COMMENT M. DE MORLAY SE TIRA D UN BIEN MAUVAIS PAS
A l'heure qu'il est, Flamberge et Réginakl n'avaient plus de secrets l'un pour l'autre. Unis de la plus étroite amitié, ils n'avaient plus à s'occuper que de combattre l'ennemi mortel que le cardinal avait lancé à leur poursuite.
Devant cette nécessité inévitable, toute autre considération devait s'effacer. Que Dieu fit ou non le miracle qu'attendait Flamberge, rien n'allait échapper désormais à sa circonspection ni affaiblir son courage.
De son côté, Réginald ne songeait plus ù fuir. Pour lui, comme pour le capitaine, la mort ou la vie étaient renfermées dans cette étroite maisonnette de Ghedigny, dans laquelle ils avaient décidé de livrer le combat suprême.
Jacques, le valet de ferme de Réginald, était revenu de Loches, apportant la poudre de mine que Flamberge avait demandée.
Le lendemain, 3 décembre, Flamberge commença d'organiser la défense. D'après ses calculs, quelque dihgence que fissent les chevau-légers, ils ne pouvaient pas arriver avant vingt-quatre heures à Ghedigny. Donc on avait tout le temps de bien les recevoir.
Deux ouvriers se mirent donc, sur les ordres du capitaine, à creuser, sous l'extrémité du pont de Ghedigny, un trou dans laquel fut déposée la poudre de mine que Jacques avait rapportée, tandis que Flamberge préparait lui-même la mèche destinée à y mettre le fou.
Réginald le regardait faire en silence, quand le capitaine releva brusquement la tête.
— Tenez-vous beaucoup à cette bicoque? demanda-t-il.
— Non, répondit le jeune gentilhomme. Est-ce que vous voulez la faire sauter aussi ?
— Ohl j'aurais une autre idée que celle-là, si vous me permettiez d'en disposer.
— Qu'à cela ne tienne! mon ami. Elle est tout entière à votre disposition.
— Je ne vous en demande que la moitié.
— Prenez-la donc.
— En ce cas, dites à Jacques d'enlever tous les meubles qui se trouvent dans le salon.
— Gomme il vous plaira. Je vais les faire mettre dans la remise.