‹ Fioretti vescovili ouChapitre 9 sur 19 · CXVI · texte numérisé non relu

CXVI

Suite de l'Évêque dans ses Visites Pastorales.

Circtdaire, 18 Mai 1857.

Veuillez bien avertir vos Paroissiens que je ne veux avoir de Suite, ni en arrivant, ni en partant. Car, outre que ces concours peuvent porter à quelque dissipation, il arrive presque toujours de ces tristes accidents qui font regretter de s'être prêté à de pareilles démonstrations. Je crois donc que nous y gagnerons sous tous les rapports à ne faire que ce que veut la Ste. Eglise pour honorer ses premiers Pasteurs.

De la Visite Pastorale et de la Confirmation.

Mandement, 18 Mai 1857.

Vous n'ignorez pas, N. T.-C. F., que, lorsque Nous passerons dans votre paroisse, c'est pour exercer le même ministère qu'exerçait Notre Seigneur, au temps de sa vie mortelle. Or, comme c'est de sa part, et avec toute son autorité, que Nous allons àvous, il n'y a rien de surprenant si les divines fonctions que Nous allons remplir en votre faveur, doivent être accompagnées de tant de fruits de salut.

Oui, N.-T.-C.-F., c'est J.-C lui-même que vous allez recevoir, et pour que ce sentiment de foi soit chez vous plus vif, Nous vous conjurons de ne pas vous arrêter à l'indignité de notre personne. Car, en vous élevant ainsi au-dessus des sens, vous aurez à admirer d'autant plus les prodiges de grâces qui vont s'opérer, que l'instrument, dont daigne se servir le Souverain Pasteur, est plus insuffisant.

Arrêtez-vous donc, KF. T.-C. F., à ne considérer que N. S. dans tous les exercices de la Visite Pastorale. Car il va certainement faire pour vous ce qu'il faisait autrefois pour les justes et les pécheurs, qui eurent le grand bonheur de le voir des yeux du corps. Ainsi, dans la pompeuse entrée de l'Evêque dans votre Paroisse, ne voyez que J.-C. entrant en triomphe dans la ville de Jérusalem. Lorsqu'en présence de vous tous, l'Evêque visitera l'Eglise, le Tabernacle, les Fonds Baptismaux, ne considérez que J.-C. faisant la visite de son Temple, pour forcer les hommes à lui rendre l'honneur religieux, qui lui était dû. Lorsque vous suivrez l'Evêque dans votre Cimetière, qui est pour vous une Paroisse de Mort, contemplez J.-C. au tombeau de Lazare, qu'il rappelle à la vie, pour vous instruire longtemps d'avance de ce qu'il voulait faire des âmes de vos chers défunts, qu'il va faire sortir de leurs cachots brûlants, pour les admettre dans le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix.

Enfin, croyez-le N. T.-C. F., c'est J.-C. lui-même qui va vous visiter, vous prêcher, vous corriger, vous bénir, vous consoler et vous sanctifier. Car, c'est surtout pendant une Visite Pastorale que s'accomplissent les Oracles sacrés : " Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie.. — Celui qui vous reçoit, me reçoit, celui qui vous écoute, m'écoute ; celui qui vous méprise, me méprise. — Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde." C'est aussi pendant ces jours de salut que J.-C. se montre dans les villes et les campagnes, plein de grâces et de vérité ; et qu'il sort, de toute la personne de Celui qui le représente, une vertu salutaire qui guérit toute espèce d'infirmités.

- Mais c'est principalement dans l'administration du Sacrement de Confirmation, dont l'Evêque est le Ministre Ordinaire que les grâces de la Visite sont plus précieuses, et que J.-C. vous fera mieux sentir les effets bienfaisants de sa divine présence. C'est ce que vous comprendrez intimement, N. T.-C. F., si vous vous pénétrez bien des considérations suivantes :

Le Saint-Esprit, qui ne fait qu'un seul et même Dieu avec le Père et Fils, descendra réellement en personne, dans votre Eglise, lorsque Nous administrerons la Confirmation. Vous avez donc à attendre une grande visite, celle de l'Esprit Sanctificateur et de l'Auteur de tous dons parfaits.

Ce Divin Esprit établira sa demeure dans le cœur de vos enfants, quand il y descendra, au moment de leur confirmation : et ce sera pour devenir leur Maître et leur apprendre toute choses. Or, il leur apprendra à servir Dieu fidèlement et à vous honorer, pères et mères, d'un esprit tout religieux.

Ces chers enfants, en demeurant ainsi à l'école du Saint-Esprit, devront faire votre bonheur, en faisant la gloire de leur famille ; car, tant qu'ils seront à cette divine école, vous les verrez fréquenter les Sacrements avec piété, fuir les mauvaises compagnies avec horreur, pratiquer toutes les vertus chrétiennes avec fidélité. Conduits par cet Esprit d'Amour, ils aimeront la Religion, avec toutes ses pratiques, et s'attacheront à leur Patrie, qui leur prodigue tous les moyens de la bien observer.

Saints Titulaires ou Patrons des Paroisses.

Mandement, 24 Mai 1857.

Chaque paroisse a dans le Saint dont elle porte le nom, un bon père, un fidèle ami, un puissant protecteur. Aussi peut-elle en tout temps compter sur son secours, dans ses nécessités si elle recourt à lui avec une confiance sans bornes. Il en résulte pour elle un avantage incalculable, celui de devenir une paroisse de foi et de piété. Car sous sa protection, les sacrements y sont fréquentés, les offices célébrés, les vertus chrétiennes pratiquées ; les fraudes et les injustices, les bals et les parties de plaisirs, les vices et les scandales en sont bannis. Vous y trouvez à la place les veitus patriarcales qui font les bons père3, les bonnes mères, les bons enfants ; et par conséquent tout ce qui fait le bonheur de cette vie, savoir : le bonheur de la famille, celui qui peut nous mieux donner quelque idée du bonheur du ciel.

Prières pour la Reine.

Mandement, 21 Nov. 1857.

La sainte Eglise qui a appris de N. S. J. C. a rendre a César ce gui est à César, s'est toujours, N. T. C. F , attachée aux Gouvernements sous lesquels la plaçait la Divine Providence ; et sans cesse guidée par l'Esprit-Saint, Elle n'a jamais cessé de prêcher à ses enfants l'obligation d'être de bons et loyaux sujets. ,

Dès les premiers temps, Elle s'est mise à prier pour ceux qui gouvernent les Etats, se montrant en cela, comme dans tout le reste, fidèle aux enseignements des Apôtres qui ordonnaient des prières spéciales, pour les Empereurs et la prospérité de l'Empire. Nos livres liturgiques, qui sont de la plus haute antiquité sont là pour prouver qu'Elle a continué de prier ainsi pour les Souverains et pour les peuples qu'ils étaient chargés de gouverner.

Nous ne vous disons ici, N. T. C. F., rien de nouveau et qui ne soit à votre parfaite connaissance. Car il n'est guère de Dimanches et de Fêtes où, joignant vos voix à celles de vos Pasteurs, vous ne fassiez entendre au ciel cette touchante prière : " Nous vous supplions, ô "Dieu tout-Puissant, de faire croître en toutes sortes de vertus Notre Gracieuse Souveraine, la Reine Victoria, qui tient par votre miséricorde " les rênes du Gouvernement ; afin qu'ornée de toutes les qualités qui sont nécessaires à ceux qui gouvernent les peuples, elle puisse combattre " et vaincre tous les vices, qui sont les monstres les plus à craindre, être victorieuse de tous les ennemis de l'Etat, et arriver ensuite, comblée " de mérites, à Vous qui êtes la voie, la vérité et la vie. Par J. C. N. S."

Vous n'ignorez pas non plus N. T -C. F., qu'en priant pour notre Auguste Souveraine, nous" prions en même temps pour nos Gouverneurs, nos Juges, nos Législateurs, nos Maires, nos Magistrats et autres fonctionnaires publics, parce que, partageant son autorité pour le bon gouvernement du peuple, ils ont besoin, pour se bien acquitter de leurs emplois, de l'assistance de Dieu, que l'Ecriture appelle le Roi des Rois.

Guerre des Indes.

Mandement, 21 Nov. 1857.

Vous allez prier, avec l'Église, votre bonne mère, pour apaiser la juste colère de Dieu. Hélas ! le vaste pays de l'Inde est tout en feu. Une guerre désastreuse s'y est allumée sur presque tous les points de son immense territoire. Des flots de sang y coulent de toutes parts. Des femmes sans défense et des enfants innocents y sont impitoyablement égorgés. Il s'y commet des atrocités qui font horreur. Il s'y passe enfin des scènes lamentables que l'on ne peut lire, sans avoir le cceur navré de douleur, surtout quand on songe à ces milliers d'âmes qui périssent.

Nous allons donc prier, avec foi et humilité, pour que la paix se rétablisse promptement dans les Indes, qui, comme vous le savez tous, furent le principal théâtre du glorieux Apostolat de St. François Xavier. Hélas ! qui sait si ce n'est pas pour avoir repoussé la foi catholique, qui lui a été prêchée par cet homme puissant en paroles et en œuvres, et, après lui, par tant d'autres saints missionnaires, que cet infortuné pays est aujourd'hui en proie à tant et à de si grands malheurs?

Du Philosophisme et de ses Fruits.

Lettre Pastorale, 10 Mars 1858.

Le Philosophisme, ou l'esprit d'irréligion, prit naissance dans le siècle dernier, et reconnaît pour père le trop célèbre Voltaire et tous ses disciples, qui formèrent Y Ecole Voltairienne. Ceux qui s'enrôlèrent sous l'étendard de ce père de la Philosophie moderne, se firent gloire de nier, les uns l'existence de Dieu, et tous sa divine Religion ; et on les appela pour cela Incrédules. Pour entraîner plus sûrement dans leur parti les honnêtes gens, ils formèrent des sociétés secrètes, dont le but apparent était d'exercer la charité, mais dont la fin réelle, qui n'était connue que de ceux qui étaient les plus initiés dans leurs noirs complots, était de renverser la Religion et l'Etat. Armés de toute la malice de l'Enfer, ils réussirent à séduire de grandes nations et à renverser de puissants empires. Mais ce ne fut qu'en massacrant ou chassant les Ministres de la Religion, en brûlant où pillant les Temples du vrai Dieu, et en renversant ses Autels, qu'ils accomplirent leurs abominables projets.

Les horreurs que commirent ces hommes, qui se donnaient pour les bienfaiteurs du genre humain, furent si affreuses, qu'elles ont fini par ouvrir les yeux aux peuples, que les Incrédules avaient pour ainsi dire fascinés. La crainte d'éprouver encore de semblables secousses a réveillé les nations endormies dans ce sommeil léthargique. L'histoire de ces temps de désolation ne peut se lire en effet sans que le cœur ne soit pressé d'une amère douleur ; et si on n'avait sous les yeux la preuve de tous les faits lamentables qui y sont rapportés, on serait tenté de croire que l'on nous fait remonter jusqu'à des temps fabuleux, où les chroniques des peuples barbares n'ont rien de certain. Car on ne peut croire que des nations civilisées aient pu se porter à des excès qui feraient rougir les cruels sauvages qui habitaient nos forêts, à la découverte du pays.

En parcourant les pays où l'impiété a exercé, sur son passage tant de cruautés, et laissé à sa suite tant de misères, le voyageur s'arrête souvent, pour contempler, avec un sentiment de profonde douleur, les immenses ruines qu'elle a faites, dans sa fureur sacrilège, en renversant ces beaux monuments que la piété avait élevés, et qui faisaient la gloire de la Patrie aussi -bien que de la Religion.

Nous devons vous dire ici, N. T.-C, F., nos impressions de voyage sous ce rapport. A la vue des ravages effrayants, causés par ces hommes sans principes, qui étaient les cruels bourreaux des peuples, parcequ'ils étaient les ennemis acharnés de Dieu et de son Église, de sombres réflexions saisissaient notre âme. Hélas ! Nous disions-nous à nous-même, le mauvais esprit, qui a fait couler ici tant de larmes, ne traversera-il pas un jour les mers, pour couvrir notre chère patrie de décombres et de ruines? En y répandant le funeste poison de ses mauvaise doctrines, n'y excitera-il pas les mêmes tumultes et les mêmes révoltes ?

Des Hommes Séducteurs.

Lettre Pastorale du 10 Mars 1858.

Nous vous répétons les paroles de Notre-Seigneur : N'allez pas écouter ceux qui vous parlent hors du sein de l'Église : Nolite exire. Faites attention, en particulier aux Lectures, qui peuvent se faire, dans les iustituts littéraires. Si elles ont pour but de vous porter à mépriser l'Eglise ; ou si elles sont contraires aux saintes vérités, révélées de Dieu, dans les divines Ecritures, non seulement vous ne devez pas le*s croire, mais même il ne vous est pas permis d'aller les écouter : Nolite exi*re, nolite credere. Ce serait encore un,e raison de plus pour vous de renoncer à un tel Institut, qui serait une chaire de pestilence, pour tout un pays.

Pour mieux connaître ces hommes séducteurs, écoutons l'Apôtre St. Jude, qui nous en fait un portrait frappant, en nous assurant que ce sont des hommes, qui ne cherchent qu'à se satisfaire eux-mêmes, tout en se vantant de ne chercher que les intérêts des peuples : " semetipsos pascentes ; " qu'ils sont des nuages sans eau, que lèvent emporte avec rapidité, parce qu'ils n'ont aucun principe fixe: " Nubes sine aqua, quas a ventis circumferuntur ; " que ce sont des arbres d'automne, qui ne portent aucun fruit ; qu'ils sont doublement morts, et qu'ils sont entièrement déracinés : " Arbores autumnales, infructuosse, bis mortuas, éradicata? qu'ils ressemblent aux flots d'une mer en fureur, qui ne viennent se briser sur le rivage que pour y laisser l'écume du désordre et de la confusion : " Fluctus feri maris, despumantes suas confusiones ;" que ce sont des astres errants, qui n'ont à attendre pour toujours qu'une tempête horrible, au milieu des ténèbres les plus épaisses : " Sidera errantia, quibus procella tenebrarum servata est in œternum. (St. Jude. 12, 13.)

Que le Père des miséricordes, de qui vient tout don parfait vous préserve du malheur d'être jamais séduits par ces hommes sans principes religieux ! Oh ! prenez garde, N. T.-C. F., de vous laisser aller à une vaine curiosité, qui porte quelquefois les gens de bien à aller écouter ces nouveautés profanes. Car vous pourriez bien être les victimes de la présomption, qui vous ferait croire que vous n'avez rien à craindre pour votre foi.

La Foi.

Lettre Pastorale, 10 Mars 1858.

Hcec est victaria, qttœ vincit mundum, fides nostra (1. Joan. 5. 4). C'est là le vœu ardent, que tous les jours notre cœur dépose, aux pieds des saints Autels, en demandant, avec les Apôtres, que notre foi, qui est celle que nous avons sucée au sein de notre bonne mère, la sainte Eglise Romaine, et que nous ont léguée. nos pères qui étaient si religieux, se conserve pure et inviolable ; et que même elle augmente de jour en jour. DixeruntApostoli: Domine, adatige nobis fidem (Luc. 17. 5.).

Ne cessez de demander la même grâce, N. T.-C. F., et demandez-la avec ferveur et instance : car, vous comprenez que la foi est le don surnaturel, le plus précieux et le plus nécessaire, puisque sans elle il est impossible déplaire a Dieîi (Heb. 11. 6.). Demandez-la donc, pour vos paroissiens, Pasteurs des âmes, afin de pouvoir offrir chaque jour à la divine Majesté, des Paroisses de foi. Demandez-la pour vos enfants et vos employés, vous bons pères et bonnes mères, afin de pouvoir lui présenter jour et nuit des Familles de foi. Demandez-la pour le monde entier, vous, âmes saintes, qui avez renoncé au siècle, pour avoir le bonheur de vivre dans des Maisons de foi. N'oubliez pas, dans ces retraites paisibles, que vos parents et vos proches, que votre pays et votre patrie sont exposés au grand danger de perdre la foi. Il faut bien qu'il en soit ainsi, puisque Notre-Seigneur nous a dit, en termes formels, que quand il reviendra sur la terre, pour la juger, à la fin des siècles, il n'y aura presque plus de foi. Filins homiùis veuiens, pntas, inveniet Jidem in terra ?

"Institut-Canadien" — Bibliothèque Irréligieuse et immorale.

Lettre Pastorale, 30 A vril 1858.

Plusieurs membres de l'Institut Canadien, animés d'un courage digne de tout éloge, proposèrent dans une séance extraordinaire tenue le treize Avril dernier, d'aviser aux moyens de constater quels seraient les livres qu'il faudrait retrancher de la bibliothèque.

Une mesure aussi juste, exprimée d'ailleurs dans les termes les plus réservés, fut rejetée par la majorité des membres présents.

Maintenant, c'est pour Nous, N. T.-C. F., un devoir impérieux de vous signaler ici deux grandes erreurs commises par la majorité de V Institut- Canadien, quand il a refusé de répondre favorablement à l'appel de la minorité. Car, hélas; il a fait dans cet acte, peut-être suprême pour lui, profession de principes anti-catholiques, et tou(t-à-fait dangereux dans la pratique.

La première erreur est exprimée dans les termes suivants, savoir: " Que. l'Institut a toujours été et est'seul compétent à juger de " la moralité de sa bibliothèque et qu'il est capable d'en prendre l'administration, sans l'intervention d'influences étrangères. ... et que le " Comité de Régie est suffisant pour gérer les affaires de l'Institut, et pourvoir à l'administration de la bibliothèque."

Pour relever cette étrange erreur, Nous allons nous contenter, N. T.-C. F., de vous faire entendre les paroles de l'Eglise elle-même qui, dans le St. Concile de Trente, a déclaré que c'est à 1 Evêque, ou à son Député, qu'appartient le droit d'approuver et d'examiner les livres '.

Ad Episcopmn. vel alium ab eodem Episcopo deputandum ,(Hbri) approbatio et examen pertineat ; que celui-là serait un téméraire

qui donnerait à lire, voudrait, ou prêterait un livre quelconque, qui n'aurait pas été approuvé, ou reconnu pour un bon livre, par les personnes

députées à cet effet : Nemo vero a?ideat librum aliqui legendum tradere, vel aligna ratione alienare, vel commodare, nisi ostenso

prius libro, et habita licencia a personis deputandis, aut nisi notorie constet librum jam esse omnibus permissum (Regulse. Ind. S. Syn. Trid. juss. editae).

Il vous est maintenant facile de vous convaincre, N. T. C, F., que V Institut Canadien, en prétendant " qu'il est seul compétent à juger de la moralité de sa bibliothèque," est tombé dans une étrange erreur, et que cette erreur vous serait souverainement préjudiciable, s'il réussissait à vous faire tomber dans une autre erreur qu'il a commise, et qui n'est que la conséquence de la première, que Nous venons de vous signaler.

La voici, cette erreur, telle qu'il l'a lui-même formulée, dans la dite assemblée du treize Avril dernier, et qu'il l'a publiée et professée à la face du pays tout entier. Il déclare donc " qu'il a toujours veillé, avec la plus scrupuleuse sollicitude, à ce que sa bibliothèque fût

exclusivement composée de livres moraux propres à nourrir le cœur, et à développer l'intelligence .... et qne sa bibliothèque n'a jamais

contenu de livres d'une nature obcène ou immorale."

Remarquons d'abord dans quelle circonstance l'Institut fait cette solennelle protestation. C'est lorsque plusieurs de ses membres, parmi lesquels se trouvent quelques-uns de ses généreux fondateurs et de ses insignes bienfaiteurs, demandent en de très-bons termes, que l'on examine les livres de la bibliothèque commune. En se rendant à cette demande si juste, l'Institut prouvait au public qu'en effet sa bibliothèque était religieuse"et morale ; il s'épargnait de bien tristes déboires ; et il ne s'exposait pas au malheur de perdre l'élite de ses membres.

Des témoins irréfragables vont eux-mêmes nous apprendre ce qu'il faut penser de la bibliothèque de Vlnstitztt Canadien. Car Nous empruntons aux journaux, et Nous reproduisons ici leurs propres paroles, qui porteront, sans doute, dans vos âmes l'intime conviction, qui pénétrait la leur, quand ils les ont écrites, ou approuvées par leur signature.

Ils déclarent donc hardiment et sans crainte :

" Qu'ils ne peuvent donner plus longtemps à l'Institut le concours de leur présence, de leur parole ou de leur contribution. ... . " qu'en sortant des rangs de l'Institut, ils croient de leur devoir d'exposer les motifs pressants qui les forcent à cette pénible démarche que "malheureusement .... l'Institut a failli à sa mission, que sa Bibliothèque, au lieu de se composer exclusivement d'ouvrages instructifs " moraux et religieux, renferme des ouvrages considérés, non seulement par les Catholiques, mais par les Chrétiens de toute dénomination, "comme essentiellement futiles, irréligieux et immoraux; que cette Bibliothèque est ouverte, non seulement à tous les membres, mais à toutes " personnes étrangères ; que comme conséquence nécessaire de ce déplorable état de choses, la tribune de l'Institut est^devenue la trompette au " moyen de laquelle on répand à grand bruit, parmi nos compatriotes, les idées les plus absurdes, en fait de religion, de morale et de " nationalité."

Telle est, N. T.-C. F., l'énergique protestation de ceux de l'Institut qui ont été forcés de donner leur résignation, pour ne pas ajoutent-ils, " contribuer au maintien d'une Association, qu'ils considèrent comme dangereuse, pour la jeunesse et pour le pays, sous le rapport " religieux, moral et national."

Cette protestation est, avec cela, si claire et si bien motivée, qu'elle ne demande aucun commentaire, pour être bien comprise, et pour taire déjà, une preuve sans réplique que la Bibliothèque de l'Institut est mauvaise et très-mauvaise.

IOI —

Sacrées Congrégations du " St. -Office" et de l'Index."

Lettre Pastorale, 30 Avril 1858.

Il y a, à Rome, deux tribunaux, établis par l'Autorité Pontificale, pour examiner les livres, qui se publient dans les diverses parties du monde, et déclarer quels sont ceux dont la lecture est dangereuse aux Fidèles. Ces tribunaux s'appellent Congrégations.

La première est connue sous le nom de "Congrégation du St. -Office ; " et elle se compose de plusieurs émiaents Cardinaux, d'un Prélat de la Cour Romaine, appelé Assesseur ou Rapporteur, d'un Frère Dominicain, qui en est le Commissaire-né, d'un nombre illimité de Docteurs en droit Canon, appelés Consulteurs, et de plusieurs savants Théologiens, à qui on donne le nom de Qualifiés. Tous ceux qui forment cette Congrégation du St. Office, sont nommés par le Pape ; et ils doivent être très exercés dans les sciences divines, et animés d'un saint zèle, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Dès qu'un livre est dénoncé au St -Office, un des Consulteurs ou Qualifiés est chargé, par la Congrégation, de l'examiner avec le plus grand soin. Si l'auteur de ce livre jouit d'une bonne réputation de savoir et de vertu, son ouvrage est examiné par un second Censeur, qui doit ignorer le nom du premier, dont on lui communique le travail, afin qu'il soit plus libre et indépendant, dans l'examen qu'il doit en faire.

Si les rapports de ces deux Censeurs diffèrent en quelque chose, on en nomme un troisième, qui doit également ignorer les noms de ceux qui ont les premiers examiné ce livre.

Lorsque tout ce travail est fait, il est présenté aux Consulteurs qui, dans des Congrégations préparatoires, émettent leur opinion, sur le livre en question, et la critique qui en a été faite par les Censeurs. 11 est bien à remarquer que l'on a coutume de charger un des membres de la Congrégation de défendre l'ouvrage qu'il s'agit de juger, afin que toute justice soit rendue à l'auteur. Or, cet Avocat est obligé en conscience de prendre tous les moyens honnêtes en son pouvoir, pour empêcher que ce livre ne soit condamné, comme ferait ici un avocat que la Cour chargerait de défendre un accusé dans une affaire criminelle où il irait de sa vie.

Ce sévère examen étant terminé, tout ce qui a été fait dans les Congrégations préparatoires que, dans notre manière de nous exprimer, nous appellerions "'Cours d'enquêtes," est soumis aux mûres délibérations des Cardinaux, qui appartiennent au Saint-Office. C'est là que se formule îe jugement qu'il faudra porter sur le livre, qui a déjà été l'objet d'un si grand travail.

Mais ce jugement, prononcé dans l'intérieur de la Congrégation, doit être soumis à l'approbation du Pape lui-même, avant d'être promulgué, et mis à exécution. C'est toujours le Prélat Assesseur qui le dépose aux pieds du Souverain Pontife, et qui lui fait le rapport de toute la Procédure Canonique. Il arrive assez souvent que le Pape lui-même préside la Congrégation du St.-Office, qui a l'honneur de l'avoir pour Préfet, pour entendre ce qu'ont à dire les Cardinaux sur le livre en question. On fait donc à Rome, pour la simple condamnation d'un livre, ce qui se fait parmi nous, pour la condamnation d'un criminel, qui ne s'exécute que par l'ordre de celui qui est le dépositaire de l'Autorité Royale.

Mais comme le St.-Office est chargé de s'enquérir de tous les maux qui affligent l'Église, il est nécessairement surchargé par les affaires, qui lui viennent de toutes les parties du monde ; et comme d'ailleurs les mauvais livres se multipliaient d'une manière alarmante, le St. Siège s'est vu dans la nécessité de créer une autre Congrégation,que l'on appelle la "Sacrée Congrégation de l'Index," laquelle est exclusivement chargée d'examiner les livres, pour les condamner, s'ils sont dignes de censure. Elle est à peu-près organisée, et procède presque de la même manière que le St.-Office.

Si le livre qui a été l'objet d'un si sévère examen, est condamné, comme renfermant des erreurs préjudiciables à la Religion, on l'inscrit dans le catalogue des livres défendus, appelé le " Livre de l'Index : " et dés ce moment, il n'est plus permis à personne, pas même aux Evêques de le lire, sans une permission spéciale, qui ne se donne que par le Pape.

Des Mauvais Journaux.

Lettre Pastorale, 31 Mai 1858.

Considérant, N. T. C. F. tout mauvais journal comme un sanglier dans la vigne du Seigneur, ou comme un loup dans la bergerie du Bon Pasteur, Nous faisons ce que font les bons pères de famille, qui, s'apercevant qu'il y a dans les forêts ou les champs du voisinage quelque bête féroce, ne cessent de répéter à leurs tendres enfants qu'ils doivent bien se garder d'en approcher. Pour cela ils la leur dépeignent si au naturel, que ces enfants la peuvent reconnaître de loin et échapper par une prompte fuite à ses dents carnassières. Ainsi, comme vous , le voyez, N. T.-C. F., nous avons à vous tracer ici les caractères du mauvais journal.

Le mauvais journal est celui qui est contraire à la Religion, dans sa foi ou dans sa morale. S'il attaque la Divinité de la Religion c'est un journal irréligieux. S'il combat les vérités de Dieu, et définies par l'Eglise c'est un journal hérétique. S'il publie des choses impures c'est un journal immoral. S'il se moque des choses saintes ou des personnes consacrées à Dieu, c'est un journal impie. S'il se prétend libre, dans ses opinions religieuses et politiques, c'est un journal libéral. A ces couleurs aussi hideuses que saillantes, et à ces traits caractéristiques vous reconnaîtrez facilement. N. T. C. F., le mauvais journal, le journal à mauvais principes, le journal enfin, qui en professant de damnables doctrines, répand le poison mortel de ses erreurs. Aussi, fait-il plus de mal' quand on le laisse faire, que ne ferait un empoisonneur qui aurait toute liberté de débiter ses drogues empoisonnées.

Si le journal qui veut séduire les peuples, commençait par des blasphèmes horribles contre Dieu, contre la Religion et contre les choses saintes, tout le monde, dans un pays religieux comme celui-ci, en aurait horreur ; et il est évident que personne ne voudrait le lire. Que fera-t-il donc pour se frayer la route et arriver à son but ? il travaillera à ruiner l'influence des prêtres qui, étant les dépositaires de la loi de Dieu et de son autorité sur les peuples, ne peuvent manquer de lui opposer une invincible résistance.

Que fera-t-il pour cela ? Il tâchera, par des attaques directes ou indirectes contre leur vie privée ou publique, de les faire tomber dans le mépris. Il recueillera avec soin, et débitera avec complaisance, toutes les histoires vraies ou fausses, qui pourraient leur faire perdre l'estime des peuples. Enfin, pour tout dire en un mot, il travaillera à faire croire qu'ils sont, par leur vie, indignes du saint ministère qu'ils exercent.

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Respect du aux Pasteurs.

Lettre Pastorale, 31 Mai 1858.

C'est surtout de ceux qui sont assis sur la Chaire Evangélique, qu'il faut dire ce que Notre Seigneur disait des Scribes qui occupaient la Chaire de Moïse : " Faites ce qu'ils vous disent," et, si leur vie ne s'accorde pas avec leurs paroles, ne les méprisez pas pour cela, mais seulement " Ne faites pas ce qu'ils font." Quœcumque dixerint vobis servate et facite ; secumdum opéra vero eorum nolite facere (Math. 23- 3)-

Voici donc, N, T.-C. F., le principe invariablë que vous devez toujours invoquer, quand on cherche à vous faire perdre l'estime et le respect que vous devez à vos Pasteurs, savoir : " Que ce sont des hommes, qui vous représentent Dieu, dans les fonctions de leur divin Ministère. Ego dixi: Dei estis et Filii Excelsi omnes." Ps. 81, 6.) Or, avec ce caractère tout divin, et qui est ineffaçable, ils doivent toujours être l'objef de la vénération des peuples.

Car, ne l'oubliez jamais, N. T.-C. F., ce n'est pas à des Anges impeccables, mais à des hommes fragiles, que Dieu a confié le soin de vos âmes. Et en cela, comme dans tout le reste, il est souverainement adorable et aimable ; " adorable " parce que par des moyens qui prouvent sa puissance infinie, sa divine Religion se conserve, appuyée sur des bases si fragiles ; "«zwm^Z?," parce qu'en donnant des pécheurs pour guides à d'autres pécheurs, il fait éclater son ineffable miséricorde. L'est ce que reconnaît l'Apôtre St. Paul par ces paroles mémorables : " Je rends grâces.... .à Jésus-Christ, Notre Seigneur, parce qu'il m'a jugé fidèle, en me plaçant dans le ministère, moi qui, auparavant,

" ai été un blasphémateur et un persécuteur C'est une chose qui mérite d'être crue de tout le monde, savoir que Jésus-Christ est venu

" dans ce monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le plus grand. Mais j'ai obtenu miséricorde, pour que Jésus-Christ montrât d'abord en " moi toute sa patience, pour l'instruction de ceux qui devaient croire en lui afin d'arriver à la vie éternelle (1 Tim., 1, T2 et suiv.)"

Mais comment Jésus-Christ a-t-il pu rendre vénérables, aux yeux de tous les peuples, ces hommes faibles et pécheurs, qu'il choisissait pour les conduire dans les voies du salut éternel ? C'a été d'en faire ses Ambassadeurs, en leur donnant les lettres de créance les plus amples, pour qu'ils pussent, dans tous les siècles et dans tous les lieux, se présenter comme les ministres du Roi des Rois ; Pro Christo ergo legatioiie fungimitr (2 Cor. 5, 20.) Çà été de s'identifier avec eux d'une manière si intime, que celui qui les reçoit, le reçoit lui-même ; et pour cela il leur donne à remplir cette même mission, qu'il a reçue de son Père : Sicut misit me Pater et ego mitto vos (Joan. 20, 21.) Et en effet ils ne font si bien avec lui qu'une même personne, qu'à la messe, ils disent, en consacrant l'Eucharistie : "Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang. C'a été de donner à leur parole toute l'autorité qu'a la sienne, puisqu'il leur dit : " Qui vous écoute m'écoute : Qui vos audit me aiidit." (Luc. 10, 16.) Enfin ça été d'en faire d'autres lui-même, au point que celui qui les méprise, le méprise lui-même : Qui vos spernit me spernit. (Luc. 10, 16 )

Jésus-Christ avait appelé Judas à l'Apostolat. Ce disciple fut infidèle à la grâce de sa vocation. Après avoir opéré, comme les autres Apôtres, de grands prodiges, il devint le persécuteur du bon Maitre, qui l'avait comblé de tant de bienfaits ; et, ne se contentant pas de censurer sa conduite toute divine, il le vendit à ses ennemis, et s'engagea à le leur livrer. Cet acte d'apostasie a mérité à Judas l'horreur de tous les siècles, depuis que, dans son désespoir, il s'est lui-même pendu à un arbre.. Mais de son vivant, Notre Seigneur, qui voulait donner au monde

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entier l'exemple du respect qu'il faut toujours prêter à ses Ministres, n'a cessé de le traiter avec autant d'honneur que les autres Apôtres. Il lui a lavé les pieds dans le Cénacle ; il l'a ordonné prêtre ; il l'a communié de sa divine main ; il a parlé de lui avec'une réserve qui étonne ; enfin il lui a donné le baiser de paix dans le jardin des Oliviers, en l'appelant encore son ami. Après un tel exemple, qui pourra encore se croire permis de mépriser les Pasteurs sous prétexte qu'ils oublient leur caractère sacré ?

St. Pierre avait été établi Chef des Apôtres, Prince de l'Eglise, Vicaire de Jésus-Christ, qui avait prié pour que sa foi fût inébranlable afin qu'il pût confirmer*ses frères. Il tombe néanmoins dans une faute énorme, jusqu'à renier son aimable Maître, avec d'horribles imprécations. Mais, parcequ'il pleure son péché, il est non seulement rétabli en grâces, mais encore maintenu dans tous ses glorieux privilèges ; et c'est sur cet Apôtre, " pécheur repentant," qu'a été bâtie et que repose l'Eglise du Dieu trois fois Saint. Toujours, de son vivant, les fidèles le vénérèrent comme un autre Jésus-Christ ; et depuis sa bienheureuse mort, ils courent en foule à Rome, pour honorer ses cendres et baiser ses chaînes.

Les autres Apôtres, au sortir même du Cénacle, où ils venaient d'être ordonnés Prêtres, ont l'insigne faiblesse de prendre la fuite, et de laisser ainsi leur bon Maître seul, entre les mains de ses ennemis. Mais comme ils réparèrent par une amère douleur, cet acte de faiblesse, qui devait pourtant paraître impardonnable, ils furent jugés dignes par Jésus-Christ, qui les avait appelés à ce sublime Ministère, de continuer à faire leurs saintes fonctions d'Apôtres.

D'autres faits mémorables, consignés dans l'histoire ecclésiastique, viennent nous confirmer dans cette conviction intime que Dieu a continué dans tous les siècles à prouver la divinité de sa religion, en en confiant la garde à des hommes faibles et pécheurs.

De la Presse Libérale.

Lettre Pastorale, 31 Mai 1858.

Le "Journal Libéral " est celui qui prétend, entr'autres choses, être libre dans ses opinions religieuses et politiques .

Il n'est permis à personne d'être libre dans ses opinions religieuses et politiques ; mais c'est à l'Eglise à enseigner à ses enfants à être

de bons citoyens comme de bons chrétiens en leur apprenant les vrais principes de la foi et delà morale dont elle est la seule dépositaire

J.-C. a donné à son Eglise le pouvoir d'enseigner à tous les peuples la " saine doctrine," savoir, cette doctrine pure qui leur apprend à se gouverner, comme le doivent faire des peuples vraiment chrétiens. Car c'est là évidemment un point de haute et importante morale et tout point de morale est sous le domaine de l'Eglise, et tient essentiellement à son enseignement. Car sa divine mission est d'enseigner aux Souverains à gouverner avec sagesse, et aux Sujets à obéir avec joie. Elle est chargée par le Ciel d'avertir les uns et les autres, quand ils oublient la loi de Dieu, qui impose à chacun des devoirs de conscience, et les péchés des grands comme des petits sont soumis aux clefs que J.-C. à laissées, pour ouvrir ou fermer le Ciel à tous, sans exception.

Il est facile de conclure de là que tout journal, qui prétend être libre dans ses opinions religieuses et politiques, est dans l'erreur. . . .

La " liberté d'opinions" n'est donc rien autre chose que la " liberté de l'erreur" qui donne la mort à l'âme, qui ne peut vivre que de la vérité. Ainsi tout journal qui fait profession de la "liberté d'opinions," fait marcher ses lecteurs dans les voies de l'erreur, qui mène les sociétés comme les particuliers à la ruine et à la mort.

Du Patriotisme Religieux — Capitulation de Québec et de Montréal en 1760.

Lettre Pastorale, 31 Mai 1858.

Le Patriotisme religieux est l'amour tendre, fort et désintéressé que la Religion seule peut inspirer pour la patrie. Ceux qui sont animés de ce patriotisme ont pour principe que leur âme est à Dieu, et leur corps à leur pays. Ils vivent donc de la même vie, en ne vivant que pour la Religion et la Patrie. Voilà pourquoi ils sont en même temps bons Chrétiens et bons Citoyens.

Ce patriotisme religieux Fait que le bon citoyen aime et défend la Religion comme s'il était Prêtre ; et que le Prêtre aime et défend sa Patrie comme s'il était Citoyen. Avec cet amour mutuel, ces deux hommes se rencontrent, tantôt sur le terrain delà Politique, et tantôt sur celui de la Religion, sans jamais se blesser. Tout au contraire, ils s'entr'aident, avec tant de cordialité, que toujours ils prospèrent dans leurs entreprises, qui n'ont du reste d'autre but que le maintien des bons principes et le bonheur du peuple.

Car c'est un axiome avoué de tout le monde, et proclamé avec enthousiasme par toutes les bouches religieuses et politiques, que <: l'Union fait la force."

Mais revenons à quelque exemple pour rendre ces vérités encore plus lumineuses et plus frappantes. Nous n'irons pas bien loin le chercher, car il se trouve dans notre propre histoire ; il appartient à notre nationalité ; il fait partie de nos chroniques ; enfin, c'est un exemple domestique et comme un trait et caractère de famille. Rien ne saurait, par conséquent, nous intéresser davantage. Le voici cet exemple remarquable, avec tous ses détails.

Lorsque nos pères, il y a déjà plus de deux siècles, quittèrent leur belle et heureuse patrie; pour s'en faire une adoptive, dans ce pays alors sauvage, ils apportèrent ici le patriotisme religieux, qui, pour leur cœur de foi, était le vrai feu sacré. Car ce fut l'amour de leur antique religion et de leur nouvelle patrie, qui leur fit traverser les mers, qui leur fit planter la, croix sur ce rivage et au millieu de leurs pauvres cabanes, qui les arma du crucifix et de l'épée, et leur fit faire des prodiges de valeur pour défendre leur culte et leurs foyers, contre de cruels sauvages et de fanatiques hérétiques.

Mais enfin, après un siècle de généreux dévouement, pour défendre la cause commune, la Religion et la Patrie, la divine Providence, toujours adorable dans ses desseins, donna la victoire aux Anglais qui, en 175g, assiégeaient Québec, et qui, l'année suivante, vinrent occuper Montréal, et complétèrent ainsi, la conquête de tout le pays.

Le Canada était donc vaincu, mais le patriotisme canadien ne l'était pas. Car nos pères, avant de mettre bas les armes, se souvinrent qu'ils n'étaient venus peupler le pays, que pour en faire un pays religieux. Ils capitulèrent donc avec les vainqueurs ; et, forts de leur patriotisme, ils demandèrent hardiment, pour tous les habitants de la Colonie, "le droit d'être conservés dans la possession de leurs biens; pour tous les Catholiques, " le libre exercice de leur Religion ;" pour leur Clergé et leurs Communautés, des sauve-gardes ; les Dîmes et tous les droits accoutumés ; et pour les Evêques, le libre exercice de leurs fonctions épiscopales. (Capitulation de Québec et de Montréal.)

Voilà comme nos religieux ancêtres pensèrent et agireut, dans les circonstances si critiques pour eux, puisqu'ils étaient sur le point de passer sous une domination étrangère, et de 'toucher an pouvoir d'un gouvernement qui, à cette époque, faisait mourir ses propres sujets pour cause de religion.

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Ils devaient donc pourvoir, qu'en demandant le libre exercice de leur sainte Religion à leurs nouveaux maîtres, ils s'exposaient à un refus formel, et qu'ils compromettaient gravement leurs intérêts civils en cherchant à conserver leurs droits religieux. Par conséquent, s'ils eussent été libéraux, comme on voudrait que vous le fussiez, ils n'auraient pas dû risquer de perdre leurs biens et tous leurs droits civils, pour le plaisir de faire triompher la cause de la Religion. Ils ont au moins tout risqué ; et Dieu les a bénis, " comme il bénit toujours les " peuples qui mettent en lui toute leur confiance. Car il en est résulté qu'ils ont été maintenus dans la possession de leurs biens et dans le " libre exercice de la Religion." Ainsi, ils n'ont pas eu a regretter d'avoir fait cause commune avec la religion, et leur zèle, simplement exercé pour la protéger, est loin d'être le comble de la folie.

C'est là le précieux héritage que nous ont légué nos pères : et si nous le recueillons avec soin, il nous sauvera tous, dans ces terribles commotions, qui se font sentir si souvent dans toutes les parties du monde. Grâces à Dieu, nous l'avons conservé jusqu'ici, car il fait encore partie de notre constitution : il entre dans toutes nos lois ; il siège dans toutes nos Cours de Justice : il tient à toutes nos habitudes : il s'infiltre dans toutes nos institutions : il se glisse enfin dans tous les rangs de notre société. Qui donc serait assez ennemi de fout bien pour vouloir travailler à déchirer nos entrailles, pour en arracher le patriotisme religieux qui fait notre gloire nationale, aussi bien que le bonheur de nos familles ?

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