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Pour que vous compreniez mieux l'étonnante charité de ce bon Père, pour ses enfants rebelles et ingrats, il est bon que vous sachiez ce qu'ils prétendent, en faisant entendre tout haut, depuis quelques années, cette horrible vocifération : Rome, ou la mort ! Ce qu'ils veulent, c'est de s'emparer, par trahison et violence, de la Ville Sainte, comme ils ont cherché à le faire, en Octobre et Novembre derniers, en faisant à main armée des incursions sur le territoire Pontifical.
Ce qu'ils veulent, c'est de détrôner le Pape et de lui ravir, pat violence, l'indépendance dont il jouit depuis des siècles, sous la protection des princes chrétiens, et qu'il n'exerce que pour le bon gouvernement de l'Eglise universelle ; c'est de faire de la Capitale du monde chrétien, la Capitale du nouveau royaume d'Italie, dont le gouvernement est révolutionnaire, impie, sacrilège et persécuteur.
Ce qu'ils veulent, c'est de faire, à Rome, ce qu'ils ont fait partout ailleurs, c-à-d, profaner les temples, fouler aux pieds les saintes hosties, outrager les reliques et les images des Saints, détruire les Communautés, chasser les Evêques, les Prêtres et les Religieux, les envoyer en exil, ou les jeter en prison ; changer en casernes les monastères des Vierges, s'emparer des biens consacrés à Dieu et à la Religion, pour l'entretien du culte divin et le soulagement des membres souffrants de Jésus-Christ, et laisser ainsi sans ressources et à l'abandon les Ministres des Saints Autels, ainsi que les pauvres et les infirmes, les veuves et les orphelins ; exercer enfin les exactions les plus iniques contre les peuples en les accablant d'impôts, ruineux.
Sergent de Jésus-Christ — Soldats de son Vicaire.
Allocution aux Zotiaves Canadiens h leur départ pour Rome, 19 Fév. 1868.
Braves et dévoués Enfants de la Religion et de la Patrie, c'est avec un sentiment d'émotion indicible que je vous vois, dans ce moment solennel, réunis au pied de cet Autel, tous prêts à partir pour Rome.
Pour arriver ici aujourd'hui, il vous a fallu vous mettre au-dessus de tout respect humain, fouler aux pieds les railleries de ceux qui sont incapables d'apprécier votre dévouemenî à sa juste valeur, risquer votre avenir d'après certains calculs humains, renoncer à des espérances plus ou moins flatteuses, vous séparer de vos pères qui vous aiment et que vous aimez, vous arracher à la tendresse de vos bonnes mères dont les larmes ont vivement touche* vos cœurs sans pouvoir ébranler votre constance, faire >os adieux à des parents, amis et concitoyens chéris, avec la pensée que peut-être vous ne les reverrez plus au sein de la patrie.
Vous partez, non pour chercher des honneurs, des places, des dignités, car vous n'avez d'autre ambition que d'être soldats. Ce n'est pas non plus pour chercher à faire fortune par de grandes spéculations, car vous allez vous engager au service d'un Roi qui a été sacrilégement dépouillé de la plus riche partie de ses Etats, et pour lequel l'univers catholique se met à contribution pour lui envoyer des secours dont il a un pressant besoin.
Que pretendez-vous donc faire en allant vous enrôler sous l'étendard Pontifical ?
Vous n'ignorez pas ce qui vous attend, au terme de votre voyage, savoir : tout ce qu'il y a de dur dans une vie de caserne et de camp, dans les longs exercices de l'an militaire, dans les privations des douceurs de la famille, dans le régime de vie auquel vous n'êtes pas accoutumés, dans le changement de climat qui va vous obliger à vous faire des habitudes toutes nouvelles, dans la nécessité de vous plier à
toutes sortes de caractères plus ou moins bizarres, pour le bien de la paix. Ce que vous ambitionnez, c'est déverser votre sang dans cette terre sainte qui a été arrosée de celui de plusieurs millions de martyrs. Ce que peut-être vous rêvez dans vos préoccupations de Zouaves Pontificaux, c'est de mourir pour Dieu, pour l'Eglise, pour le Pape, dans le champ de la victoire. Ce que du moins vous voudriez, ce serait de revenir, dans votre patrie, couverts de glorieuses blessures
J'ai donc raison de dire que, pour partir, sous de telles circonstances, il vous faut un grand dévouement. Or, grâces à Dieu, vous en donnez des preuves éclatantes.
Mais si, d'un côté, le dévouement vous présente, dans un avenir prochain, tant et de si grands sacrifices, il vous fait apercevoir en même temps les charmes qui en adoucissent toute l'amertume. Voyez-vous, braves jeunes gens, comme toute cette ville, ou plutôt tout ce pays est sous l'empire d'un enthousiasme inouï ? Notre histoire nous offre-t-elle un départ qui se soit jamais accompli avec des circonstances si émouvantes? A-t-on jamais vu une population toute entière se porter si spontanément à des démonstrations si éclatantes ? S'il vous était permis de voir tout ce qui se passe à l'heure qu'il est, vous vous convaincriez que vous êtes entourés des plus vives sympathies ; que les cœurs se livrent à des impressions inexplicables, que sur les visages rayonnent des émotions inconnues jusqu'ici ; qu'il s'échappe de tous les yeux des larmes qui ne sont pas ordinaires, des larmes d'attendrissement, d'admiration, de joie et d'espérance.
Tous, prêtres et laïques, vieillards et enfants, compatriotes et étrangers, vous comblent de bénédictions. Il n'y a pas jusqu'à nos frères séparés, qui ne donnent de justes éloges à votre dévouement, et qui ne disant tout haut que vous faites très b;en d'aller au service du Pape.
Ces vives émotions se font sentir dans nos séminaires et nos collèges, dans nos hôpitaux et nos hospices, dans nos pensionnats et nos académies, dans nos asiles et institutions charitables, et jusque dans nos maisons religieuses, ces paisibles retraites où les nouvelles du monde ne sauraient pénétrer. Là aussi, au bruit qui s'y est répandu que vous partiez pour aller défendre le Père delà grande famille chrétienne et religieuse, on s'en est fortement préoccupé, pour s'imposer de généreux sacrifices, afin de contribuer à l'œuvre de dévouement que vous avez entreprise. C'est même au fond de ces solitudes qu'ont été travaillés, par des mains vierges, vos habits de Zouaves.
Vous allez rencontrer partout sur votre route ces mêmes sympathies, si propres à vous fortifier de plus en plus dans le dévouement qui vous anime. Car il sera facile de s'apercevoir que vqus allez voyager en pieux pèlerins qui vont au tombeau des Saints Apôtres, en vaillants croisés qui vont se dévouer à la délivrance de la Terre sainte, en braves soldats qui vont combattre pour le Seigneur et pour son Christ, en hommes de foi qui ne cherchent que la gloire de Dieu, en héros chrétiens qui vont s'associer à ces milliers de jeunes guerriers qui accourent à Rome, de toutes les parties du monde, pour s'enrôler sous l'étendard Pontifical, enfin, en bons Canadiens qui vont faire connaître, au monde entier, qne le Canada, malgré ses longs et rigoureux hivers, ne reste pas engourdi, pendant que l'univers entier s'embrase de zèle et d'ardeur pour la défense du Père de la grande famille chrétienne.
Tout naturellement, on se demandera de quel pays viennent ces nouveaux Zouaves? Ce ne sera pas sans surprise que l'on apprendra qu'ils ont quitté la lointaine région du Canada, et franchi le vaste Océan, pour combattre, eux aussi, sous le Drapeau Pontifical, au nom de leur patrie, pour la défense de notre commune Mère, la sainte Eglise. Ce dévouement produira nécessairement son fruit sur ceux que l'exemple de leurs compatriotes n'aurait pas encore ébranlés. Car aucun homme de cœur n'aime à se lasser vaincre en générosité. Oui, oui, le dévouement excite le dévouement, comme le feu embrase le feu. Quelle consolation donc pour vous, si votre exemple peut en quelque chose contribuer au recrutement de l'Armée Pontificale !
Dévouement en vous faisant simples soldats, ce qui, il n'y a pas à en douter, répugne souverainement à la nature, pour des jeunes gens de famille qui peuvent, par leur éducation et le rang qu'occupent leurs parents dans la société, aspirer à des emplois lucratifs et honorables.
Mais là-dessus, votre sacrifice est déjà fait ; et, envisageant toutes choses des yeux de la foi, vous dirigez vos nobles ambitions vers un but bien plus sublime ; et, en conséquence, vous n'aspirez à rien autre chose qu'à être soldats du l'ape ; parce que ce dernier grade, dans l'armée Pontificale, vous parait plus honorable que le premier dans toute autre armée. Vos convictions seront encore plus intimes, quand une fois enrôlés, vous vous trouverez à côté de quelque noble et riche seigneur, ou de quelque officier supérieur devenu simple soldat, ou enfin, de quelque fils de famille se dévouant généreusement à la vie de soldat, au lieu d'entrer dans la vie publique à laquelle l'appellerait sa position dans le monde. Chacun de vous aura à se dire souvent, dans l'intérieur de son âme ; " St. Louis, Roi de France, s'appelait Sergent de Jésus-Christ, et moi je suis Soldat de son Vicaire." Et en effet, Soldat du Pape," ce fut toujours un beau titre aux yeux des vrais chrétiens. Mais aujourd'hui, même pour ceux qui ne voient que le côté humain, c'est une gloire incontestable.
Dévouement en vous montrant des soldats braves et pleins de courage. Or, cette bravoure, elle coule déjà dans vos veines ; c'est un héritage de famille ; vos pères vous l'ont transmise par un canal d'une réputation sans tache ; ils l'ont acquise au prix de leur sang, lorsqu'ils sont morts en défendant la croix qu'ils avaient plantée pour prendre possession de ce pays infidèle. Néanmoins, il en coûte singulièrement à être de braves soldats du Pape; et c'est précisément ce qui vous fera pratiquer un noble dévouement, tout le temps que durera votre expédition. Mais que de moyens vous aurez à Rome de vous retremper dans ce généreux sentiment !
Bientôt, en effet, vous serez sur les lieux, et vous verrez de vos yeux Valentano, Bagnorea Subiaco, Farnese, Nerola, Monte" Libretti, Monte-Rotondo, Mentana, qui ont été les théâtres des sanglants combats qui ont signalé l'héroïque défense du territoire Pontifical, menacé de vingt côtés à la fois. Quelques-uns de ceux qui prirent part à ces glorieux engagements, vous montreront où et comment les Zouaves firent ces charges brillantes et impétueuses qui firent l'admiration des vainqueurs de Sébastopol et de Solferino ; comment, en face d'un ennemi bien supérieur en nombre, ils s'élançaient, traversaient les vignes, gravissaient les coteaux, escaladaient les rochers, gagnaient enfin la crête des montagnes d'où ils débusquaient l'ennemi et le faisaient reculer, la baïonnette au dos.
C'est là où vous irez retremper votre courage, en explorant des lieux devenus si fameux et où le sang canadien a déjà coulé. Ce sera aussi en allant prier sur les tombes qui renferment les restes des jeunes héros qui succombèrent dans ces actions mémorables, que vous vous sentirez embrasé du désir de vous immoler comme eux.
Dévouement en vous comportant toujours coiiime de braves soldats, c'est-à-dire, selon l'expression du Comte de Maistre, comme, de fervents et adjnirables Catholiques. Car c'est la foi qui doit inspirer votre dévouement, et vous rendre fidèles à tous vos devoirs religieux. Vous allez servir Pié IX, mais ce sera sans doute, et avant tout, par amour pour Jésus-Christ dont Pie IX est le Vicaire.
Il vous faut pour cela un grand dévouement religieux, parce que partout, même à Rome, il en coûte de vaincre ses penchants et de se mettre au-dessus de tout respect humain. Là, comme ailleurs, il y a des scandales à craindre ; et il ne faut pas s'en étonner, puisqu'il y a eu dans le Ciel des mauvais anges, et dans le Cénacle un Judas, un Apostat. Il faut donc vous prémunir d'avance contre ces scandales toujours à craindre, à quelque degré de vertu que l'on soit parvenu.
Mais s'il y a des pierres d'achoppement qu'il vous faudra éviter, il y a à Rome des moyens innombrables offerts à la vertu ponr se
conserver.
Soyez donc dévoués, braves enfants de la patrie ; dévoués à Dieu en l'aimant de tout votre cœur, dévoués à Marie, en l'honorant comme la meilleure de toutes les mères ; dévoués à la Religion en pratiquant fidèlement ses commandements ; dévoués au Pape en le défendant vaillamment. Soyez-lui dévots, comme le disait un célèbre Ministre Protestant converti ; soyez-lui dévots, car Jésus- Christ se perpétue, vit, agit, parle, instruit, gouverne en lui et par lui.
Pour que ce dévouement se soutienne, et s'élève même jusqu'à l'héroïsme, vous avez besoin de force. Or, souvenez-vous toujours que l'Union fait la force, et que la force produit le dévouement.
Soyez donc unis intimement, et ne faites tous qu'un cœur et qu'une âme, vivant comme de bons frères, qui n'ont qu'une seule chose à cœur, le bien commun de la famille. Portez-vous, au besoin, de mutuels secours ; consolez-vous dans vos peines, visitez-vous dans vos maladies, assistez-vous les uns les autres par de prudents avis et de sages conseiis. Qu'il y ait entre vous tous amitié, cordialité et fraternité religieuse. Visitez ensemble et étudiez sous les habiles maîtres qui vous seront indiqués, toutes les antiquités et institutions de la Ville Etemelle. Rendez-en des comptes fidèles au comité chargé de vous diriger et de faire vos affaires ici et à Rome, afin que votre pays tout entier profite de vos recherches scientifiques, comme de votre dévouement pour la défense du Saint Siège.
Encore une fois, vous partez,; mais n'oubliez jamais et souvenez-vous toujours que la Religion et la Patrie s'attendent que vous ferez votre devoir et que vous vous montrerez, en tous lieux et en toutes occasions, dignes du Canada, qui a produit tant de bons chrétiens et de vaillants guerriers.
Au nom du Père, et du Fils et du St. Esprit. Ainsi soit-il.
Fruits de salut que les Fidèles ont a retirer du départ pour Rome des Zouaves
Canadiens.
Annonce dit 2yFêz>. 1S6S.
Nous prenons aujourd'hui la forme de simple Annonce an Prône afin de vous parler plus en famille, en empruntant la voix amie et bien connue de vos Pasteurs ordinaires.
Nous avons à vous témoigner d'abord, N. T.-C. F., combien Nous avons été sensible à la piété filiale avec laquelle vous avez répondu, non pas à un ordre, non pas même à un désir de notre part, mais à un simple acte de complaisance, que Nous donnions au mouvement laïque dont Nous vous parlions, dans notre Lettre du S Décembre dernier.-
Ce mouvement, qui portait alors quelques-uns de nos jeunes gens à aller offrir leurs services à N. S. P. le Pape, Nous paraît un de ces souffles mystérieux de V Esprit Principal qui, en se faisant entendre au monde entier, éclaire les intelligences et embrase les cœurs. Nous le bénîmes donc, eu lui souhaitant un plein succès.
Aujourd'hui qu'ils sont en route et déjà en pleine mer, Nous sommes heureux de vous apprendre que les Autorités Romaines ont eu pour agréable le mouvement qui s'est opéré, et que N. S. P. le Pape lui-même à exprimé là-dessus sa vive satisfaction. Nous devons ajouter que nos braves jeunes gens sont attendus à Rome et qu'on a hâte de les y voir arriver£ Ces bonnes nouvelles montrent que l'intérêt que nous leur portons, avec tant de raison, à déjà traversé les mers, et leur prépare, à Rome même, une réception honorable et singulièrement encourageante.
Pour achever de consoler les parents et les amis, ainsi que tous les concitoyens de nos Zouaves Canadiens, Nous pouvons leur dire, en toute confiauce, que des mesures ont été prises pour que rien, autant que possible, ne manque aux soins qui leur seraient nécessaires, en maladie comme en santé, et que ceux qm sont chargés d'y voir feront tout en leur pouvoir pour que ce voyage, entrepris principalement pour la défense de l'Eglise, soit en même temps profitable à ces chers enfants et au pays tout entier. Car tout le monde sait que c'est toujours sur la jeunesse bien disciplinée et animée de bons sentiments qu'il faut compter pour l'avenir d'un pays.
Quant à vous, bons pères et bonnes mères, amis sincères et généreux concitoyens, vous ferez cause commune avec le Clergé et vx>s ferventes Communautés, pour suivre ces jeunes parents et compatriotes chéris, dans leurs œuvres lointaines, leurs durs travaux et leurs pénibles fatigues, et pour leur procurer les secours réunis de- la prière, du jeûne, de l'aumône et du sacrifice.
La pensée surtout que ces jeunes gens, à l'âge où d'ordinaire on ne songe qu'aux plaisirs, portent continuellement le poids de la chaleur et du jour, pour l'amour de notre Sainte Mère l'Eglise, fera sur vous tous, Nous n'en doutons pas, de fortes et salutaires impressions. Car, avec la bonté de cœur qui vous caractérise, vous vous sentirez pressés de ne pas vous laisser aller au jeu, au luxe, à la danse, à ces principes impies, que colportent les mauvais journaux, aux divertissements, aux excès de boisson, à de dangereuses fréquentations, pendant que vos parents et amis travaillent, souffrent et combattent pour notre sainte religion. Le désir de leur être plus utiles, vous imposera le devoir bien légitime d'assister plus régulièrement à la messe, de fréquenter plus souvent les sacrements, de paraître plus régulièrement à la sainte table, de réciter plus dévotement le chapelet.
Puissent, N. T.-C. F., ces paroles que Nous vous adressons, du fond de notre cœur, adoucir l'amertume du sacrifice que le Seigneur a exigé de vous ! Puisse la bénédiction, que Nous vous donnons de tout notre cœur, produire les fruits les plus abondants, en attendant celle que recevront pour eux et pour vous, nos chers enfants, quand ils se prosterneront aux pieds sacrés de notre Père commun.
Les Fénians.
Ciratlaire aux Confesseurs, i Mars 1868.
Les Fénians appartiennent aux sociétés secrètes condamnées par l'Eglise et, s'ils ne veulent pas y renoncer, ils doivent être en conséquence privés des Sacrements.