‹ Fioretti vescovili ouChapitre 7 sur 19 · MORALISATION A OPÉRER · texte numérisé non relu

MORALISATION A OPÉRER

Circulaire, 10 Juin 1852.

On se plaint généralement que le sordide intérêt invente tous les jours des marchés frauduleux : qu'il y a beaucoup trop de procès ; que les serments se font avec une légèreté déplorable ; que les blasphèmes ne sont que trop ordinaires ; qu'il circule grand nombre de mauvais traités ; que certains journaux continuent à répandre leurs mauvaises doctrines ; qu'en voyage, nos gens ne se font pas scrupule de manquer gravement à la tempérance ; que les voyageurs, en séjournant quelque temps dans les paroisses, les démoralisent ; que les veillées et fréquentations sont malhonnêtes ; que les bals sont dangereux ; que les mauvais discours sont communs ; que l'on ne paye ses dettes que sur des ordres. Ces défauts et autres pourraient être le sujet de vos conférences préliminaires et la matière de vos résolutions pratiques. N'oubliez pas vos voyageurs, et ménagez-leur le moyen de faire leur Jubilé. Tâchez de gagner qu'à l'avenir ils se confessent en arrivant et en partant.

Parlez souvent contre les confessions et communions sacrilèges. Il s'en fait plus qu'on ne pense ; dit Ste Thérèse. Je n'ai jamais parlé là-dessus, me disait un Prêtre de ce diocèse, sans en faire réparer quelques-unes. Une Amende-Honorable à Notre Seigneur pour tant d'outrages qu'il reçoit dans le sacrement de son amour, devra nécessairement trouver place parmi les exercices du Jubilé. La crainte que nous ne soyons, jusqu'à un certain point, la cause de ces indignes profanations, sera pour nous un nouveau motif de faire cette réparation, avec tout le soin possible.

Jubilé des Enfants.

Circulaire, 10 Juin. 1852.

Vous ferez bien de faire précéder le Jubilé général de la Paroisse de celui des petits enfants qui n'ont pas fait leur Ire communion, afin de leur donner les exercices qui conviennent à leur âge, et n'être pas ensuite dérangé dans ceux que vous ferez pour les grandes personnes. D'ailleurs c'est un excellent m 03'en d'attirer toutes sortes de bénédictions sur la Paroisse entière, d'abord parce que Dieu voit toujours avec complaisance ces petits innocents ; et ensuite parce que leurs parents sont touchés de leur piètié, et préparés ainsi à profiter de leur bon exemple. Le Pape pense à ces tendres enfants, dans ces Lettres à l'Univers entier. On en doit conclure qu'il partage les sentiments de celui dont il est le Vicaire ; et que, comme lui, il dit à ses disciples: Sinite fiarv7ilos venire ad me. Ainsi, loin de les écarter, faisons-les approcher du Bon Maître. Car il. veut aujourd'hui comme au temps de sa vie mortelle, les caresser et les bénir tous, ces chers enfants de la sainte Eglise.

" Une Ville en Jubilé.'5

Circulaire, 17 Août 1852.

On avertira souvent la ville qu'il lui faut se montrer : Une ville en jubilé : La cessation de tous les plaisirs mondains, la privation de toutes promenades inutiles, la fuite de toute société disssipante, le silence ou du moins les bonnes conversations, l'assiduité à l'Eglise, l'application aux devoirs de son état, la frugalité à table, la simplicité dans les ajustements, enfin le véritable changement dévie, sont des dehors sacrés dont la ville doit s'entourer, et dont l'effet est de produire des impressions vives et durables. Ces impressions de grâce doivent se faire sentir par une sincère réforme de tous les abus qui semblent se ranger tous sous ces chefs principaux : 1 0 Les aubergistes qui enivrent, 2 0 les jeunes charretiers qui se démoralisent ; 3 c les jeunes filles qui se perdent ; 4 c la haute classe qui ne pratique pas ; 5 0 les enfants qui vagabondent sur les marchés ; 6 0 les servantes et couturières qui se débauchent ; 7 0 puis le luxe, les injustices, les blasphèmes, les faux serments, les paroles obsènes, la lecture des romans, la mauvaise éducation domestique, l'oisiveté, les mauvaises fréquentations avant le mariage et autres semblables monstres.

L'Immaculée Vierge est à la tête du Jubilé ; espérons. — Nous sommes chargés de l'exécution ; craignons. C'est dans ces sentiments ' de défiance de moi-même et de confiance en Dieu par Marie que je suis très cordialement

Création du Diocèse de St Hyacinthe.

Lettre Pastorale, 29' Sept. 1852.

Il a plu, N. T.-C. F., à N. S. P. le Pape, à qui appartient le soin de paître les brebis comme les agneaux du troupeau de J. C, d'ériger un Siège Ëpiscopal à Saint-Hyacinthe. La Bulle d'érection, qui est du huit juin dernier, détache du Diocèse de Montréal toute la partie sud du Richelieu, pour en former le nouveau Diocèse. Nous nous empressons de vous faire part de cet arrangement qui va, N. T.-C. F., vous faire passer sous une houlette plus vigilante, tout en allégeant notre fardeau, de beaucoup trop pesant pour nos faibles épaules ; aussi la peine de Nous cause une pareille séparation est-elle adoucie par la pensée que des milliers d'âmes auront plus de secours pour leur salut éternel. Car c'est uniquement pour l'amour de ces âmes, qui valent touf le sang d'un Dieu, que Nous sommes Pasteur.

Pour donner à ce nouveau Diocèse un Pasteur selon le cœur de Dieu, le Souverain Pontife a, dans sa solicitude paternelle, fixé les yeux sur l'Illustrissime et Révérendissime Seigneur J. C. PRINCE, Évéque de Martyropolis, dont la science, le zèle et la prudence lui ont été connus, par les éminentes qualités qui ont brillé chez ce digne Evêque, pendant qu'il était Coadjuteur de Montréal. Il lui a donc confié l'administration de cette Église naissante, avec la pleine confiance que, moyennant la grâce du Dieu Tout-puissant, il la gouvernera avec bonheur, et que, sous sa conduite, la Religion fera de grands progrès.

Adieux aux Fidèles de St. Hyacinthe.

Lettre Pastorale, 29 Sept. 1852.

Nous devons vous faire remarquer, N. T -C. F., qii'il y a plus de douze ans que Nous sommes votre Pasteur. Si, pour les services que Nous avons pu vous rendre, pendant ce temps, Nous avons, à votre estime, gagné quelque chose, Nous vous prions de le payer au digne Evêque qui Nous remplace, et qui très-certainement vous en rendra de bien plus grands, promettant de regarder comme fait à Nous-même ce que vous voudrez bien faire pour lui.

Nous nous reposons sur vous tous, N. T.-C. F., du soin de reconnaître les importants services que Nous a rendus votre Evêque, pendant qu'il était avec Nous. Oh ! tout ce temps il s'est contenté de la vie et de l'habit ; Habentes alimentum et quibus togatmcr his contenti sitmus, a-t-il pu dire aveo St. Paul. Nous lui devions beaucoup plus ; et c'était notre dessein de le prier d'accepter en reconnaissance, la plus large offrande que Nous aurions pu lui faire, quoique toujours bien au-dessous de ses mérites. Mais vous savez quels désastres sont venus fondre sur nous ; et par quel malheur nous avons été réduit, n'ayant plus où reposer la tête, à nous retirer dans une maison de charité. Si donc, aujourd'hui, Nous regrettons en quelque sorte d'être si pauvres, c'est parce que Nous ne pouvons accomplir des vœux si justes. Mais vous ferez au centuple pour ce ban Evêque ce que. Nous ne pouvons faire Nous-même. De plus, en priant chaque jour pour votre Pasteur, priez aussi pour Nous qui l'avons été, afin que le Souverain Pasteur nous pardonne nos nombreuses négligences dans le soin que Nous avons pris de vos âmes.

Nous allons maintenant Nous séparer ; mais non, N. T.-C. F., nous allons rester plus unis que jamais. A la vérité, des bornes ont été mises entre les champs du Père de famille que nous allons cultiver, mais il n'y en a pas entre nos cœurs. Oh ! oui ; peuples, prêtres, évêques, nous allons tous demeurer frères ; et cette véritable fraternité va nous rendre tous invincibles dans le combat contre les vices. " Hcec est vera fraternitas quae vincit mundi crimina;" Adieu donc, peuple religieux, communautés ferventes, prêtres zélés, soyez toujours, par la vivacité de votre foi et la sainteté de vos œuvres, la consolation de votre nouveau Pasteur, comme toujours vous fûtes notre joie, et comme, il faut l'espérer de la divine bonté, vous serez notre couronne, au grand jour des récompenses. Hâtons-nous d'y ai river ; car alors nous serons inséparablement unis. Beau ciel ! puissions-nous voir bientôt tes splendeurs ! Terme de larmes ! Qu'ils sont longs les jours d'exil qu'il nous faut parcourir en faisant le triste voyage de la vie. Le CIEL ! Bien-aimés frères ; tel est, en nous séparant, notre dernier rendez-vous. Ainsisoi!-il.

Adieux au Clergé de St. Hyacinthe.

Circulaire, 29 Sept. 1852.

Je ne vous quitterai pas sans un petit mot d'adieu ; ne serait-ce que pour vous demander pardon de ne vous avoir pas toujours tr?;té, comme je l'aurais dû. Je ne me dissimule pas les peines que souvent je cause au Clergé. J'étais si peu fait pour être à sa tête ! Votre bon peuple, en priant tous les jours pour moi, comme je le lui demande instamment, oubliera aussi sans doute tant de négligences qui n'ont pu manquer de retomber sur lui. Car le pauvre peuple est toujours victime des fautes des grands et surtout de celles des pasteurs.

La lettre ci-jointe fait appel aux Fidèles pour la reconstiuction de la Cathédrale. Je ne vous ferai pas, en me séparant de vous, l'injure de vous inviter à vous mettre à la tête de ce mouvement de secours. Car, je n'en doute pas, vous allez vous organiser pour que cet appel soit compris. Sans vous, cette lettre sera une lettre morte. Votre parole peut seule lui donner le souffle de vie.

Vous aurez grand soin de votre digne et cher Evêque ; et vous l'aiderez à faire autant de bien que possible. Avec cette espérance dans mon cœur, je suis heureux.

Vous allez désormais substituer, à mon nom, celui de votre Evêque, au Canon de la - M esse et à l'Oraison du Salut. Veuillez bien toutefois ne pas m'oublier, et croyez que vous aurez toujours votre même place dans mon cœur. Que si, plus tard, j'ai une maison plus spacieuse, je vous prie d'y venir occuper votre chambre, comme par le passé.

LXXXVIII Incendie de Montréal.

Circulaire, 8 Oct. 1852.

Après trois mois d'une agitation indicible, Nous commençons à respirer ; mais hélas ! ce n'est que pour sentir plus vivement notre cruelle position. Toutefois, oubliant encore nos propres malheurs, Nous allons vous dire ceux de nos chers enfants. En face de tant de décombres, Nous nous reportons, malgré Nous, au jour du huit et à la nuit du neuf Juillet. Jour lugubre, qu'un épais nuage de fumée a changé en la plus sombre des nuits ! Triste nuit, que la vive lueur d'un feu immense a rendue lumineuse comme le plus clair des jours. Vous ne serez donc pas surpris, si Nous parlons de ce grand incendie, comme s'il était encore fumant. Ah ! c'est qu'il l'est encore véritablement, comme il appert à ceux qui font les fouilles. Mais c'ést surtout dans notre cœur qu'il est et sera toujours fumant ! Vous Nous pardonnerez, si Nous vous répétons ici ce que déjà vous avez vu et entendu. C'est que pour Nous le triste événement qui s'est déroulé sur notre ville, si justement chère à notre cœur, pour y laisser tomber la plus terrible des calamités, est toujours nouveau. Les lamentations de l'inconsolable Jérémie vont se mêler tout naturellement à notre récit. Il y a tant de ressemblance entre Jérusalem dévastée et Montréal incendié ! Oh ! puisse l'onction de sa douleur couler dans tous les cœurs !

Racontons d'abord le fait tel qu'il s'est passé, mais en suivant avec attention, de l'œil de la foi, la main providentielle qui l'a conduit. Le 8 Juillet, vers neuf heures du matin, s'allumait au Faubourg St. Laurent, un feu qui, en commençant, n'était rien, et que quelques sceaux d'eau eussent aisément éteint. Mais, ô Justice Divine ! il n'y en avait pas ! Le réservoir qui était au foyer de l'incendie, se trouvai! à sec. Autre circonstance malheureuse, mais également ménagée par la Providence ! Le premier Magistrat, dont l'autorité municipale et l'activité bien connue eussent été d'un secours si puissant, dans ce grand embrasement, était alors absent. Ajoutez à cela qu'un soleil ardent avait, depuis un mois, desséché toutes les matières inflammables qui s'offraient à l'action irrésistible du feu qu'un vent violent rendait encore plus redoutable..

Tout était donc préparé pour qu'aucune force humaine ne pût maitriser l'élément destructenr qu'une main invisible conduisait évidemment. " Confugit in irâ furoris sui omne cornu Israël." Aussi se déborda-t-il par torrents ; et allant avec impétuosité de rue en rue, dévora-t-il avec fureur les édifices qui lui étaient désignés par une Puissance Supérieure. " Succendit in Jacob quasi ignem flamma? devorantis in gyro." Les quelques bâtisses qui apparaissaient, le lendemain de l'incendie, çà et là, à travers nos tristes décombres, montraient clairement que Dieu était là, pour prescrire à cette mer de feu, les bornes qu'il lui plaisait. " Hùc usque venies." Quoiqu'il en soit, en peu d'heures, la moitié du grand et populeux Faubourg St. Laurent succombait sous les flammes, et n'était plus qu'un monceau de cendres brûlantes, et un amas de ruines embrasées.

Le soleil, en se couchant, se plongeait, ce jour-là, dans un océan de tristesse. Hélas ! il laissait, sous notre horizon, des milliers de familles sans habits, sans pain, sans abri. Aussi, n'entendait-on, sur tous les points de la cité, que des soupirs et des sanglots, pendant qu'un nuage de fumée, en se joignant aux ombres de la nuit, enveloppait la ville entière d'un voile sombre et lugubre. Plorans ploravit in nocte.

Tous les citoyens étaient épuisés de fatigue, après le travail d'une si pénible journée, et soupiraient après le repos de la nuit qui devait, dans un même sommeil, ensevelir les lassitudes de l'esprit comme celles du corps. Mais, ô Dieu ! votre justice n'était pas encore satisfaite ; et cette nuit devait être encore plus affreuse que le jour auquel elle succédait. Car voilà que vers les neuf heures du soir, le son alarmant des cloches et des cris confus annoncent un nouveau feu. Peut-être était-ce celui du jour, qui, caché ou mal éteint quelque part, se rallu-

mait avec plus de fureur Quoiqu'il en soit, il était là aussi le souffle de la colère de Dieu. " Effudit quasi ignem indignationem. " Il fut grand que la lueur en fut aperçue aux extrémités les plus éloignées de notre Diocèse. Il fit tant de ravages qu'il faut les voir, pour s'en former une juste idée. Le Faubourg Québec en fut cette fois le théâtre.

Vous pourrez juger, N. T.-C. F., des désastres de notre ville, par le court aperçu qui suit. Plus de 1400 maisons furent consumées ; plus de g, 000 personnes se trouvèrent sans abri. Le montant des pertes s'évalue à ,£500,000. Ajoutez à cette perte celle de l'incendie du six Juin précédent, estimées à £200,000, et vous aurez quelque idée des malheurs de Montréal. O Ville infortunée ! tu peux bien dire, avec Jérusalem, que tu ressembles à un champ moissonné ! " Quoniam vindemiavit me."

Au milieu de tant de désastres, il était pourtant, N. T.-C. F., une chose qui soutenait puissamment le courage. C'était la Foi, mais une Foi vive, plus grande encore que le malheur qu'elle soulageait. Car, pendant que de toutes parts, dans les quartiers incendiés, les édifices s'écroulaient avec fracas, ces paroles pleines d'une soumission aussi humble que sublime s'élevaient vers le ciel '■ " Nous l'avons bien

mérité Dieu nous l'avait donné, Dieu nous l'a ôté ; que son saint nom soit béni !" Oh ! il faut l'espérer, ils auront été entendus du Père

des Miséricordes ces sanglots de la pénitence, ces actes d'une si parfaite résignation, Ils auront, sans doute, réparé certains désordres, hélas ! trop grands, occasionnés par l'ivrognerie, cette passion si justement maudite de Dieu et des hommes. Car il faut bien l'avouer à notre honte, il y a eu pendant l'incendie, d'affreux excè^ Mais ils ont été le fait d'un petit nombre, et commis par des hommes sans cœur, et abrutis par la boisson. Oh ! ivrognerie, quand donc disparaîtras-tu des villes et des campagnes, avec tous les crimes hideux que tu traînes à ta suite ! Tes honteux excès, pendant le plus déplorable des incendies, suffiraient pour te rendre à jamais exécrable ! Tu ne fis jamais que des monstres ; on ne l'a que trop vu dans cette triste occasion. Montréal ! ô Cité malheureuse, tu renfermais donc tout à la fois dans ton sein, au jour de ta désolation, des hommes de foi, qui offraient au ciel irrité, l'encens du plus pur sacrifice, pour l'apaiser, et des monstres d'iniquité, qui s'immolaient eux-mêmes à la plus brutale des passions, pour multiplier les fléaux delà justice divine sur toi. Après un tel exemple, N. T.-C. F., craignez un vice qui rend semblables à des bêtes féroces des hommes créés à l'image et ressemblance de Dieu.

La Foi de Montréal était trop vive pour ne pas mériter d'être éprouvée. Elle le fut, et d'une manière bien sensible. Multa est jides tua. L'Eglise Cathédrale, en face de tant d'édifices embrâsés, se trouva^ bientôt.dans le plus imminent danger. Alors tous oublièrent leur propre malheur pour ne songer qu'à la conservation d'un temple si cher à leur cœur. Elle était si dévote cette modeste Eglise ! et tant de cœurs y trouvaient tous les jours leur bonheur, en s'épanchant dans la prière ! tous les yeux étaient fixés sur elle, et il n'y avait qu'un vœu, c'était qu'elle échappât aux flammes ! Mais le Ciel en avait décidé autrement, et elle devait subir le sort du quartier dont elle était la mère ; car c'était elle qui lui avait donné naissance. En peu d'heures, il n'en reste plus que les tristes décombres, dont la vue seule fait saigner le cœur. On n'entend que soupir pendant que le feu la dévore, et le courage manque à tous, lorsque la cloche fait entendre, en tombant, son dernier son, qui est pour tous le cri d'une profonde tristesse. Car depuis qu'elle ne sonne plus, les rues de Syon pleurent ; et pourquoi ? parceque l'on ne vient.plus aux pieuses solennités du Temple dont elle était la voix, faible à la vérité, mais singulièrement touchante ; parceque l'on n'y entend plus le chant de miséricorde Epargnez, Seig?ieur, votre peuple ; parce que le Très-Saint et Immaculé Cœur de Marie n'y a plus de Trône ; parce -que le Bienheureux Jacques, l'Ami intime du Sauveur, n'y est plus invoqué ; parce qu'enfin le Corps du zélé Pontife qui l'avait fondée, n'y repose plus. Qu'il fut lugubrement solennel le spectacle delà translation des restes de cet Immortel Fondateur! Quelle foule prodigieuse que celle qui se pressait, le 25 Juillet dernier, autour du corps de l'illustre Jean-Jacques Lartigue, pendant qu'allant chercher un nouveau repos au sein du Religieux Monastère de PHôtel-Dieu, qui avait été sou asile, il cheminait gravement à travers les quartiers incend iés, qu'il avait si souvent bénis^ et si heureusement renouvelés. V. ioe S ion luge7it ~'eo quod non sint qui vèniunt ad solemnitatem.

COADJUTORERIE DE MGR. JOSEPH LaRoCQUE.

Mandement, ig Mars 1853.

Il a plu à N. S. P. le Pape, clans sa tendre sollicitude pour ce Diocèse, de remplir la Coadjutorerie vacante de Montréal, par la personne de Mgr JOSEPH LaROCQUE, Evêque de Cydonia. Les Bulles de ce nouveau Coadjuteur sont du VI Juillet dernier ; et Nous lui donnâmes la Consécration Episcopale le vingt-huit Octobre suivant. C'est donc avec ce dernier Prélat, jeune et plein d'espérance, que Nous allons^travailler, dans une intime union de cœur, au bien général de ce Diocèse, et achever ainsi d'user ce qui nous reste de forces à la gloire de Dieu et au salut de vos âmes.

Nous ne vous dirons point ici, N. T.-C. F., ce qu'est pour vous et pour Nous le nouveau Collaborateur qu'il a plu à Dieu de Nous accorder. Nous le blesserions au vif, si Nous levions tant soit peu le voile de modestie qui couvre les heureuses qualités de l'esprit et du cœur que la nature et la grâce, se sont étudié à répandre dans son âme. Mais vous allez avoir occasion de vous convaincre par vous mêmes de sa haute sagesse et de sa rare prudence. Car, en nous remplaçant dans l'administration de ce Diocèse, pendant une absence qu'il Nous faut faire, il va en porter seul tout le poids, assisté toutefois, comme Nous le sommes Nous-mêmes, de ceux dont la Divine Providence veut bien Nous entourer.

Projet d'un Troisième Voyage en Europe.

v Mandement, 10 Mars 1853.

Il faut que Nous vous disions, N. T.-C. F., ce qui nous détermine à Nous absenter quelque temps du Diocèse, et à faire un troisième voyage en Europe. Depuis le huit juillet que nous sommes en face des tristes ruines de Notre Cathédrale et de Notre Evêché, Nous nous occupons en Nous-même des moyens à prendre pour les relever. Mais tous nos calculs n'ont servi, jusqu'ici, qu'à Nous convaincre de notre impuissance à réparer les désastres du terrible incendie qui, en quelques heures, a réduit en cendres des propriétés valaut quarante mille louis courant. Depuis ce déplorable événement, Nous sommes sans Église pour remplir nos fonctions Épiscopaies : et Nous n'avons pour

Nous abriter qu'un Hospice de Charité. Oh ! Elles ne sont plus joyeuses pour Nous, nos grandes solennités ! - Notre premier devoir

a été de bénir celui qui nous a ôté tout ce qu'il nous avait donné ; et notre unique consolation a été de baiser avec amour la main paternelle qui Nous frappait. Il Nous reste maintenant à travailler de toutes nos forces à réparer les désastres d'un si grand incendie.

Nous comprenons, et vous comprenez comme Nous, N. T.-C. F., qu'un Evêque tans Cathédrale et sans Maison, est, pour le Diocèse, ce que serait pour une paroisse un Curé sans Eglise et sans Presbytère..

Aujourd'hui que Nous sommes précisément ce qu'était en mil huit cent vingt-un le Fondateur de l'Episcopat de Montréal, les souvenirs de ce temps se regravent en Nous plus avant que jamais, et retrempent notre courage. Ce qu'il a fait et souffert pour ériger cette modeste, mais si dévote Eglise, qu'il nous a laissée en héritage, se rajeunit dans nos pensées. Il nous ouvre aujourd'hui son bon cœur, comme

- si souvent il le faisait au temps de sa vie mortelle ; et il Nous semble que sa grande âme nous apparait, pour Nous redire ce que si souvent il Nous répétait, et surtout ce que si constamment Nous lui vîmes faire pour l'amour de la Sainte Eglise. Il est donc là, ce Père chéri, pour Nous inviter à avoir foi à un meilleur avenir. En marchant sur ses traces, Nous avons l'espoir qu'un jour nos yeux, aujourd'hui si abattus à la vue de tant de ruines, seront réjouis en les voyant remplacées par des édifices, qui répondront davantage aux besoins de notre époque.

Toutes choses mûrement considérées, Nous pensons, N. T.-C. F., que c'est la volonté de Dieu que nous allions solliciter des secours, partout où il Nous semblera pouvoir les trouver. Tel est le but de ce troisième voyage que nous allons entreprendre sous peu. Déjà deux fois Nous avons traversé la mer pour aller chercher un secours d'hommes dont le besoin se faisait vivement sentir. Il n'est pas nécessaire de vous dire les bénédictions qu'il a plu à Dieu de répandre sur ces deux premiers voyages. Car vous jouissez avec délices des précieux avantages qui en sont revenus au Diocèse pour la sanctification des âmes, et le progrès des sciences. Si, comme nous l'espérons de ce Dieu tout bon et tout miséricordieux, ces œuvres naissantes continuent à se développer, avec le même succès, vous aurez à bénir à jamais la divine Providence d être l'objet si spécial de ses soins maternels.

Adieux au Diocèse.

Mandement, 19 Mars 1853.

Adieu, maintenant, pieux fidèles, ferventes Communautés, Clergé si cher à notre cœur. Notre dernier désir, en laissant les rives de la Patrie, est celui de votre bonheur. Si Dieu Nous fait la grâce de vous revoir, ce sera pour mieux travailler tous ensemble à la gloire de son Saint Nom.

Anges Gardiens des Pays que Nous allons parcourir, joignez-vous à ceux des lieux que Nous quittons, pour que partout Nous soyons en sûreté, à l'ombre de vos ailes.

Saints Patrons de toutes les Paroisses de ce Diocèse, prenez soin de ces âmes que notre Dieu vous a chargés de protéger. Si nous revenons heureusement au milieu d'elles, nous vous serons tous ensemble plus dévoués que jamais. Vous connaissez les dangers de cette vie. Oh ! aidez-nous à les éviter.

Saints Patrons de notre Cathédrale et de notre Evêché, bienheureux Jacques et Jean, soyez -voyageurs avec Nous, puisque vous n'avez plus ni temple, ni autel pour vous reposer ici et recevoir nos hommages. C'est pour votre gloire que Nous allons voyager. En tous lieux, vous parlerez donc pour Nous, vous qui êtes, par votre puissante parole, les Enfants du tonnerre.

Bon Saint Joseph, Protecteur de Jésus et de Marie dans leur pénible voyage en Egypte, daignez nous prendre sous votre protection et nous diriger dans toutes nos voies. Si ce voyage est heureux, comme Nous l'espérons, car on ne vous invoque jamais en vain, vous aurez votre autel dans le nouveau Temple, et nous ferons tout en notre pouvoir pour que votre pélérinage y soit religieusement fréquenté, et votre nom dévotement invoqué.

Glorieuse Mère de Dieu, Puissante et Aimable Protectrice de ce Diocèse, vous connaissez nos maux et vous en aurez pitié, car vous êtes notre bonne et tendre- Mère à tous. Nous n'aurons pas cette fois la consolation de déposer, en partant, à l'autel de votre " Très-Saint et Immaculé Cœur" les vœux de notre cœur affligé. Hélas ! il est détruit cet autel qui était pour nous tous, le trône de vos miséricordes: mais Nous marchons pour le relever de ses ruines. O vous qui êtes l'Étoile de la mer, tracez-Nous la route et conduisez nos pas.

Ressources Pécuniaires de L'Évêché.

Circulaire, 19 Mars 1853.

Je ne voudrais pas emporter dans mon cœur la peine très sensible que m'a causée l'accueil qui a été fait, dans quelques parties du Diocèse à la démarche que le Chapitre avait jugé à propos de faire à mon insu. C'était de sa part, soyez-en bien persuadés, un acte d'intime confiance en vous, et une nouvelle preuve de son dévouement pour moi. Il voulait par là ménager au Clergé l'honneur de venir spontanément de l'avant, pour offrir à l'Éyêque un secours plus assuré que ne peut l'être celui d'une souscription volontaire, et lui épargner l'humiliation de mendier, surtout à*i'étranger. Il était persuadé que le Clergé connaissait parfaitement la disposition de l'Évêque de lui être à charge le moins possible. On se rappelle sans doute, qu'en 1840, lorsque je pris possession du Diocèse, je remerciai le Clergé, qui se mettait en devoir de me fournir un supplément, parce qu'il savait qu'une rente considérable, qui soutenait l'Évêché, s'éteignait à la mort de mon Prédécesseur. Je fis dire à tous ces Messieurs de bonne volonté, que, quand j'aurais besoin, je ne craindrais pas de m'adresser à eux. Le Chapitre ne voyait pas de circonstance plus urgente que celle de la ruine totale de l'Établissement pour en venir à un appel général. Si le mode qu'il a suggéré au Clergé ne rencontrait pas son assentiment, il pouvait du moins lui donner la pensée d'en proposer un autre aussi sûr et aussi efficace.

Maintenant que mon cœur s'est déchargé par un épanchement tout paternel, je pars avec l'intime confiance de n'avoir blessé personne, par cette franche et cordiale explication. J'ai pu contrister, dans le cours de mon Administration, quelques-uns de mes bien-aimés collaborateurs. Je ne partirai pas sans les prier de me le pardonner. En quelque lieu que je me trouve, vous serez toujours les premiers dans mes souvenirs de la patrie. Mon dernier mot, c'est celui de l'Apôtre: Attendite vobis et universe gregi ; et mon dernier vœu, celui de vous revoir tous en parfaite santé, et chargés de nouveaux mérites.

Assiduité au Catéchisme.

Mandement, 6 Mars 1853.

Il y a dans le Diocèse un certain nombre de Paroisses où les grandes personnes, aussi bien que les enfants, assistent en tout temps au Catéchisme. Nous ne pouvons qu'applaudir à une pratique si louable, et désirer qu'elle devienne générale. Car Nous savons qu'une Paroisse qui aime le Catéchisme est une Paroisse instruite et bien réglée. L'amour de la parole de Dieu est une preuve certaine de la foi vive qui produit les œuvres.

Oh ! Pères et Mères, si vous aimez vos enfants en Dieu et pour Dieu, demeurez avec eux au Catéchisme. Vous vous assurerez par là de leur fidélité à une instruction qui leur est si nécessaire. De retour à la maison, il vous sera facile de leur faire répéter le Prône et le Catéchisme du jour, et de vous assurer ainsi de leur attention.

Vous leur expliquerez vous-mêmes ce qu'ils n'auraient pas bien compris ; car plus que tout autre vous pourrez vous mettre à la portée de leur intelligence. Vous leur rappellerez de temps en temps ce que le Bon Pasteur a recommandé à l'Eglise. Oh ! qu'il est beau d'entendre les parents dire à leurs enfants : " M. le Curé nous a bien défendu de faire cela ; — M. le Curé nous a bien recommandé de faire telle chose."

D'ailleurs, quel profit n'y aura-il pas pour vous -mêmes d'entendre l'explication des saintes vérités de la Religion ? Car n'est-il pas évident que plus on connaît sa Religion, plus on la pratique avec amour ?

Faites-en l'essai, N. T.-C. F., pendant la belle saison qui arrive, et vous verrez quelles bénédictions le Catéchisme répandra dans le sein de vos familles. Vos enfants y apprendront très-certainement à vous rendre l'honneur, le respect et l'obéissance qui vous sont dus.

Pourriez-vous négliger de recourir à un moyen si facile et si efficace de faire le bonheur de vos familles ! Si vos enfants aiment l'Église, avec ses délicieuses cérémonies, ils n'aimeront ni le monde, ni ses folles vanités. Encore une fois, donnez-leur l'exemple, et ils feront ce qu'ils vous verront faire, et ils seront ce que vous serez vous-mêmes.

Du Blasphème.

Mandement, 6 Mai 1853.

Un des auteurs qui ont le mieux parlé de la vie spirituelle nous enseigne que si, chaque année, on corrigeait seulement un défaut3 on serait bientôt parfait.

Si cela est vrai de chacun de nous en particulier, on en doit dire autant d'une Paroisse et d'un Diocèse.

Pénétré de cette vérité, Nous nous proposons de travailler, pendant cette Visite, à détruire tout-à-fait, et dans tous les lieux, le blasphème, qui est, hélas ! si commun.

Déjà la religion a remporté une grande victoire sur l'ivrognerie. C'est au point que, à quelques exceptions près, on peut dire aujourd'hui, avec complaisance, que le peuple Canadien est un peuple sobre.

C'est une louange que Nous aimons à donner dans ce moment solennel au Diocèse entier. Nous serions trop heureux si certaines défections ne nous empêchaient pas de pouvoir ajouter que tous, sans exception, gardent fidèlement leur engagement !

Nous prions, du moins, pour ceux qui, par la boisson, abreuvent encore aujourd'hui Jésus de fiel et de vinaigre.

Maintenant que l'ivrognerie cache sa honte dans de misérables auberges, sans règle et sans pudeur, Nous pouvons en toute confiance attaquer un autre vice.

C'est celui du blasphème, si injurieux au Ciel et si exécrable à la terre, que Nous entreprenons de détruire. Quelqu'enraciné qu'il puisse être, Nous avons l'intime conviction, N.-T.-C. F., que la Visite aura l'heureux résultat de le bannir à jamais de notre société.

Or, remarquez bien que par blasphème, Nous entendons ici tout ce qui est injurieux au Saint Nom de Dieu. Par conséquent, Nous comprenons sous ce titre les jurements, les imprécations, les propos impies, les serments indiscrets, injustes ou faux. Hélas ! il y en a tant et de si horribles que les gens de bien ne les peuvent entendre sans que leurs cheveux ne se dressent sur leurs têtes !

Toutefois, prenons courage, N. T.-C. F., et voifs verrez bientôt ce que peut un peuple de foi avec le secours de Dieu. Car, avant longtemps, l'on pourra dire de ce peuple, — "c'est un peuple qui a horreur du blasphème, comme il a horreur de l'ivrognerie."

Création des Archiprêtrés.

Circulaire, 31 Mai 1853.

Le démembrement de ce Diocèse a nécessité cette nouvelle création (les Archiprêtrés) et le besoin, que vous avez de vous voir souvent, m'a paru une raison suffisante, pour multiplier ces Arrondissements Ecclésiastiques.

En travaillant dans des Paroisses bien connues, chacun sera plus en état d'éviter les surprises que l'on a si souvent à déplorer, après les grandes réunions, dont certains habitudinaires profitent, pour échapper à la sollicitude de leurs Pasteurs, et à l'attention des voisins les plus immédiats de leurs Paroisses.

La nécessité de s'entr'aider produira infailliblement cette bonne entente, qui rend le travail des ouvriers, employés dans la même vigne, toujours si heureux et si consolant.

La facilité de se rencontrer, sans nuire à la résidence, établira nécessairement ces rapports intimes, qui préviennent les mauvais effets, qui résultent inévitablement de la vie seule, et que l'Écriture nous fait assez connaître par ces paroles proverbiales : Vœ soïi. Avec cette intimité, on s'avertit cordialement de ses défauts, sans craindre de blesser. On éprouve alors ce qu'il y a de vrai dans cette belle parole de St. Augustin : A ma et die quodvis. Heureux les amis qui savent s'aimer ainsi !

Ck Tables tournantes." — Inventions humaines. — Des bons et des mauvais Esprits.

Lettre Pastorale, 27 Dec. 1853.

Nous croyons, N. T.-C. F., devoir élever la voix, au sujet des "Tables Tournantes," dont tant d'esprits sont aujourd'hui si fort occupés. Depuis longtemps Nous en entendons parler, non sans quelque surprise. Mais comme tout ce que l'on nous en rapportait, pouvait être regardé comme l'effet naturel d'une cause qui n'était pas encore bien connue, Nous gardions le silence. Car Nous savons que Dieu a caché , dans les secrets de la nature, des trésors que l'homme exploitera, jusqu'à la fin des siècles, à l'avantage de ce monde matériel. Mundum tradidit disptitationi eortmi (Eccles. 3. 11.)

Quand donc de nouvelles inventions humaines se présentent! dans le monde, toutes plus merveilleuses les unes que les autres, Nous nous contentons de les admirer et d'en bénir la Divine Providence, en disant avec le St. Roi : " Que vos ouvrages, Seigneur, sont magnifiques" (Ps. gi) ! Ainsi, sommes-nous sans cesse dans l'admiration, en contemplant la puissance de la vapeur qui, sur terre et sur mer, traîne à sa suite, avec la rapidité du vent, des masses énormes qui apparaissent, aux yeux étonnés, comme des montagnes ambulantes ou flottantes. Plus encore, sommes-nous ravis de la vitesse de l'électricité qui, comme l'éclair, va porter notre pensée à des milliers de lieues.

Ces étonnantes découvertes sont pour Nous, entre une infinité d'autres, un sujet de continuelles actions de grâces. Car si, pour tout homme qui a le sentiment de sa noble existence, c'est un bienfait de la Divine Providence que d'être né et de vivre dans un pays fertile, dans une famille heureuse, dans une condition honorable, c'en est aussi un très-considérable que d'appartenir à un siècle dont les prodigieuses inventions révèlent la puissance du Créateur, qui s'est exercé à faire tant et de si grandes choses pour le bonheur de l'homme, sur la terre de son exil ; et qui, par une sagesse admirable, a su tenir cachés ces biens de la nature, pour les lui découvrir précisément dans les temps où il devait en avoir besoin, pour mieux accomplir les desseins de Dieu. Car c'est sa lumière, il n'en faut pas douter, qui éclaire le génie de l'homme, dans toutes les découvertes humaines, c'est sa puissance qui a créé et fait de rien toutes choses. " Les cieux publient sa gloire, et le firmament annonce les ouvrages de ses mains (Ps. 19). (

C'est ainsi, N. T.-C. F., que nous devons tous considérer les œuvres de notre Dieu, dans l'ordre naturel, pour fout rapporter à sa gloire. C'est là la grande leçon de la Religion, qui apprend à l'homme à s'élever, jour et nuit, vers son Créateur, pour le louer et le bénir de tant de biens qu'il en reçoit chaque jour. Elle lui apprend en même temps à user de ces biens avec humilité, et à ne pas franchir les bornes que le Souverain Maître a tracées aux opérations de l'esprit humain, aussi bien qu'aux flots de la mer. Htic usqtie venies. Autrement l'on tombe dans de pitoyables erreurs, d'autant plus dangereuses, qu'elles sont moins tangibles.

D'après ces principes, les "Tables Tournantes," considérées comme choses purement naturelles, et vues de l'œil humain, n'offraient aucun danger à l'illusion. Mais, malheureusement, on s'en est écarté, et déjà on a à déplorer de funestes conséquences. Car, on a imprudemment dépassé les barrières que Dieu a lui-même fixées pour mettre un frein à l'orgueil et à la vanité de l'homme. On a voulu faire parler des Tables sans intelligence, pour savoir ce qui se passe dans le royaume des esprits. Voilà l'abus que Nous voulons signaler à votre attention, dans la ferme confiance que, le connaissant, vous l'éviterez.

On en est venu jusqu'à vouloir évoquer des esprits de l'autre monde, pour connaître par eux des secrets qui ne se peuvent découvrir, par aucun moyen humain. C'est ce que l'Ecriture-Sainte appelle l'Art de " Python, " et qu'elle repousse avec une souveraine horreur.

Tout homme réfléchi comprend que naturellement ce qui émane du corps humain, visiblement ou invisiblement, ne saurait atteindre des esprits, qui habitent l'autre monde. Il faut, pour communiquer avec eux, s'élever à l'ordre surnaturel, établi de Dieu et enseigné par la Religion. Il y a en effet une communication très-réelle et tout-à-fait admirable entre tous les esprits. D'abord nous communiquons avec le St. Esprit, l'inspirateur de tous les esprits créés ; c'est ce qui faisait dire à St. Paul, écrivant aux Corinthiens : " Que la communication du St. Esprit soit avec vous tous." (II. Cor. 13, 13.) Que nous soyons en communication avec les esprits et les bienheureux qui sont au Ciel, c'est ce que témoigne l'Ecriture, presqu'à chaque page. Que nous soyons ici-bas en communication réelle, par l'union de nos esprits, pendant que nos corps sont à de grandes distances : c'est ce que nous sentons intimement ; et ce qu'exprimait si bien l'Apôtre, par ces paroles qu'il adressait aux Corinthiens : " Etant absent de corps, mais présent d'esprit, j'ai déjà jugé, comme étant présent, celui qui a commis un tel acte. Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, vous et mon esprit étant rassemblés .... congregatis voèis et meo sf-iritu" (I Cor. 5, 3 et" 4.) Peut-on désirer quelque chose de plus consolant pour Nous, au milieu des peines de l'exil ?

Voulons-nous nous mettre en rapport avec ces bienheureux esprits ? prions avec ferveur ; car la prière a l'heureux effet de nous rendre présents les Saints Anges, soit en élevant nos cœurs jusqu'au séjour de la gloire qu'ils habitent, soit en les faisant descendre dans cette vallée de larmes, pour chanter avec nous les bienfaits de notre Dieu. I?i consfiectu A ngelorum psallam tibi. La foi est l'œil qui nous fait voir les esprits bienheureux ; la confiance nous fait jouir de leur délicieuse présence, et la charité nous unit tendrement à ces amis de Dieu. Tenons-

nous en là, N. T.-C. F., et n'allons pas troubler ce bel ordre par la mauvaise curiosité de chercher à tout savoir ; car nous nous exposerions au danger d'être en rapport avec les esprits de malice, qui rodent partout, comme des lions rugissants, cherchant à nous dévorer. Car il faut bien remarquer que la superstition est l'opposé de la Religion ; et que l'homme qui n'est pas religieux, sera nécessairement superstitieux.

C'est à ces tables sans intelligence que l'on a prétendu se former à l'art magique de faire venir les esprits, pour les consulter sur toutes sortes de choses. Ce ne sont plus partout que des rassemblements de morts et de vivants. Les enfants veulent entendre leurs pères et mères, et les pères et mères veulent entendre leurs enfants. Les salons sont aujourd'hui ouverts aux Revenants, comme aux Vivants. Les Revenants parlent aux Vivants, dès qu'on leur a appris à répondre selon un alphabet, dont les lettres sont des coups plus ou moins redoublés. Ils sont assez complaisant? pour s'assujettir à toutes les lois qu'on leur impose, et pour faire tous les signes qu'on leur demande. Ils sont assez intelligents pour lire les pensées, et assez forts pour remuer les corps. Seulement, ils font quelquefois perdre l'esprit à ceux qui en ont ; et n'en donnent jamais à ceux qui n'en ont point.

Et. en effet, en suivant de près cette trop malheureuse question, on découvre aisément des défauts sans nombre, qui n'indiquent que trop qu'il y a vice dans la cause ou le principe. On consulte les tables, dans le désir, le besoin de tout apprendre, de tout savoir, de tout coimaître. Avec un pareil esprit de curiosité on va loin ; et il est évident que, voulant sonder les profondeurs de la Divine Majesté, on sera écrasé sous son poids. — L'on insulte l' Eglise, comme si elle s'opposait, contre la raison, au progrès des sciences et des arts. — On assure qu'il y a des Agents S7imaiurels ; mais que seulement l'on ne sait pas encore s'ils sont de bons ou de mauvais esprits, si c'est V Archange St. Michel ou Vâme d'un ami. Et l'on ne craint past de les faire parler et de les consulter. Il y a là plus que de la témérité. — L'on iait profession de franchise et de consciencieuse honnêteté ; et puis l'on assure que les Tables Tournantes répondent avec une justesse et avec u?ie précision à confondre tout incrédule L'on est surpris soi-même de ces réponses; et cependant on a la' conviction de leur justesse. Mais a-t-on la certitude que l'esprit qui parle n'est pas un esprit menteur ? Ignore-t-on que le Démon se transforme souvent en Ange de lumière, pour mieux tromper l'homme ? Ne doit-on pas même s'attendre à être dupe de ce père de tous mensonges, quand on a l'air de dédaigner la Religion, comme si elle était l'ennemie du développement de l'esprit humain, sous prétexte qu'elle lui fixe les bornes qu'il ne doit pas franchir ? N'est-ce pas dans cette vue, et pour prévenir le coup, que l'on suppose que l'on va crier à F hérétique, en apprenant cette merveilleuse découverte de l'esprit humain, et que l'on va traiter de maniaques ceux qui ont acquis la belle science de converser avec les esprits de l'autre monde ? Les faits des Tables Tournantes, qtt'ils soient spirituels, mag7iétiques, ou schismatiques, sont si certains, selon ceux qui les révèlent au monde, qu'en douter, c'est une vaniteuse ignorance dont on doit rire. N'y a-t-il pas, dans tout cela, plus que de la présomption ? Car, enfin, il y a encore dans le monde, beaucoup d'hommes pieux, sages et savants, qui n'y veulent pas croire, et qui ont plus d'une raison pour n'y pas ajouter foi ; ou qui, s'ils y croient, sont entièrement convaincus qu'il y a opération diabolique dans l'action de faire répondre des esprits sur des faits que Dieu seul peut connaître et donfassurément il ne donnera pas connaissance à ceux qui perdent leur temps, en se perdant dans l'avenir.

Le premier fait, et le plus désastreux, est qu'on fait aujourd'hui une Religion du Spiritisme, ou de la science de converser avec les esprits. Un nommé Swedenborg, qui en a été le premier Auteur, est devenu tellement maniaque, qu'un jour il s'imagina être enlevé au Ciel, et se crut appelé à être le Restaurateur du Christianisme. Il ne reconnaissait qu'une Personne en Dieu ; et n'admettait, pour livres de la Sainte Ecriture, que les quatre Evangiles et l'Apocalypse de St. Jean.

A l'heure qu'il est, il n'y a pas moins de dix mille personnes aux Etats-Unis, qui se prétendent en rapports avec les çsprits, et qui font bien payer aux vivants l'avantage de converser avec les morts. Chose étrange, on a trouvé moyen de faire incorporer une Banque, qui est sous la direction des Esprits, pour l'avantage des Spiritistes ; et pour inspirer plus de confiance, on a fait entrer Washington et Franklin dans le Comité d'administration. Inutile de dire que la Banque a fait faillite ; et que le Banquier a été logé en prison.

Ce ne sont pas seulement les Banques qui s'administrent par les esprits ; ce sont de plus des Journaux qui s'écrivent sous leur dictée. On en cite un qui a trente mille abonnés, et qui caresse singulièrement le Spiritisme, qu'il exploite pour favoriser les passions de toutes sortes de gens qui ont tout à gagner dans les émeutes.

Après tous ces faits, il ne faut pas être étonné de lire tous les jours sur les journaux des cas de suicide et de folie.

Et comme aujourd'hui il y a une grande exaltation des esprits, à l'occasion des Tables Tournantes, Nous vous recommandons, N. T.-C. F., de vous abstenir tout-à-fait des jeux et opérations dont elles sont l'occasion, dans la crainte de tomber dans l'excès que la Religion condamne. Plus tard, et lorsque l'expérience nous aura dit quelles sont les vraies causes des rotations et mouvements que reçoivent ces tables par le contact et l'action de plusieurs agents physiques* nous pourrons, sans danger, faire un bon usage des biens qu'il plaira à Dieu de nous accorder, par une connaissance plus grande des lois de la nature.

Tenez-vous donc en garde, N. T.-C. F., contre toutes les supercheries de l'erreur et de la superstition. Pour cela, attachez-vous bonnement à cette pratique, que la raison approuve hautement et que la Religion consacre invariablement: c'est de joindre, en toute chose, la prière au travail, et de prendre avec cela tous les moyens naturels et humains, que Dieu a donnés à l'homme, pour qu'il réussisse dans toutes ses entreprises. Ainsi, l'on prie en ensemençant sa terre, en prenant des remèdes, en cherchant des choses perdues, en faisant le choix d'un époux, enfin en se donnant toute la peine possible, pour mériter que Dieu bénisse, par un plein succès, le travail dont il a fait un devoir à chacun. Avec cette pratique, aussi rationelle que religieuse, on ne se laisse jamais surprendre par ceux qui spéculent sur la crédulité publique, pour vivre aux dépens des autres.

Fondation de " l'Université Laval."

Lettre Pastorale, 27 Dèc. 1853.

Nous avons donc enfin, N. T.-C. F., une " Université Catholique." C'est la joyeuse nouvelle que nous annonce notre Vénérable Métropolitain, dans sa belle Lettre du huit décembre courant.

Cette Institution naissante porte le nom " d'Université-Laval." Elle est confiée à des hommes pieux et savants, qui ©nt reçu de leur Père le feu sacré de l'enseignement religieux, lequel entre leurs mains ne s'est jamais éteint. Toujours ils ont été les dépositaires fidèles de la science sacrée et du zèle ardent que les élèves àa Sanctuaire n'ont cessé de puiser à cette source abondante.

Ils ont, en outre, succédé aux enfants de St. Ignace, dans l'importante fonction de former, . par de fortes études, de bons citoyens, pour les besoins de toutes les classes delà société. Car l'on sait, qu'à l'époque de l'horrible tourmente révolutionnaire, qui, en France comme ailleurs, rasa impitoyablement tant d'établissements religieux, le pays perdit d'un coup ses Apôtres et ses Maîtres. Ces hommes de Dieu s'étaient jusqu'alors partagé les pénibles travaux de l'Apostolat, et les nobles fonctions de l'Enseignement. Pendant que les uns faisaient de cruels sauvages des hommes humains, les autres formaient aux Sciences et aux Arts les jeunes Colons qui, sous d'aussi habiles Maîtres, n'avaient rien à envier aux nobles et aux grands" de la Mère-Patrie, sous le rapport d'une haute et riche éducation.

Ce fut donc un grand deuil, quand s'éteignit, pour le pays, ce brillant flambeau de vertus Apostoliques et de sciences littéraires ! Aussi pleura-t- il amèrement, quand il perdit ainsi ceux qui l'avaient arrosé de leur sang et éclairé de leurs lumières. Il gémit encore et il gémira toujours de voir fermé à la science et à la vertu le Magnifique Collège des 'Jésuites, qui lui rappelle sans cesse les doux et tendres souvenirs de son enfance ! Oh ! oui : les plaies faites à son cœur, par le plus déchirant des Adieux, sont encore saignantes, et elles saigneront tant que l'on n'aura pas rendu à la Religion cet édifice sanctifié par tant de vertus, et tous les biens qui en dépendent.

Culte liturgique.

Circulaire, 22 Mars 1854.

Nos Eglises vont devenir, par notre ponctualité à tout faire selon les règles, comme des miroirs fidèles des saints Canons et des images vivantes de la vraie piété. Nos divins Offices, bien chantés et bien servis, seront uno source intarissable de bénédictions, pour le Clergé et pour le Peuple. La discipline sacrée, qui s'observera dans nos temples, passera dans nos maisons et dans celles des fidèles. La vie privée et la vie domestique, la vie sacerdotale et la vie pastorale seront comme les rayons de sainteté que reflétera, tous les Dimanches et Fêtes, la splendeur de notre culte. Il s'en suivra, pour Dieu, une grande gloire ; pour l'Eglise, une grande édification ; et pour nous, un grand mérite. Avec le cuite divin bien soigné, ncus conservons la foi ; et avec la foi, nous régnons sur les cœurs: et notre règne se maintiendra aussi longtemps que se conservera la foi du peuple Ces vérités sont palpables, et n'ont en conséquence nul besoin de preuve.

Eir terminant, je dois observer que si, faute de zèle pour le culte de Dieu, il arrive plus tard que les offices publics soient quelque part notablement négligés, je les y réduirai tous à une simple basse Messe. Vous pourrez faire valoir cette menace qui s'exécutera partout où cela sera nécessaire, si vous ne pouviez vaincre autrement l'apathie que, dans certains endroits, l'on montre pour le chant et les cérémonies. Au besoin, réduisez vos entants de Chœur au nombre strictement nécessaire pour n'en avoir que de bons et qui honorent leur place, par leur décence dans l'Eglise, et leur régularité dans la Paroisse.

Ivrognerie — " Croix de Tempérance."

Lettre Pastorale, 25 Avril 1S54.

L'ivrognerie, que l'on croyait pour toujours exterminée, a reparu. Hélas ! elle n'était que cachée dans les sombres souterrains d'ignobles tavernes. Là elle reprenait ses forces perdues dans le grand combat que lui avait livré la Tempérance. Elle se regorgeait dans les ténèbres de plus de cinq cents auberges sans licence, du sang de la veuve et de l'orphelin. Elle avait pour la protéger tout ce que le pays a d'hommes le plus démoralisés et dont la cupidité engendre tous les maux qui nous débordent. Elle se jouait de l'autorité publique, qui aurait dû la comprimer, et s'assurait l'impunité, en semant des menaces d'incendie qui glaçaient d'effroi ceux qui étaient le plus intéressés à réprimer ses désordres. Aussi, voyait-on des pères désolés, qui n'osaient élever la voix, pour faire mettre à la raison de malheureux aubergistes, qui perdaient leurs enfants parle jeu et la débauche. Ah ! c'est qu' ils craignaient de passer par le feu, tant ils étaient persuadés que les ennemis de la Tempérance sont capables de tout. C'est de cette sorte que l'ivrognerie s'est conservée, et qu'elle a rallié sous sa lugubre bannière les déserteurs de la Tempérance. Fortifiée par la troupe de ceux qui, par lâcheté, faiblesse ou autrement, ont quitté nos bataillons, elle se dispose au combat.

Ces crimes nombreux, cause de tant de malheurs, n'ont pas manqué d'exciter le zèle des vrais amis de la Tempérance. Ainsi vit-on, en Décembre dernier, deux mille de nos plus notables citoyens de Montréal adresser à la Corporation de cette Ville une Requête énergique, pour signaler les désordres produits par l'ivrognerie. Tout dernièrement encore, l'Hon. Maire de notre Cité appelait l'attention des Conseillers Municipaux sur ces excès d'intempérance, par un discours remarquable, qui met à découvert le grand malheur qu'iFy a pour le pays de changer en boisson les grains, que lui donne la Divine Providence, pour le nourrir. Ainsi voit-on aujourd'hui notre Conseil-de- Ville adopter par son Comité de licences, des mesures fermes, pour s'opposer aux progrès alarmants de l'ivrognerie, en n'admettant que des hommes qualifiés pour tenir de bonnes hôtelleries, selon les vues de la loi. Le -Conseil Central de la Tempérance n'a pas 'été le dernier à l'œuvre pour arrêter l'ivrognerie, dans sa marche triomphale, et empêcher la société de succomber sous ses coups redoublés. Enfin, nos citoyens en masse, à la vue de ce monstre affreux qui menace de ruiner la plus belle espérance de la société, accourent avec un empressement indicible au pied de la croix, pour y chercher leur salut au milieu d'une si grande désolation.

Vous comprenez, N. T.-C. F., que nous, vos pères et vos pasteurs, nous ne saurions demeurer neutres dans une guerre qui menace les intérêts religieux aussi bien que les intérêts matériels. Que notre langue demeure collée à notre palais, si, en toute occasion, Nous n'élevons pas hardiment la voix, pour faire écho à toutes les classes de la société, dans un danger qui est commun à tous. D'ailleurs, nous avons pour nous diriger le bel exemple de notre Métropolitain, qui vient d'adresser à son peuple une Lettre, qui ne respire qu'onction et charité pastorale, pour l'avertir que l'ivrognerie a reparu, et qu'elle le menace encore des plus grands maux.

Voici donc, N. T.-C. F., ce que nous avons l'intention défaire, avec la grâce de Dieu, à l'appui des mesures déjà prises, pour maintenir et propager l'admirable société de Tempérance. Nous voulons tout simplement l'enrôler sous la glorieuse bannière de la Croix. Un furieux orage nous a dispersés ; nous allons nous reconnaître à la vue de ce signe de vie. Le combat que nous a livré l'ennemi a été mortel

pour un grand nombre d'entre nous ; nous allons nous rallier sous cet étendard de salut. Plusieurs de nos frères ont fait un triste naufrage, clans la furieuse tempête qui vient de nous assaillir ; la croix, comme une Arche assurée, va les recueillir et les sauver. Llarbre de la Tempérance commence à sécher et à dépérir ; nous allons le greffer à l'arbre de la croix, qui lui communiquera désormais sa sève et sa vie.

Dans cette vue, Nous invitons chaque famille de ce diocèse à prendre la " Croix de la Tempérance," à l'exemple de PArchidipcèse de Québec, dans lequel la plupart des Paroisses se sont déjà rangées sous ce glorieux étendard.

Remarquons en passant, N. T.-C. F., ce qu'est la croix de J.-C. pour la Société de Tempérance. Elle est son étendard, arboré dans chaque maison, pour animer tous ses courageux soldats à bien combattre contre l'ennemi commun. " Vexilla Régis prodeunt." Elle est le glaive qui immole, à la divine Majesté, des milliers de victimes en faisant faire le sacrifice si pénible des boissons enivrantes par des milliers d'Associés. " Quo vulneratus insuper mucrone diro lancese." Elle est le sceptre royal qui établit, avec le règne de la tempérance, la pratique de toutes les vertus chrétiennes. " Regnavit à ligno Deus." Elle est l'Arbre de vie, planté au milieu du Paradis, dont les fruits délicieux nourrissent ceux qui aiment la sobriété. " Arbor décora et fulgida." Elle est la balance qui pèsera les destinées de la Société : et son poids divin fera pencher le bassin qui contient les dépouilles déjà remportées sur l'enfer. " Statera facta corporis, praadamque tulit tartari." Elle est la grande, l'unique espérance de la société qui, avec cette arme invincible, détruira l'empire tyrannique de l'ivrognerie et établira le règne si doux de la tempérance. " O crux ave, spes unica, auge piis justitiam, reisque dona veniam." Elle va faire honorer, en tous lieux, la Très-Sainte- Trinité, en réparant son image défigurée dans l'homme que la boisson a mis au rang des bêtes, afin que tout esprit la loue dans les siècles des siècles. " Collaudet omnis spiritus, Quos per crucis mysterium, salvas rege per sascula."

Journalisme Catholique - Rédaction Laïque.

, Lettre Pastorale, 4 Juin 1854.

Le besoin d'un journal français pour propager les bons principes se fait de plus en plus sentir. Ce journal rédigé par des laïques instruits et chrétiens produirait plus de fruits, parce qu'il rencontrerait moins de préjugés que s'il était sous l'entière direction du Clergé. On aura donc à aviser aux meilleurs moyens de rendre ce nouveau service à la Religion.

Construction de la Cathédrale et de l'Evêché. — Choix d'un nouvel Emplacement.

Lettre Pastorale du 27 A oui 1854.

Nous voiïs annonçons N. T.-C. F. notre résolution de recevoir Nous-même vos contributions à l'œuvre de la nouvelle Cathédrale et du nouvel Évêché qu'il est maintenant question d'ériger dans cette Cité.

Cette résolution, Nous la prîmes, N. T.-C. F., l'an dernier, quand, pour nous détourner d'aller solliciter des secours à l'étranger, vous nous protestâtes, en des termes si dignes de vos bons cœurs, qu'il y avait ici des ressources suffisantes, pour relever toutes nos ruines.

Cette résolution, N. T.-C. F., nous allons l'exécuter, cette année, avec d'autant plus de confiance que vos démonstrations d'alors nous sont une preuve certaine de cette bonne volonté. Car, après des offres si solennelles et si spontanées, Nous n'avons nulle crainte de vous être à charge.

Aussi, aurons-nous plus de joie de tendre une main suppliante aux plus pauvres de cette Cité que Nous ven aurions eu de frapper à la porte des plus riches de l'Ancien Monde.

Mais, comme le déplacement de la future Cathédrale occasionne quelque dérangement local, Nous allons, N. T.-C. F., profiter de l'occasion pour vous en expliquer les motifs.

En face des ruines du 3 juillet 1852, nous baisions humblement la main qui nous avait frappé en ne faisant de la Cathédrale et de l'Évêché qu'un monceau de cendres et de décombres. Mais, comme toujours ici bas, Dieu ne punit qu'en Père, vNous avions cette douce confiance qu'il résulterait de ce grand désastre un plus grand bien, pour la Religion, dont les intérêts doivent être exclusivement les nôtres.

Réduit à la nécessité de refaire à neuf tout l'Etablissement Episcopal, Nous nous sommes cru au premier jour de la fondation de l'Evêché de Montréal. Nous nous sommes vu en conséquence chargé de la responsabilité d'en faire un Etablissement qui répondit aux besoins présents et futurs de ce Diocèse, et qui fût en même temps digne de l'importance que la Divine Providence a daigné donner à cette ville sous les rapports religieux et civils.

Il nous a semblé que la considération de quelques ruines qui restaient des anciens édifices ne devait pas nous empêcher d'atteindre ce but en plaçant la nouvelle Cathédrale dans le lieu le plus central pour que l'Evêque y fût aussi accessible que possible à l'a population des campagnes et se trouvât ainsi à portée de pourvoir plus facilement à tous les besoins religieux. Car, notre Seigneur ayant voulu que l'Episcopat fût le principal ressort de tous les mouvements religieux, il faut le mettre à même d'exercer journellement son action souverainement efficace parce qu'elle est celle de Dieu même, quelqu'inhabile que puisse être celui qui en remplit les fonctions sacrées.

Nous n'avons donc choisi le site actuel que parce que nous avons cru qu'il réunissait plus d'avantages religieux. En effet, ce quartier devient le centre de toutes les communications de la Province ; l'Evêque y sera donc plus accessible au Clergé et aux fidèles du Diocèse. Tous les mouvements matériels se dirigent de ce côté-là, l'action de l'Evêque y sera donc plus nécessaire pour la conservation du dépôt des sames doctrines et le maintien des pratiques religieuses. Toutes les grandeurs du monde vont s'y développer ; la Religion y doit donc déployer, avec les splendeurs de son culte, toutes ses forces morales, afin de paralyser, autant que possible, cet esprit de matérialisme qui, en courbant insensiblement l'homme sur la terre, lui fait oublier le Ciel.

Nous devons ajouter que le quartier que nous quittons a toutes nos sympathies, pour avoir été le berceau de l'Episcopat dans cette ville, et lui avoir été, de tout temps, très dévoué. Certains intérêts temporels, sembleraient d'ailleurs devoir se mettre de la partie pour Nous y retenir ; car, comme vous le savez, ce que l'Evêché possède de propriétés, par la bienfaisance de quelques citoyens généreux, c'est dans ce quartier qu'elles sont situées. Mais ces considérations ne sauraient tenir contre le devoir imposé à tout Evêque de ne travailler que pour le plus grand bien.

A toutes ces raisons s'en est jointe une autre qui, sans être préremptoire, a été pourtant d'un grand poids pour nous, dans le choix de ce local, c'est le voisinage du Cimetière actuel. Ce lieu saint, près duquel nous allons nous fixer, a pour nous un attrait singulier.

Il nous semble, que, devant avoir jour et nuit, sous les yeux, d'un côté la ville des morts et d'un autre la cité des vivants, nous serons par là constamment excité à nous mieux occuper de nos importants devoirs.

La vue continuelle de tant de tombes si chères au cœur de la ville entière, fera passer et nourrira sans cesse au fond de notre âme des sympathies d'autant plus vives qu'elles seront universelles, pour embrasser toutes les familles.

La Cathédrale, érigée si près d'un lieu qui renferme les restes de tant de citoyens connus, deviendra nécessairement un sanctuaire de sacrifices, pour le repos de leurs âmes, tout en couvrant de son ombre le lieu sacré où gisent leurs dépouilles mortelles pour qu'il soit à jamais respecté.

Les cloches de cette Eglise-Mère devront être les échos lugubres des voix gémissantes de ces milliers d'enfants qu'une prison expiatoire retient captifs. Ah ! Oui, elles ne cesseront de répéter à la terre les cris douloureux du Purgatoire : " Ayez pitié de nous, vous du moins qui êtes nos amis ; ayez-pitié de nous, car la main du Seigneur nous a frappées."

Dans ce lieu orné avec soin, les deux Cités mentionnées plus haut auront tous les jours occasion de resserrer des liens doux et tendres que rien ne devrait pouvoir briser. On y viendra donc s'inspirer du passé, pour mieux régler son avenir, sous les Cyprès funèbres qui ombrageront des Restes trop précieux pour qu'on les oublie jamais. On y verra les enfants bien nés s'agenouiller sur les tombeaux de leurs pères et mères, pour les arroser de leurs larmes de tendresse et de reconnaissance. On ira y lire les épitaphes que la Religion protégera de sa main conservatrice, contre l'injure des saisons et la caducité des choses humaines.

Troisième Voyage a Rcme, pour assister a la définition du dogme de l'Immaculée

Conception.

Mandement, 19 Qct. 1S54.

N. S- P. le Pape veut se rendre au plustôt aux ardents désirs du monde entier en statua7it sur cette douce vérité, qui doit jeter un si grand éclat sur toutes les églises de la Catholicité : le dogme de l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie.

A cette occasion, il se prépare, N. T.-C. F., une grande solennité dans la Ville Sainte. La Trompette Apostolique retentit aujourd'hui, d'un bout du monde à l'autre, pour y inviter les Evêques de toutes les parties de la Catholicité. Ce sera vers la fin de novembre prochain, que devront se trouver à Rome les Evêques, qui pourront se rendre à cette invitation. Chaque Province Ecclésiastique sera représentée, dans cette majestueuse Assemblée, par son Métropolitain, ou par un de ses SmTragants. Par cette sage disposition, toutes les églises du monde se trouveront réunies autour de la Chaire du B. Pierre. Elles entendront la voix de son successeur, infaillible comme lui, quand il leur parle ex Catliedra et toute cette grande question sera terminée.

Pour ce qui nous regarde particulièrement, N. T.-C. F., il eût été beaucoup plus honorable pour l'église du Canada, et auss beaucoup plus satisfaisant pour le St. Père si notre Vénérable Métropolitain eût pu aller représenter lui-même sa Province dans cette grande Assemblée. Mais son âge avancé et ses affaires multipliées l'en empêchant, il a daigné jeter les yeux sur Nous, et nous inviter à remplir cette sublime mission.

Nous ne pouvions. N. T.-C. F., nous attendre à un pareil honneur. Aussi l'eussions-nous décliné si le plus petit désir du Chef de l'Église, signifié par une voie si canonique, n'eût été pour nous un ordre. Nous nous y sommes donc promptement et joyeusement résigné. D'ailleurs, le plus grand bien du Diocèse Nous en faisait un devoir aussi doux qu'impérieux. Car il nous a paru qu'en contribuant, par son Évêque, à la pompe de cette grande solennité, il lui en reviendra de très-grandes bénédictions. En effet qui peut douter que l'Auguste Mère de Dieu n'ait pour très-agréables les honneurs nouveaux qu'on va lui rendre, et qu'elle va les reconnaître par de nouvelles et insignes faveurs? Une nouvelle ère, ce nous semble, apparait à notre siècle, qui va briller de tout l'éclat de la Pureté Virginale de Marie, d'une manière d'autant plus merveilleuse que ce siècle est plus corrompu.

Nous allons donc, N. T.-C. F., tout prochainement cheminer, pour la troisième fois, vers la Ville Eternelle. Oh ! cette fois, ce ne sera pas avec les pénibles préoccupations, qui fatiguaient notre esprit, à nos deux premiers voyages, puisque ce sera pour assister à une fête, qui ne s'est point encore célébrée, dans l'Église de Dieu ; et qui ne s'y célébrera plus d'ici à la fin des" siècles. Car, évidemment, il en sera de la définition du Dogme de l'Immaculée Conception de Marie, comme de celui de sa Divine Maternité.

Quant à vous, N. T.-C. F., vous serez aussi à cette joyeuse solennité, par vos pieux désirs. Oh ! oui : tout le Diocèse de Marie y sera avec Nous, son très-indigne Pasteur. Nous le tiendrons par la main. Nous le porterons sur notre sein, cet enfant unique et si cher à notre cœur. Nous ferons en esprit de foi, ce que Nous vous voyons faire à vous-mêmes, à chacune de nos solennités, lorsque vous venez dans nos temples, avec vos petits enfants, que vous conduisez par la main ou portez dans vos bras ; spectacle attendrissant et toujours nouveau pour Nous ! Car Nous reconnaissons là la piété des bons parents, qui apportent, aux pieds des saints Autels, leurs plus petits enfants, pour qu'ils commencent, de bonne heure, à s'y pénétrer des sentiments de foi et de dévotion, qui peuvent seuls les rendre heureux dans ce monde et dans l'autre.

Vous nous rejoindrez donc, en esprit, le Jour de V Immaculée Gcnception de la Glorieuse Vierge Marie ; et nous serons ensemble, à Rome, le huit Décembre prochain. Ce sera, N. T.-C. F., pour nous y réjouir, d'une joie commune, et nous communiquer réciproquement les dons excellents qu'il plaira à la divine bonté de Nous départir, par les puissantes prières de notre bonne et tendre Mère. Vous comprenez, sans doute, qu'étant si spécialement privilégiés, vous avez à remplir un devoir tout particulier de reconnaissance et d'amour.

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Définition du Privilège de l'Immaculée Conception.

Mandement, 24 Fèv. i%55,—(Rome.)

" Le péché originel est celui que nous apportons en venant au monde, et dont la désobéissance d'Adam, notre premier père, nous a " rendus coupables." C'est de ce péché originel que la Glorieuse Mère de Dieu a été préservée ; et c'est ce qu'on appelle le Privilège de son Immaculée Conception. Nous y avons cru jusqu'ici, avec une piété toute filiale, comme à une doctrine en quelque sorte infiltrée jusqu'au

fond du cœur du Catholicisme. Hanc doctrinam ftdelium animis penitus insitam. Maintenant, nous y croyons, avec une foi

humble et soumise, parce que la Ste. Eglise croit etenseigne que c'est Dieu qui lui a dit cette vérité. Tanguant doctrinam possidens divinités acceptant et cœlestis revelatio?tis deposito contprehensam.

Dieu avait, de toute éternité, décrété que la Mère de son Divin Fils serait conçue sans pèche. Il avait révélé au monde cette vérité, dès l'origine des temps. l'Eglise l'avait toujours crue avec une piété toute filiale. Elle avait imposé silence à ceux qui s'étaient permis- de la provoquer en doute. Elle avait institué une fête solennelle, pour l'enraciner de plus en plus dans le cœur de ses enfants.* Les Souverains Pontifes l'avaient gardée comme un dépôt divin. De savantes Universités s'étaient engagées par serment à la défendre. Des royaumes entiers avaient supplié le St. Siège d'en faire une définition de foi. Les Evêquesde toutes les parties du monde avaient exprimé un désir ardent qu'elle fût déclarée " Doctrine de l'Eglise Catholique." Ces mêmes Evêques avaient informé le Vicaire de J--C. que leurs peuples la croyaient sans hésiter, et que la dévotion la plus chère à leur cœur était celle à " l'Immaculée Conception " de Marie.

L'Immortel Pie IX avait été donné à l'Eglise, par la divine Providence, dans ces temps mauvais, pour lui procurer une grande consolation, en définissant cette doctrine, comme article de foi. Ce prudent Pontife avait chargé de savants Théologiens de feuilleter les livres de la Vénérable Antiquité, pour mettre au grand jour les Traditions divines sur cette doctrine. Il avait consulté, sur cette grave question, les Eminents Cardinaux, qui l'assistent de leurs sages conseils, pour le bon gouvernement de l'Eglise. Il 'avait mis l'Eglise tout entière en prière ; et deux Jubilés s'étaient faits pour lui obtenir les lumières de l'Esprit Saint. Il avait lui-même prié et jeûné, pour demander, avec des gémissements ineffables, ce divin Paraclet, qui enseigne toute vérité.

Notre St. Père nous démontre aujourd'hui cette vérité à l'évidence, dans tout le cours de sa Bulle, qui est un merveilleux composé de passages des divines Ecritures, des Saints Pères et des savants docteurs de l'Église, qui montrent qu'en effet Dieu s'est plu à révéler au monde, dès l'origine des temps, que l'Auguste Vierge Marie, qu'il lui a donnée pour Réparatrice, n'a nullement été infectée du souffle venimeux du serpent ; et que telle a toujours été la croyance Catholique. Cette Bulle est, sous ce rapport, comme un tissu d'or, dont le travail, agréablement varié, charme et ravit ceux qui considèrent, des yeux de la foi, cet admirable Monument, érigé à la gloire de l'Immaculée Conception de la B. Vierge Marie, Mère de Dieu.

Immaculée Conception — Médaille frappée a Rome a ce sujet.

Mandement, 24 Fév. 1855. — {Rome.)

Pour rendre en quelque sorte palpable ce dogme et le faire, pour ainsi dire, sauter aux yeux des ignorants, comme des savants, N. S. P. le Pape a fait frapper, dans cette solennelle occasion, une Médaille qui sera un Monument éternei de la foi et de la piété catholique envers V Immaculée Conception de la B. Vierge Marie. Cette Auguste Mère de Dieu y est représentée environnée d'une grande splendeur, et écrasant la tête du serpent. Cette effigie sacrée est l'emblème mystérieux de la foi, qui se révèle dans cette expressive Dédicace du Chef

Suprême de.l'Eglise : Mariœ sine labe conceptœ ; Pins IX, Ppntifex Maximus. " A Marie conçue saris péché ; Pie IX, Souverain Pontife." La Légende qui se lit à l'exergue est comme le moto de la Piété. Car elle annonce au inonde entier que Marie ainsi déclarée Immaculée est VHoimeur du Peuple Catholique ; et doit être pour cela l'objet tout particulier de sa vénération. Houorificentia Populi Nostri. Cette Médaille fut frappée le jour même que se définissait le Dogme de l'Immaculée Conception ; et avec le premier Or tiré des mines de l'Australie, lequel ayait, par une pensée tout-à-fait heureuse, été offert, en Prémices, au St. Père. " Ex Auri Australiae Primitiis sibi oblatis cudi jussit. VIII- Decembris A. mdcccliiii.." La justice originelle de la Reine de l'Univers brille donc de tout l'éclat de l'or purifié d'un pays qui, dès son origine, a été un lieu d'exil et une terre de pénitence. 11 est bien, 'sous ce rapport, le type du monde entier qui, depuis le péché de nos premiers parents, n'est pour nous tous qu'une vallée de larmes et une terre de misère. Cette singulière coïncidence ne nous fait-elle pas espérer, N. T.-C. F., que la Vierge Immaculée va, en retour de cette glorieuse offrande, que lui a faite l'Eglise, par la main de son Pontife chéri, purifier le inonde de ses vices et de ses erreurs ? Oh ! oui : la date du Décret Dogmatique de l'Immaculée Conception de la glorieuse Mère de Dieu sera l'époque d'une régénération universelle. Car, dans une occasion si solennelle, se laisserait-elle vaincre en générosité, elle qui toujours accorde de très grandes faveurs pour les plus petites choses que l'on fait à son honneur ? Solet maxima pro minimis reddere (St. André de Crète.)

Un fait, bien digne d'attention, doit nous ^affermir dans cette pieuse confiance; et nous aimons pour cela, N. T.-C. F., à vous le rapporter ici. Le lendemain de la grande Solennité, dans laquelle avait été défini le dogme de l'Immaculée Conception, cinquante-trois Cardinaux, quarante -deux Archevêques, et cent-un Évêques recevaient avec un religieux respect cette Médaille, qui leur était offerte, avec une Image représentant !e même mystère, de la part de N. S. P. le Pape. Ces cent quatre-vingt seize Pasteurs s'étaient réunis, de toutes les parties du monde, dans la ville Sainte, pour entendre le Chef Suprême de l'Eglise proclamer Marie conçue sans péché.

Ces Images et Médailles de l'Immaculée Conception se trouvant imprégnées de tant de bénédictions, nous voulons, N. T.-C. F., conserver, avec la plus grande vénération, celles que nous avons eu le bonheur de recevoir de N. S. P. le Pape, dans cette solennelle occasion. Pour cela, elles seront honorablement placées dans la future Cathédrale, aussitôt qu'elle aura été relevée de ses ruines ; et une lampe brûlera nuit et jour devant elles, en mémoire d'un événement si glorieux à la B. Mère de Dieu, et si heureux pour la Sainte Eglise. Ad Perpetuam Rei Memoriam.

Réunion des Evêques a Rome.

Mandement, 24 Fèv. 1855.— {Rome.)

A la vue de tant d'Evêques, que la Voix Pastorale de N. S. P. le Pape Pie IX avait réunis dans la Ville Sainte, le Souverain Pontife sent son^cceur Paternel se dilater de joie et surabonder d'amour. Oh ! comme ses entrailles étaient compatissantes ! Comme son hospitalité était généreuse ! Aussi, tous ces Evêques, n'approchent-ils de sa Personne Sacrée qu'avec un redoublement sensible d'affection vraiment filiale et de profonde vénération pour ce premier des Pasteurs, chez qui se peint la bonté de Notre Seigneur Jésus-Christ. Venus de toutes

les parties du monde, ces Evêques se rencontrent dans le sein du Père commun. Là, ils se connaissent, sans s'être jamais vus ; et en se connaissant, ils ne font déjà tous qu'un cœur et qu'une âme. Ils ont la même foi, disent les mêmes prières, chantent les mêmes cantiques, parce qu'ils croient, prient, chantent comme le Pèi'e de la Grande Famille. Les différences d'habitudes et d'usages de pays qui se remarquent chez eux, n'en prouvent que mieux leur unité de foi et de charité. C'est dans ce grand centre de l'Unité "catholique, et à la voix encourageante de leur Chef, qu'ils s'excitent, qu'ils se réchauffent, qu'ils se concertent, pour travailler avec encore plus de zèle et d'amour, à la sanctification de leur troupeau. Oh ! c'est bien surtout dans de semblables occasions, que l'on sent vivement le bonheur, le prix et les avantages de l'union fraternelle ! " Ecce quart! bonum, et quam jucundum habit are fratres in unum ! "

Fruits du Dogme de L'Immaculée Conception.

Mandement, 24 Fèv. 1855 — {Rome.)

Le Dogme de " l'Immaculée Conception " doit, N. T. C. F., purifier l'esprit et le cœur de notre siècle, qui a l'inestimable bonheur de le voir paraître dans le firmament de l'Eglise, comme un brillant Arc-en-ciel. Quasi amis refulgens inter nebulos gloriœ. Ce doit être là son fruit principal.

Il va d'abord purifier l'esprit de notre siècle. Il est, nous dit N. S. P. le Pape, dans son Allocution aux Evêques réunis à Rome, (9 Décembre, 1854) gâté par le philosophisme du jour, qui n'est plus qu un reste de l'impiété du siècle dernier; parla fatisse politique, qui prétend asservir l'Eglise ; par le rationalisme, qui veut égaler la raison humaine à la Révélation Divine ; et pKC Vindifféreutisme, pour qui toute religion est bonne.

Mais, en même temps, il nous montre la Glorieuse Mère de Dieu, comme la Forteresse de la Religion, du haut de laquelle on aperçoit ces monstres affreux, qui se glissent dans le monde catholique ; et il nous assure que ce sera par le secours de sa puissante prière, que l'on pourra les détruire : secours qu'elle ne saurait, ajoute-t-il dans son intime confiance, refuser à l'Eglise qui l'a proclamée Immaculée, dans sa Conception, par la Suprême Autorité de son Pontife, et avec l'applaudissement de l'Episcopat.

Nous allons donc, N. T.-C. F., nous réfugier tous dans cette Forteresse élevée et inattaquable, afin de nous mettre à l'abri des incursions de ces horribles seipents, qui se glissent aussi parmi nous. Fortifiés par cette Vierge Immaculée, qui est le Secours des Chrétiens, nous pratiquerons la piété pour détruire le philosophisme, qui en veut encore à notre Sainte Religion ; V obéissance, pour déraciner ce germe de fausse politique, qui ne pousse et ne se fortifie que pour renverser ou captiver l'Eglise, s'il était possible; Vhumilité pour confondre cette raison htimaine, qui est assez extravagante que de vouloir s'élever jusqu'à la hauteur de la Raison Divine ; et enfin la ferveur, pour dissiper cette malheureuse indifférence, en matière de religion, qui perd tant d'âmes.

Ce même Dogme doit aussi, N. T.-C. F., purifier le cœur de- notre siècle. Hélas ! il est bien gâté par le sensualisme, c'est-à-dire, l'amour des plaisirs charnels et sensuels, qui est la cause de tous ces crimes, qui aujourd'hui démoralisent les Sociétés humaines.

Le Dogme de V Immaculée Conception est donc destine-, N. T.-C. F., dans les voies miséricordieuses de Dieu, à réformer s mœurs, et à faire régner, en tous lieux, la sainte vertu de "fureté. On ne doit pas du tout s'en étonner. Car c'est un fait certain que les lieux \ il y a le plus de moralité, sont ceux où !a Vierge Immaculée est le mieux honorée ; et que partout les âmes les plus chastes sont celles qui set les plus dévotes à son Itumaculée Conceptio)i. Et voilà précisément pourquoi, dans ce siècle de sensualisme, la foi vient au secours de laiété, pour faire briller, de tout son éclat, la pureté sans tache de la glorieuse Mère de Dieu.

Les fruits que va produire partout le Dogme de V Immaculée Con'cefitio7i seront donc, N. T.-C F., très-abondants et précux. Oh ! oui, la Virginité sera plus que jamais en honneur ; et des milliers de Vierges se mettront à la suite du Divin Epoux. La chasteté sera vtorieuse dans le monde comme dans le cloître ; elle fera le plus bel ornement des familles chrétiennes. L'enfance sucera la pureté avec le lainaternel, et se conservera dans l'innocence baptismale. Le jeune âge se formera à la crainte de Dieu, et résistera aux attraits séduisants de Ironcupiscence. Le mariage sera béni, et ses saints engagements seront inviolablement respectés. La vieillesse conservera toute la fraîchir du teint chaste de sa jeunesse jusque sur le bord de la tombe et laissera après elle de belles années, pour l'édification de la postérité la plus nulée. Quel bonheur ! Quelle paix ! Quels biens pour toutes les Sociétés, où régnera ainsi l'angélique vertu de pureté, sous la protection de la ierge Immaculée ! — Multœ filiœ congregaverwit divitias, tu supergressa es uuiversas.

Immaculée Conception — -Vie Religieuse.

Circulaire aux Comm7tnatités Religieuses, 12 Mars 1855. — {Rome.)

Mes Chères Filles, vous recevrez, avec la présente, pour chacune de vos maisons, un exemplaire des " Lettres Apostoliques " de N. S. P. le Pape Pie IX qui renferment " la définition dogmatique de l'Immaculée Conception de la Vierge, Mère de Dieu."

Ces lettres Vénérables nous viennent du Vicaire de J. C. Votre foi vive vous les fera donc recevoir, avec un aussi profond respect que si elles vous étaient envoyées par Notre Seigneur lui-même.

Elled vous apportent l'heureuse nouvelle que la Ste. Eglise vient de ceindre l'Auguste front de la 'Reine des Vierges de la plus brillante de toutes les couronnes, en la proclamant, par tout la terre, " Immaculée " dans sa Conception. Votre tendre piété vous engagera donc à les lire avec une sainte curiosité tout comme si elles vous venaient du Ciel.

Elles ajoutent à votre saint Etat de Virginité un nouveau titre d'excellence et de grandeur. Car l'éclat qui jaillit de l'Immaculée Vierge se reflète nécessairement sur vous toutes, qui êtes ses Filles bien-aimées. Votre religieuse reconnaissance vous dira donc avec quelle soin et quelle vénération vous devez les conserver dans vos maisons, et surtout dans vos cœurs.

En les recevant, ces lettres Sacrées, vous les baiserez respectueusement, comme'vous baiseriez les pieds du Père commun, qui les a écrites, s'il visitait vos Communautés, comme il visite quelquefois celles de Rome. Car elle sont sorties de son cœur dévoré de zèle pour la gloire de Dieu et pour l'honneur de son Auguste Mère.

Vous les placerez, comme une précieuse Relique, dans quelque lieu honorable et apparent; et elles y seront à jamais conservées comme un monument visible de votre foi à l'Immaculée Conception de l'Auguste Mère de Dieu et de votre respect pour le religieux Pontife qui a défini ce Dogme Sacré.

L'on sent, en effet, que la Sainte Virginité doit avoir une vue plus forte, pour soutenir l'éclat de ce Dogme radieux ; une ouie plus éclairée, pour entendre sa douce mélodie ; un odorat plus délicat, pour en respirer l'odeur suave ; un palais plus exquis, pour en savourer le goût délicieux ; un tact plus exercé, pour le saisir, en quelque sorte, de la main ; enfin, tous ses sens plus épurés, pour en être tout imprégnée et comme embaumée.

C'est donc dans le cœur du Sexe consacré à Dieu, comme dans une Arche d'Alliance, que doit se déposer, avant tout, la Table Sacrée sur laquelle est écrit, du doigt du Vicaire de Jésus-Christ et sous l'inspiration de l'Esprit- Saint, le Dogme de l'Immaculée Conception de la Vierge des Vierges.

Je comprends que c'est à moi à vous faire la première instruction sur cet intéressant sujet. C'est un devoir d'obéissance à la Sainte Eglise qui me commande d'avoir grand soin de ses Vierges. C'est un devoir de bon exemple à vos Supérieurs et Directeurs;qui ont eu la charité d'accepter la sublime mais pénible tâche de vous mener au sommet de la perfection religieuse. Enfin, c'est un devoir de reconnaissance que j'ai à remplir envers vous toutes, pour les importants services que vous rendez au Diocèse, et les ferventes prières que vous ne cessez, j'en suis sûr, de faire pour moi. Je vais m'en acquitter de mon mieux ; mais du ton le plus simple et le plus famillier, car je sens que je m'épanche en famille ; et c'est pour mon cœur un vrai soulagement que de le faire ainsi.

C'est surtout par une fête intérieure que ce Dogme sacré doit être honoré. Et, en effet, vos âmes virginales sont les premiers sanctuaires de Marie. Vos cœurs purs sont ses autels privilégiés. Vos vertus religieuses sont ses plus riches parures» Votre esprit d'oraison est l'encens le plus odoriférant qui puisse brûler en son honneur. Vos intimes liaisons de charité sont les mélodieux concerts qui la glorifient davantage. Oh! qu'elles sont brillantes et agréables, ces fêtes du cœur, aux yeux de cette Fille de S ton dont i otite In beauté est intérieure !

Mais vos cœurs ne sauraient être de dignes temples érigés à la foi du Dogme de l'Immaculée Conception, s'ils n'étaient auparavant sanctifiés par le martyre da la Vie Religieuse. Cette vérité est eu quelque sorte visible à Ro n>, où s'é^è/ant des centaines de belles Eglises, pour abriter les lieux arrosés du sang de tant de n illibns de Martyrs.

Ce martyre de la Vie Religieuse est chez vous le combat de tous les jours ; et, par conséquent, c'est chose parfaitement connue et pratiquée dans vos saintes maisons. Car, en y entrant, on prend la Croix, pour ne la quitter qu'à la mort. Toute la vie, il vous faut marcher àla suite~de J.-C. qui est vraiment pour toutes ses Vierges un Epoux de Sang. La route par laquelle il les fait passer est, d'un bout à l'autre, semée de ronces et d'épines ; et elle aboutit au Calvaire.

Dans cette voie douloureuse, que de cruels bourreaux se rencontrent à chaque pas, pour torturer, en toutes manières, et les unes après les autres, les âmes religieuses, appelées à ce genre de martyre ! C'est la pauvre nature, qui regimbe continuellement contre la contrainte, qui lui est imposée. C'est la sensibilité naturelle qui se désole et se décourage de tant de contrariétés. C'est la volonté propre qui se révolte contre une règle qui gêne, contre des Supérieurs qui déplaisent, contre des Directeurs qui n'ont pas la confiance, contre des Sœurs dont le caractère répugne. C'est le Démon qui rôde jour et nuit comme un lion rugissant, pour épouvanter. C'est le monde qui revient à la charge, pour ébranler une vocation bien mûrie et bien examinée. C'est l'esprit du siècle qui se révolte par de séduisants attraits, pour dégoûter de l'état le plus saint et le plus heureux. C'est Pamour-propre qui porte à tout moment à offrir un encens sacrilège au Démon de la vanité.

Dieu semble se mettre de la partie, en se cachant au fond des âmes ainsi éprouvées, pour les laisser en proie à toutes sortes de peines d'esprit et aux souffrances intérieures et extérieures les plus cruelles. Ce sont d'épaisses ténèbres qui leur cachent la route du ciel, tellement qu'elles ne savent plus où elles en sont, et qu'elles se croient perdues. Et alors ce ne sont plus que dégoûts horribles dans les exercices spirituels,

sécheresses désolantes dans l'oraison, fantômes affreux dans l'imagination, révoltes humiliantes dans la chair, ennui insupportable dans les peines de la vie. Ce n'est là toutefois que le tableau abrégé de vos souffrances, de vos épreuves et de vos combats. Votre expérience de tous les jours vous en fait counaître bien davantage.

La Vie Religieïise est donc un vrai martyre ; et c'est ainsi que la qualifie St. Bernard. On peut même la comparer au tonneau d'huile bouillante, dans lequel fut plongé le Disciple bien-aimé, et d'où il sortit, dit Saint Jérôme, plus fort et plus sain qu'il n'y était entré. L'Eglise fait la fête de ce glorieux martyre ; et Rome conserve précieusement le souvenir du lieu où il fut enduré. Ce fut après ce généreux combat pour la foi, qu'il reçut dans l'île de Patmos les admirables lumières qu'il a laissées à l'Eglise dans le livre de son Apocalypse, Et n'est-ce pas aussi après toutes leurs terribles épreuves, que les âmes religieuses se trouvent singulièrement. éclairées dans les voies de Dieu? Et pourquoi? C'est qu'elles s'y sont purifiées, en mourant à elles-mêmes, pour ne plus vivre que de Dieu.

Or, ce martyre spirituel va exciter plus que jamais l'ardeur de vos désirs. Car vous comprenez aujourd'hui plus que jamais qu'en mourant ainsi à vous-mêmes, vous glorifiez l'Auguste Mère de Dieu, dont vous exaltez l'Immaculée Conception. Et oui, vous sentez toutes, et très-vivement, que plus vous serez pures de cœur et de corps, plus il lui en reviendra de gloire.

Vous sentez également qu'il en reviendra un très-grand honneur à l'Eglise, qui vous a consacrées à Dieu. Car, si le monde voit que le triomphe que vient de remporter l'Immaculée Vierge a été pour vous la source d'une perfection beaucoup plus grande, il sera forcé de convenir que la Ste. Eglise n'honore pas en vain sa glorieuse et puissante Patronne.

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