XLV1I
Invasion de Sauterelles.
Circulaire, 24 Juin 1848.
J'apprends, avec une profonde douleur, que les sauterelles ont de terribles ravages dans plusieurs paroisses de ce diocèse ; et il est bien à craindre qu'elles ne se répandent par torrents dans les autres, pour dévorer la belle moisson qui, aujourd'hui, est le seul espoir du pays, dans l'affreuse misère qui l'accable. Elles sont en si grand nombre et tellement voraces que leur passage dans les champs est comme celui d'un incendie qui met tout à net.
Descendant des coteaux sablonneux où elles ont commencé par manger les seigles d'automne, elles se jettent avec une espèce de fureur, non seulement sur les grains naissants, mais encore sur l'herbe, les patates, les oignons, et sur toutes espèces de végétaux. On les voit par huit et dix s'attaquer à un même épi qui bientôt succombe sous leur poids, et disparaît sous leurs dents. Les prairies qu'elles traversent comme des armées rangées en bataille sont tellement brûlées ou infectées que les animaux n'y peuvent plus paître ; et lorsqu'après avoir ruiné un champ, elles gagnent la terre voisine, qui va leur servir de pâture, les clôtures en sont tellement couvertes que l'on ne distingue ni pieux ni perches, et l'œil n'aperçoit au loin que des monceaux de ces insectes que le souffle de la colère de Dieu a poussés évidemment de proche en proche pour avertir son peuple du malheur qui le menace.
Je m'empresse de vous donner ces renseignements, et de vous indiquer quelques moyens à prendre pour arrêter un si épouvantable
fléau.
Craintes de Choléra.
Lettre Pastorale, 26 Se/ 1. 1848.
Vous savez, N. T. C. F., que la terrible maladie du Choléra, qui nous visita en 1832 et 34, fait encore dans l'ancien monde d'affreux ravages. Nous serions fâché de jeter dans vos cœurs de fausses alarmes, en vous annonçant une troisième visite de cet épouvantable fléau. Toutefois, nous ne pouvons dissimuler que la marche de cette désolante épidémie est aujourd'hui ce qu'elle fut autrefois. Nous avons donc, non pas à nous laisser aller à des craintes puériles, mais à prendre de sages précautions pour tenir éloigné de nous ce fléau dévastateur.
A la vue du péril qui menace la ville et les campagnes aux approches de quelque maladie contagieuse, de vigilants magistrats ne manquent pas de faire dessécher les marais infects, d'assainir tous les lieux qui pourraient être le théâtre de la désolation et de la mort et de prendre enfin de sages mesures, pour mettre, autant qu'ils le peuvent, une barrière impénétrable à l'épidémie.
Il est pour tout pasteur un devoir bien autrement rigoureux à remplir dans les temps de désolation, c'est celui de s'immoler pour son troupeau, et en même temps de travailler de toutes ses forces à lui faire produire de dignes fruits de pénitence. Car, c'est en vain que l'homme veille à la garde de la ville, si Dieu lui-même n'en, prend soin : Nisi dominus custodierit civitatem, frustra vigiîat qui custodit eam. Ceci s'applique surtout à la maladie dont nous avons à nous préserver, puisque les plus habiles médecins n'ont pu jusqu'ici l'assujettir aux règles de l'art ; et que pour cette raison elle est justement regardée comme un de ces fléaux que Dieu tire de temps en temps du trésor de ses vengeances, pour punir son peuple coupable, et l'obliger d'entrer dans les voies de la justice. Or, un des moyens que nous avons à prendre
pour nous rendre le ciel favorable dans le danger qne nous courons, c'est de recourir à Marie: In fiericidis Mariam invoca; nous dit
St. Bernard. Ce fut par ce moyen que plusieurs villes, entre autres celle de Lyon, si célèbre par son pélérinage de N. D. de Fourvières, furent, il y a peu d'années, préservées du choléra, qui faisait dans les pays environnants d'affreux ravages. Ne pourrons-nous pas espérer que N D. de Bon-Secours éloignera de nous une si funeste contagion, si nous recourons à elle avec la même piété. Nous avons pour cela, N. T.CF. toute la saison d'hiver, pour aller lui rendre nos devoirs dans le sanctuaire qu'elle a choisi pour exercer ses grandes miséricordes
Révolution Romaine. — Exil de Pie ix.
Lettre Pastorale, 18 Janvier 1849.^
La Capitale du Monde Chrétien est en proie à de sanglantes divisions. La populace mutinée a envahi la paisible demeure de Notre Saint Père le Pape. Le sang innocent d'un pieux et savant prélat, attaché à sa personne sacrée, a arrosé le Quirinal. Des balles meurtrières ont pénétré jusque dans l'appartement occupé par le St. Père. De lâches assassins ont massacré impunément le premier Ministre des Etats- Pontificaux. Les rues de la ville sainte ont retenti de chants profanes à la gloire du " poignard démocratique " qui avait été l'instrument d'un si grand crime. Ces mêmes rues ont entendu le cri séditieux et sanguinaire : " mort au Pape ! mort aux Cardinaux ! " Enfin le bien-aimé et immortel Pie ix, traité comme un prisonnier dans son propre palais, a été forcé de quitter Rome, pour chercher un asile dans un Royaume étranger, afin d'y exercer librement les devoirs sacrés du Souverain Pontificat.
Il est donc arrivé pour lui ce " temps mauvais" qu'il nous prédisait, lorsque, recommandant à notre charité la malheureuse Irlande, il nous disait, avec tout l'accent de sa profonde affliction : " Elle est toujours là devant nos yeux cette horrible et cruelle tempête, depuis longtemps soulevée contre l'Eglise Universelle." (Encyclique du 25 Mars, 1847.)
Alors pourtant il était entouré des hommages et de la vénération de son peuple. Alors se succédaient à Rome, presque sans interruption, de pompeuses ovations et de magnifiques illuminations, pour célébrer son glorieux avènement au Trône Pontifical. Alors les collines de la Cité Éternelle retentissaient jour et nuit des bruyants applaudissements d'un peuple ivre de bonheur sous son gouvernement libéral et paternel. Le monde entier faisait écho aux réjouissances de la capitale ; et toutes les nations catholiques bénissaient la Divine Providence de leur avoir donné un si bon Pasteur. Le nom de ce grand Pontife était dans toutes les bouches ; et Rome voyait affluer dans son sein une foule empressée à venir de tous les points du globe pour contempler la sagesse de ce nouveau Salomon.
Mais au milieu de toutes ces démonstrations publiques de joie et de toutes ces protestations solennelles d'attachement, le St. Père se préparait à " l'horrible tempête " qui aujourd'hui agite la barque de Pierre. Descendit- procella venti. (Luc, 8, 23.) Il pressentait et
disait que c'était là son Dimanche des Rameaux ; et que bientôt arriverait son Vendredi Saint. "Notre âme," écrivait-il alors à tous les évêques du monde, " se trouble, en songeant quelle est la haine de l'ennemi contre le Sanctuaire; et querle conjuration impie s'est formée contre le Seigneur et contre son Christ." (Encyclique du 25 Mars, 1847.)
Voyons un peu, Nos Très-Chers Frères, comment s'accomplissent ces paroles prophétiques de Notre Père; et de quelle manière l'étonnante révolution, dont il est victime, l'a rendu une image frappante de Celui dont il est le Vicaire. Il est entré triomphant à Rome comme Jésus-Christ à Jérusalem, et bientôt il est, comme lui, rassasié d'opprobres et rejeté de son peuple. Le Palais du Quirinal comme celui de Pilate retentit du cri de révolte : Nolumus hiinc regnare stcfier nos. " Nous ne voulons pas que celui-ci soit notre Roi." (Luc,
Le Mont Cavallo, comme le Calvaire, est couvert d'un peuple inconstant qui, après avoir chanté avec transport le Benedictus qui venit in nomine Domini (Math. 2, 9.) Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, demande aussitôt après qu' 'il soit crucifié. Il a comme Jésus-Christ, la douleur d'avoir à la tête de ceux qui cherchent à se rendre maîtres de sa personne, des .traîtres qu'il a comblés de bienfaits, et qui lui doivent la vie. A mice ad quidvenisti ? (Math. 26, 50.) Comme Jésus- Christ, il ordonne-à ceux qui s'arment pour le défendre de remettre leurs épées dans leurs fourreaux. Couverte gladium tuum in locum suum. (Idem ibid., 52.) Comme Jésus-Christ, il prend soin des siens et commande à ses ennemis de ne leur faire aucun mal. Si7iite hos abire. (Joah. 18,8.) Comme Jésus- Christ il se retire à l'écart, afin de prier pour le monde entier, et en particulier pour ses ennemis, dans le temps même qu'ils assiègent son palais, et qu'une grêle de balles tombe dans ses appartements. Pater diniitte illis, (Luc, 23, 34.) Aujourd'hui donc qu'il a tant de traits de ressemblance avec son Maître, il peut bien nous faire comme lui ces plaintes amoureuses et touchantes ; Tous mes amis m'ont abandonné, et il ne s'est trouvé à l'assemblée de mon peuple presque personne qui ait osé ou voulu me donner des marques de fidélité ; " omnés amici mei dereliquerunt me." Les sociétés secrètes ont cherché à me surprendre pour m'arracher des concessions contraires au bien de la Religion et des Royaumes Chrétiens. On a voulu m'obliger moi qui suis le Père de tous, à faire la guerre à quelques-uns de mes enfants. Et parceque toujours j'ai montré une souveraine horreur de quitter ma houlette pastorale pour m'armer d'une épée sanguinaire,, on a réussi, par de noirs complots, à soulever contre moi mon peuple chéri : " Prasvaluerunt insidiantes mihi."
Craignant qu'à mon sujet il ne se verse une seule goutte de sang, je me décide à quitter Rome pour un temps, imitant l'exemple de mon Maître qui, plusieurs fois pendant sa vie mortelle, se cacha pour se soustraire à la fureur de ses ennemis yesus atitem abscondit se. (Joan. 8, 59 ) Gardé à vue, et n'ayant plus~~la liberté de sortir seul, il a fallu me travestir pour accomplir ce dessein. Nations Catholiques, vous serez stupéfaites en apprenant que votre Chef a été réduit à sortir de Rome sous la livrée d'un laquais ! Mais souvenez-vous que je n'étais pas encore humilié comme mon Maître, quand il sortait de Jérusalem, chargé des malédictions de son peuple, et traînant le bois ignominieux de sa croix. Et vous qui parcourez ces routes que j'ai suivies, assis tristement à côté d'un cocher, soyez dans l'étonnement, et voyez s'il est une douleur semblable à la mienne. O vosomnes qui transitis fier viam, attendite et videte si est dalor sicut dolor me2is. (Jer. L, 1. 12.)
Adieu, Rome, ville toujours chère à mou cœur. Vinea electa. ' Je t'ai comblée de bienfaits ; je t'ai accordé d'immenses privilèges : je t'ai prodigué les concessions les plus libérales. Comment donc as-tu pu devenir pour moi un sujet de si grande amertume ? Quomodo conversa est in amaritudinevi ? (Amos, 6, 13.) Cheminant tristement vers une terre étrangère, mes yeux baignés de larmes se fixent sur toi ! O ville ingrate ! Videns civitatem Jlevit sufier illam. (Luc, 19, 41.) Hélas, que de malheurs vont venir fondre sur toi ! Sans Pasteur et sans Roi tu vas être livrée à toutes les horreurs de.la plus affreuse anarchie. Venient dies in te. Tes habitants, se disputant le pouvoir vont devenir tes plus cruels ennemis. Circtniidabunt te inimici tui. (Luc, 19,4^.) Des milliers d'étrangers, qui venaient assister à tes joyeuses solennités, vont fuir bien loin, comme à la vue de Babylone. Pauvre peuple ! Hélas, que vas-tu donc devenir! Ne serais-tu pas le jouet et la victime de toutes les passions déchaînées, et ton sang ne va-t-il pas bientôt couler comme l'eau autour de cette nouvelle Jérusalem ! Effuderùnt sanguinem eorum tanquam aquam in circuiiïi Jertisalem. (Ps. 78, 3.)
Faisons voir, Nos Très-Chers Frères, que nous sommes tous des fils affectionnés ; et que nous compatissons de tout notre cœur aux douleurs de notre Père, en nous abstenant de tous les plaisirs auxquels se livrent les mondains clans ces jours de dissipation. Il serait en effet bien humiliant pour lui de voir ses enfants se laisser aller aux bals, aux divertissements et aux jeux, pendant qu'il s'immole pour eux. Ego vadam i m molar i pro vobis.
Vous allez donc, Nos Très-Chers Frères, en témoignage de votre profonde affliction, suspendre tous vos instruments de musique aux
saules pleureurs qui ombragent la solitude de cet auguste exilé ! In salicibus suspendimus organa nostra. (Id. ibid, 2) Oui, vous allez
de grand cœur et en signe de votre deuil pour l'exil de notre Père commun, vous abstenir des jeux et des spectacles : et l'an prochain, en rendant compte à ce premier Pasteur dé notre administration, Nous pourrons consoler son cœur affligé, en lui apprenant que ses enfants du Diocèse de Montréal ont compati à.sa juste douleur ; et que, pour le témoigner solennellement, ils ont déserté toutes les maisons de plaisir et rempli tous les temples, ponr y implorer avec larmes sur sa personne sacrée les plus abondantes bénédictions du Ciel.
Enfin, prions tous ensemble, Nos Très-Chers Frères, pour que notre chère et heureuse Patrie ne se ressente point des violentes secousses qui agitent l'Europe ; et qu'elle ne subisse jamais le malheur de quelques-unes de ces sanglantes révolutions qui enfantènt tant de crimes hideux, démoralisent tant de peuples, font couler tant de larmes et de sang, ravissent à la société tant de pères de famille, et plongent dans la désolation et la misère tant de veuves et d'orphelins. Hélas ! dans ces mouvements populaires, c'est toujours le pauvre peuple qui paie de son sang, et que l'on mène à la boucherie, sous prétexte de liberté. Oh! qu'elle lui coûte cher cette liberté, et combien peu il en jouit. Fasse le ciel, Nos Très-Chers Frères, que de pareils malheurs ne tombent jamais sur vous, qui êtes l'objet de notre plus vive sollicitude, et que Nous aimons tous si tendrement en Jésus-Christ.
Croyance du Clergé et du peuple canadien au sujet de l'Immaculée Conception
avant la définition dogmatique.
Adresse au So?iverain Pontife, Avril 184g.
" Comme dans Votre suprême sagesse, Vous souhaitez, Très-Saint Père, connaître de quelle dévotion le Clergé et le peuple fidèle de de toutes les Eglises du monde sont animés envers la " Conception de la Vierge Immaculée, " nous serons ici l'heureux organe de celle de Montréal, pous Vous dire que nos pères nous ont transmis la pieuse croyance que " la Très-Sainte Mère de Dieu a été conçue sans la tache originelle : " et que nous conservons, comme un dépôt sacré, cette vénérable tradition."
" Il nous est en même temps souverainement agréable de pouvoir Vous témoigner, Très- Saint Père, que nous appelons de tons nos vœux un décret dogmatique du Saint-Siège Apostolique, qui définisse, " comme doctrine de l'Eglise Catholique, que la Conception de la Bienheureuse Vierge Marie a été entièrement immaculée, et absolument exempte de toute souillure de la faute originelle." Car nous savons bien, Très-Saint Père, que le Divin Fondateur de PEglis e a prié pour nous, comme pour le Bienheureux Pierre, afin que Votre Foi ne défaille jamais. Appuvés sur cette promesse, nous ne craignons nullement de tomber dans l'erreur, en nous attachant à Votre doctrine. Aussi recevons-nous en toute occasion, avec une docilité parfaite, toutes les décisions, qui émanent de la Chaire Apostolique ; et est-ce pour nous un puissant motif de nous rassurer, dans les dangers continuels ciue nous courons; en conduisant le peuple de Dieu vers la terre de or omission, que de savoir qu'il Vous été donné, comme au Prince des Apôtres, de confirmer Vos frères dans la pureté de la Foi et la sainteté de la morale."
" Votre bouche sacrée a laissé tomber, T.-St. Père, une parole bien capable de remplir nos cœurs d'une nouvelle confiance en la Très- SaimeVierge, lorsqu'elle l'a proclamée si solennellement, et à la face de toute l'Eglise, le " Fondement de notre espérance ;" et qu'elle a donné sa Sanction Apostolique à l'enseignement des Docteurs et des Théologiens qui veulent que c'est " la volonté de Dieu que toutes les grâees nous viennent par Marie qui est aussi," selon la belle et filiale expression de Votre Sainteté, " notre tendre Mère à tous."
" L'univers catholique va sans doute tressaillir de joie, en entendant une parole si consolante, au milieu de la furieuse tempête qui agite maintenant la barque de Pierre. Nous aimons à le croire, Très-Saint Père, les prières de Marie, solennellement déclarée parle Saint-Siège, " Immaculée dans sa Conception," vont tirer son divin Fiis du sommeil qu'il semble encore prendre aujourd'hui dans cette Barque. On le verra bientôt se lever et commander à la mer ; et il se fera un grand calme."
Vœux pour la Restauration de Pie IX dans ses Etats.
Adresse au Souverain Pontife, Avril 1849.
" Nous gémissons de vous voir, Très-Saint Père, sur une terre étrangère, parce que quoique toute la terre vous appartienne, il n'en est pas moins vrai que Rome doit être le siège de votre Empire, pour delà gouverner les nations, dans les voies de la justice, et conduire les Elus à l'heureux port du Salut. Nous savons bien que l'Eglise de Dieu se trouve partout où réside le successeur de Pierre. Nous ne pouvons toutefois oublier que la Chaire de ce Bienheureux Apôtre est à Rome et tout près de son tombeau ; et que c'est de. là qu'il doit continuer à enseigner les peuples par la bouche de ses successeurs. II est bien connu que Votre Royaume, comme celui de Jésus-Christ, n'est pas de ce monde. Aussi, n'est-ce pas seulement sur trois millions mais bien sur huit cent millions d'hommes que s'exerce Votre divine autorité. Mais pour la grandeur de l'Eglise, la tranquilité des peuples catholiques et l'honneur du Souverain- PontificaVnous pensons que le Vicaire de Jésus- Christ ne doit pas reconnaître de souverain temporel."
" Les sentiments de notre piété filiale animent nos cœurs, pendant qite nos mains suppliantes se tiennent levées vers le Ciel, pour qu'il plaise au Seigneur d'abréger le temps de votre exil ; et de vous ouvrir au plus tôt les portes de la Ville éternelle. Hélas ! depuis qu'elle a secoué le joug paternel de ses Pontifes pour s'asservir à une troupe de brigands, on n'entend par toute la terre que ces lamentables paroles de Jérémie : " Est-ce donc là la Ville sainte qui reflétait toutes les splendeurs et les beautés de la religion, et faisait la joie de l'univers ! "
" Quant à Vos enfants du Diocèse de Montréal, ils ont redoublé de respect et d'amour pour Vous, depuis -qu'ils Vous savent persécuté comme Jésus-Christ. Tous s'unissent pour faire au ciel une sainte violence en faveur de leur Père commun. Oui, Très-Saint Père, les prêtres à l'autel, les religieux à l'oratoire, les communautés au chœur, les fidèles à l'église, les familles au sein de leurs maisons, les confréries dans leurs pieuses réunions, les associations charitables dans l'exercice de leurs bonnes œuvres, les petits enfants dans leurs écoles, tous lèvent des mains suppliantes vers le souverain pasteur en faveur de son Vicaire, et forment un concert qui attendrirait Votre cœur paternel, si Vous en étiez témoin."
"Au sein de notre ville de Montréal, est une antique et vénérable Chapelle dédiée à N.-D. de Bon-Secours. Là se réunissent tous les jours de nombreux et pieux pèlerins qni vont prier pour leur Père, aussi lui pèlerin sur une terre étrangère. Ils y récitent, avec des cœurs pleins de respect et d'amour, la sublime prière qu'a adressée au ciel Votre Sainteté dans le Sanctuaire de la Trinité. Cette touchante prière se répète aussi aux pieds de tous les autels du Très-Saint et Immaculé Cœur de Marie : N.-D. de Bon-Secours dont le Cœur est si bon,
entendra sans doute Vos vœux et ceux de vos enfants, comme elle entendit ceux de Pie VII, et de tous les Fidèles qui prièrent pour ce glorieux Pontife, de sainte et heureuse mémoire. Bientôt, nous l'espérons, la Vierge Immaculée, qui est terrible comme une armée rangée en bataille", soufflera sur ces doctrines empoisonnées qui bouleversent lis monde, en aveuglant les esprits et corrompant les cœurs. Le vif éclat de sa pureté virginale dissipera ces nuages épais de sauterelles, sorties des puits de l'abîme. Elle vous prendra par la main et Vous conduira sur le Trône de Vos Augustes Prédécesseurs.
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Troubles Politiques a Montréal. — Lord Elgin.
Circidaire, 27 Avril 1849.
Vous connaissez les tristes événements qui viennent de se passer dans notre ville ; et quoique nous soyons étrangers à tout ce qui est purement politique, nous ne saurions l'être à tout ce qui trouble l'ordre public. Je m'empresse donc de vous écrire, pour vous recommander défaire tous vos efforts pour maintenir votre peuple dans la paix, lui faisant voir que !a charité catholique embrasse tous les hommes, quelque soit leur origine.
Comme on a osé dire et publier que " Lord Elgin était le dernier Gouverneur de ce pays, que la fin commençait et que le Canada était perdu," il est bien à craindre que les troubles ne soient pas finis, si l'on prétend mettre à exécution de pareilles menaces. Espérons qu'il n'en sera rien, et que Dieu préservera ce pays des horreurs de la guerre civile.
Si toutefois un semblable malheur arrivait, vous ne manquerez pas de maintenir le peuple dans la fidélité qu'il doit à son gouvernement. Il aura cette fois pour lui la bonne cause, et sous la protection du Dieu des armées, il se montrera ce qu'il fut dans les guerres de 1775 et 1812. D'ailleurs ce bon peuple, depuis qu'il a embrassé la Tempérance, est comme un nouveau Samson qui seul mettait en déroute des armées entières. Ses cheveux sont repoussés depuis qu'il ne boit plus aucune boisson fermentée. Il pourra donc, à l'exemple de cet homme fameux, ébranler, d'un seul coup, les colonnes de toute machination ourdie contre le gouvernement établi.
J'apprends qu'il va se faire des assemblées pour approuver l'administration de notre excellent Gouverneur. Déjà, dans plusieurs occasions semblables, le clergé s'est mis à la tête de son peuple, pour porter au pied du Trône, le tribut d'amour et de confiance qu'avaient su se concilier ici les représentants de Sa Majesté. Vous connaissez que dans cette occasion, la religion a à s'acquitter d'un juste tribut de reconnaissance envers ce lord dont le cœur libéral est encore plus noble que le sang qui coule dans ses veines. Nous devons donc, sans prendre aucune part aux questions politiques, témoigner publiquement nos sympathies à ce généreux et sincère ami de notre pays. Enfin, n'oublions point qu'en cette circonstance surtout, nous devons prier et faire prier tant de bonnes âmes confiées à nos soins, pour la tranquillité publique. ^
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Souhaits tour le renouvellement de l'année.
Circulaire. 31 Dêc. 1849.
A la veille de finir une année comme celle qui nous échappe, et d'en commencer une dont nous ne saurions encore prévoir ''es événements, mais qui pourrait bien nous amener des catastrophes plus déplorables encore que celles sur lesquelles nous avons eu à gémir, je sens le besoin de vous épancher mon cœur, afin de nous consoler et encourager mutuellement. D'ailleurs, la furieuse tempête qui agite la barque de Pierre et les flots courroucés qui soulèvent si violemment notre propre nacelle, nous mettent dans la nécessité de nous entendre, pour pouvoir suivre la même route sur cette mer orageuse.
Avant tout, donnons-nous le baiser de paix, qui n'est jamais si doux que dans les temps les plus agités,- et lorsqu'il s'agit, pour des frères, d'un danger commun. Les rivages de Milet offraient un spectacle bien attendrissant, quand les disciples, sautant au cou de Paul, lui faisaient leurs derniers adieux, comme ne devant plus le revoir ici-bas. C'est bien assurément le cas pour nous au renouvellement de l'année. Réunis à cette époque si touchante sur le rivage de notre pauvre vie, nous nous embrassons, avec la cruelle prévision que pour plusieurs d'entre nous ce sera pour la dernière fois. A la vérité, bienheureux ceux qui, dans ces temps mauvais, partent les premiers, en mourant dans le Seigneur. Toutefois, leur souhaitons-nous, pour le bien de l'Eglise, de longues années. Hélas ! il n'est plus de saison de les souhaiter bonnes et heureuses dans ce monde ! Mais espérons qu'elles n'en seront que meilleures dans l'autre.
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Eucharistie.
Circulaire 31 Dec. 1S49.
Jésus-Christ, tout près de nos demeures, dans la Sainte Eucharistie, veut bien être notre Maître et Supérieur à tous. Oh! nous n'avons qu'un pas à faire et une porte à ouvrir, pour être à ses genoux et recevoir ses ordres. Je vous avouerai ici ingénuement que tous les matins, je suis aux pieds de ce bon Maître pour le conjurer de remplir cette fonction envers nous tous. Il n'est point de communauté qui ne reconnaisse, avec une tendre effusion de cœur, la Sainte Vierge pour première Supérieure. Il est donc juste que le clergé, qui est d'institution divine, se fasse un devoir bien doux de toujours honorer son divin Fondateur, comme son premier Père et Supérieur. A nous s'appliquent " in sensu obvio, " ces belles paroles du Ps. 67. " Deus in loco sancto suo : " " Deus qui inhabitare facit unius moris in doïno. " Que de motifs nous avons de nous presser les uns contre les autres, pour former un bataillon impénétrable à l'ennemi! C'est alors que nous pourrons dire avec ime sainte hardiesse ces paroles du même psaume, si propres à nous animer : " Exurgat Deus et dissipentur inimici ejus
Conseils aux prêtres.
Circulaire, 31 Déç. 1849.
Soyons en toutes occasions prudents comme des serpents ; et surtout laissons-nous mettre en pièces plutôt que de permettre que notre auguste chef, qui nous représente Jésus-Christ, soit méprisé ; car c'est dans cette tête vénérable que réside la vie de l'Eglise et la force du clergé. Mais si nous devons nous montrer fermes et généreux chaque fois qu'il est question de Dieu et de son Eglise, il nous faut nous tenir dans une grande réserve lorsqu'il s'agit des affaires du monde. Plus que jamais, abstenons-nous même dans nos rapports particuliers avec les laïques, de nous prononcer pour un parti politique quelconque. Ménageons notre influence pour prêcher au besoin l'ordre et la paix.
Soyons simples comme des colombes. Allons droit à Dieu et ne songeons qu'à faire du bien. Vengeons-nous de ceux qui voudraient nous dépouiller de tout, par de nouveaux bienfaits. Ne montrons aucune attache à la dîme et aux revenus temporels, quoique ce soit Dieu luimême qui nous les ait asssignés pour la part de notre héritage, afin que le peuple finisse par bien comprendre que cette grande question, que l'on agite dans les journaux, est un piège que lui tendent ceux qui voudraient ses bras pour s'élever au-dessus des autres, et pour tout renverser. Que vos vertus sacer-dotales brillent d'un nouvel éclat. Que vos travaux pour la sanctification des âines, soient animés d'un zèle encore plus ardent. Que vos biens et vos revenus ecclésiastiques soient plus que jamais consacras aux bonnes œuvres. Préparons notre bon peuple à tout événement. Il me semble que les secours extraordinaires, qui lui ont été depuis quelques années comme prodigués, lui ont été meriagés par la divine Providence, pour le fortifier et le rendre victorieux dans le grand combat qui vient de s'engager ; "Certamen forte dédit illi ut vinceret." Toutefois, il faut s'attendre à des défections déplorables : L'ivraie ne se sépare pas autrement du bon grain.
Soyons forts dans le combat contre l'ancien serpent, en n'ayant tous qu'un même cœur pour aimer, et une même intention pour prier. Pour cela, élevons-nous chaque jour vers le Dieu qui fortifie les faibles, sur les deux ailes du S. S. et de l'Office divin, qui nous sont données pour pouvoir nous présenter plusieurs fois le jour aux pieds du trône du Souverain Roi, en qualité d'ambassadeurs de l'Eglise. Prenons pour nous ces paroles de St. Joseph Cupertino à un Evêque, qui lui demandait le plus sûr moyen de sanctification pour le Clergé: " Que chaque prêtre dise bien la Messe et l'Office. Veuillez bien accepter pour étrennes deux petites pratiques bien capables, ce me semble, de nous aider à nous acquitter avec fruit des deux grands devoirs que nous avons à remplir.
Première Pratique : Elle est de M. Olier. Dire chaque messe à l'intention de la Bienheureuse Vierge Marie. A cette fin proposons-nous d'imiter St. Jean l'Evangéliste qui, au rappport de graves et pieux auteurs, demeurait continuellement avec cette mère commune de toute l'Eglise, non-seulement pour lui servir de fils, mais encore de chapelain, et en cette qualité lui dire la messe et la communier. Dans cette vue, considérons tout le diocèse comme la maison de Marie ; et croyons que nous y habitons en qualité de ses chapelains, comme font les aumôniers des grandes princesses, afin de continuer l'Office du disciple bien-aimé.
Detixième Pratiqtce : Elle est de St. Augustin, qui nous avertit de chercher dans les Psaumes Jésus-Christ et son Eglise (St. Augustin sur les Psaumes) " C'est le Fils de Dieu qui prie pour nous, qui prie en nous et qui est prié par nous." Il prie pour nous, comme notre Prêtre ; il prie en nous comme notre Chef, et il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons, donc en lui notre voix, et sa voix dans la nôtre." Cette simple pensée, développée par la méditation, a bien de quoi nous embraser de ferveur et d'amour, pendant une action si sainte et si pleine de mérites. N'oublions pas que nous demandons pour l'Eglise et pour tous ce que le p-almiste demandait pour lui et pour la Synagogue.
Bill d'Education.
Circulaire, 31 Dêc. 1849.
Quelques misères que nous suscitent les écoles des Commissaires, croyez que vous ne pouvez vous dispenser de vous en mêler. Tout en usant de prudence pour ne pas révolter ceux de vos paroissiens qui ont été hostiles au Bill d'éducation, il est pourtant très urgent que vous agissiez d'une manière ou d'une autre, pour que de bonnes écoles s'établissent dans les principaux quartiers de vos paroisses, et que les enfants y trouvent tout ce qu'il faut pour éclairer leur esprit et former leur cœur. Pour le moment, tâchez d'obtenir qu'il n'y ait pas plus d'écoles qu'il n'y a de bons instituteurs ou institutrices pour les diriger. J'ai grande confiance dans la prière des enfants. Pour cela, j'ai fait imprimer la Neuvaine de Muzzarelli au St. Enfant-Jésus, avec l'intention de faire prier, parce moyen, dans toutes les écoles de ce diocèse, pour le succès de l'éducation dans ce pays. J'ai la confiance que tout instituteur ou institutrice qui, sous votre direction, établira dans son école la confrérie du St. Enfant-Jésus, dont les règles se lisent à la fin de cette neuvaine, en recueillera de précieux avantages. Je pense que vous encourageriez puissamment cette petite confrérie, si vous faisiez vous-même la réception des enfants, quand il vous est possible de visiter vos écoles. Je crois aussi que ce serait un très grand encouragement pour les maîtres, comme pour les enfants, si, dans quelquebeau jour d'été, vous réunissiez à l'Église toutes les sections de cette confrérie pour leur faire un exercice commun. Enfin, je suis persuadé qu'en rendant les enfants, qui fréquentent les écoles, pieux, sages et respectueux, l'on aura bientôt fait tomber les plus fortes oppositions à un Bill qui, avec tous s-es défauts, peut cependant contribuer puissamment à répandre dans notre jeune pays, les bienfaits de l'éducation.
Fête de l'Épiphanie. — Bénédiction au Diocèse.
Lettre Pastorale, 6 ^Janvier 1850.
C'est à la crèche du Divin Enfant, et en la Fête si solennelle des Rois, que nous puisons Nos Bénédictions Episcopales, que Nous vous envoyons, en ce jour, avec toute l'effusion d'un cœur qui vous aime. C'est à la lueur de l'étoile lumineuse, qui conduit les Mages à Bethléem, et sous la douce inspiration des dons mystérieux, qui embaume l'étable qu'à choisie pour Palais le Roi des Rois, que Nous vous écrivons cette Lettre. Elle a pour objet de vous faire part des sentiments qui Nous animent, pendant que Nous faisons nos présents à un Enfant si pauvre et si délaissé. Car, le voyant enveloppé de pauvres langes, Nous en avons été touché jusqu'aux larmes ; et afin de le secourir en couvrant et réchauffant ses petits membres transis de froid, Nous lui offrons tous les Fidèles de notre Diocèse, que l'Eglise nous a appris, à l'une de nos ordinations, à regarder comme des vêtements précieux dont le Seigneur aime à se parer . Fidèles Dei quibus Dominus, guasz vestimentis pretiosis, circumdatitr. (Pontifical, ord. du sous-diacre.)
En ouvrant ainsi les trésors du Diocèse de Marie, pour offrir à son Divin Enfant tous les pieux Fidèles qui le composent, Nous offrons quelque chose de plus agréable aux yeux de son infinie Majesté que l'or, l'encens et la myrrhe que lui apportèrent les Sts. Mages du fond de l'Arabie. Car ces présents de nos Pères dans la Foi n'étaient, après tout, que des objets matériels dont assurément Dieu n'a pas besoin, comme il nous le déclare dans l'Ecriture. Ils n'avaient d'autre valeur que celle de signifier la charité, la dévotion et la mortification, qui changent en de riches trésors les cœurs des chrétiens fervents. C'est encore ce que nous a appris la Ste. Eglise, en ce jour qu'il nous fut permis, malgré notre indignité, de nous consacrer irrévocablement au service des saints Autels. Car en nous exhortant à accomplir fidèlement les devoirs des Sts. Ordres elle nous déclara que les linges sacrés qui, à l'autel, enveloppent le corps et le sang de Jésus-Christ, sont la vraie figure de cette troupe de saints que le Fils de l'homme porte comme une ceinture d'or sur sa poitrine. " Beatus Joannes, in Apocalipsi, vidit Filium hominis prœcinctum (ad mamillas)~zona aurea. id est, sanctorum catervâ." (Pontifical). Vous êtes donc, en ce jour, Nos Très- Chers Frères par cet esprit de charité, de prière et de mortification qui vous anime, ce vêtement d'honneur dont se revêt, avec tant de complaisance, le Dieu qui descend srr la terre, pour régner sur les cœurs. " Dominus regnavit, decorem indutus est."
L'Or de la Charité.
Lettre Pastorale, 6 yanvier 1850.
Votre Charité est un présent plus précieux aux yeux de Jésus-Christ que ne le fut l'or des Mages. Elle a éclaté de tout temps, cette charité, par votre tendre amour pour les pauvres, et par ce cœur hospitalier qui toujours fait l'étonnement des étrangers. Elle brille surtout d'un nouvel éclat, depuis qu'il a plû à la Divine Providence de nous visiter par toutes sortes de calamités. Car. pendant ces années de grandes misères, des milliers de pauvres ont vécu ; d'admirables sociétés d'hommes et de femmes dévoués se sont formées pour les secourir ; de nombreux bazars se sont rapidement succédés, comme des fêtes joyeuses, pour procurer à tous les cœurs bien nés le doux plaisir qu'il y a à faire des heureux ; des centaines de familles ont ouvert leur sein à ces petits infortunés que le flot de l'émigration avait laissés orphelins sur nos rivages : des Institutions de divers genres se sont établies pour tendre une main secourable à l'enfance, qui n'avait plus^de mère pour la nourrir ; à la vieillesse, qui n'avait plus d'enfants pour la secourir ; au repentir, qui voulait expier ses faiblesses par les larmes de la pénitence.
Veillez donc, comme des gens sages et prévoyants ; employez vos richesses à vous acquitter de vos dettes, si vous en avez, et à établir vos enfants, comme le font toujours de bons pères de famille, qui ne vivent que pour ceux qu'il a plû à Dieu de leur donner. Vous ferez donner à ces enfants une bonne éducation, une éducatiou qui les mette en état de faire de bons chrétiens et de bons citoyens ; car c'est là, après la vie, le premier de tous les biens. Pour cela, vous contribuerez de bon cœur au soutien des bonnes écoles que chaque Paroisse doit se faire un devoir comme un honneur d'établir. Vous n'écouterez pas ceux qui seraient assez malheureux pour vous donner là-dessus de mauvais conseils, et vous empêcher de profiter des encouragements que vous donne le gouvernement pour le soutien des écoles.
Vous les employerez aussi ces richesses, au soulagement de vos pauvres. Oh ! oui, N. T.-C. F., vous aimerez, vous respecterez, vous soulagerez vos pauvres, avec cette affection teudre qu'assurément vous auriez si Jésus-Christ lui-même allait vous demander l'aumône.
Chaque Paroisse assistera les siens, et ne souffrira nullement qu'ils aillent ailleurs pour être, par leur vagabondage et par les menaces qu'ils font pour se faire assister par les femmes qu'ils peuvent trouver seules dans les maisons, le fléau des Paroisses étrangères. Car il y a malheureusement des mauvais pauvres, mais la charité qui ne se rebute en rien, travaille à les rendre bons.
Qu'il Nous soit permis de vous donner ici un conseil ; c'est d'assigner un tout petit coin de votre champ, que vous ensemencerez pour chaque bonne œuvre que Dieu vous inspire de faire ; un pour les pauvres, un autre pour les écoles, un autre pour la Propagation de la Foi ; comme le font déjà quelques bons cultivateurs. Qu'il en soit de même des gens de profession, des commerçants et autres. Croyez, Nos Très-Chers Frères, que cette pratique de foi mettra Dieu dans vos intérêts. Et pourrait-il, ce Dieu de bonté, ne pas bénir votre part, quand il la verra mêlée avec la sienne ?
L'Encens de la Prière.
Lettre Pastorale, 6 Janvier 1850.
Pour remplir Notre charge, Nous sommes placé, Nos T.-C . Frères, à la droite de l'Autel, tenant en main un encensoir d'or, comme faisait l'Ange du Seigneur dont il est parlé dans la Sainte Ecriture. ,Et pourquoi cela ? Afin d'offrir à la divine majesté le peuple confié à nos soins, en qui le Seigneur a répandu son esprit de prière, qui fait les Saints ; "Data sunt ei incensa multa, quse sunt orationes sanctorum." (Apoc. 8, 3.)
Oui : Nos Très-Chers Frères, vous avez rempli notre encensoir de beaucoup d'encens, par tant de prières que vous faites à l'Eglise, comme dans vos maisons, les jours ouvriers, comme les saints jours de Dimanches et de Fêtes. Tant de retraites qui se succèdent presque sans interruption, d'un bout de l'année à l'autre, dans les Paroisses comme dans les communautés ; tant de pieuses confréries, congrégations, associations, qui se réunissent pour faire de dévotes prières et chanter de joyeux cantiques à Jésus et à Marie ; tant de chemins de croix établis en tous lieux, et ouverts à tous les coeurs sensibles, qui veulent faire entendre, dans Sion, de lugubres chants, pour pleurer la mort d'un Dieu et compatir aux douleurs de sa Mère ; tant de crucifix, chapelets, médailles indulgenciées, qui rappellent, jour et nuit, le devoir si doux de la prière : tant de chambres ornées comme les chapelles où chaque soir de pieuses familles vont épancher leurs cœurs dans celui de Dieu, et se délasser ainsi des fatigues du jour : tous ces exercices religieux n'embaument-ils pas toute l'atmosphère de ce Diocèse de l'encens suave qui s'élève vers la céleste Patrie, pour exprimer l'ardeur de vos désirs de voir Dieu face à face !
Entre tant de prières, pouvons- nous ne pas faire une mention particulière de celles qui partent de tous les points du diocèse, et montant au trône du Souverain Pasteur, en faveur de son Vicaire, que la haine des méchants a arraché du tombeau des Saints Apôtres, et tient relégué sur une terre, à la vérité, hospitalière, mais toutefois étrangère à ce premier des Pasteurs ; parceque ce n'est pas là qu'est érigée la Chaire de Pierre, dans laquelle il doit s'asseoir ? Mais, Nos Très-Chers Frères, Nous vous devons ici la douce consolation de vous dire combien Nous sommes rassuré sur l'avenir de cet Immortel Pontife, lorsque Nons pensons que, de tant d'églises, de tant de maisons particulières, s'élèvent les vœux les plus ardents pour notre Père commun, beaucoup plus vénérable à nos yeux, depuis qu'il est dans les -souffrances que lorsque de brillantes ovations illuminaient le Quirinal.
La Myrrhe de la Mortification.
Lettre Pastorale, 6 Janv. 1850.
Oh ! oui, Nos Très-Chers Frères, nos mains sont pleines de vos mortifications ; et elles ont pu, par ce moyen, distiller la myrrhe la plus précieuse à la crèche du Sauveur : Mahus meœ stillaverunt myrrham (Cant. 5-5.) Ce bouquet de myrrhe est, avant tout, formé des mortifications attachées à l'abstinence et aux jeûnes dont l'Eglise vous fait un précepte si rigoureux, et que vous observez selon vos forces. Il est aussi composé des pénitences que vous avez pratiquées, pendant les années de misères, où il vous a fallu manger un pain noir et dégoûtant, fait de grain qu'auparavant vous jetiez à la crèche de vos animaux. Il vous était bien dur d'être réduits à une nourriture aussi insipide. Mais la foi qui vous anime a sanctifié une mortification si pénible et si humiliante en même temps, en la rendant volontaire par votre entière soumission à la très sainte volonté de Dieu, et méritoire par l'humble aveu que vous avez fait, en confessant hautement que vous le méritiez bien pour avoir fait un si mauvais usage des biens que le Seigneur vous avait accordés, pendant une longue suite d'années abondantes.
Il est grossi, ce bouquet, de l'engagement si général et généreux, que vous avez pris de n'user d'aucune boisson enivrante, et cela pour toute la vie. Elle coulait de vos mains, à grand flots, cette myrrhe précieuse de la Tempérance, et remplissait la crèche et l'étable de suavité Marie et Joseph présentaient cette myrrhe au Divin Enfant, comme une nourriture délicieuse, pendant que, couché sur la paille et tout transi de froid, il ressentait la faim et la soif la plus ardente. Car sa nourriture consiste dans les bonnes actions, qui se font conformément à l'adorable volonté de son Père. Métis cibus est zitfaciam voluntatem Pairis. (St. Jean. 4. 34.)
Nous ne pouvons vous exprimer, ici, Nos Très-Chers Frères, tout ce que notre cœur a ressenti de joie, en offrant au Dieu qui ne se nourrit que de myrrhe, et ne boit que du fiel et du vinaigre, plus de cent mille âmes qui se sont enrôlées, pour la vie, sous le glorieux étendard de la Tempérance. Oh ! il flotte encore sur la cime de presque toutes nos Paroisses, ce noble drapeau de la Tempérance. Elle marche maintenant avec complaisance à la tête de presque toutes nos religieuses Processions, cette pacifique Bannière de la Tempérance. Il brille maintenant presque partout, ce signe vivifiant de la Tempérance, pour annoncer au Pays une ère nouvelle. Presque toutes les cloches font entendre au loin leur son béni, pour appeler, chaque mois, à une fèïe de Tempérance, fête toujours nouvelle, et toujours plus joyeuse. Aussi presque toutes les bouches ont-elles baisé avec amour cette croix de la Tempérance qu'ont bénite les mains sacrées du grand Pontife qui gouverne aujourd'hui l'Eglise.
Adoration Perpétuelle et Dévotion au Saint Enfant Jésus.
Lettre Pastorale, 6 Janvier 1850.
Veuillez bien, Nos Très-Chers Frères, accepter, comme témoignage de notre reconnaissance, pour les grâces que nous obtiennent chaque jour vos ferventes prières, des étrennes spirituelles; ce sont 1 ''Adoration perpétuelle, et la Dévotion ati saint Enfant Jésus que Nous voulons répandre dans tout le Diocèse. Notre Seigneur est seul et abandonné dans ses églises ; Nous voulons lui procurer des adorateurs qui, tout le jour, se succéderont les uns aux autres devant lui; et seront par leur ferveur comme des lampes ardentes, qui éclaireront et embraseront chaque paroisse. Nous r.ommes profondément affligé, en entrant dans les églises, lorsque Nous n'y voyons personne aux pieds du Bon Maître, parceque Nous savons qu'il ne se fait notre voisin, pour ainsi dire, que pour recevoir souvent notre visite. Un désir remplit notre cœur, c'est celui de faire adorer continuellement Notre Seigneur dans le Sacrement de son amour. Pour cela, Nous travaillons à seconder le zèle d'un pieux Prêtre de cette ville, en procurant qu'aucun lieu, où réside le St. Sacrement, ne reste seul pendant le jour. O quel bonheur ! quelle bénédiction en même temps, si les cent quatre vingt deux Eglises et Chapelles du Diocèse, où Notre Seigneur' veut bien demeurer, comme un père avec ses enfants, voyaient chaque jour des âmes dévotes se relever aux pieds des Saints Autels, pour rendre toutes sortes d'honneurs à un Dieu si bon, et prier pour leur Paroisse et Communauté ! Oh ! Nos Très-Chers Frères, Nous vous en supplions ne nous refusez pas ce nouveau secours. Aidez nous à aimer, adorer et remercier un Dieu qui ne réside sur la terre que pour nous aider à arriver aux Cieux.
" L'Adoration perpétuelle " est pour la Paroisse et le Diocèse, -Nos Très-Chers Frères, et la Dévotion au Saint Enfant Jésus est pour la famille. Car notre sollicitude ne s'exerce pas seulement pour le bien public , elle s'étend encore au bien de chaque particulier. Oh ! notre unique bonheur en ce monde est que Dieu soit bien servi dans chaque maison, ainsi que dans chaque Paroisse. " L'Adoration Perpépétuelle" vous conduira dans la maison du Seigneur ; et la Dévotion au Saint Enfant Jésus amènera ce Divin Enfant dans vos maisons. Quel commerce ! Il y demeurera comme il demeurait à Nazareth. Il se fera le modèle de tous vos enfants. Il leur apprendra, à chaque moment, à croître en grâce et en sagesse. Il leur montrera à vous obéir, à vous aimer et à vous respecter. Et, comme il est plein de grâce et de vérité, il les rendra chastes et purs, comme des Anges.
Il répandra dans vos maisons l'odeur suave d'une piété tendre et solide, d'une paix délicieuse et inaltérable. Et comme la fréquentation des écoles est pour les enfants un temps dangereux pour leur innocence, le Divin Enfant les y accompagnera. Il sera au milieu d'eux et sous les yeux de leurs maîtres, comme il était avec les enfants Juifs, et au milieu des Docteurs, quand, à l'âge de douze ans, il voulut assister dans le temple, aux instructions qui se donnaient aux petits enfants. C'est à cette fin que Nous avons érigé la^petite Congrégation du " St. Enfant Jésus." Tenez à honneur que vos enfants méritent, par leur bonne conduite, d'y être agrégés.
Adoration Perpétuelle du S. S. Sacrement.
Mandement, ig Mars 1850.
Une " Pieuse Association." Nos Très-Chers Frères, se forme en ce moment dans divers pays du monde catholique, dont la fin est de travailler à faire louer, honorer et servir Notre Seigneur Jésus-Christ, résidant nuit et jour dans la Sainte Eucharistie, et à sauver des âmes.
En effet, cette Association embrasse le monde entier, et est semblable au soleil " qui marche à pas de géant," pour fournir en vingt quatre heures sa longue carrière. Ce bel astre, en nous disant adieu chaque soir, s'en va réveiller les peuples d'un autre hémisphère et les avertir de louer Dieu. Il reviendra le lendemain nous faire sortir de notre lit de repos, et nous inviter à le louer à notre tour. Admirable succession de jours et de nuits qui, comme autant de voix chantent les œuvres merveilleuses de Dieu et publient sa gloire. Dies diei éructât verbum ; et nox nocti indicat scientiam. (Ps. 18.)
Ne voyez-vous pas là, Nos Très-Chers Frères, une image frappante de notre Association qui, comme une lampe ardente, brille devant tous les Saints Tabernacles, sans jamais s'éteindre ! parce que ses membres, qui sont de tous les pays que le soleil éclaire, se succèdent devant le Très-Saint Sacrement aussi fidèlement que le jour succède à la nuit. Chaque Associé peut donc dire en se couchant le soir : " Je vais passer ma nuit en adoration, en union avec tant de bonnes âmes qui vont prier pendant que je dormirai. Quel doux repos ! Quel délicieux sommeil ! In pace in idipsttm, dormiam et requiescam.
N'est-ce pas là la vie des Anges ? Oui, vraiment, l'Autel de Jésus est pour nous, infortunés enfants d'Adam, qui gémissons sur cette terre d'exil, ce qu'est pour ces Bienheureux Esprits le Trône de Dieu. L'Eglise est notre Paradis, comme le ciel est celui des âmes béatifiées. Nous faisons ici pour le Saint-Sacrement ce qu'ils font là-haut pour la divine Essence qu'il leur est permis de voir face à face ; c'est-à-dire, que nous vaquons à nos devoirs sans cesser d'adorer Dieu. Et en effet, les Anges ne sont-ils pas employés à divers ministères de charité et de zèle en faveur de ceux qui doivent recueillir l'héritage du salut? Cependant ne sont-ils pas toujours en adoration? Un Prophète vit une sublime Intelligence, jouissant du profond repos de l'éternelle contemplation de la Divine Majesté ; et cependant ses ailes étaient toujours en mouvement. Ce qui, selon St. Bernard, marquait que les Saints qui sont au ciel sont toujours en action, sans jamais s'éloigner de la présence de Dieu. Et tel est, autant qu'il est possible de le faire sur la terre, la vie toute céleste que fait mener l'Adoration Perpétuelle. Toujonrs prier. Toujours travailler. Quelle vie ! Oh ! qu'elle a d'attrait ; et qu'elle est un puissant motif de nous enrôler sous cet étendard !
Que chaque maison se fasse un bonheur de députer chaque semaine quelqu'un de la famille auprès de l'Adorable Sacrement, pour lui rendre ses devoirs et en obtenir des grâces. Oh ! " qu'alors ils seront aimables et aimés ces Tabernacles du Dieu des Vertus !"
Jésus-Christ y réside. " C'est notre Diezi, " en se logeant dans de si pauvres cabanes, il montre bien -clairement qu'il "met ses délices à être avec les enfants des hommes." Ne mériterait-il en retour que dégoût et ennui de notre part ! Serait-ce trop de faire quelques arpents pour le visiter, lui qui fait chaque jour !e grand voyage de ciel en terre pour le plaisir de nous voir !
C'est notre Roi. Les Portes de son humble Palais sont ouvertes à tous du matin au soir. Assis sur l'Autel, il attend patiemment et avec un air plein de bonté, les visites de ses sujets. Il a les mains pleines de grâces, cherchant à les distribuer à quiconque vient-les lui demander.
C'est notre Père. Le bonheur de ce bon Père est d'avoir auprès de lui tous ses enfants. Ses yeux sont toujours ouverts et ses oreilles toujours attentives au cri de leur misère. Refuserions-nous de faire un pas pour aller lui témoigner notre amour, et lui exposer nos besoins ?
C'est notre Voisin. Sa maison est bâtie au milieu des nôtres. Nous n'avons souvent qu'un chemin à traverser pour nous rendre chez lui, et ses voisins ne daigneraient pas l'aller voir 1 Ne passerait-il pas pour un voisin ennuyeux, si du matin au soir, il demeurait seul et sans compagnie ?
C'est notre Hôte. Il veut bien habiter sous le même toit que les personnes qui vivent en communauté, et y avoir sa chambre comme un autre dans la maison. Il ne faut, pour se trouver chez lui, que monter un escalier ou ouvrir une porte. Oh ! le précieux avantage que l'on sait assurément sentir et goûter dans ces saintes maisons ! c'est là sans doute où Jésus-Christ doit trouver le plus d'adorateurs.
C est notre Ami. L'on sait que c'est le propre de l'amitié de ne vouloir point se séparer de l'objet aimé. Jésus ayant aimé les' siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin, dit St. Jean. Il l'a bien prouvé en instituant, la veille de sa mort, le St. Sacrement dans lequel il est réellement présent, pour pouvoir demeurer avec ses amis jusqu'à la fin des siècles. Ce bon Ami nous voit passer et repasser sans cesse devant sa porte. Oh ! quel serait son chagrin, si nous ne 'nous donnions pas la peine d'y entrer, du moins pour le saluer, et lui dire un mot.