Dieu, la Vierge Immaculée, vous bénisse et vous asiiste dms l'accomplissement des devoirs des " Ames Réparatrices !" Je vous bénis toutes en Notre bon Sauveur.

Dépérissement de la Foi — "Jours Mauvais.'1

Mandement, 25 Dec. 1863.

Vous savez, N. T.-C. F., quelles sérieuses précautions l'on prend dans le monde quand on est menacé de quelque imminent danger. Que ne fait-on pas, en effet, dans les temps d'épidémie, pour se préserver de la peste qui exerce en tous lieux ses cruels ravages ? Quels soins n'apporte-t-on pas dans l'examen de la monnaie courante, quand on est averti qu'il circule beaucoup de pièces fausses et de mauvais aloi ? Comme l'on s'arme avec prudence, quand on est exposé à être attaqué et pillé par des assassins et des brigands î II suffit, dans de telles occasions, que la police ou autre autorité municipale donne l'éveil pour que chacun se tienne sur ses gardes ; et si quelqu'un, avant de prendre ses sûretés, voulait absolument qu'on lui prouvât la présence d'un tel danger, on le prendrait pour un insensé.

Et bien, N. T.-C. F., nous sommes en grand danger de contracter la plus désastreuse de toutes les pestes, d'être trompé dans la plus sérieuse de toutes les affaires, d'être dépouillés du plus précieux de tous les trésors, c'est-à-dire de la Foi, " sans laquelle il est impossible " de plaire à Dieu." (Heb. 11,6.) C'est le Chef Suprême de l'Eglise qui fait entendre le cri d'alarme d'un bout du monde à l'autre. S'en tronverait-il parmi nous d'assez imprudents pour ne donner aucune attention à un avertissement aussi sérieux, et qui part du sommet des collines de la Ville Eternelle ? Mériterions-nous, par notre insouciance, d'être mis au nombre de ceux que frappe cet oracle, sorti de la bouche de la Sagesse Divine, savoir, que " les enfants de ce siècle sont plus prudents dans leurs générations que les enfants de la lumière." (Luc. 16, 8.)

Car ce n'est pas légèrement que le Pasteur universel nous signale les jours mauvais que nous traversons. Assis sur la Chaire de Pierre, il contemple tous les siècles qui se sont écoulés depuis que le Bienheureux Pierre, dont il est le sucesseur, et les autres Apôtres demandèrent à leur adorable Maître quand arriveraient les "jours de désolation," qu'il leur avait prédits. " Die nobis quando haec erunt ? et quod " signum adventus tui et consummationis saeculi ? " (Matth. 24, 3.) Il a, pour se régler dans ses calculs et fixer les temps d'épreuves réservées à l'Eglise, les infaillibles prophéties de Celui dont il est le Vicaire.

Ces " jours mauvais " seront si dangereux, que Dieu, clans son infinie miséricorde, les abrégera, de crainte que, s'ils venaient à se prolonger au delà des termes fixés par la Divine Providence, il ne restât plus aucun élu sur la terre. " Nisi abreviati fuissent dies illi, non " fieret salva omnis caro." (Matth. 24, 22.) Qu'elles sont terribles ces paroles prophétiques du Seigneur Jésus! Oh ! comme elles nous dépeignent bien les dangers de ces jours de séduction ! Ne sommes-nous pas, N. T.-C. F., en voyant de nos yeux, le triomphe du mal, portés à regretter, avec le prophète, que les jours de notre triste exil, dans cette vallée de larmes, soient si longtemps prolongés ! " Heu mihi ! quia " incolatus meus prolongatus est !" Efforçons-nous, du moins comme nous le recommande si instamment St. Pierre, de rendre certaine, par nos bonnes œuvres, notre vocation à la foi, et notre élection à la gloire. " Satagite, ut per bona opéra certain vestram vocationem et electionem " faciatis " (11 Pet)

" - Des Ennemis de l'Église.

Mandement, 25 Dec. 1863.

Jetons un coup d'œil sur les traits caractéristiques des ennemis de la Religion, tracés par le St. Esprit lui-même dans les Stés. 'Ecritures.

St. Paul, en écrivant à son fidèle disciple Timothée, lui en fait une description si frappante qu'il est impossible de ne pas les reconnaître.

Les hommes dangereux, nous dit l'Apôtre, s'aiment eux-mêmes, ne cherchent que leurs intérêts, ne travaillent qu'à leur propre gloire c'est-à-dire qu'ils sont en toute lettre de vrais égoïstes ! Erci7it homhies seipsos amantes. (11. Tim. 3,2). Il ne faut donc pas s'étonner s'ils haïssent la Religion et Dieu qui en est l'auteur. Car ils font sur la terre, ce que firent, dans le Ciel, les mauvais Anges qui, par amour pour eux-mêmes, et éblouis de l'éclat de leur propre excellence, se révoltèrent contre Dieu, et commencèrent dès lors à lui faire une guerre acharnée. Ce premier combat, qui s'engagea, dans cet instant terrible, entre Saint Michel et les bons Anges d'une part, et Satan devenu Dragon et ses Anges changés en démons de l'autre, s'est continué depuis et se continuera jusqu'à la fin des siècles, entre les bons et les méchants. Factum, est prœlium magnum in cœlo. Michœel et Angeli ejus prœliabaiitur cum dracojie, et draco pugnabat et Angeli ejus. (Apoc. 12).

Et, comme les Anges rebelles furent dépouillés de tous les ornements de la grâce et de la justice, et précipités dans le puits de l'abîme, de même les méchants, que la Divine Providence a enrichis des plus beaux talents, sont, en punition de leur fol orgueil, abandonnés à l'aveuglement de leur esprit et à la dépravation de leur cœur. Voilà pourquoi, dit l'Apôtre, ces enfants d'iniquité deviennent " avares, fiers, blasphémateurs, désobéissants à leurs parents, ingrats, scélérats. (11. Tim. 3). Aussi, finissent-ils par être insupportables, par tomber dans le mépris et par se voir rejetés de toutes les sociétés qui se respectent. No?i prevahierunt, neqne loctis inve7itus est eorum amplius in cœlo. (Apoc. 12).

Les ennemis de la Religion sont, dit encore l'Apôtre, reconnaissables à un autre trait bien frappant, c'est qu'ils sont dénaturés, c'est-à-dire sans affection ni vrais sentiments du cceur.<~Sine affectione.

Pour s'en bien convaincre, il faut les juger, non par leurs paroles, car ils se vantent, d'être les seuls bienfaiteurs du genre humain, mais par leurs œuvres. Car on ne peut vraiment connaître l'arbre qu'à ses fruits. Mala autem arbor malos /ruches facit. (Matth. 7, 17) Or, quels sont les fruits qu'ont produits, dans le monde, ceux qui ont combattu la Religion par leurs écrits impies et leurs discours blasphéma-

toires? L'histoire de tous les siècles est là pour nous l'apprendre. Qu'il nous suffise donc de remarquer ici en passant qu'ils sont, non les libérateurs, mais les fléaux de toutes les sociétés. Car ce sont évidemment leurs sophismes irréligieux qui enfantent les révolutions, bouleversent es empires et les pays les plus florissants, arment les nations contre les nations et soulèvent les familles contre les familles.

" Ils sont sans affection ;" et en effet, ce ne sont pas, N. T.-C. F., ces ennemis de la Religion et de ses saintes Institutions, que l'on voit dans les réduits où se cache la misère, dans les maisons où une fièvre contagieuse exerce ses ravages, dans Ges lieux enfin où il y a des larmes à essuyer, des douleurs à calmer, des peines à soulager. Mais on les trouvera partout où il y a des passions populaires à exciter, là où le sang coule pour réclamer des droits chimériques, là où des citoyens sont armés contre des citoyens, là où les biens des Eglises sont pillés, les temples profanés, les ministres de la Religion insultés et massacrés. Car, dit encore le grand Apôtre, ces hommes " dénaturés " et " sans affection," sont "ennemis de la paix, calomniateurs " dans leurs écrits aussi bien que dans leurs discours, " esclaves de l'intempérance, inhumains, ennemis diss gens de bien, traîtres, insolents, aimant leurs voluptés plus que Dieu." (n. Tim. 3, 3 et 4).

Autre caractère distmctif des ennemis de la Religion : V hypocrisie. Ces hommes, dit le Docteur des Nations, prendront tous les dehors et auront toutes les apparences de la piété ; mais ils n'en auront ni l'esprit ni la réalité. Loin de là, ils se moquent entr'eux de tout ce qui est sacré, et tournent en dérision le bon peuple attaché à toutes ses pratiques religieuses, et disent que la Religion n'est bonne que pour lui. Aussi, ce n'est guère qu'en présence des gens de bien dont les suffrages leur sont nécessaires pour arriver à leurs fins, qu'ils affectent de paraître religieux, et qu'ils font certains actes de piété pour mieux les séduire. Habentes speciem quidem pietatis, virtutem autem ejits abnegantes (II. Tirn. 3, 5.)

Il y a donc chez ces ennemis de la Religion un caractère d'hypocrisie, le plus bas et le plus vil de to.is les caractères ; péché d'ailleurs si grand, que l'Enfer lui est spécialement réservé, au témoignage de Notre Seigneur, qui nous déclare que le sort des méchants en général est de brûler avec les hypocrites. Partemque ejus ponetaim hypocritis, (Math. 24, 5).

Erreurs Modernes.

Mandement, 25 Dec. 1863.

Les erreurs que le Souverain Pontife découvre, du haut de la Chaire Apostolique, et qu'il voit se glisser, comme des serpents monstrueux, dans toutes les parties du monde, sont le "Philosophisme moderne," qui ne reconnait aucun Dieu, ou qui n'admet qu'un Dieu impuissant, sans providence, et soumis aux lois de la terre ; 1"' Empiétement de la Puissance séculière," qui voudrait dominer la Sainte Eglise de Dieu ; le " Rationalisme," qui rejette les mystères que la raison ne comprend pas ; 1"' Indifférai tisme," qui sauve tout le monde, ceux même qui vivent dans de fausses religions.

Mais il est à bien remarquer, N. T.-C. F., que ces horribles monstres ne serpentent, dans les sociétés humaines, qu'en se déguisant et en se couvrant des plus belles protestations d'attachement à Dieu et à sa Divine Religion. Aussi, l'on dira de magnifiques choses de la Divinité, et en même temps, l'on prétendra que Dieu ne se mêle pas du gouvernement de ce bas-monde ; et, parce qu'on le soumet aux lois delà

nature, on lui nie le pouvoir de faire des miracles. On fera de magnifiques éloges de Jésus-Christ, comme du plus grand homme qui ait paru dans le monde, mais on combattra sa Divinité et cela pour attaquer la divinité de notre Religion. On relèvera bien haut la Religion Chrétienne et toutes ses admirables Institutions, mais on fera marcher de pair la Raison humaine, dont on fait une règle de conduite aussi certaine et plus sûre même que la Foi Divine L'on conviendra que l'on peut se sauver dans l'Eglise Catholique, mais en même temps l'on ouvrira, pour se montrer libéral, la porte du Ciel à tous ceux qui vivent dans des erreurs d.uunables

Il en est donc de ces erreurs et autres, que ne cesse de vomir l'Enfer, comme des démons qui, pour mieux tromper les hommes, se transforment en Anges de lumière. C'est ce que vous verrez clairement dans le tableau des propositions erronées que vous allez entendre. Vous comprendrez facilement quel est le poison infect du rationalisme, caché dans ces propositions, en faisant attention que les ennemis de la Religion cherchent partout à mettre l'intelligence humaine à la place de la Foi Divine, et voudraient faire croire aux peuples que la Politique est indépendante de la Religion, que la loi des hommes n'a rien à faire avec la loi de Dieu, que l'intervention de l' Eglise nuit aux progrès des sociétés humaines', que la loi doit être athée, c'est-à-dire, ne reconnaître aucun Dieu, et par conséquent protéger l'erreur aussi bien que la^ vérité.

Apostolat de la Prièret

Mandement, 25 Dec. 1863

L'Apostolat de la prière est devenu dans ces jo.irs mauvais, une association immense, qui couvre le monde entier de son ombre bienfaisante ; et Nous voulons vous y enrôler, N. T. -C. F., pour qui, sous sa glorieuse bannière, vous puissiez combattre vaillamment les combats du Seigneur, pour le triomphe de la foi catholique.

Pour remplir les devoirs de cette noble association, il suffit d'offrir dévotement, tous les matins, ses prières, ses travaux, ses souffrances, au Sacré Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie, pour la conversion des infidèles, des hérétiques et des pécheurs, la persévérance des justes dans les sentiers de la Sainteté et le triomphe de la véritable Religion. Rien de plus facile, comme vous le voyez, N. T.-C. F., aussi, allez-vous répondre à cet appel avec tout l'empressement qui vous caractérise chaque fois' qu'il s'agit de; la plus grande gloire de Dieu. Vous le ferez d'autant plus volontiers qùe " l'Apostolat de la Prière" a déjà produit des fruits merveilleux. Il ne faut pas s'en étonner, car il va, à toutes les heures du jour et de la nuit, puiser des torrents de grâces dans. le divin Cœur de Jésus et dans celui de sa glorieuse Mère. L'Eglise a d'ailleurs enrichi cette bienfaisante Association des plus précieux avantages.

Divinité de Jésus.

Amende-Honorable des Quarante Heures, 1S63-1864.

" O Divin cœur de Jésus, nous sommes tous saisis d'une vive horreur en apprenant les horribles attentats qui se commettent contre " votre Divinité ! Car, pour nous tous, attenter à votre Divinité, c'est plus que d'attenter à notre honneur, à notre fortune, à notre famille, à nos " biens, à notre vie même. Et en effet, votre divinité est tout pour nous ; elle règle notre conduite dans ce lieu d'exil et de misère ; elle est notre " force dans nos épreuves, notre consolation dans nos douleurs, notre espérance dans nos craintes et dans nos anxiétés ; elle inspire nos sacrifices, <' elle ennoblit et resserre nos affections ; elle soutient notre dévouement envers nos semblables.

" Vous frapper, O Dieu infiniment bon, c'est nous frapper tous au cœur. Car sans vous, il n'y a plus sur la terre ni Foi, ni Espé- " rance, ni Amour. Sans vous, il n'y a plus ni lois éternelles, ni principes de morale, ni liens de charité. Sans vous, le vice et la vertu ne sont plus " que des accidents de la nature, il n'y a plus enfin, dans l'autre vie, ni récompenses pour les bons, ni châtiments pour les méchants. Sans vous " le pauvre est sans consolation, et le riche n'est plus qu'un être insensible. Sans vous, toutes les sources de la charité sont taries et les " institutions religieuses, créées pour apporter remède à nos maux, tombent en ruine Sans vous, il n'y a plus de Missionnaires zélés, pour " civiliser les nations barbares, ni Vierges dévouées au soulagement de toutes les misères humaines, ou à l'enseignement de ces bons principes " qui peuvent seuls faire le bonheur de la vie, en rendant l'homme vertueux et honnête. Sans vous, les Sociétés humaines s'écroulent, pareeque les " Princes ne savent plus commander, et les Peuples ne veulent plus obéir.

Jeunesse Catholique.

Circulaire, 6 Janv. 1S64.

Aujourd'hui, nos jeunes gens qui pensent à se faire un avenir se partagent en deux camps ; les uns pour, et les autres contre les principes catholiques. Les premiers s'attachent à Nous et réclament Notre intervention ; tandis que les derniers Nous renient et revendiquent leur liberté pleine et entière. Placés entre ces combattants, n'oublions pas notre Mission, renfermée dans ces paroles : Docete omnes gentes. (Math. 28, ig.) et ces autres Potens sit {Animarum rector) zxhortari in doctrinas sanas, et eos g7ii contradicuiit arguere (Tit. 1, 9.)

Il est à espérer qu'avec une direction convenable les jeunes gens à bons principes, qni se présentent sur la scène du grand combat qui est livré à notre Sainte Mère l'Eglise, deviendront, par leurs écrits et leurs discours, les Apôtres des saintes doctrines. Car, s'étant déclarés franchement pour les solides principes, qui sont la base de la société comme de la religion, ils en feront une profession ouverte au barreau connue dans le commerce, dans la législature comme dans la magistrature ; enfin, dans toutes les situations où les placera la Divine Providence. Ils méritent donc, pour leur bon vouloir, protection et encouragement.

Mais, sans la prière et la charité, nous ne serions qu£ des cymbales retentissantes et notre parole n'aurait que le vain son de l'airain.

La Propitiation Monastique.

Circulaire aux Communautés Religietises, 6 Janv. 1864.

Mes chères Filles, ce ne sera pas sans verser beaucoup de larmes que vous apprendrez la triste histoire des erreurs qui empoisonnent les sociétés humaines. Car vos cœurs sincèrement dévoués au service du divin Époux, sentiront vivement les outrages que lui font les impies, en cherchant à faire croire que Dieu n'a rien à faire dans le gouvernement des hommes ; que son Saint Evangile est un obstacle au progrès des sociétés humaines ; que sa divine loi ne doit entrer pour rien dans les lois qui gouvernent les empires de la terre ; que la raison humaine n'a nul besoin de la loi divine, ayant tout ce qu'il faut pour se conduire elle-même, et les autres abominables erreurs, mises au grand jour, pour que chacun se tienne sur ses gardes, afin de n'en être pas séduit.

En lisant ces déplorables erreurs, vous allez vous attacher au service de Dieu, avec plus d'ardeur que jamais, précisément parceque vous le yerrez plus abandonné et méprisé par ces hommes irréligieux. Vous aimerez plus tendrement votre saint état, précisément parceque l'on travaille à vous en détacher. Vous porterez le joug de la vie religieuse avec d'autant plus de bonheur que l'on cherche à faire croire qu'il est insupportable. Vous remplirez les obligations de vos vœux religieux, avec des délices d'autant plus grandes que l'on voudrait faire croire que Notre Seigneur, qui vous a promis ici-bas le centicple, et qui vous le donne avec une profusion toute divine, serait en défaut et vous aurait trompées en vous promettant un bonheur imaginaire

Mais, tout en savourant le bonheur de votre saint état, et en coulant des jours si heureux dans vos délicieuses retraites, portez vos regards compatisants sur vos sœurs d'Italie, que les impies, dont je viens de vous . signaler les erreurs, maltraitent avec une barbarie qui fait horrreur.

Vous prierez donc avec elles et pour elles, dans ce grand combat que livre l'Enfer à la Virginité comme à tous les autres bons principes, afin que la Sainte Eglise remporte une éclatante victoire sur toutes les erreurs qui séduisent les nations.

Vous avez embrassé avec .ardeur l'Œuvre de la Réparation à laquelle vous invitait votre Divin Epoux, par ma lettre du 3 Décembre dernier. Rien de surprenant en cela, puisque, attaquer la Divinité du Fils de Dieu, ce serait vous ôter la vie. Car chacune de vous sent vivement et ne cesse de s'écrier avec l'Apôtre : Je vis, mais non, ce n'est pas moi qui vis, mais Jésus-Christ qui vit en moi." J'ai donc la pleine confiance que vous serez toutes de véritables Réparatrices, selon que la grâce divine vous l'inspirera, au fond de vos âmes.

Soyez donc animées, Mes Chères- Filles, d'une nouvelle ardeur, dans la voie des pénibles sacrifices qu'il vous faut faire pour être des Hosties vivantes, et de dignes Réparatrices des outrages qui reçoit le Dieu d'Amour de la part de ceux qu'il comble de bienfaits. Vous allez en conséquence souffrir généreusement les désolations intérieures, les tentations fâcheuses, les rudes épreuves, les humiliations profondes et tous ces dégoûts, ennuis, répugnances, révoltes de la nature, qui sont les ronces, les épines dont est jonchée la route de la perfection religieuse. Vous surabondrez de joie, au milieu de ces tribulations dans la pensée que toutes ces peines vous unissent à l'epoux de sang, dont vous soulagez les douleurs.

ruinent votre vie sainte et vos sacrifices de tous les jours f.ure monter au Ciel un encens pur. et répandre dans tout le Diocèse le parfum de- ;a Virginité, afin que les ennemis de votre divin Epoux soient réduits au silence, ou plutôt qu'ils soient attirés à l'amour du Dieu- Homme, qu'ils aimeraient, s'ils savaient, comme vous, combien il est bon et aimable !

Guerre de la Sécession Américaine -Fléaux et Désordres universels.

Circulaire, 10 Mai 1864.

Le terrible fléau de la guerre -se fait sentir de proche en proche, et menace de devenir général; car toutes les nations, l'arme au bras, n'attendent plus que le signal d'en haut pour en venir aux mains.

A la vérité, notre pays, grâce à l'infinie miséricorde de Dieu, jouit d'une paix profonde. Cependant, cette épouvantable calamité s'exerce sur un grand nomhre de nos compatriotes, qui ont l'imprudence de franchir les frontières, et qui, se voyant bientôt réduits à la misère, s'enrôlent et s'en vont comme les autres à la boucherie. Car on assure qu'il y a au moins 25,000 Canadiens dans l'armée américaine, ce qui fait craindre qu'il n'y en ait beaucoup qui restent sur le champ de bataille à chacun des engagements meurtriers qui ont lieu entre les parties belligérantes.

A ces bruits de guerre, qui retentissent d'un bout du monde à l'autre, viennent se joindre chaque jour les rapports les plus désolants sur les événements qui signalent ces temps de deuil et d'affliction. Ce sont des tremblements de terre épouvantables qui, en quelques secondes renversent de fond en comble des villes entières. Ce sont des incendies qui se déclarent soudainement, et qui, en peu d'heures, consument des milliers de personnes. Ce sont des morts subites qui enlèvent, en un instant, les riches et les pauvres, les grands et les petits, les prêtres et les laïques.

Hélas ! combien qui, à l'heure qu'ils y pensent le moins, sont tout-à-coup frappés de mort, et lancés, les yeux fermés, dans l'éternité. C'est pendant qu'ils conversent familièrement avec leurs amis, qu'ils dorment paisiblement dans leurs lits, qu'ils boivent et mangent joyeusement avec leurs enfants, qu'ils s'en vont ainsi paraître devant le Souverain Juge.

Mais ce qu'il y a de plus terrible, c'est que cette mort impitoyable en saisit beaucoup au milieu de leurs criminels plaisirs, dans l'oubli de leurs devoirs religieux, et même dans des maisons de débauche, et dans de misérables cantines. Ces faits lamentables, nous les voyons se passer sous nos yeux, ou ils nous sont attestés par ceux qui en ont été les tristes témoins.

Avec cela, les temps sont changés, les saisons renversées, les climats confondus. La chaleur a remplacé le froid et le froid la chaleur. La gelée et la neige font d'affreux ravages dans les pays où elles étaient à peine connues avant ces jours de misère. L'air est insalubre, la terre engourdie, le ciel enveloppé de sombres brouillards. Le temps est malsain, le printemps langoureux, la pluie incessante.

Mais tous ces dérangements des éléments de la nature n'expriment dans l'ordre physique que bien faiblement les dérangements des esprits dans l'ordre moral. L'esprit public, en effet, se gâte visiblement et s'entache d'impiété. Il ne se courbe pas facilement, comme autrefois, sous le joug de l'autorité de l'Eglise. Il raisonne sur tout et est livré à un tel vertige que souvent le premier charlatan venu est cru de préférence au Pasteur. Il se fait une idée si fausse des devoirs religieux que, dans la pratique, toute religion est bonne pour lui. Il est tellement esclave du Sensualisme que, à tout coup, la règle est mise de côté, quand elle gêne la liberté.

Avec un tel esprit, on aime la religion, mais il ne faut pas qu'elle gêne l'usurier dans ses transactions injustes, le prêteur dans ses prêts illicites, le marchand dans son commerce frauduleux, le cultivateur dans ses marchés iniques, l'aubergiste dans son trafic honteux de liqueurs enivrantes, l'homme d'affaire dans la négligence de ses devoirs, l'électeur dans ses moyens de corruption pour arriver à ses fins, les jeunes gens dans la poursuite d'une alliance illicite et malheureuse, le riche dans sa dureté pour le pauvre, le pauvre dans sa vie oisive et fainéante, la jeune fille dans son amour de la toilette, du luxe et des plaisirs, l'écrivain dans les productions impies ou immorales de son esprit.

Hôpital d'Ottawa.

Circulaire, 15 Sept. 1864.

Nous devons regarder comme une de nos Communautés les Sœurs d'Ottawa, qui prennent un si grand soin de nos jeunes gens des Chantiers, quand ils tombent malades, dans ces lieux déserts. Car on les transporte dans l'Hôpital de cette ville, où ils trouvent des mères tendres et compatissantes. Voilà pourquoi j'ai donné de grand cœur à ces bonnes Sœurs toute liberté de recueillir les aumônes de la ville et des campagnes de ce Diocèse.

Du Plain-Chant.

Circulaire, 4 Nov. 1864.

Le Plain-chant ne peut atteindre son but et être bien goûté que lorsqu'il est exécuté par plusieurs voix, surtout s'il n'est pas accompagné par l'orgue. Il est très-peu agréable d'entendre une seule voix, quelque belle qu'elle soit, chanter seule, par exemple le " Kyrie," ou le " Gloria in excelsis," ou autres pièces de chant. Lors donc qu'il vous sera possible d'avoir plusieurs chantres, vous ferez bien de les partager, de manière à ce qu'il y ait toujours au moins deux voix qui chantent ensemble.

Ce serait peut-être aussi le lieu de vous rappeler ici une recommandation très-importante, et que j'ai entendu faire par le Maître de Chapelle de la Basilique de St. Pierre, à Rome, c'est que tout le secret pour bien exécuter le Plain-chant est d'entonner toujours une pièce de chant sur un ton qui convienne à toute espèce de voix, c'est-à-dire ni trop haut, ni trop bas. On comprend en effet qu'il ne peut être dans le génie de ce chant de l'Eglise, que l'on entonne, par exemple, un " Introït " sur un ton si élevé qu'on ne puisse le continuer qu'en criant, ni sur un ton si bas que les voix ne puissent se faire entendre. Les notes du Plain-chant doivent être coulées, et non saccadées, comme on le fait quelquefois, avec un si mauvais goût. Il faut éviter aussi ces efforts de voix, qui, s'ils sont nécessaires pour la musique, sont tout-à fait déplacés dans le Plain-chant et produisent un effet qui est loin de plaire.

Je vous prie de recommander tout spécialement aux chantres d'observer la quantité, surtout dans le chant des Psaumes, où les fautes en cette matière sont plus sensibles. Rien ne dérange plus un Office, , comme aussi rien n'est plus insupportable, que cet empressement qui porte à arracher, pour ainsi dire, du gosier de son voisin, les derniers mots auxquels on a hâte de répondre. On ne ferait pas cela dans une conversation avec des personnes que l'on respecte. Veuillez donc donner à qui de droit des leçons sur ce point important, et sur tout autre que vous croirez pouvoir contribuer davantage à la parfaite exécution du chant. Lorsque l'on voit le grand Saint Grégoire ne pas trouver indigne de son haut rang, et ne pas regarder comme un temps perdu de donner lui-même des leçons de mélodie et de chant, il me semble que chacun de nous devrait s'estimer heureux de pouvoir imiter un si bel exemple. Je sais déjà que plusieurs Curés ont commencé à former des Ecoles de chant, et se font un bonheur de donner eux-mêmes des leçons ; je les en félicite de tout mon cœur ; et j'ai l'intime confiance qu'ils auront de nombreux imitateurs.

Cinquième Voyage au Tombeau des Saints Apôtres.

Circulaire, 14 Noz>. 1864.

Je pars pour la Ville Sainte. Les portes de Rome me sont encore ouvertes. Je quitterai le port de New- York mercredi prochain, et par conséquent dans un jour consacré à Saint- Joseph ; comme je pars de Montréal un lundi, qui est le jour spécialement dédié aux saintes âmes du Purgatoire, dont on s'occupe si dévotement pendant tout ce mois. C'est pour moi un motif tout particulier de compter sur la puissante protection du premier et sur le secours des dernières.

Secours des Prières conventuelles — Litanies des Saints.

Circulaire 'aux Communautés Religieuses, 26 Nov. 1864. — {LiverfiooT).

Mes chères Filles, Je suis à me demander dans l'intérieur de mon âme : " Où vais-je ? Que vais-je faire ? Que va-t-il m'arriver ? " Je n'en sais rien, et n'ai nul désir de le savoir avant qu'il en soit temps. Tout ce que je sais, c'est que Dieu, dans son infinie .bonté, a tout prévu, tout réglé, tout ordonné pour le mieux ; et que rien n'arrivera que ce qu'il voudra. Ma crainte maintenant, c'est de déranger, par ma faute, quelque chose des plans conçus dans ses adorables desseins. Or, c'est pour prévenir ce malheur que je réclame l'assistance de vos plus ferventes prières.

Dans le désir de les rendre de plus en plus efficaces, je crois devoir vous exhorter à vous rendre encore plus dignes d'être exaucées, par un redoublement de ferveur dans l'accomplissement de tous vos devoirs religieux, et par la pratique de vos saintes Règles, dont j'aurai d'ailleurs à m'occuper cette fois encore auprès du St. Siège.

Oui, Mes chères Filles, votre simplicité, votre humilité, votre charité, votre obéissance, et toutes vos autres vertus, me seront d'un puissant secours, dans le maniement des sérieuses affaires dont j'ai à m'occuper, pour qu'elles tournent toutes à la conservation du sacré dépôt de la foi, et au maintien de la discipline chrétienne et religieuse.

Je ne vous demande toutefois aucune prière particulière, en sus de celles que vous prescrivent vos saintes Règles. Mais il vous suffira, pour vous conformer à mes désirs, de faire toutes les choses à mon intention : oraison, messe, communion, travail, sacrifice etc., etc., tâchant de mettre, à chaque chose, toute la perfection possible. Les Litanies de la Ste. Vierge, que je vous ai déjà recommandé de dire, et même de chanter, le samedi, à l'honneur de son Immaculée Conception, devant quelqu'une de ses saintes Images, pourront être offertes à cette même intention.

Je profite de l'occasion pour vous donner une compensation aux diverses Litanies, qn'il m'a fallu supprimer, pour nous- met -e d'accord avec les saintes règles de l'Eglise, qui a dérendif, sous des peines sévères, ces Litanies privées. Dans cette vue, je vous recommande de remplacer toutes ces Litanies de dévotion par les belles et dévotes Litanies des Saints, qui renferment tout ce qu'un cœur religieux peut désirer et demander.

"L'Encyclique du 8 Décembre 1864 et le " Syllabus."

HTandeme?it, 1 Janz>. . 1865. — {Rome.)

A peine étions-Nous arrivé dans la Ville Sainte, que Nous avons appris, N. T. -C. F., que le Souverain Pontife venait d'élever la voix, du haut de la Chaire Apostolique, pour signaler au monde 'entier les funestes erreurs qui, dans ces temps mauvais, se répandent partout.

Placé au sommet des Collines éternelles, et plongeant de là ses regards inquiets sur les nations qui s'agitent, au milieu d'un monde s infecté du poison des mauvaises doctrines, il jette le cri d'alarme, afin que chacun, averti à temps du danger que court sa foi, se mette en sûreté, en s'attachant plus que jamais à l'enseignement infaillible qu'il est chargé de donner, au nom et avec l'autorité suprême de Celui dont il est le Vicaire.

Notre premier devoir, comme bien vous pensez, N. T.-C. F., a été de recevoir ces Lettres Apostoliques avec une profonde vénération, de les lire et relire avec une sérieuse attention, d'en approfondir la doctrine dans la retraite, la prière et un religieux silence. Car Nous ne pouvons pas nous dissimuler qu'elles contiennent cette divine parole qui sauve ceux qui l'écoutent avec foi, et qui tue ceux qui lui résistent. Aussi, quand Dieu, du haut du ciel, envoie sa parole sur la terre, déclare-t-il qti'elle ne reviendra pas a lui vide, c'est-à-dire sans produire des fruits de vie ou de mort. Non revertettir àd me vacmim (Isaïe, c. 55, v. n). Cette considération donc, que les Lettres que vient de nous adresser à tous notre Père commun, pour nous aider à conserver le précieux héritage de la foi, pourront rencontrer, dans notre religieux pays des cœurs indociles et rebelles, Nous préoccupe fortement, et Nous empêche de Nous livrer à toute la joie des grandes solennités auxquelles Nous avons le bonheur de participer. Car Nous le sentons vivement jusqu'au fond de Notre âme, ils ne manqueraient pas, ceux qui résisteraient à la voix du premier des Pasteurs, de s'enfoncer dans des brouillards encore plus épais, et de tomber dans un endurcissement encore plus grand dont le déplorable effet serait de les faire entrer dans cette funeste léthargie qui est l'annonce d'une fin prochaine.

C'est pour que vous considériez, N. T.-C. F., " ces opinions dépravées," comme vraiment " réprouvées, proscrites et condamnées," que Nous publions, par le présent Mandement, les Lettres Apostoliques ci-dessus mentionnées, du huitième jour de Décembre dernier, ainsi que le " Résumé renfermant les principales erreurs de notre temps, " pour que vous vous préserviez avec le plus grand soin de ces funestes erreurs qui circulent plus que jamais dans le monde, et qui pour cela viennent d'être de nouveau frappées des anathèmes de l'Eglise.

CLXXVIII Salutation Spirituelle.

Circulaire, 23 Janv. 1865 — {Rome.)

Je dois avouer ici, dans toute la simplicité de mon âme, que j'ai ressenti d'une manière singulière l'efficacité de la pratique de se saluer, soit au commencement de la journée, à l'Oraison, par exemple, soit en commençant quelques entretiens privés, dans les Retraites du Clergé ou des Communautés, en disant : " Salut à Marie conçue sans péché, l'honneur de notre peuple : Réjouissons-nous beaucoup en ce jour que le Seigneur a fait." Car cette courte Salutation m'a toujours paru comme la clef d'or qui ouvre les coeurs de ceux et celles qui écoutent, en même temps qu'elle délie la langue de ceux qui parlent.

Jubilé de 1865 — Guerre a l'Erreur.

Mandement, 23 Janv. 1S65 — {Rome.)

Vous voici, N. T.-C. F., appelés à partager les honneurs de la guerre que la Sainte Eglise fait à l'Enfer, pour conserver le dépôt sacré de toutes les vérités divines qu'elle a reçues de Notre- Seigneur, et qu'elle est chargée d'enseigner jusqu'à la fin des siècles. C'est le Commandant des saintes milices du Seigneur qui nous enrôle sous le glorieux étendard de la Religion. C'est en vous purifiant de tous péchés que vous vous rendrez forts et capables de résister à tous les assauts des ennemis visibles et invisibles qu'il vous faut combattre vaillamment. C'est enfin dans le Sacré Cœur de Jésus que se rallient tous les combattants, comme dans le grand centre de tous les mouvements de cette guerre spirituelle. Que de puissants motifs pour nous, N. T.-C. F., de nous rendre avec empressement à l'invitation que nous fait à tous notre Père commun de lui venir en aide, en nous préparant bien aux grâces du Jubilé, afin qu'il puisse remporter une éclatante victoire sur tous les ennemis de la Religion.

"Port de Salut " — Établissement a fonder pour combattre la démoralisation des

classes pauvres.

Appel, 22 Avril 1866.

Nous vous invitons, N. T.-C. F., à faire, d'un commun accord, une grande Œuvre, qui puisse être, jusqu'à la dernière postérité, l'expression de notre vive reconnaissance, pour les grandes grâces que le Seigneur, tout bon et miséricordieux, nous a accordées pendant le dernier Jubilé.

Cette Œuvre de Charité, qu'on l'appelle, comme on voudra •' un Hospice, qui abritera ceux qui, après avoir frappé à toutes les portes, sont à errer ça et là ; ou m\ Asile ouvert à des malheureux qui sont le rebut de tous et ne trouvent aucun secours ailleurs : ou une Maison d'Ind?estrie établie pour enseigner les arts et métiers à de pauvres enfants qui, privés de bons parents, ne'font que se démoraliser et vagabonder en tous lieux. Pour Nous, Nous l'appellerons le Port de Sahit pour ceux qui, dans notre Société, ont fait un triste naufrage, c'est-à-dire, qui se sont tellement dégradés dans l'opinion publique, qu'ils ne sauraient trouver place dans d'honnêtes maisons, ni même dans d'autres Institutions de Charité, à cause du danger qu'il y a toujours pour les bons, d'être en contact avec les méchants.

Il faut bien remarquer que, dans les grands centres de population, se réunissent et s'agglomèrent comme nécessairement beaucoup d'infortunés qui s'imaginent que là il n'y a pas de misères à craindre et que l'on peut sans peines et même sans travail vivre à son aise. Fatale illusion qui engendre l'oisivité, la mère de tous les vices, et produit le paupérisme, cette plaie si hideuse qui ronge les sociétés modernes, forme le vagabondage de tant de gens fainéants qui deviennent d'habiles voleurs, de grands ivrognes, des piliers de cantine et de prison et des repris de justice ; qui fait cheminer vers les maisons de débauche des filles pauvres, venues de la campagne avec leur innocence ; qui est cause enfin que de malheureux parents, pour s'arracher à la misère, vendent leurs enfants à des ennemis de la Religion et sacrifient l'âme de ces pauvres êtres pour une poignée d'orge et un morceau de pain, selon l'expression du Prophète ; Propter pugillum hordei, et fragmen fiauis. (ïïzech. 13. 19).

De telles gens deviennent, comme il est visible à tous ceux qui suivent de près les vices de la civilisation, par leurs excès d'intempérance, leurs honteuses débauches, leurs brigandages, le fléau des villes, la terreur de la police, la peste des campagnes, où ils se réfugient, pour se multiplier dans la misère, la crapule et le désordre.

Aussi tous ceux qui ont à s'occuper de la police extérieure sentent-ils la nécessité d'un Etablissement public dans lequel seraient recueillis ceux qui sont à charge à la société, car ils comprennent que ce n'est pas en mettant des chaînes aux pieds et aux mains des coupables qu'on les corrige, mais en les prenant par les charmes de la divine Religion que le Fils de Dieu a établie dans le monde pour sauver les plus grands pécheurs.

Tel est, N. T.-C. F., le but qu'on se propose en ouvrant l'Hospice dont il est ici question, et qui doit offrir un Asile aux plus grandes misères qui puissent affliger notre pauvre nature. Ce n'est pas que l'on ait la prétention de guérir toute les plaies de notre Société. Mais l'on a l'espérance de pouvoir offrir à tous ceux qui voudront sincèrement en profiter, des moyens efficaces de se sanctifier sur la terre pour arriver au bonheur éternel. Quelques détails suffiront pour rendre la chose palpable.

Il ne se passe guère de nuits que la police ne mette lu main sur dès infortunés qui traînent les rues parce qu'ils sont sans abris et trouvés en contravention aux règlements faits pour le bon ordre. Tout se réduit à les condamner à quelque amende ou à quelques jours de prison. Puis, on leur permet de rentrer dans la société, sans avoir pu s'assurer de leur amendement. Aussi, est-on certain de les voir revenir bientôt chargés des mêmes délits ou de plus grands peut-être.

Mais supposez que ces malheureux, au lieu de passer par la vindicte publique, soient reçus tous dans une Maison de Charité où l'on se sera empressé de les laver et nettoyer de toute vermine, de leur donner un bon souper et un bon lit, et où, après leur avoir prodigué tous les soins de la compassion, on leur aura adressé de bonnes paroles, pour les engager à bien vivre, à bien prier, à se bien confesser de leurs fautes qui les rendent si misérables, même dans ce monde, ne se sentiront-ils pas portés au repentir et au désir de mieux pratiquer une Religion qui sait inspirer tant de dévouement, pour les soulager dans leur misère? Ne donneront-ils pas toute leur confiance à des hommes qui leur tendront les bras dans leur malheur? Ne travailleront-ils pas ensuite à bien remplir leur devoir dans les honnêtes maisons où ces hommes de Dieu trouveront moyen de les placer ?

Il y a déjà, dans notre ville, un tel hospice érigé par nos frères séparés, pour exercer l'hospitalité envers ceux qui n'ont aucun abri, et qui seraient réduits à la nécessité de se réfugier dans les étables ou de coucher dans les rues, au risque de périr de misère ou d'être logés à la police. Ne pourrions-nous pas, nous aussi, avoir la notre, et n 'aurions-nous pas pour le faire les mêmes raisons et les mêmes moyens? Et, si nous ne le faisions pas, ne serait-ce pas pour le catholicisme une vraie disgrâce et une véritable humiliation ?

Mais, quoique cet acte de charité soit un des buts de la nouvelle fondation, il n'est pas toutefois le principal, car il n'y aurait là qu'un bien passager. Ce que l'on a surtout en vue, c'est d'abord de procurer à ceux de nos vieillards qui sont les plus abandonnés et par conséquent les plus à plaindre, un lieu de retraite, pour y méditer les années éternelles, avant d'y entrer, et pour se préparer à paraître devant le Souverain Juge, par de ferventes prières, par l'assiduité à entendre des instructions religieuses, par la réception fréquente des Sacrements et par l'exercice de la patience, dans les peines et les souffrances de la vieillesse.

En second lieu, cet hospice est fondé en faveur des jeunes gens, qui sont les plus exposés à se perdre. Ainsi, pendant que d'infortunés vieillards, ramenés à des sentiments chrétiens, se préparent, par la méditation des vérités éternelles, à quitter le monde qui les aura séduits, des jeunes gens se préparent, par la pratique des vraies vertus, à y entrer et à y vivre.

Il s'agit donc ici avant tout, de s'emparer des enfants et des jeunes gens, pour les prémunir contre les vices qui les entraîneraient dans des désordres aussi préjudiciables à la société qu'à eux-mêmes, ou pour les en corriger, si par malheur ils en étaient déjà infectés ; d'où il faut conclure que cet Hospice sera une maison de Préservation pour les bons, et de Correction pour les méchants.

Aussi tous les plans d'édifice seront-ils dirigés pour atteindre plus facilement le but important que l'on se propose, savoir, de réunir ainsi, sous le même toit, tant de besoins différents.

Ce que Nous venons de dire fait assez voir que l'on donnera une sérieuse attention à bien classer les bons, pour les séparer des méchants, afin de les mettre à l'abri de tout danger. Ainsi, l'on aura égard aux enfants qui, à l'âge de l'innocence, ont perdu leurs pères et mères, ou n'ont que de mauvais parents, pour les soustraire aux imminents dangers qu'ils auraient à courir, s'ils étaient abandonnés à euxmêmes, ou laissés aux soins des auteurs de leurs jours qui, au lieu de les élever chrétiennement, ne feraient qne les scandaliser par leurs affreux blasphèmes, leurs discours déshonnêtes, leurs actions honteuses.

Il en est d'autres qui appartiennent à de bons parents, mais qui sont d'un caractère si intraitable qu'ils résistent opiniâtrement aux exhortations, corrections et bons exemples, que leur donnent leurs pères et mères. Ca sera donc un service immense à rendre à ces parents honorables soirs tous rapports que de les aider à s'acquitter du devoir si impérieux qui leur est imposé de ne rien négliger de ce qui peut

contribuer à la bonne éducation de leurs enfants. Or, ce secours, ils le trouveront dans le nouvel Hospice qui sera dirigé par des Frères de la Charité, qui ont grâce d'état, pour faire ce que faisait St. Vincent de Paul, à qui, comme tout le monde sait, l'on amenait les enfants incorrigibles de Paris, pour qu'il en fît des enfants pieux et dociles ; ce dont il s'acquittait avec un merveilleux succès. Espérons que ses enfants en Jésus- Christ en feront autant pour nous, avec la grâce de leur sainte vocation.

Enfin, pour ne cacher aucune des plaies hideuses, qui défigurent si horriblement notre état social, et répandent graduellement une gangrène contagieuse, qui peut amener une maladie incurable et une dissolution complète, il est des jeunes gens, et le nombre n'en est déjà que trop grand, qui, au commencement de leur carrière, sont tout-à-fait gâtés, pourris et démoralisés ; et qui pourraient en apprendre long à beaucoup de vieillards. Elevés à courir les rues et les places publiques, et n'ayant d'autres abris que les auberges mal famées, l'on comprend qu'ils ont été privés des instructions et autres secours religieux, qui ont coutume de former à la vertu le cœur des enfants et adolescents, et de les préparer à paraître dans le monde avec honneur. L'on comprend que c'est surtout pour ces êtres infortunés que le nouvel Hospice devra être utile et nécessaire. Car il appartient à la Religion seule de corriger les coeurs les plus gâtés, et de maîtriser les caractères les plus durs et les phis intraitables. Aussi, est-ce là un des caractères qui la font brilller aux yeux des hommes, comme une Religion vraiment divine.

Si cet Appel est entendu dans toutes les parties de ce populeux et riche Diocèse, nous aurons donc, N. T.-C. F., un " Port de Salut " à offrir à tous ceux qui, sur cette mer orageuse du monde, ont à craindre le plus funeste des naufrages. Nous aurons en particulier, pour sauver nos jeunes gens, un établissement de charité, tel qu'est celui que Nous avons eu le bonheur de visiter à Rome, et qui, pendant quelques années, a joui de Pinsigue honneur d'être dirigé par notre immortel Pontife Pie IX, qui n'est entré dans la carrière des hautes Prélatures, et n'est arrivé au Souverain Pontificat, qu'après avoir exercé sa grande charité dans ce modeste et humble Hospice. C'est là que son bon cœur a commencé à compatir à toutes les misères humaines et à s'associer à toutes les œuvres destinées à les soulager. Depuis que la divine Providence l'a placé sur la Chaire de St. Pierre, il n'oublie pas ses chers jeunes gens ; Car, c'est au milieu d'eux qu'il va respirer un peu de repos après ses longs travaux ; et c'est en leur adressant des paroles pleines d'onction et de charme qu'il soulage les grandes douleurs dont sa belle âme est navrée. Aussi, ne se retire-il de ce lieu chéri qui lui rappelle de si doux souvenirs, qu'en disant à tous ceux qui ont l'honneur de l'entourer : " que les plus heureuses années de sa vie ont été celles qu'il a passées à diriger cette Maison de Charité.

O, divine Marie, c'est à vos pieds sacrés que Nous déposons ce modeste Appel, fait à la charité de tout un Diocèse qui vous est consacré, et qui vous aime comme un enfant sait aimer la meilleure des Mères. Nous y avons fait connaître les serpents vénimeux qui se glissent dans nos villes et nos campagnes, pour les démoraliser. Daignez maintenant les montrer vous-même aux yeux de tous, pour qu'ils inspirent en tous lieux une juste horreur. O Vierge pure et sans tache, écrasez de votre Pied Immaculé ces monstres affreux qui désolent tous les pays et causent partout des plaies hideuses. Convertissez à vous, qui êtes le Refuge des plus grands pécheurs, les infortunés enfants et jeunes gens qu'il est question de sauver, en les arrachant à la terrible démoralisation qui se fait sentir partout, d'une manière si alarmante. Enseignez-nous à mener une vie pure, à marcher dans le droit chemin, pour arriver à Jésus, votre adorable Fils, et nous réjouir tous ensemble en sa divine présence. Vita?n prœsia picram ; iter para tut 11711 ; v.t videntes yésum, semper collœtemur.

CLXXXf

L'Église, c'est le Pape.

Circulaire, 22 Avril 1866.

Comme l'impiété est toujours à l'œuvre pour saper la Religion jusque dans ses fondements, nous ne devons pas nous lasser de lui prêter main-forte en travaillant à conserver dans l'esprit des peuples le principe de l'autorité sacrée qui réside dans l'auguste Chef de la Sainte Eglise. Car du moment que cette divine autorité cesserait d'exercer sa puissante action dans notre religieux pays, on y verrait s'écrouler la Religion elle-même, comme cela s'est vu partout ailleurs. Ubi Petrus ibi Ecclesia. Umim et idem Papa et Ecclesia. Ceci rend raison de toutes mes appréciations de voyage.

Démembrement de la Paroisse de Montréal - Point historique et juridique de la

Question.

Lettre Pastorale, 26 Avril 1S66.

La paroisse de Ville-Marie, aujourd'hui Montréal, fut canoniquement érigée, le 30 Octobre 1678, par le premier Evêque de Qnébec, Monseigneur François de Laval de Montmorency qui, dans son Décret d'érection, statua que la dite paroisse serait à perpétuité desservie par MM. les Ecclésiastiques du Séminaire de St. Sulpice.

Par un Décret canonique, en date du 3 Août 1694, le second Evêque de Québec, Monseigneur Jean de LaCroix de St. Vallier, établit le Supérieur du dit Séminaire Curé à perpétuité de la dite Cure de Ville-Marie.

Par un Arrêt du 15 mai 1702, le Roi Très-Chrétien unit, pour les effets civils, la dite Cure de Ville-Marie au dit Séminaire de St. Sulpice, en déclarant, comme l'avait fait Mgr. de Laval, qu'elle serait desservie par un des Ecclésiastiques du dit Séminaire, commis par le Supérieur, après qu'il aurait reçu de l'Evêque son institution canonique.

Enfin, le 24 Mai 1843, voulant prévenir toutes les difficultés que pourraient présenter les deux Décrets canoniques et l'Arrêt susdits, Nous réglâmes que le Supérieur du Séminaire de St. Sulpice serait à perpétuité Curé de Montréal, conformément à ce qui s'était toujours pratiqué depuis 1694, en vertu de l'Ordonnance de Mgr. de St. Vallier.

Il y a toutefois à remarquer ici qu'il avait été bien entendu et clairement statué, par ces Trois Ordonnances épiscopales et par l'Arrêt susdit de Sa Majesté Très-Chrétienne, que la dite Cure de Montréal serait et .demeurerait sous l'entière juridiction de l'Evêque.

Voici maintenant les changements qui vont, avec le temps, s'opérer dans la dite Cure de Ville- Marie ;

Par un Décret Apostolique, pu date du 22 Décembre 1865, la Cure de Montréal pourra être divisée en autant de Paroisses que l'Évêque le jugera nécessaire au bien des âmes ; et chacune de ces Paroisses, ainsi que l'ancienne Cure de Notre-Dame, sera administrée, non plus par le Supérieur du Séminaire, mais par un de ses Prêtres^qu'il présentera d l'Evêque, pour en obtenir l'approbation. Cette dernière disposition, comme on le voit, confirme l'Ordonnance de Mgr. de Laval qui fut sanctionnée pour les effets civils par le susdit Arrêt de Sa Majesté Très-Chrétienne. Tel est le changement radical que doit subir cette grande et importante Paroisse.

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