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-lOi ILAMIlKlICil-:
u LL il sfloi;^na.
« Ce médecin, vous le devinez bini, n'était pas celui de la famille. C'était un médecin (ju'on avait fait venir d(! IMéré, cl (jiii, s'imaf^inant n:^ prali([ui3r qu'un accoucliemcnt ordinaire, avait pris le baron pour le p»;re de l'enfant, vA lui aviiit naïvement révélé ce qui venait de se passer.
«Le lendemain, le baron envoyca chercher un orfèvre et lui commanda un collier d'or, celui que je vous ai signalé, en lui faisant observer que ce collitr devait être rivé au cou de la femme à qui il était destiné.
« Deux jours après, à dix heures du soir, ainsi que le lui avait recommandé le baron, l'orfèvre arrivait avec un de ses ouvriers, et apportait tous les instruments nécessaires à l'opération que nécessitait cette fantaisie.
« Le baron l'introduisit dans la chambre de sa femme, qui était profondément endormie^ et l'orfèvre se mit à l'œuvre.
« Vers quatre heures du matin, la baronne se réveilla enfin, en proie à une sensation étrange. Il lui semblait que son cou était enfermé dans une sorte de carcan !
« Pendant quelques instants il lui fut impossible de se rçndre bien compte de ce qu'elle éprouvait.
« Le soporifique que lui avait fait boire son mari, afin de pouvoir exercer à l'aise la vengeance qu'il avait méditée, l'empêcha tout d'abord de recouvrer ses facultés. Mais'peu à peu, à mesure que la lumière se fit dans son esprit, elle se rendit compte de ce qu'elle éprouvait et porta la main à son cou.
« Le baron, qui était assis au pied de son lit, dans un fauteuil, poussa un ricam'inent féroce, en voyant la stupéfaction qui se peignait sur le visage de la pauvre Claire!
« — Oui, dit-il, le carcan d'abord, le fouet ensuite, c'est ainsi que l'on châtiait autrefois les femmes adultères.
« — Que voulez-vous dire, monsieur? s'écria-t-elle épouvantée.
« — Vous le savez mieux que moi, madame, répondit-il d'une voix stridente. N'essayez pas de nier. J'étais là, l'autre nuit, quand vous avez mis au monde le fruit de vos coupables amours, et le médecin que vous aviez fait appeler m'a naïvement appris qu'il s'agissait d'un garçon. Donc, répondez sans détours : qu'avez-vous fait de cet enfant?
« — Comment! dit-elle eu reprenant courage, vous l'ignorez et vous espérez que je vais vous l'apprendre?
(( — Vous refusez donc de me l'avouer?
« — Certes, répondit-elle en relevant énergiquement la tête.
« — Soit! reprit le baron avec le plus grand sang-froid. En attendant, j'ai voulu que vous portiez éternellement le souvenir de l'opprobre dont vous vous êtes couverte. Désormais vous ne pourrez plus vous regarder dans un miroir, sans que votre honte vous saute aux yeux; personne ne vous abordera plus sans
vous demander quel est le singulier ornement que vous portez. De celte façon le remords de votre crime ne cessera pas de vous assiéger un instant. Je vous condamne au carcan à perpétuité, madame. Remerciez-moi de vous épargner la peine du fouet.
« La baronne vaincue courba la tête.
« — Quant à cet enfant que vous espérez dérober à ma clairvoyance, je ne m'en inquiète pas pour le moment. Soyez assurée que tôt ou tard la haine qu'il m'inspire me conduira vers lui. Or, je vous en préviens d'avance, madame; de quelque mort qu'il soit frappé, il mourra. De son père, je ne vous en parle pas. J'aime à croire qu'il ne remettra jamais les pieds ici, car s'il avait cette audace, e vous jure, sur mon salut éternel, que je lui ferais sauter la cervelle sans plus de souci que s'il s'agissait d'une bête malfaisante!
« Claire savait par une triste expérience que le baron tiendrait parole. Elle eut cependant l'idée de le braver. Dans l'intérêt du comte et de son fils, elle ne l'osa pas.
« — Et maintenant, madame, poursuivit le baron, vous savez à quoi vous en tenir sur mes intentions. Quoi qu'il arrive, ne soyez étonnée de rien, car je ne dévierai pas d'une ligne du plan que je vous ai exposé. Je suis franc, vous le voyez. Je ne vous laisse pas espérer que des aveux tardifs apaiseraient ma colère. J'irai droit au but, sans que rien puisse fléchir ma justice ni désarmer mon bras vengeur.
« A ces mots, le baron se leva et laissa la malheureuse femme en proie à des terreurs insurmontables.
« Malgré la surveillance dont elle était l'objet, elle trouva pourtant le moyen d'avoir avec le comte de Lorgerie un dernier entretien. Mais déjà le remords de la faute qu'elle avait commise l'avait courbée sous le joug de son bourreau.
« Elle exigea du comte qu'il s'engageât par serment à ne se rencontrer jamais avec son mari, à n'accepter de lui aucun défi et même à n'employer aucune arme pour se soustraire en cas de danger à la vengeance du baron. Il fut convenu, en outre, qu'aussitôt que leurenfant serait en âge d'être sevré, M. de Lorgerie l'emmènerai?, et le mettrait à l'abri des violences de M. de Mérande.
« En effet, à dater de ce moment, le comte devint pour ainsi dire invisible même aux yeux de ses amis, tant il tint scrupuleusement le serment qu'il avait prêté à celle dont il aurait voulu racheter le repos au prix de sa vie ! De son côté, Claire, abjurant tout sentiment maternel afin de sauver son enfant, n'essaya jamais de le voir, et M. de Lorgerie, lui-même, recourut par prudence aux déguisements les plus variés pour rendre visite à la chère petite créature.
«Malgré tant de précautions, une catastrophe épouvantable atteignit le comte pendant une courte absence qu'il avait été contraint de faire.
« La ferme dans laquelle il faisait élever son petit Raoul prit feu, pendant une nuit, des quatre coins à la fois et engloutit sous ses décombres la famille
d'hoiuirlt's (Miltivateurs (jui l'habitait ; seul, iirélcml-oii, un f^airun de fcrm*!, (jui coucliail dans une 6tablo voisine, parvint à s'échapper. Encore fut-il impossible de s'en assurer, car le malheureux ne reparut pas.
« I^l;iit-C(î le hasard (jui avait allumé cet inccndif? IN'rsonne no le crut. Pour tous ceu.x (jui étaient dans la conlidenco de ce drame intime, il fut avéré que, malgré les précautions dont le père ot la mère de Raoul s'étaient entourés, le baron avait découvert l'asile du pauvre petitùtro, et l'avait immolé à sa vengeance, en sacrifiant inutilement la vie de ceux (jui l'avaient élevé.
« A dater de ce moment, Claire d'Ohllon accepta avec la résignation d'une martyre les douleurs que lui infligeait la colère divine.
« Insensible à tout, elle romjjit avec le monde toute relation, subissant avec un ascétisme de recluse le supplice du carcan auquel son mari l'avait condamnée. Sans doute elle le considérait comme une juste expiation de ses fautes, car nul n'entendit jamais tomber de sa bouche un mot de reproche ou d'amertume.
« Consacrant au soulagement des pauvres le temps et l'argent dont elle pouvait disposer, on la vit à toute heure du jour et de la nuit, accompagnée seulement de sa femme de chambre, parc(Airir les grands chemins, visiter les plus humbles demeures, disputer à la maladie et à la mort ceux qu'y avait voués la misère.
« Fort peu de ceux à qui elle prodiguait ses soins maternels la connaissaient, mais tous la comblaient de bénédictions et le nom de la Dame au collier montait vers le ciel avec leurs prières.
« La haine du baron s'était-elle apaisée? avait-il renoncé à toute vengeance? On le crut longtemps, car il avait fini par laisser aller sa femme en toute liberté, sans exercer sur elle la surveillance jalouse dont il la poursuivait jadis.
« Quanta moi, je suis certain que limpitoyable bourreau n'était pas encore satisfait et qu'il avait juré la mort de son rival préféré.
« Lorsque mourut le baron, il y a trois mois, sa femme fit répandre partout le bruit qu'il avait succombé à une congestion pulmonaire; mais j'étais encore à la Couldraye à cette époque, et il me fut possible de recueillir tous les bruits qui couraient au sujet de cette mort subite.
« Cependant, il m'aurait été impossible de découvrir la vérité au milieu de toutes ces versions contradictoires, si vous ne m'aviez pas involontairement ouvert les yeux.
— Moi ! se récria Flamberge, qui avait écouté avec un intérêt croissant ce longrécit.
— Oui vous, fit Réginald d'un ton de conviction profonde.
— Comment?
— En me racontant la tentative de meurtre à laquelle, au prix de votre sang, vous aviez arraché le comte de Lorgerie.
— Je ne comprends plus, fit le capitaine de plus en plus intrigué.
FLAMBEIIGE 403
— Vous allez voir comme toul s'enchaîne, mon ami, reprit RéginalJ, et quand je vous aurai dit ce que m'a appris de son côté Marguerite, vous jugerez vousmême si je me trompe en rétablissant, tels qu'ils se sont passés, les événements qui ont amené la mort du baron de Mérande.
Flamberge, qui entrait en scène à son insu, se rapprocha pour mieux écouter.
— Je vous ai dit que mademoiselle de Ghampfort avait usé de tous les moyens pour détourner le mariage odieux que lui imposait sa mère, et qu'elle avait écrit à son oncle, M. de Lorgerie, pour réclamer son intervention.
« Or, à la suite du coup terrible qui l'avait frappé, le comte avait pris le parti de s'exiler et s'était réfugié en Espagne. Marguerite ne savait comment lui faire parvenir sa lettre, lorsqu'elle eut l'inspiration de confier son embarras à la Dame au collier.
« La baronne, sachant mieux que personne quels inconvénients pouvaient résulter d'une union semblable, prit en pitié les tortures de la pauvre jeune fille et se chargea de faire remettre au comte la lettre que sa nièce lui adressait.
« Le barbn de Mérande eut assurément cônnaissa^ice de ce fait. De quelque façon qu'il s'y soit pris, pour moi ce n'est pas douteux. Saisit-il la lettre au passage? La lut-il? Ne la lut-il pas et crut-il que c'était sa femme qui écrivait au comte? Peu importe. Le résultat est le même. Le baron acquit la certitude que M. de Lorgerie allait revenir en France, et sa haine, que tout le monde croyait endormie, se réveilla plus féroce que jamais.
A ces mots, Réginald s'adressant directement à Flamberge :
— Commencez-vous à comprendre? demanda-t-il.
— Quoi! fit le capitaine, ce guet-apens dans la forêt d'Amboise... ce gentilhomme assisté de quatre laquais armés... c'était...
— Le baron de Mérande, oui, mon ami. Et, si vous en doutez encore, rappelez-vous les demi-confidences que vous a faites M. de Lorgerie. Il vous a dit qu'il avait gagné l'Espagne pour rendre le repos à une femme qu'il avait aimée de toute son âme; vous l'avez vu refuser de se défendre contre l'inconnu qui l'attaquait, et pousser la générosité jusqu'à vous supplier d'accorder la vie à ce gentilhomme; enfin il vous a dit, au moment où. vous quittiez Paris, que les raisons qui le forçaient à s'exiler n'existant plus, il allait désormais habiter la France. Eh bien! est-ce clair, tout cela? Ne devinez-vous pas que le baron de Mérande est le misérable assassin que vous avez tué?
— Puissiez-vous dire vrai, mon cher Réginald! Et béni soit Dieu qui m'a choisi pour purger la terre d'un monstre semblable!
— Voilà pourquoi je vous disais moi-même le jour où vous me racontiez cet épisode : N'ayez aucun remords, capitaine, car le coquin que vous avez puni a été pendant trente-cinq ans l'impitoyable bourreau de la plus sainte et de la plus résignée des martyres.
406 ri.AMiil<:HGË
— |]l jd in'apjilaudis d'avoir jou6 co, rftl»; <]r l'aiiRO oxlrrmiiial(!ur, ajouta l'MainlKM'f;-»'. puiscjiK» j'ai pu riMidrc à deux rdiiirs si crucllf'niont ('iprouvos le repos qu'ils avaient si ehîjremonl acheté. Mais, <lites-nioi, h iirésciiit que laliaroime est libre, est-co qu'elle porto toujours son collier?
— Toujo)irs. Oh! y vous l'ai dit, co coUier est devenu pour (die un véritable inslrunienl de torture et d'ex}»iation.
Flambergc était très ému. L'histoire de ces lrist(;s amours, traversées par tant de vicissitudes, l'avait doulourousemont oppressé.
Les fatales sympathies qu'il éprouvait pour tous les malheurs devaient en clîet l'entraîner vers la Dame au collier, comme elles l'avaient entraîne vers Réginald, vers le comte de Lorgerie, vers Ilerminie.
— Malheureuse femme! s'écria-t-il. Quel enfer que cette vie! Que n'ai-je pu la délivrer plus tôt du bourreau qui l'opprimait! Mais savait-elle comment était mort ce misérable?
— Elle s'en doulaîl, Je croîs, thaïs n,'en avait pas acquis la certitude avant ma visite, car lorsque je lui ai parlé de f attentat dont le comte avait failli être victime et de votre miraculeuse intervention...
— Ah! vous lui avez parlé de moi? Qu'a-t-elle dit? N'a-t-elle pas laissé échapper quelque parole de malédiction?
— Non, capitaine, rassurez-vous. Elle s'est même informée de vous, quand elle a su que vous étiez mon meilleur ami, et quand je lui ai raconté tout ce que vous aviez fait pour moi.
— Tant mieux! dit Flambcrge. Il m'aurait été pénible d'encourir le blâme de cette pauvre femme. Ah! c'est que vous ne me connaissez pas encore bien, mon cher Réginald! Vous ne vous figurez pas combien je suis superstitieux, impressionnable, et sensible à une foule de choses qui seraient insig-nifianles aux yeux des autres. Et, tenez, j'ai un poids sur la conscience depuis près de deux mois, pour avoir manqué de franchise envers vous.
— Est-il possible? fit le marquis étonné.
— Oui, je m'en accuse humblement, mon cher ami, car je ne sais pas mentir. Si vous n'aviez pas été vous-même si vivement préoccupé à cette époque, il vous aurait été facile de surprendre mon malaise et de confondre ma mauvaise foi.
— Quand donc? En quelles circonstances? demanda Réginald, de plus en plus surpris.
— Il vous souvient peut-être du jour oti je vous laissai en compagnie du vicomte de Guébriac et de ses amis, et oii je vous quittai pour me mettre à la recherche de Marguerite.
— Sans doute. C'est ce jour-là même que je commis l'imprudence de me laisser entraîner dans le fatal complot qui nous cause aujourd'hui tant d'embarras.
— Précisément, et c'est la gêne que vous éprouviez vis-à-vis de moi qui vous empêcha de remarquer le trouble que je ressentais moi-même; car lorsque je revins à Paris, j'avais rejoint Marguerite, j'avais surpris le projet de sa retraite, j'avais soupe même avec elle!
— Vous? fit Réginald. Et vous me l'avez caché?
— Oh ! vous n'êtes pas au bout, mon ami, et mes aveux vous réservent de bien autres surprises. Que direz-vous quand vous apprendrez que je suis épris de M"*' de Morlay, qu'elle m'aime, et que nous avons échangé aujourd'hui les serments les plus solennels?
— Vous! s'écria Réginald qui ne pouvait en croire ses oreilles.
— Oui, moi, le désespéré que vous avez connu, je suis redevenu un homme comme les autres. J'aime, j'ai confiance en l'avenir, je suis mille fois plus fou que vous, car j'ai derrière moi vingt années d'expérience, qui semblent me démontrer que ce rêve ne sera jamais une réalité.
— Mais comment est né cet amour? Comment s'est-il développé ? demanda le marquis stupéfait.
— Il est né de vos confidences, et c'est lors de ma première rencontre avec Herminie que mon cœur a commencé à battre.
A ces mots, Flamberg-e raconta à Réginald comment il avait rejoint la carriole de Françoise à Brétig-ny, comment il avait reconnu la duchesse sous le travestissement qu'elle avait adopté, et enfin comment il avait engagé sa parole envers M"^ de Morlay à la condition que Marguerite écrirait un mot au marquis pour le rassurer.
— Vous le voyez, dit-il, cet amour a grandi de part et d'autre sans qu'aucun événement dramatique l'ait provoqué. Il est issu do la sympathie que nos malheurs mutuels nous ont inspirée, et a pris, même dans l'éloignement, de telles proportions qu'aujourd'hui, je suis arrivé à la Bouillerie, nous nous sommes jetés dans les bras l'un de l'autre avec un élan dont notre loyauté seule a écarté les dangers.
— Mais comment, dans les circonstances actuelles, espérez-vous réaliser de tels projets? fit observer Réginald. Ce misérable assassin, qui se nomme le comte de Morlay, n'est-il pas acharné à notre poursuite comme la meute à la curée? Ne doit-il pas mourir fatalement de ma main ou de la vôtre si nous lui résistons?
— Oui, vous avez raison, dit Flamberge. Tout ce que vous m'opposez là, je l'ai pensé, je l'ai prévu. C'est pourquoi je suis plus fou que vous mille fois, mon ami, car un miracle seul peut nous sauver de cette situation inextricable, et je suis assez naïf pour admettre que ce miracle s'accomplira.
— Dieu vous entende! soupira tristement le jeune gentilhomme, mais pour ma part...
408 FLAMDEllGK
Au lii'ii (rachovcr s.i phrase, il accompagna ces paroles d'un mouvonioiiL Ac. tèlc i\ la fois (Mnproint d'incrédulilô et do découragement.
— Mais j'y ponso ! roitril-il aussitôt. Si vous avez vu Herminicî, elle a dû vous expliquer comment 1»; duc de Villaine avait découvert la retraite de, Marguerite.
— Klle l'ignore comme vous, mon ami. Ni le duc ni le comte ne lui ont donné à cet égard la moindre explication.
Il est indispensable à notre rôle de contiîur lidèle de combler cette lacune, afin de ne pas interrompre la suite déco récit.
Françoise Touchet avait renvoyé de La Bouillerie un valet de ferme dont elle avait à se plaindre. Celui-ci chercha naturellement à se placer ailleurs, et le hasard voulut qu'il so présentât chez M. do Lorgerie.
Depuis près de trois semaines le comte était de retour.
Il avait quitté Paris avec le duc de Villaine sur la piste que le lieutenant de police leur avait indiquée. Il s'agissait d'une femme jeune et blonde, qui répondait exactement au signalement de Marguerite, et qui, le jour même où la duchesse avait disparu, s'était enfuie de Paris avec le comte de Coissy, pour gagner la Normandie.
Les deux gentilshommes n'avaient pas eu de peine à rejoindre les fugitifs, car, en pareil cas, les amoureux s'attardent volontiers en chemin. Ils les avaient retrouvés à Mantes, oii ils se promenaient sentimentalement au bord de la Seine.
Une longue explication n'avait pas été nécessaire pour découvrir que la blonde compagne de M. de Coissy ne ressemblait pas du tout à la duchesse, et n'était autre que la fille d'un de ses fournisseurs que le jeune gentilhomme avait séduite.
Le duc et M. de Lorgerie revinrent donc sur leurs pas, s'arrêtèrent à peine vingt-quatre heures à Paris; puis, n'y trouvant aucun autre renseignement, ils se dirigèrent vers la Touraine, persuadés que Marguerite était allée chez sa mère.
Cet espoir fut déçu. M"^ de Champfort ne savait même pas ce que voulaient dire les deux gentilshommes.
Malgré tout, le duc de Villaine était convaincu quïl avait été joué par Réginald et par Marguerite. Cette idée fixe l'avait mis dans une telle fureur, que M"" de Champfort ne voulut pas lui permettre de s'éloigner, et le garda près d'elle.
Quant à M. de Lorgerie, il retourna dans ses terres. Depuis si longtemps il avait vécu étranger à ce qui s'y passait que, pour se dédommager de sa longue absence, il prétendit tout faire par lui-même à l'aveniE *
Aussi, lorsque se présenta le valet de ferme que Françoise avait congédié, ce fut au comte qu'on l'adressa.
Celui-ci l'interrogea longuement, tant sur la nature des travaux qu'il exécu-
Ils les avaient retrouvés à Mantes, où ils se promenaient au bord de la Seine. (Page 408.)
tait au château de La Bouillerie, que sur les personnes qui l'habitaient. Il s'intéressa bien plus aux réponses qu'il recevait, quand il apprit qu'après y avoir demeuré pendant quinze ans et l'avoir quitté, M"' de Morlay y était revenue depuis six semaines environ, en compagnie d'une jeune dame blonde, très élégante, distinguée, qu'elle avait ramenée de Paris dans la voiture de Françoise.
Ces. coïncidences ne pouvaient pas échapper à l'œil clairvoyant de M. de Lorgcrie. Il insista pour avoir le signalement de cette jeune femme, et crut reconnaître sa nièce.
LiV, £2 f . iioi éditeur.
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Avant (1(3 rii'i\ (liiT h M""" tl»^ Chaïuploil ni à Al. (1(5 Nillaim-, il vonlnl. s'en nssnrcr.
Il n ('lail pas (lil'lirilc, on l'a vu, (1(î juMnîlrcr an cliàlcau (l(Ua lionillcrit!. L(! romlc s'y rciulil, al lâcha son clioval à un arbrn voisin, se f^lissa dans I(îs charmilles cl vil i^laruucMilc se promener avec IIermini(î, 1res heureuse en apjiarence tic la liberté dont elle jouissait.
Il se yarda hien de se montrer et revint chez sa sneur, où il savait que le «hic était encore, puis il leur fit part de la découverte qu'il venait de faire.
M. de Villainc voulait partir à l'instant, hien que la nuit approchât. Le comto s'y refusa, remit au lendemain celte expédition, et engagea le duc à conserver le sang-froid qui convenait à sa dignité.
Celui-ci promit tout ce qu'on exigea de lui, et h; lendemain on se mit en roule. Malgré les engagements qu'il avait pris, M. de Yillaine ne put réprimer sa colère en apercevant Marguerite, et la saisit par le bras avec tant de violence que M. de Lorgerie dut interposer son autorité.
Il exigea donc que Marguerite habitât désormais auprès de sa mère, et pour que le duc n'échappât point par la ruse ou par la force à la clause qu'il lui imposait, il résolut de rester lui-même quelque temps chez sa sœur.
Malgré tant de précautions, malgré l'appui qu'il avait trouvé auprès des parents de sa jeune femme, le duc demeura incorrigible. Furieux de ne pouvoir agir à sa guise, exaspéré par la fuite de Marguerite et par l'aversion qu'elle lui témoignait, plus jaloux que jamais, il surveilla la jeune femme avec une persistance d'Argus.
La pauvre enfant ne pouvait plus faire un pas, sans voir briller derrière elle ces deux yeux étincelants qui lui faisaient peur. A propos d'un mot, d'un geste, d'une fleur, M. de Villaine se laissait aller à des emportements, que ne parvenait pas même à réprimer la présence du comte ou de M"" de Champfort.
Il en était arrivé à un tel état d'irritation qu'un tremblement nerveux s'était emparé de lui, que sa voix s'était altérée, et que ses regards même erraient parfois autour de lui avec une mobilité inquiétante.
M""" de Champfort commençait à regretter d'avoir donné sa fille à cet énergumène, et le comte se demandait s'il n'aurait pas mieux fait de laisser vivre en paix Marguerite dans l'asile qu'elle s'était choisi.
Il était évident qu'entre ces divers personnages la vie devenait de plus en plus difficile, et que la corde était trop tendue pour ne pas rompre.