‹ Fioretti vescovili ouChapitre 5 sur 19 · V[SITE ÉPISCOPALE DU CIMETIÈRE · texte numérisé non relu

V[SITE ÉPISCOPALE DU CIMETIÈRE

Mandement, 6 Avril. 1850.

L'Eglise est une trop bonne mère pour oublier en aucun temps les chers enfants que la mort lui a enlevés. Pourrait-elle les oublier dans un temps aussi riche en grâces que celui de la Visite Episcopale ! Oh ! non : elle les pleure, même dans ces jours de si joyeuse solennité. Elle conduit l'Evêque clans le Cimetière ; et en lui montrant les tombes de ses enfants chéris, elle lui dit avec tout l'accent de la douleur : Seigneur venez voir où on les a enterrés ; Domine venietvide. Vraie veuve de Naïm, elle se trouve sur le passage dejésus, pour le toucher de compassion par les cris de sa juste douleur. Hélas ! elle a perdu des enfants qu'elle aime tous comme des fils uniques. Pour mieux attendrir son cœur, elle reprend ses habits de deuil, répète ses lugubres cantiques; renouvelle la triste pompe de leur enterrement. Elle fait couler dans les brûlants cachots du Purgatoire l'eau sainte qui, comme une douce rosée, adoucit et éteint les flammes qui dévorent ces pauvres enfants. Elle fait monter au ciel un encens d'agréable odeur, figure si admirable de la prière, qui va porter sur ses ailes rapides, dans le séjour de rafraîchissement, de lumière et de paix, des âmes désolées de se voir enchaînées dans les prisons brûlantes et ténébreuses.

Oh ! qu'il est grand et attendrissant le spectacle de toute une paroisse agenouillée autour de la Croix de son cimetière ! ! Comme on prie bien et médite bien dans cet Oratoire de la mort ! Qu'ils sont à plaindre ceux qui, par leur mauvaise mort, ne méritent pas d'être enterrés en terre sainte !

Retraite Pastorale — Devoirs du Clergé.

Circulaire, 25 Juillet 1850.

J'emprunte pour vous inviter à la Retraite Pastorale les paroles qu'adressait, le 20 Mai dernier, N. -S. Père le Pape à tous les Evêques de la Chrétienté :

"Nous demandons à Nos Vénérables Frères qu'il ne cessent jamais d'avertir, d'exhorter, d'exciter surtout les ecclésiastiques, afin 1 ' que, s'appliquant à l'oraison, remplis de ferveur spirituelle et vivant dans la piété et la sainteté, ils apparaissent en tout comme des modèles de "bonnes oeuvres et qu'enflammés du zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, unis entre eux par le lien étroit de la charité, ils revêtent •'l'armure divine et marchent au combat d'un seul cœur et d'une seule âme, mettant en commun toutes leurs forces, et sous la conduite de leur " propre Evêque, élevant nuit et jour la voix sacerdotale, prêchant avec ardeur au peuple chrétien la loi de Dieu et les prescriptions de l'Eglise, " son Epouse. Que Nos Vénérables Frères ne cessent pas non plus d'inculquer aux ecclésiastiques le devoir de découvrir au peuple Chrétien "les embûches et les pièges que lui tendent des hommes fallacieux et de rappeler aux fidèles que du péché sont venus et viennent toujours tous " les malheurs et toutes les calamités qui accablent les peuples, et que la véritable et solide félicité consiste dans l'observance de la loi chrétienne ; " qu'ils n'épargnent donc rien afin que tous, détestant le mal et s'adonnant au bien, marchent dans la voie des commandements de Dieu, et que " les égarés, arrachés aux ténèbres de l'erreur et à la fange du vice, se convertissent au Seigneur."

Ces touchantes paroles, tombées de la Chaire Apostolique, doivent être recueillies avec respect par tous les Evêques du monde, et transmises par eux à tous les prêtres de l'univers Catholique. Elles vont briller à tous les yeux, retentir à toutes les oreilles et pénétrer dans tous les cœurs, par le Sacerdoce de Jésus-Christ qui s'exerce du levant au couchant. Car elles ont je ne sais quoi de lumineux, de doux et de pénétrant. Elles expriment si bien les matix et les remèdes de ces temps mauvais ! On voit bien qu'elles ont été mûries dans un cœur paternel, navré de douleur à la vue des désastres qui désolent la grande famille, et tout occupé des moyens à prendre pour y remédier.

Nous en ferons le sujet de nos sérieuses réflexions avant comme pendant notre Retraite ; et nous y trouverons des armes invincibles dans les combats du Seigneur, que nous avons à soutenir, aussi bien que nos frères de l'Ancien Monde.

Mission des Frontières. — Colonisation.

Circulaire du 25 Juillet 1850.

En travaillant au bien du peuple, nous n'avons rien à craindre, quand même il ne nous en saurait aucun gré pour le moment. Car il comprendra plus tard combien nous l'aimions, en nous exposant généreusement à la malveillance des ennemis de l'éducation, pour lui procurer le moyen de se rendre capable de lutter avec avantage avec toutes les races qui l'environnent, et qui finiraient sans cela par l'envahir. Il est si bon ce peuple, qu'il mérite bien sans doute tout notre dévouement, en quelque lieu que la divine Providence le fasse vivre.

C'est pour cela que depuis le printemps, je laisse un prêtre à Burlington, pour desservir les Canadiens de ce quartier. Mais il s'en faut que, malgré son zèle, il puisse suffire aux besoins d'une population abandonnée et dispersée sur un immense territoire.

Je voudrais donc organiser une mission pour ceux qui couvrent toute la frontière qui avoisine le diocèse. Aussi, est-ce le temps pour ceux qui se sentiraient de l'attrait pour cette mission de se faire connaître. Car après m'être avisé avec eux je m'entendrai avee les Evêques ; et l'on se mettra en campagne, à la recherche de tant de brebies perdues de la maison d'Israël.

Pendant ce temps là, des mesures se prendront pour la colonisation canadienne, lesquelles, si, comme je l'espère, elles réussissent, feront entrer dans le sein de la patrie des milliers de nos pauvres gens. Hélas ! le cœur saigne quand on les voit livrés au profond mépris de ceux qui les font travailler comme des esclaves, et s'engraissent ainsi de leurs sueurs. Voici les plans que l'on se propose de suivre pour que l'œuvre se fasse avec courage et succès.

1. L'on va commencer par s'assurer où sont les bonnes terres ; et l'on en donnera avis, pour que chacun puisse les visiter ou les faire visiter avant de les prendre.

2. L'on fait actuellement des démarches, auprès du Gouvernement, pour obtenir des chemins de communication entre les établissements et les terres de colonisation. Disposé comme il l'est, il est à espérer qu'il entrera dans les plans qui lui sont suggérés.

3. L'on placera ensemble, autant que possible, les familles d'une même paroisse, et déjà accoutumées à s'entraider. Chaque ancienne paroisse en aura bientôt créé une nouvelle avec ses propres enfants, si de bonnes tenues lui sont olïertes.

4. L'on mettra à la tête de la colonisation des prêtres qui marcheront à travers les forêts, à la tête des colons, abattant le premier arbre pour planter la croix du lieu où se devra bâtir l'Eglise, et desserviront les nouveaux habitants, jusqu'à ce qu'il soit possible de leur donner des curés résidents.

5. Pour faire les frais du culte, l'on fait appel à l'Association de la Propagation de la Foi ; et l'on s'attend que le diocèse s'enrôlera en masse sous son étendard qui flottera sur toutes les chapelles des Townships.

6. La colonisation sera une raison de rétablir à Montréal le Conseil Central qui ne fonctionne plus, depuis que nous sommes unis à Lyon. Il sera formé des membres capables d'assister les colons, soit pour lever les difficultés légales, soit pour leur obtenir des conditions plus avantageuses. Chaque Paroisse s'y fera représenter par un chef de centuries ou son trésorier. Il pourra faire connaître et soutenir les intérêts des jeunes gens de sa loealité, qui se seraient établis dans les Townships.

10. Les riches sont priés de s'associer les pauvres et de payer pour eux, afin que l'association ait l'avantage de leurs prières qui sont toujours si puissantes auprès de Dieu.

11. Les eufants des écoles sont invités à en faire partie ; parce que leur zèle recevra du ciel, en récompense, une foi vive et des mœurs pures.

Agriculture. — "Traité de la tenue générale d'une Terre dans le Bas-Canda."

Cimdaire, 26 Nov. 1850.

Vous recevrez, avec la présente, un excellent ouvrage sur l'agriculture, intitulé ; Traité de la Tenue gê?iérale d'une Terre dans le Bas-Canada. 11 a été composé par ordre de Son Excellence le Gouverneur-Général et imprimé à ses frais, pour être distribué gratis dans toutes les familles, Son objet est de répandre partout la science agricole, qui seule peut exploiter la richesse de notre sol. Donné par une

main si noble et si amie, il sera reçu avec reconnaissance, étudié" avec ardeur et conservé avec amour. Il passera de père en fils, comme un précieux héritage, et une source de prospérité pour chaque famille. Il sera en même temps un monument durable de l'affection toute paternelle que ce bon Gouverneur porte à nos paisibles cultivateurs. Ce cadeau sera, je n'en doute point, vivement senti et justement apprécié par tous vos Paroissiens, chez qui régnent encore heureusement les moeurs patriarcales du bon vieux temps où nos pères se croyaient les enfants de leurs Rois et de leurs Gouvernements, et les aimaient comme les pères de la grande famille. Je pense que le moyen le plus expéditif de donner à cet écrit toute la circulation qu'il doit avoir, serait de convoquer une assemblée de tous les pères de familles pour leur distribuer les exemplaires destinés à votre Paroisse. Quelques mots que vous et vos notables Paroissiens leur adresseriez, dans une réunion si intéressante, feraient de vives et profondes émotions dans ces cœurs bien nés, et susceptibles de tous les sentiments honnêtes. Le point essentiel est que ce livre soit bien compris, et que chacun sache mettre en pratique les théories qui y sont enseignées. Pour cela je crois devoir vous suggérer de profiter de cette occasion solennelle pour former une association de l'Agriculture dans votre paroisse si déjà elle n'y existe pas, et pour recommander à vos paroissiens de profiter des longues soirées d'hiver pour acquérir toutes les connaissances agricoles qui sont nécessaires. La Bibliothèque Paroissiale pourra fournir des livres ou des journaux qui les aideront à passer agréablement et utilement un temps qui est souvent perdu à des entretiens frivoles. Les gens instruits de votre Paroisse se feront, j'en suis sûr, un plaisir de se trouver aux réunions qui ont lieu dans le voisinage.

Construction d'un Evêché. , -

Circlaire, 2 Dèc. 1850.

La présente est pour vous annoncer que vous recevrez, dans le cours de ce mois, une visite dont je crois devoir vous faire connaître d'avance le but en deux mots. Il est question de vous mettre à contribution pourl'Evêché maintenant en construction. Avant tout, je vous ferai observer que l'établissement d'un Evêque dans cette ville n'a rien coûté à ses habitants, à part la donation d'un terrain par l'Honorable D. B. Viger, et la souscription particulière de quelques citoyens.

Mon Prédécesseur, d'heureuse mémoire, en faisant l'établissement actuel, dut donc se restreindre dans des dimensions fort étroites. Aussi cet édifice est-il insuffisant depuis plusieurs années, à cause du grand concours de Prêtres et de Laïques qui y arrivent journellement, pour leurs devoirs religieux ou pour les affaires ecclésiastiques. Au concours du clergé et des fidèles se joint, assez souvent, celui des Evêques étrangers qui daignent honorer notre ville de leur visite, et relever, par leur présence, la splendeur du culte catholique.

Maintenant, avec la meilleure volonté du monde, il m'est impossible de remplir un des devoirs de PEpiscopat, celui d'exercer une honnête hospitalité, comme devrait le faire l'Evêque d'une ville telle que Montréal. D'ailleurs, je sens le besoin qu'il y a ici pour l'Evêque de cette grande ville de s'entourer d'un bon nombre de Prêtres, capables de faire honneur à la Religion et à la Patrie Tout cela demande un local plus spacieux et plus décent que l'Evêché actuel. J'aime beaucoup à être pauvre pour n.oi : mais, je vous l'avoue, un peu d'aisance en faveur des autres ne me déplait pas.

Ces divers motifs me portèrent, l'an dernier, à accéder aux presssantes sollicitations qui m'étaient faites depuis longtemps par les amis de 1' Evêché ; et j'acceptai leurs oblations volontaires, au moyen desquelles s'est fait l'extérieur du nouvel Evêché, qui ne fera pas, je crois,

déshonneur à cette ville. Peut-être même paraîtra- t-il à quelques-uns trop splendide. Mais je dois vous avouer ici qu'en cela j'ai cédé à une pensée de patriotisme et de charité ; car j'ai eu uniquement en vue de donner au taleut de l'ouvrier du pays une occasion solennelle de se développer et de se montrer, en même temps que je croyais faire une bonne charité, en faisant gagner du pain à de bons pères de famille, à des hommes laborieux qui autrement seraient demeurés sans ouvrage. Je me serais bien passé de ce splendide; et j'aurais à coup sûr préféré quelque chose de plus simple et de plus analogue à mes goûts particuliers : mais j'ai cru que je devais avoir égard aux raisons d'intérêt public et d'honneur national d'autant plus que, jusqu'ici, FEvêché n'a pas mis un sou sur cette bâtisse, qui est uniquement l'œuvre des souscriptions de nos campagnes. Car on y a compris que, si une Paroisse doit loger son Curé et ses Vicaires, un Diocèse doit loger son Evêque et ses Auxiliaires.

Si ces considérations vous paraissent de quelque poids, veuillez bien m'accueillir favorablement, dans la personne de mon digne Coadjuteur, qui, comme vous le savez, est un autre moi-même, et qui se présente, ces jours-ci même, pour recevoir votre contribution à cette œuvre qui, ce semble, doit-être l'œuvre de la Ville, aussi bien que celle de la Campagne.

Communautés Religieuses — Souvenir de la mort de Mgr. Lartigue — Marthe et Marie.

RSmdement, 8 Dec. 1850.

Si nous sommes, N. T.-C. F., débiteur de tous, sans jamais faire acception de personne, il est pourtant une portion du troupeau qui demande de nous des soins plus assidus. Ce sont toutes nos Communautés, que le Bon Pasteur Nous ordonne de soigner autant qu'il est possible à la fragilité humaine, comme lui-même soignait les Saintes Femmes en les formant à toutes les vertus religieuses.

Là-dessus, nous vous dirons ce que toutefois vous connaissez déjà, que ce fut au milieu d'une de ces saintes Maisons que nous recueillîmes, il y a dix ans, le dernier soupir de notie Illustre et Vénéré Prédécesseur. Dans ce moment à jamais lugubre, la charge pastorale commença à peser de tout son poids sur notre conscience. Saisissant, d'une main faible et tremblante, le timon de l'administration que lâchait cet habile Pilote après dix-neuf ans d'un orageux épiscopat, Nous regardâmes autour de Nous, comme fait toujours l'homme, saisi de crainte, qui appelle au secours. Et le spectacle qui s'offrit aussitôt à nos yeux, fut celui d'humbles Hospitalières à genoux, et modestement rangées autour des restes mortels du Pasteur défunt, qui si souvent les avait nourries de sa parole, comme elles l'avaient plusieurs années nourri de leur pain. Leurs ferventes prières accompagnaient son âme et l'assistaient encore à ce moment suprême où elle comparaissait au tribunal du Souverain Juge.

Alors, il faut vous le dire, N. T. C. F., dans toute la sincérité de notre cœur, toutes nos Communautés Nous apparurent, comme autant de troupes de Saintes Femmes, assistant de leurs biens le bon Maître, pendant ses travaux évangeliques, et entourant sa croix de pleurs et de frémissements à son dernier soupir. Ce spectacle était poignant, aussi ne s'effacera-t-il jamais de notre souvenir.

La leçon qû'il laissa profondément gravée au fond de notre âme, était sensible et frappante. Nous y vîmes le ministère de la femme, élévé et sanctifié par le Souverain Pasteur, pour être, dans tous les. siècles, la gloire de son Eglise et la consolation de ses Pauvres. Nous comprîmes que le Ministère de l'Evêque devait avoir ce trait de ressemblance avec celui du Maître. Les Saintes Femmes de l'Evangile nous parurent donc avoir été formées à l'Ecole de Jésus-Christ pour être le Modèle de toutes les Communautés Religieuses. Devant exercer

un Apostolat de dévouement et de charité, elles avaient besoin, comme les Apôtres, de l'Esprit-Saint. Elles le reçurent avec eux, au jour solennel de la Pentecôte ; car elles avaient leurs places dans le Cénacle, à la suite des Disciples, quand les langues de feu se reposèrent sur toutes les têtes de cette Vénérable Assemblée.

Nous en avons la preuve, N. T-C. F., et nous en ressentons les effets, nous qui descendons de ce peuple, qui vît un jour aborder à ses rivages, un vaisseau sans gouvernail et sans mâts. Par un miracle nouveau pour ce peuple jusqu'alors assis dans les ombres de la mort, il avait, ainsi désemparé, traversé la plus orageuse des mers. ' C'est que celui qui conduit tout s'était fait son pilote. Il portait deux admirables Sœurs, Marthe et Marie qui après avoir suivi et assisté Jésus pendant sa prédication, suivaient ses disciples, pour leur prêter le même" secours. En mettant le pied sur cette terre infidèle, les deux amantes de Jésus arborent l'étendard de la Vie Religieuse. Marthe est à la tête des bonnes œuvres et par son ardente charité, elle devient lemodèle de toutes les Communautés Actives. Madeleine, sur la montagne de la Ste Baume, lave de ses larmes ses premiers égarements et devient par ses continuelles oraisons le modèle de toutes les Communautés contemplatives. Tel fut le grain de sénévé que Jésus, de sa divine main, jeta en terre, pour que l'Etat Religieux, devenant bientôt un grand arbre, pût ombrager tous les siècles et tous les peuples.

Vos communautés sont, à proprement parler, les Noviciats de cette Communauté de Vierges dont J. C. aime à s'entourer au ciel. C'est dans ces divers Noviciats de la terre que s'apprend le cantique virginal qui doit se chanter éternellement dans les cieux ; et c'est quand leur cœur et leur bouche sont jugés assez purs pour le chanter que les Vierges de l'exil sont appelées à la patrie, la communauté des communautés. Et voilà encore ce qui nous fait trembler, N. T. C. F., Hélas ! y en aurait-il parmi vous quelques-uns qui, après avoir fait le long et dur Noviciat de la terre, ne seraient pas jugés dignes de faire profession dans la sainte et heureuse communauté du Ciel ?

" Sainte Générosité ! "

Mandement, 8 Sept. 1850.

Allumez vos langues sacrées et que la divine charité les entretienne lumineuses et ardentes. Soyez généreuses, car c'est à cette disposition que Votre Divin Epoux peut juger de votre amour. Sainte Générosité ! qui donne à l'âme religieuse cette trempe vigoureuse qui la rend capable des plus héroïques sacrifices. Sainte Générosité ! qui ambitionne les plus bas emplois ; qui embrasse les plus durs travaux ; se plaît avec les caractères les plus acariâtres ; sympathise avec les humeurs les plus fâcheuses ; vit en paix avec toutes sortes d'offices et avec toutes sortes de personnes. Sainte Gétiérosité ! qui accepte humblement les corrections les plus répugnantes à la nature; reçoit courageusement les humiliations les plus terribles à Pamour-propre ; baise amoureusement la main qui les châtie, bénit modestement la main qui les outrage. Sainte Générosité ! qui coulez de la Croix comme une sève féconde, répandez -vous dans toutes les Communautés et vivifiez ces plantes du Calvaire.

Premier Concile Provincial de Québec.

Lettre Pastorale, 13 Juin 1851.

L'auguste Assemblée dont il est ici question, est à la vérité nouvelle pour notre jeune pays. Vous en connaissez toutefois la nature et l'objet. D'ailleurs, nos Pères dans la Foi nous ont raconté que de tout temps ces réunions d'Êvêques furent pleines de grâces pour les peuples chrétiens. Car ce sont de ces rares, mais sublimes solennités que la Religion célèbre pour montrer à ses enfants l'unité de sa foi et l'union de ses pasteurs, la pureté de sa morale et la vertu de ses sacrements, la majesté de son culte et les splendeurs de ses cérémonies ; l'ardeur de son zèle et la tendresse de son amour.

Et pour qui tout cela? Pour vous, N. T.-C. F., et pour le salut de vos âmes ; parce qu'à de grands maux il faut de grands remèdes. Vous êtes donc tous vivement intéressés au bon succès de l'œuvre qu'entreprennent vos Pasteurs, pour vous affermir de plus en plus dans l'attachement à notre Sainte Religion.

Laissez-nous vous dire, N. T.-C. F., dans toute la simplicité de notre âme, la pensée qui nous préoccupe en vous écrivant cette lettre. Bientôt il nous faudra représenter, dans le Concile, l'Église de Ville-Marie c. a. d. aux termes de l'Apocalypse, il Nous faudra être un des sept Anges préposés à l'un des sept Diocèses qui forment aujourd'hui notre Province Ecclésiastique et obligé d'y briller comme les étoiles au firmament de tout l'éclat des vertus Episcopales. Sefitem Stellœ Jlwgeli sunt Ecclesiarum. Que cette pensée, Bien-Aimés Frères, est accablante pour vous et pour Nous !

Car, remarquez-le bien, c'est le Diocèse tout entier qui y doit paraître avec ses œuvres bonnes et mauvaises. Il y faudra, en effet, s'occuper sérieusement des moyens à prendre pour consolider le peu de bien qui s'y fait, et corriger les abus qui s'y introduisent d'une manière si alarmante. Comme nous, vous êtes sans doute effrayés, N. T.-C. F., du mauvais esprit qui se répand partout, et des efforts inouïs que fait l'enfer, pour détruire la foi et les mœurs, par tant de mauvais livres qui circulent plus que jamais dans le monde ; par tant de discours impies qui outragent la Religion et ses Ministres ; par tant de scandales enfin qui séduisent tant d'âmes imprévoyantes.

Or, la plus grande responsabilité de ces maux pèse sur notre conscience. On n'en saurait douter quand on entend l'Apôtre de la Charité adresser de sérieux reproches aux Évêques des Églises dont il avait la surintendance, à cause des abus qu'ils n'avaient pas le courage de combattre. Toutefois, il les appelle des Anges, et il loue beaucoup leurs vertus ; et c'est ce qui fait trembler. Aussi, rentrant en nous-mêmes, nous faisons-nous l'application de ces justes reproches. Car notre charité s'est bien plus refroidie que celle de l'Ange d'Ephèse. Nous combattons bien moins vigoureusement les erreurs du temps que ne combattait la doctrine empoisonnée des Nicolaïtes, l'Ange de Pergame. Nous résistons moins généreusement à la corruption du siècle que ne le faisait l'Ange de Thyatire à la séduction de Jézabel. Nos œuvres sont moins pleines que celles de l'Ange de Sardes. Notre vertu est moins pure que celle de l'Ange de Philadelphie. Nous sommes plus tièdes que l'Ange de Laodicée. Oh ! puissions-nous comme l'Ange de Smyrne, ne mériter aucun reproche de Dieu et de l'Eglise, dans l'administration de ce Diocèse ! (Apoc. cap. 2 et 3). Croyez-le, N. T.-C. F., la charge Pastorale est bien pesante ; et vous avez la stricte obligation de nous aider à la porter, par une bonne vie entretenue par une bonne prière.

— Go —

Quête pour l'Eglise Canadienne de Chicago.

Circtdaire, ^Oct. 1851.

Monseigneur l'Evêque de Chicago nous est arrivé depuis quelques jours. C'est un des dignes enfants de St. Ignace, auxquels ce pays doit la foi qui s'y est conservée si vive. Ce respectable Prélat porte aux nombreux Canadiens, qui sont dans son Diocèse, les soins les plus tendres et les plus paternels. Il vient de leur faire bâtir une Eglise ; mais ses moyens ne répondant pas à son bon vouloir pour nos compatriotes, il a le chagrin de la voir exposée à être vendue bientôt. Cette circonstance toute seule indiquerait assez que ce pays n'est pas aussi riche, qu'on le dit : et que nos braves gens feraient beaucoup mieux de demeurer avec nous dans notre cher Canada capable de nourrir encore un million d'habitants, que d'aller chercher fortune ailleurs. Ne manquez pas de le leur dire, dans le tendre intérêt que vous leur portez à tous.

Quoiqu'il en soit, ce serait une grande disgrâce pour le Diocèse, si cet Evêque, si dévoué à notre peuple, s'en retournait les mains vides. J'ai donc pensé qu'une petite quête, faite dans toutes les Eglises du Diocèse, nous donnerait le moyeu d'exercer envers lui une généreuse hospitalité.

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