CLXXXVII
Madame Gamelin, fondatrice de l'Asile de la Providence.
Allocutio7i aux Dames de Charité, iS Féz>. 1867.
En 1827, mourait un charitable citoyen, M. Gamelin, qui, en léguant à sa jeune femme sa petite fortune, laissa à ses soins un pauvre idiot, qu'il gardait chez lui comme un trésor.
Les cœurs charitables se connaissent et s'unissent ; on en eut une preuve convaincante dans le mariage de ces deux époux, et dans les fruits de charité qu'il produisit. La jeune veuve reçut ce legs avec bonheur, et se livra dès lors à toute l'ardeur de sa charité. Bientôt sa maison devint un dépôt des veuves les plus délaissées par leur âge et leurs infirmités. Elle refusa sa main à de très bons partis qui se présentèrent, parce qu'elle voulait demeurer libre de la tenir toujours ouverte pour le soulagement des plus grandes misères.
Cette femme admirable avait le cœur trop large, pour que ses mains pussent suffire aux largesses qui en découlaient, comme la myrrhe, dans le sein des pauvres. Aussi, avait-elle le singulier talent de s'associer à des cœurs généreux comme le sien ; et ce fut par cet excellent moyen qu'avec peu de ressources personnelles, elle put entreprendre et faire de si grandes choses.
Développement de l'Asile de la Ppovidence.
Allocution aux Dames de Charité, 18 Fèv. 1867.
Depuis le 29 Mars 1844 que s'est faite la première profession, 218 Sœurs ont fait leurs vœux: 36 sont mortes et 182 restent vivantes. Sur ce nombre 58 résident dans la Maison-Mère et 124 dans les autres Asiles. Cette nouvelle Communauté a déjà pu fonder dans le Diocèse de Montréal 16 Etablissements et 13 à l'étranger . . .
Ces développements extraordinaires du pérsonnel expliquent celui des œuvres qui se sont rapidement succédé ici et ailleurs. Je vais, Mesdames, vous en faire en peu de mots le tableau.
1 0 Hospice St. Joseph. — Pour offrir aux prêtres qui s'étaient usés dans l'exercice du Saint Ministère une retraite honorable.
2 0 Chambres des Dames pensionnaires. — Ouvertes aux Dames et Demoiselles pour qui le monde n'a aucun attrait, et qui en conséquence s'en séparent de corps aussi bien que de cœur pour jouir plus à leur aise des pures délices qu'offre la Religion.
3 0 Orphelinat de la Ville. — Ouvert en 1844. 1400 orphelins ont depuis cette époque passé par cet asile.
4 ° École dks externes. — Ouvert en 1851. 3,658 enfants pauvres y ont reçu une éducation qui convenait à leur état.
5 0 École des Sourdes-Muettes. — On y instruit maintenant 84 enfants.
6° Distribution d'Aumônes — 590 familles viennent y chercher des provisions de toute espèce, et l'Asile donne à manger, année commune, à 4,Soo pauvres passants.
7° Dispensaire. -Les prescriptions des médecins au nombre de 10,57; sont exécutées par les Sœurs préposées à la distribution des remèdes ; or c'est d'ordinaire à 5070 personnes qu'elles rendent annuellement ce service de charité.
S 0 Veillées et visites des pauvres a domicile. — Il ne se passe guère d'années que les Soeurs de la Providence ne fassent chez les particuliers malades ou pauvres 400 veillées et 15,865 visites.
9 0 Sali.e des femmes vieilles et infirmes. — Les filles delà fondatrice ont été héritières de sa charité pour ses pauvres vieilles. Depuis 1S43 jusqu'à ce jour, elles en ont reçu 345 dout 164 sont décédées. Il se fait nuit et jour beaucoup de prières par ces bonnes vieilles qui sont pour elles et pour les personnes qui les députent de ferventes adoratrices du T. St. Sacrement.
10 0 Divers Asiles. - La Compagnie y instruit par année 1605 enfants, prend soin de 1 1 1 pauvres et élève 303 orphelins et orphelines. Il est à remarquer qu'elle a trois établissements en Orégon, et un aux Montagnes Rocheuses.
11 0 Salle dAsile fondée en 1S60. Le nombre des petits enfants qui 3' ont été instruits depuis s'élève à 1480.
i2° Filles du Tiers-Okdpe des Servîtes. Ce sont de pieuses filles qui s'associent aux travaux des Sœurs sans en rien recevoir autre chose qu'une nourriture frugale et un habit de deuil.
13 0 Résumé de toutes les œuvres faites par les Sœurs de la Providence hors de Montréal, depuis leur établissement.— Je vais me contenter, Mesdames, de vous en faire le tableau par une simple statistique : 331 vieillards— 775 vieilles — 1697 orphelins — 29S6 orphelines — 76 aliénés 3602 enfants pensionnaires — 10469 externes — 86 pensionnaires séculiers — 2469 malades — 5092 visites à domicile — 2653 veilles à domicile — 46 pensionnaires ecclésiastiques en Orégon.
Quarante-six années de Visites Pastorales — Floraison du Diocèse.
Mandement, iS Avril 1867.
Nous eûmes, N. T.-C. F., le bonheur de partager les travaux de la première Visite Pastorale que fit, en 1821, Notre Illustre Prédécesseur, en qualité de Suffragant de Québec pour le District de Montréal. Nous continuâmes, les années suivantes, ce genre de ministère, qui est un des principaux devoirs des Pasteurs; car ils doivent imiter Notre-Seigneur, qui nous dit qu'il est le bo7i Pasteur; qu'il co?znaît ses brebis et q?er ses brebis le connaissent ; qu'il est venu sur la terre poui' que ses brebis aient la vie et qu'elles V aient avec plus d'abondance.
Seize années plus tard, c'est-à-dire en 1837, Nous n'eûmes pas plustôt reçu la Consécration Episcopale des mains de ce Vénéré Pontife, qui Nous avait choisi pour son Coadjuteur, que Nous fûmes chargé de faire la Visite des paroisses, qu'une grave maladie l'avait forcé d'interrompre ; et trois ans s'étaient à peine écoulés qu'il Nous fallut, après avoir déposé dans la tombe ses restes mortels, entreprendre les travaux de la Visite Pastorale, avec toute la responsabilité des âmes qui étaient alors spécialement confiées à Nos soins.
Voilà donc, N. T.-C. F., près d'un demi-siècle qi.o Nous allons à vous, avec toutes les grâces du saint Ministère ; que nous nous voyons face à face ; que nous nous entretenons bouche à bo-iche ; que nous sommes en de continuels rapports pour le succès de la plus importante affaire : le Salut éternel que Nous faisons descendre l'Esprit-Saint sur la terre, en levant Nos mains suppliantes vers le ciel ; que nous nous réunissons dans la maison du Seigneur, pour y implorer ses infinies miséricordes en faveur des vivants ; que nous passons de là dans le cimetière pour l'arroser de nos larmes et y répandre les prières de la sainte Eglise.
Des rapports si longs, si constants et si tendres n'ont pas manqué de former entre nous tous des liens d'autant plus intimes que c'est la Religion seule qui les a comme noués et rendus indissolubles.
Aussi, voyons-nous se renouveler, à chaque Visite Pastorale, le grand spectacle religieux, qui rappelle tout ce qui se passait lorsque le divin Pasteur parcourait lui-même en personne les villes et les bourgades, en prêchant son Evangile, en enseignant les peuples qui accouraient en foule pour l'entendre, en guérissant tous les malades, en délivrant ceux qui étaient possédés du démon, et en faisant du bien à tous ; Pertransiit benefaciendo et sanando omnes (Act. 10. 38). Il y a dans ce spectacle de foi quelque chose de si saisissant que, dépms quarantesix ans que Nous en jouissons, Nous en sommes aujourd'hui tout aussi ému que la première fois.
Mais il est une autre considération qui resserre de plus en plus les liens sacrés qui Nous attachant à ce Diocèse; c'^st que Nous l'avons vu naître et grandir ; et que la divine Providence a voulu que Nous lui donnassions Notre vie toute entière, en Nous appelant à le servir, alors que Nous n'étions qu'un jeune lévite dans le Sanctuaire.
Car, lorsque Nous fûmes envoyé, il y a près d'un demi-siècle, auprès de l'Illustrissime et Révérendissime J. J. Lartigue, Evêqué de Telmesse, alors Suffragant Auxiliaire et Vicaire-Général de l'Archevêque de Québec, Montréal n'était point un Diocèse, mais un District épiscopal érigé par le St Siège. Il n'y avait alors que 71 paroisses ou missions et 97 Prêtres employés à divers ministères. Il ne s'y trouvait qu'une seule Communauté de Prêtres séculiers, un grand Collège où se faisait un cours complet d'études, et un Collège naissant qui luttait contre les difficultés inséparables des institutions qui commencent. On y comptait trois Communautés de femmes, dont deux étaient consacrées aux soins des pauvres et une autre à l'éducation. Il n'y avait guère, dans les paroisses de la campagne, que dix couvents pour l'éducation des jeunes filles avec un très-petit nombre d'écoles élémentaires pour les garçons et les filles. Toute la population de la ville et de son immense District s'élevait à 196,480 âmes. L'Evêque préposé à ce riche District était réduit à la nécessité de vivre daus un petit coin de l'Hôtel-Dieu, n'ayant ni Eglise pour faire ses offices, ni maison pour s'abriter. Quoiqu'il fut muni d'un Bref Apostolique bien en forme et tout-à-fait authentique, on faisait à son établissement, clans cette ville, une opposition redoutable.
Mais le doigt de Dieu était là, parce que le St. Siège avait parlé. Aussi, vit-on bientôt s'élever, comme par enchantement, une Eglise et une maison épiscopales. Cet établissement bien modeste dans ses commencements devint, en peu d'années, par la bénédiction du Père céleste, le centre de beaucoup d'œuvres importantes qui vinrent les unes après les autres, se grouper autour de lui, en s'appuyant sur ses bases.
Car, dès 1S36, il devenait un Siège épiscopal, et onze ans après, c'est-à-dire en 1847, le St. Siège démembrait le Diocèse de Montréal pour former celui de Bytown, aujourd'hui Ottawa, et quatre ans plus tard, savoir en 1851, il en faisait un nouveau démembrement, pour ériger le Diocèse de St. Hyacinthe. Or, déjà ces nouveaux Diocèses sont florissants et en pleine prospérité.
Ces démembrements, loin d'affaiblir le Diocèse de Montréal, n'ont fait que lui donner plus de vigueur et de développement, en multipliant ses œuvres et redoublant son action sur toutes les parties qui le composent. Ainsi, il y a aujourd'hui un Chapitre, qui aide PEvêque à gouverner selon les saints Canons ; une Communauté d'Ecclésiastiques qui sont employés à divers ministères de zèle et de charité ; un grand Séminaire, dans lequel de jeunes Clercs sont formés à la vie sacerdotale, six Collèges, pour y faire des études régulières ; 124 Paroisses ou Missions dans lesquelles se fait le Service Divin ; 329 Prêtres séculiers ou réguliers, qui dirigent les âmes dans les voies du salut ; quatre Congrégations de Prêtres réguliers, qui sont comme des troupes auxiliaires, pour l'éducation, les missions et les retraites, quatre Sociétés de
Frères religieux, qui se consacrent, les uns à l'éducation élémentaire des enfants, et les autres au soulagement de toutes les misères spirituelles et corporelles ; dix Communautés de femmes consacrées à Dieu pour l'éducation des personnes de leur sexe ou pour le soin des malades, des orphelins et des orphelines, des vieillards et des femmes infirmes et la visite des pauvres à domicile. Il s'y est formé 6g paro:.sses ou missions nouvelles ; il s'y est bâti 104 Eglises et toutes les a iciennes ont été bien restaurées. La population actuelle est d'environ 350,000 âmes ; et aujourd'hui l'on compte, dans les paroisses de la campagne, quatre Collèges importants, onze maisons d'école dirigées par des Frères, trentesix Couvents de Religieuses, plusieurs Académies et un très grand nombre de bonnes écoles modèles et primaires.
Avec ces Institutions se sont multipliées les Confréries, Associations et dévotions de toute espèce, pour. honorer Notre Seigneur Jésus-Christ, son auguste Mère, tous les Anges et les Saints, et pour conserver parmi nous la foi et la piété.
exe
Les Saints Apôtres, Pierre et Paul — Dix-huit centième anniversaire de leur Martyre.
Mandement, 1 Jubi 1867.
St. Pierre a tout quitté pour suivre l'adorable Maître, qni l'appelait à sa suite, en lui prédisant qu'il en ferait un pécheur d'hommes. — Il a été le premier et le plus ardent à reconnaître le Seigneur Jésus pour le Fils du Dieu vivant. — Il a eu l'honneur de recevoir un nom nouveau, qui seul attesterait qu'il est le fondement inébranlable de l'Eglise, contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais.— Il a été établi le Pasteur universel des brebis, le Chef et le Prince des Apôtres, et le Seigneur lui a même donné les clefs du royaume des cieux, avec l'étonnant pouvoir de l'ouvrir et de le fermer, c'est-à-dire de pardonner et de retenir les péchés.— Il a noblement réparé la faiblesse qui lui fit renier trois fois son Maître, par l'ardeur de son amour et par les larmes de pénitence qui coulèrent le reste de sa vie, en si grande abondance, qu'elles formèrent deux sillons sur ses joues vénérables. — Après sa conversion, il a reçu, povr lui et ses successeurs, jusqu'à la fin des siècles, le don de l'infaillibilité avec la noble mission d'affermir ses frères dans la foi. — Il est devenu le Vica:re de Jésus-Christ et un autre lui-même, qui. paie le même tribut, et marche comme lui sur les eaux. — Il est le premier qui, après avoir été rempli du St. Esprit, a élevé la voix pour reprocher aux Juifs leur déicide. — Il a parcouru la Judée, en faisant entendre partout, avec un succès étonnant, la bonne nouvelle de l' Evangile, en opérant de grands prodiges ; et son ombre seule guérissait les malades. — lia été flagellé et mis en prison pour le nom de Jésus ; mais animé d'un courage tout apostolique, il a répondu à ceux qui lui faisaient des menaces pour l'empêcher de prêcher ce nom adorable, qu'il fallait obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. - Après avoir rempli l'Orient du bruit de la prédication évangé'ique, il est venu en Occident, et il n'a pas craint d'arborer la croix sur le Capitole, en établissant son siège à Rome d'une manière permanente. — Là, pendant vingt-cinq ans, il a prêché Jésus crucifié, pour combattre le paganisme avec tous ses vices et ses erreurs exécrables. — Il a légué à l'Eglise deux admirables Epitres remplies de la céleste doctrine qu'il avait apprise à l'école du divin Maître.— 11 a consigné, dans la dernière de ces Epitres, la promesse solennelle qu'il a faite à tous les enfants de la foi, que, lorsqu'il aurait quitté cette vie, il aura soin d'eux, pour que jamais ils n'oubliassent les divines vérités qu'il avait enseignées aux hommes.
Fixons maintenant nos regard-, pendant quelques moments, sur le divin Paul qui, terrassé sur le chemin de Damas, ne demanda plus qu'à faire la volonté du Seigneur ; qui fut si fidèle à la grâce qu'il n'a pas craint d'assurer qu'elle n'avait pas été inutile en lui ; qui a été un vase d'élection pour porterie St. Nom de Jésus devant les rois et tous les peuples de la terre ; qui a été un admirable prédicateur de la vérité dans le monde entier ; qui a instruit une multitude de nations «à qui il a fait entendre sa puissante parole ; qui a été ravi jusqu'au troisième ciel, où il a entendu des secrets ineffables ; qui a mérité les honneurs de l'Apostolat, avec le douzième trône dans le Collège Apostolique; qui a été si puissamment fortifié par Dieu lui-même qu'il a pu confondre la perfidie des Juifs ; qui n'a vécu que pour Jésus-Christ, en qui il a mis toute sa confiance ; qui, pour son amour, a été fouetté trois fois, lapidé une fois ; qui a fait naufrage trois fois, et est demeuré au fond de la mer une nuit et un jour; qui a vaillamment combattu les combats du Seigneur ; qui a consommé sa course au milieu des travaux et des persécutions ; quia conservé le dépôt sacré de la foi par son héroïque courage et ses touchantes prédications ; qui, comprenant que c'était pour lui un gain de mourir, a été animé d'un ardent désir de quitter cette terre d'exil pour être avec Jésus-Christ ; qui a laissé les fidèles au milieu des soupirs et des gémissements, lorsqu'il leur a fait ses derniers adieux.
Tant de travaux, de souffrances, de vertus ont mérité d'être couronnés par une mort précieuse aux yeux de Dieu et glorieuse devant les hommes. Car, après une longue carrière Apostolique, nos deux saints Apôtres ont été jetés dans une affreuse prison de Rome, la prison Mamertine où ils passèrent neuf mois privés de tout, mais pleins de joie de pouvoir souffrir pour le nom de Jésus, et travaillant au salut de leurs gardes qu'ils eurent la consolation de convertir presque tous.
Enfin, arrive pour nos deux saints Apôtres le jour tant désiré, le jour après lequel ils avaient tant soupiré, le jour où ils voulaient être immolés à la gloire de leur bon Maître. Ils s'embrassèrent tendrement avant de se séparer pour aller au lieu du supplice ; mais ce fut pour se réunir bientôt et s'embrasser de nouveau en entrant dans le ciel. Saint Pierre est crucifié la tête en bas, et Saint Paul a la tête tranchée. Son sang, blanc comme la neige, jaillit sur les habits de son bourreau dont l'âme féroce s'adoucit à l'instant, à la vue d'urf si grand prodige qui lui ouvre les yeux et le convertit à la Foi.
Tels sont, N. T^C. F., les précieux souvenirs que doit rappeler à l'univers entier le grand et saint anniversaire qui va se célébrer à Rome, le 29 de ce mois.
Des Elections Politiques.
Lettre Pastorale, 2$ Juillet 1S67.
Voici, N. T.-C. F., les principes religieux qui doivent vous diriger dans les Elections, pour qu'elles soient bonnes. Car tous, sans aucune exception, vous voulez indubitablement faire de bonnes élections. C'est là, on n'en saurait douter, le vceu unanime et le cri qui se fait entendre de tous les rangs des électeurs.
La première réglé que vous avez à suivre, en procédant à un acte d'une si haute importance, est d'en bannir les désordres, les discours calomnieux, les cabales malhonnêtes, les querelles, les violences, les excès de boissons, les faux serments. Comme aussi il vous faut vous bien garder, de toute corruption, qui est si strictement défendue par la loi de Dieu et des hommes, et qui d'ailleurs serait im sujet d'opprobre et de déshonneur pour ceux qui achèteraient les suffrages, comme pour ceux qui se vendraient et se livreraient pour un prix quelconque.
Autrement, les élections deviendraient une source de troubles et de divisions, et l'occasion de grands scandales, qui ont nécessairement pour triste résultat la démoralisation du peuple. Car il est moralement impossible qu'un peuple puisse conserver le respect qu'il doit porter à la loi et à ceux qui sont constitués en dignité, quand il n'a tous les yeux que des violations flagrantes des règlements les plus sages, et qu'il n'entend que discours diffamatoires de la réputation des hommes publics.
Une seconde règle à suivre dans vos élections, c'est l'obligation où vous êtes tous, N. T.-C. F., de prendre les plus sages précautions pour faire un bon choix de Représentants ; et comme c'est encore là un devoir de conscience, les pasteurs sont tenus, en tous lieux et en tous temps, d'instruire le peuple de ses obligations dans l'exercice de ses droits civils, politiques et religieux.
Vous comprenez, N. T.-C. F., comment vos pasteurs doivent vous instruire des devoirs que vous avez à remplir dans le temps des élections, et de quelle manière le clergé doit, dans sa vie publique et privée, demeurer neutre dans les questions qui ne touchent en rien aux principes religieux. Car, remarquez-le bien, il y a une grande différence entre cette direction : " Votez ou ne votez pas pour tel candidat " et cette autre ; " Votez pour celui qui, dans votre âme et conscience, vous parait qualifié pour soutenir les intérêts de la Religion et de la Patrie."
Enfin, il est, N. T.-C. F., une troisième règle que Nous avons à vous tracer, pour vous aider à faire de bonnes élections ; c'est la prière à laquelle il vous faut avoir recours, pour vous rendre propice et favorable le Père des miséricordes. Car c'est un principe de foi que sans lui nous ne pouvons rien ; mais qu'avec son secours nous pouvons tout.
En vous traçant cette règle, Nous ne faisons que vous répéter, N T.-C. F., la puissante exhortation de l'Apôtre à son disciple chéri (i Tim, ch. i, v. i et 2) : " Je vous conjure donc avant toutes choses, lui écrivait-il, que l'on fasse des supplications, des prières, des demandes " des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont en dignité, afin que nous menions une vie paisible et " tranquille, en toute piété et chasteté ; car cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur."
Nous allons donc demander tous ensemble, N. T.-C. F., que les élections se fassent selon toutes les lois divines et humaines ; que Dieu n'y soit point offensé ; que son saint nom n'y^oit point outragé par de faux serments ; qu'il n'y ait ni tumultes, ni intrigues scandaleuses, ni divisions capables d'attirer la malédiction du ciel ; que ceux qui seront élus soient des hommes assez forts pour ne rien craindre, quand il s'agira de soutenir les vrais intérêts de la Religion et de la Patrie ; assez désintéressés pour toujours préférer le bien public au bien particulier ; assez zélés pour être toujours prêts à renoncer à leurs aises et commodités, dès qu'il s'agira du bien du peuple qui leur a donné sa confiance.
Armée Pontificale — Inauguration du Recrutement Canadien.
Lettre Pastorale, 8 Dec. 1867.
Notre Saint-Père le Pape compte, pour sa défense, sur le dévouement de ses troupes ; et avec raison, puisqu'elles ont fait des prodiges de valeur et remporté d'éclatantes victoires. Aussi, ont-elles mérité les magnifiques éloges qu'il en fait dans le passage de la Lettre Encyclique que nous publions. Quelle gloire donc, pour ces héros chrétiens, d'avoir pour panégyriste Pie IX, et d'être loués dans un document religieux qui doit faire le tour du monde et être publié du levant au couchant, et demeurer dans les Annales de l'Eglise jusqu'à la fin des siècles !
Il ne faut donc pas s'étonner si le Pontife-Roi porte ainsi des regards de si grande complaisance sur sa petite armée qui vient de se couvrir de gloire dans les combats du Seigneur. Car il y avait réunis, des divers pays de la chrétienté, des nobles et des riches, des enfants de famille' et des hommes haut placés dans la société, qui ont mis au service de la cause sacrée, qu'il soutient avec tant de magnanimité, leurs biens et leurs personnes, leurs forces et leur jeunesse, et qui, pour preuve de leur généreux dévouement, renoncent aux douceurs de la famille, aux jouissances de la patrie et aux caresses de leurs tendres mères ; qui sacrifient de bon cœur les espérances les plus flatteuses de leur avenir, pour se faire simples soldats du Pape, pour mener la vie dure des camps, s'exposer à tous les dangers de la guerre et affronter la mort dans les combats.
Il se fait, dans divers pays catholiques, un heureux mouvement pour enrôler de nouveaux soldats sous l'étendard Pontifical, et faire de généreuses souscriptions afin de faire les frais d'équipement de voyage et d'entretien, qui ne pourraient être supportés par le trésor Pontifical. Ce sont des villes "et des campagnes, des diocèses, des paroisses, des communes et des familles, qui se mettent ainsi à contribution, pour envoyer de nouveaux renforts à l'armée du Saint-Père. Ce sont de riches particuliers enfin, qui veulent avoir le mérite et la gloire d'avoir des soldats à leur solde, dans cette armée du Seigneur.
Ce beau mouvement se fait aussi sentir dans cet heureux pays. Déjà, à plusieurs reprises, de jeunes Canadiens se sont enrôlés dans les Zouaves Pontificaux.
Beaucoup d'autres brûlent d'ardeur de partager la gloire de leurs jeunes compatriotes, et viennent de l'avant, pour essayer à former un bataillon de Zouaves Canadiens. Ils cherchent à s'orgnniser afin de mettre à exécution leur noble projet, et ils croient trouver de l'écho chez leurs compatriotes. L'on parle de ce projet clans les villes et les campagnes, et il sourit à beaucoup de jeunes gens qui sont impatients de pouvoir l'exécuter.
Dës souscriptions ont été faites spontanément par des enfants de l'un et de l'autre sexe, dans les collèges et les couvents, et ces tendres enfants ont l'air de recevoir, leâ premiers, le souffle d'en haut, pour donner l'élau à leurs parents et à leurs concitoyens ; car c'est de la bouche des enfants que sort la louange parfaite.
Quoiqu'il en soit, N. T.-C. F., Nous demeurons étranger à ce mouvement laïque ; mais, Nous vous l'avouerons, Nous le bénissons de - tout notre cœur et nous lui souhaitons un plem succès. Car, nous le considérons comme une gloire pour notre religieux pays, et comme une bénédiction pour ses habitants. Nous pensons qu'en effet, un bataillon de Zouaves Canadiens prouverait au monde entier que l'extrême
Occident se joint à toutes les autres parties du monde, pour épouse»- la Cause sacrée à laquelle se dévouent aujourd'hui tant de cœurs généreux, et montrer que le nom de l'immortel Pie IX, est grand et béni dans les troides contrées du Nord. Ce bataillon, en combattant pour le grand principe sur lequel seul peuvent rëppser solidement les sociétés humaines, donnerait un admirable'exempîe de dévouement pour la cause catholique, et chacun lui consacrerait, avec une nouvelle ardeur, sa plume, sa parole, et surtout son cœur.
ÇXCIil
Pape ft Religieuses. — Mémorial de Ste. Martine
Circulaire aux Religieuses, S Dec. 1867.
Nos Très-Chères Filles, Vous êtes le sexe dévot" consacré à Dieu, attaché à Jésus-Christ, déyoué à l'Eglise, et pour cela, séparé du monde, mort au monde, crucifié au monde, imitant le passereau solitaire qui, selon l'Ecriture, habite sur le toit, pour être dégagé de toutes les choses de ce bas monde, et pouvoir plus facilement contempler le Ciel et ses biens éternels
Les obligations que vous avez contractées en Religion sont de prendre la croix et de suivre Jésus-Christ dans la route du Calvaire ;
de mener comme lui une vie crucifiée ; d'aimer ce qu'il a aimé ;' et de lui prouver votre amour par un dévouement généreux. Or, comme il a
aimé l'Eglise, et qu'il s'est sacrifié pour elle, il s'en suit que vous devez vous sacrifier pour cette sainte Mère en faisant pour son amour tous
les sacrifices qu'il exige de nous. e
Les devoirs que vous devez remplir en Religion sont d'être tout à Dieu et au prochain : à Dieu, en l'aimant de tout votre cœur, de
toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos forces ; au prochain, en lui consacrant, pour l'amour de Dieu, tous lesjnoments de votre vie, tous les instants de votre existence, toutes les qualités de votre âme, toutes les forces de votre corps
Animées de ce généreux dévouement, pénétrées de l'importance de ces graves obligations, courbées sous le poids de ces devoirs impérieux, vous comprenez que vous devez vous faire victimes de propitiation, quand l'Eglise est persécutée dans son chef et dans ses membres ; quand, à cause des crimes des hommes, la colère de Dieu est prête à éclater ; quand le bras vengeur du Seigneur est sur le point de s'appesantir sur le monde par les terribles fléaux de la guerre, de la peste, des tremblements de terre et autres aussi effrayants dont nous sommes menacés.
C'est alors surtout que doit se faire entendre, dans vos religieux sanctuaires, la voix- plaintive et gémissante de la tourterelle, figure si naturelle de l'âme religiejuse, qui, dans les temps de grandes calamités, pousse jour et nuit les soupirs de la fervente prière qui touche et apaise le cœur de Dieu. Car c'est par cette âme immolée, par le dévouement, le sacrifice et la charité, que le St. Esprit prie et demande avec des gémissements ineffables.
Ce que faisaient pour Jésus-Christ, dans la route du Calvaire, les Saintes Femmes de l'Evangile, vous le faites pour son Vicaire. Elles se lamentaient, à la vue de cet Homme de douleurs, et, mêlant leurs larmes à son sang divin, elles le suivaient jusqu'au sommet de la sainte montagne, et entouraient sa croix, en s'unissant de cœur à ses souffrances et à son sacrifice. De même, à la vue du Pontife qui vous présente une si parfaite image de votre Epoux, qui est un Epoux de sang, vous faites retentir, de vos gémissements, !a voie douloureuse qu'il parcourt, et que vous parcourez avec lui, en vous unissant à tous les sentiments qui animent sa grande âme.
Vous terminerez la prière et i'oraison mentale du matin par les Litanies des Saints pour intéresser tous ces bons et puissants amis de Dieu à la défense de la Sainte-Eglise qui les engendra au ciel en les formant à la pratique de toutes les vertus qui leur oui mérité la gloire éternelle. Vous vous unirez plus spécialement aux nombreuses vierges dont les corps reposent dans la Ville Sainte où elles ont versé leur
sang, afin d'obtenir par leur intercession qu'elle ae tombe point au pouvoir des impies. Des prodiges éclatants s'opéraient pendant qu'elles glorifiaient le nom du Seigneur Jésus par leurs souffrances. Ainsi, pour tout exemple, Rome était agitée par d'horribles tremblements de terre, pendant que Ste. Martine endurait le martyre, le tonnerre grondait avec fracas, des feux vengeurs tombaient du ciel, des temples de faux dieux étaient renversés et leurs idoles mises en pièces, un lait mystérieux coulait de ses veines avec son sang, une splendeur admirable jaillissait de ses plaies, une odeur suave s'exhalait de son corps, elle paraissait aux assistants assise sur un trône royal, au milieu des Anges qui chantaient ses louanges, une voix divine se faisait entendre pour l'appeler "au ciel au moment où le bourreau lui tranchait la tête. Dieu sans doute glorifiera aujourd'hui ses saints, comme il les glorifiait alors ; et il ne permettra plus que leurs tombes soient profanées. Que cela suffise pour remplir tous les cœurs d'une juste confiance.
Les Religieuses équipant les Zouaves — Mémorial de Ste. Praxède.
Circulaire aux Religieuses, 8 Dec. 1867.
Il va sans dire, Nos Très^Chères Filles, que vous voudrez ajouter votre obole à toutes les oblations du monde entier, et faire couler vos petits ruisseaux de charité dans ce vaste océan de contributions volontaires, qui alimentent le trésor Pontifical. Si vos ressources pécuniaires ne vous permettent pas d'offrir tout ce que vos cœurs voudraient déposer aux pieds cle Notre Vénérable Père, peut-être que vos mains et celles de vos élèves, orphelins et infirmes, y pourront suppléer, en travaillant à faire quelques habits aux Zouaves Canadiens, qui se préparent à partir pour aller représenter leur pays dans l'armée Pontificale. Vous seriez sans doute heureuses plus tard d'avoir ainsi contribué à équiper ces généreux soldats- du Pape, si l'on avait à vous apprendre un jour qu'ils ont honoré et respecté, par la pureté de leurs mœurs, des habits et des linges qui leur auraient été préparés par des mains vierges, par leurs Sœurs en Jésus-Christ, par des concitoyennes qui, en Religion, sont des héroïnes, comme ils pourront être des héros dans l'armée du Seigneur. Vous seriez de même heureuses d'apprendre que, sous ces habits, ils ont vaillamment combattu pour le triomphe de la Foi, pour l'honneur de la Religion, pour la gloire du St. Siège ; et qn'ils les ont même teints et arrosés de leurs sueurs et de leur, sang. Dans ce cas, vous aimeriez à imiter une glorieuse Vierge, Ste. Praxède, qui est représentée dans son Eglise à Rome, tordant de ses mains pures et innocentes les habits des martyrs qu'elle avait encouragés à la môrt. pour en faire couler le sang dans un puits, qui se voit encore.
Le Pape et les Garibaldiens.
Circulaire aux Religieuses, 8 Dec. 1867.
N. T.-C. F., le Pape vient de donner au monde entier un nouvel exemple de sa paternelle charité pour ses enfants rebelles et dénaturés. Car, dans une visite aux prisonniers faits par ses troupes, il leur a donné, avec sa bénédiction, de bonnes paroles, des remèdes, des habits, des souhaite d'heureux retours, et la liberté, pour rentrer dans leurs familles, après qu'ils se seraient réconciliés avec Dieu, par une fervente retraite.