‹ Fioretti vescovili ouChapitre 12 sur 19 · CLXXXIII · texte numérisé non relu

CLXXXIII

Des Paroisses Canoniques.

Lettre Pastorale, 23 Mai 1866.

Notre intention positive, qui d'ailleurs est celle du Souverain Pontife, est uniquement de faire des Paroisses Canoiiiques.

Vous comprendrez mieux ce que Nous avons à dire là-dessus, N. T.-C. F., si vous faites attention à la nature d'une paroisse, qui est avant tout et par-dessus tout un Arrondissement Ecclésiastique, formé par une autorité spirituelle, qui est indépendante dans son ressort, pour le bien des âmes, et confié à la direction d'un Pasteur légitimement institué per l'Evêque.

Lorsque les fidèles compris dans cet Arrondissement Ecclésiastique obtiennent du Gouvernement une reconnaissance de leur paroisse, pour lui assurer des effets civils, alors cette Paroisse Canonique acquiert certaines prérogatives dans Tordre civil. C'est alors un accord mutuel qui se fait, aux conditions convenues entre les deux puissances, pour le plus grand bien spirituel et temporel des enfants d'une même Eglise, qui sont sujets d'un même Empire.

Mais cet accord n'est pas toujours nécessaire, et il peut même arriver qu'il ne soit jugé ni utile ni opportun dans certaines circonstances. Dans ce cas, la Paroisse Canonique jouit tranquillement des avantages spirituels que lui assure l'Eglise qui l'a seule érigée et constituée, sans avoir rien à craindre du côté du Civil.

Car il a été jugé :" Que le Décret Canonique érigeant une paroisse n'est pas une procédure civile qui puisse être revisée par la Cour Supérieure au moyen d'un writ de certiorari ; que ce n'est qu'une procédure ecclésiastique, hors de la juridiction de cette Cour, tant qu'il n'y a pas de procédure pour obtenir la ratification civile de tel Décret ! " (Cour Supérieure de Québec, No. 322, de 1052 ).

Un fait mémorable qui s'est accompli sous Nos yeux, il y a peu d'années, peut, N. T--C. F., vous rendre encore plus sensible et plus éclatante l'action toute spirituelle de l'Eglise au milieu des sociétés humaines, sans aucune intervention du pouvoir civil, c'est l'établissement de la hiérarchie ecclésiastique en Angleterre.

A peine le Décret Apostolique, qui divisait toute l'Angleterre en douze Diocèses sous un Métropolitain, eùt-il été connu, que toutes les forces législatives de ce grand Empire se concentrèrent pour en empêcher l'exécution. La lutte fut gigantesque, et des efforts inouïs furent tentés pour anéantir cet acte Pontifical. Mais la Puissance temporelle vint se briser contre le Rocher inébranlable sur lequel repose la Puissance spirituelle, qu'exerçait notre immortel Pontife, quand il fit cet acte d'autorité suprême, qui étonna le monde entier, et a .si fort illustré son glorieux Pontificat. Pendant ce grand combat de la Puissance temporelle contre la Puissance spirituelle, les catholiques d'Angleterre prièrent avec ferveur, mais gardèrent un religieux silence. Aujourd'hui, cette hiérarchie sacrée, établie par l'Autel, respire en paix à l'ombre du Trône,

et tout le monde connaît les honneurs incomparables qui ont accompagné, dans la tombe, l'éminent Cardinal qui avait été placé A la tête de la nouvelle hiérarchie. On peut se convaincre, en face de ce triomphe, que l'Angleterre était fière d'avoir donné au St. Siège un si puissant défenseur de ses droits sacrés et un homme si digne d'être décoré de la pourpre Romaine.

Quoiqu'il en soit, ce fait mémorable fait assez voir que Notre Saint-Père le Pape, dans les actes de sa suprême puissance, agit, non contre le droit civil des peuples, mais au dessus et en dehors de toute loi humaine, pour la raison toute simple qu'il tient en mains la Puissance Divine, pour gouverner les nations chrétiennes. Aussi, voyez-vous, N. T.-C. F., qu'il n'a pas reculé devant la terrible opposition que fit A son Décret toute la puissance de notre mère-patrie. Pourrait-il aujourd'hui s'arrêter devant les difficultés qui lui seraient faites dans cette Colonie ointaine ? Aurait-il pu, ce sage Pontife, régler que son Décret pour la Division de la Paroisse de Montréal n'aurait d'exécution qu'en autant qu'il plairait au Pouvoir civil de le reconnaître, lui qui n'a pas craint de diviser la Grande-Bretagne en autant de Diocèses qu'il a jugé nécessaire d'y établir ?

Démembrement de la Paroisse de Montréal —Malveillance, Outrages et Indiscrétion

des opposants a cet acte apostolique.

Lettre Pastorale, 23 Mai rS66.

C'est, N. T.-C. F., avec un sensible regret que nous avons vu s'engager dans les journaux une discussion déplorable au sujet du démembrement de cette paroisse.

Nous avons l'intime conviction que vous recevrez nos explications avec une docilité toute filiale. Nous croyons y avoir droit; car Nous nous rendons ce témoignage que Nous n'agissons en tout cela que pour le plus grand bien de vos âmes. C'est également pour l'amour que Nous vous portons à tous que Nous nous sommes privé, pendant plus de treize mois, des douceurs de la patrie, et du bonheur qu'il y a pour tout Pasteur de se trouver au milieu de son troupeau. Or, ces longues et fréquentes absences qu'il Nous a fallu faire, pour le bien du Diocèse en général et le vôtre en particulier, Nous ont été plus pénibles que vous ne sauriez le croire. C'est dans l'unique intérêt de vos âmes que Nous nous exposons à la malveillance dont Nous sommes l'objet aujourd'hui. Dieu Nous fait la grâce de Nous y soumettre humblement, Mais Nous devons à la vérité de convenir que Nous n'y sommes pas insensible ; et il vous est facile de le comprendre.

Toutefois, Nous nous en consolerions plus facilement, si tout se passait dans le secret de la famille, comme il eût été facile de le faire. Mais, hélas ! le bruit de nos misères retentit au loin, et parmi nos frères des diverses croyances religieuses. Maintenant, que peuvent-ils penser d'un Pasteur qui est publiquement iuterpellé par quelques-uns de son troupeau, comme Nous l'avons été ? D'un autre côté, que peuvent-ils penser de ceux de nos catholiques qui citent leur Evêque au tribunal de l'opinion publique, lorsqu'il eût été si facile d'en obtenir privément des explications franches et cordiales. La honte et le déshonneur en doivent donc rejaillir sur les brebis aussi bien que sur le Pasteur.

Les Sœurs-Grises. Missionnaires a la Rivière McKenzie.

Annonce, 24 Juin 1866.

Ces Sœurs vont avoir à parcourir 1860 lieues par des chemins qui n'ont point encore été battus et il leur faut dire un adieu

éternel à leurs familles comme à leur patrie, car le retour sera pour elles impossible.

Une de leurs principales occupations sera de soigner les Sauvages dans leurs maladies ; ce qui sera mi grand acte de charité, parceque, faute de soins, ils meurent en grand nombre. L'an dernier, durant l'espace de cinq mois, la fièvre scarlatine en emporta un bon tiers.

Ces Sœurs Missionnaires auront à accomplir, dans leur patrie adoptive, plusieurs autres œuvres de charité non moins importantes comme de loger et de soigner les pauvres vieillards qui, dans ces pays sauvages où l'on mène une vie errante, sont abandonnés à eux-mêmes, quand ils ne peuvent plus suivre la famille pour la chasse et la pêche.

Elles auront aussi à offrir un asile à de jeunes enfants des deux sexes, mille fois plus à plaindre que nos orphelins, afin de les instruire des devoirs de la vie chrétienne et de les former à la vie de famille, en leur apprenant à travailler et en les rendant ainsi capables de s'arracher à la misère, qui tous les jours fait périr tant de pauvres infortunés Sauvages.

Ces enfants, ainsi bien élevés dans les principes de la Religiou; deviennent de petits Apôtres, quand ils se réunissent à leurs parents, pour les suivre à la chasse et à la pêche, cas ils leur apprennent à connaître le vrai Dieu, et à le servir fidèlement.

Tous ceux donc qui encourageront les Sœurs qui se dévouent à ce pénible mais sublime ministère de charité, participeront à leurs mérites et à la récompense promise à tant de sacrifices qu'il leur faut faire, pour répondre à la grâce d'une si sainte vocation.

Emprunt Romain.

Circulaire, 19 Septembre 1866.

Sans parler du profit matériel que nous assure l'Emprunt Romain, il est facile de voir qu'en répondant généreusement à cet appel, nous contribuons puissamment à la conservation du Patrimoine de St. Pierre ; nous soulageons singulièrement les amères dotileurs de notre Père Commun ; nous aidons efficacement le Pontife-Roi à sortir de l'étrange embarras que lui ont causé les injustes spoliateurs des Etats Pontificaux ; nous nous associons avec bonheur à la sympathie universelle que s'est si justement acquise cet immortel Pontife. Nous nous

montrons les enfants dévoués du Père de l'Eglise ; nous lui témoignons notre amour filial, notre vive reconnaissance et le haut intérêt que nous portons à la cause sacrée qu'il soutient si noblement ; nous attirons d'abondantes bénédictions sur notre chère patrie, et nous lui ménageons un moyen sûr de devenir florissante et prospère, sous la protection infaillible de la divine Providence ; enfin nous obtenons pour nous et pour tout ce que nous avons de plus cher au inonde, les grâces précieuses qui sont les plus riches trésors que la Foi nous apprend à désirer. .

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