LA PREMIERE ETAPE
Bien souvent vous avez entendu parler des forêts de Fontainebleau et de Compiègne, si souvent, que vous en avez certainement les oreilles rebattues et que les splendeurs dont on vous a entretenus sont devenues pour vous de véritables lieux communs. Mais vous a-t-on jamais rien dit de la forêt de Loches?
Non, n'est-ce pas?
Qu'est-ce que Loches, allez-vous demander, et que nous veut ce méchant auteur avec son Loches?
Je vais vous le dire en peu de mots :
Loin d'être un empire, Loches est une toute petite et très jolie sous-préfecture du département d'Indre-et-Loire, située à une distance à peu près égale do Tours etd'Amboise, en pleine Touraine, à deux pas do Saint-Avortin et de Vouvray, terroir de ces deux vins dont Rabelais a tant de fois célébré les louanges.
C'est sur le coteau qui domine cette petite ville au nord-est que se dessine la silhouette gigantesque de l'immense et admirable forêt sur laquelle j'essaye d'appeler votre attention.
Certes, elle n'est ni si pittoresque ni si accidentée que la forêt de Fontainebleau, mais elle est coupée de routes magnifiques et plantée d'arbres séculaires, si beaux, si robustes, si droits, que l'on s'arrête involontairement pour en mesurer la hauteur, humilié qu'on est de se sentir si petit devant ces colosses de végétation.
Çà et là quelques éclaircies, uniquement dues aux accidents de terrain, permettent à l'œil de plonger dans ces riantes vallées au fond desquelles serpentent, l'Indre, l'Indret, et une infinité d'autres ruisseaux, qu'on devine plutôt qu'on ne les voit, tant ils sont cachés sous le feuillage épais des saules et des peupliers.
Sur le manteau vert des plantureuses prairies que le reg-ard embrasse, paissent les troupeaux, enfoncés jusqu'au poitrail dans l'herbe épaisse qu'ils foulenl de leur pas pesant.
De l'autre côté des vallons la vig'ne élève en amphithéâtre ses innombrables rangées de pampres verdoyantes, formant un cadre ravissant aux maisonnettes, qui surgissent propres et luisantes, bâties de cette pierre particulière au pays qui a le don spécial de blanchir en vieillissant.
Dans ce délicieux tableau, rien de ce qui sent la misère ou la malpropreté ne choque les yeux; la plus pauvre des chaumières est aussi blanche que le plu?
24 l'M.AMItKlir.R
ainl)ili<'iix des chAloaiix. Toiil s(MnI)l«! avoir pris un air (]<' f»'; le pour soiirin; au lourislc (pii parcourt C(!S n''g-ioiis onclianléos.
Maiulcuant, loctcMirs, que vous êtes bien fixés sur la silii.ilioii ^'•éog^rajjliifjue cl sur riniporlaiicc aciucll»! dc^ C(^tlo pclilc ville, nîpoiicz-vous (mi arrière de (juehpie deux ceuls lr<Mile-(|ualie ans, el rappehîz-vous le temps où la 'l'ouraine jouait un rôle si dramatique dans l'hisloini accidentée do notre ancienne monarchie.
Nous sommes eu i6i2. Ce révolutionnaire qui se nommait le cardinal do Richelieu, — qui avait bien autrement combaltu Taristocratie que ne le firent plus tard les Robespierre et les Marat, puis(ju'il avait osé se mesurer avec elle, au moment où elle était le plus puissante, — venait enfin d'asseoir sur des bases solides la royauté de son auguste maître.
La noblesse était vaincue. Elle avait jiayé de plus d'un sang illustre les défailes successives que lui faisait subir l'impitoyable premier ministre ; elle était plus que vaincue, elle était domptée, et s'acheminait insensiblement vers le servilisme inouï dont elle fit preuve sous le règne du Roi-Soleil.
Epuisé par le combat, Richelieu, le vainqueur, assistait à son triomphe, semblable à ces héroïques forteresses qui ont résisté à vingt assauts, mais dont les murs démantelés présagent la ruine prochaine.
En ce temps-là, Loches n'était pas la simple et modeste sous-préfecture qu'elle est aujourd'hui. Elle avait son château, sa prison, sa citadelle, son beffroi, — toutes magnificences dont elle a conservé les vestiges, — et dressait orgueilleusement vers le ciel les poivrières aiguës de ses tourelles. Elle était place forte, place de guerre, et faisait partie de cette formidable ligne de défense, au sein de laquelle la vieille royauté avait si fréquemment trouvé un refuge contre les envahissements de l'Anglais.
A une demie-lieu de Loches, sur le coteau qui lui fait face, et dominant le village de Beaulieu, qu'il semblait protéger du haut de ses puissantes murailles, s'élevait un château d'assez belle apparence.
A ses pieds s'étendait l'immense prairie qui le séparait de la ville, dont il semblait être la sentinelle avancée; à sa droite on appcrcevait les masses verdoyantes de la forêt : à sa gauche la vallée qu'arrose l'Indret, et qui va se rétrécissant à perte de vue, sous les bouquets d'arbres de toute essence qui l'abritent contre les rayons de soleil.
Au delà de ce premier plan, aussi loin que la vue pouvait s'étendre, un horizon infini de vignes et de bois.
De loin ce château avait fort bon air. On voyait qu'il avait joué noblement son rôle dans l'histoire de la féodalité ; mais, à mesure qu'on en approchait, on découvrait que les créneaux étaient ébréchés, que les murs étaient lézardés de crevasses, menaçantes, et qu'à peine le château proprement dit était en état.
Encore n'aurait-il pas fallu être trop connaisseur pour s'apercevoir que les
Flamberge a pris Lourdot par les épaules et l'a jeté à la porte. (Page 28.)
portes et les fenêtres fermaient mal, et que certaines réparations urgentes avaient été faites à la hâte, sans trop de souci de l'architecture primitive.
EnPm il n'était pas difficile de voir que ce château remontait au moins à la fin du XV* siècle. Il avait donc environ cent cinquante ans d'existence et ne cherchait pas à le cacher.
Tout en frisant la ruine, il conservait cependant un certain cachet de grandeur et de majesté qui pouvait encore faire illusion à distance.
LiV. -4 ^- R"yi éditeur.
26 FI.AMUKlUil-:
Lo 10 scpicmhn* dr rotio aiiiiri' 1012, h laqiiclhî romojilc^ Tliisloirc dont nous 'liions tracer le récit liclMc, vers deux heures de l'après-iuidi, et par un j^ai soleil d'automne, un jeune honinio de vin^-qiiatre ou vifig^l-cinq ans franchissait I«î pont-levis du cliAleaii, et se dirif^eail vers la route do Loches,
(Juand nous disons pont-levis , nous sarrilions à la couleur locah;, car le pauvre j)ont-levis n'avait pas étti levé dej)uis plus de dix ans, et les fosses audessus des([uels il avait été abaissé étaient envahies maintenant par riie,rhe, les roseaux et la mousse.
Notre jeune cavalier était brun, grand, vif^oureux, et montait un cheval entièrement noir, assurém(Mit choisi par un connaisseur.
Il était suivi d'un laquais également monté sur un cheval robuste et trapu, et qui n'avait pour toute arme qu'un poignard pendu à la ceinture.
Dans les fontes qui garnissaient la selle du maître et celle du valet, on vivait reluire la crosse de quatre pistolets.
A côté du cavalier marchait un vieillard de soixante-cinq ans environ, qui jetait sur le jeune homme et sur sa monture un coup d'œil satisfait.
Après avoir fait quelques pas, le jeune cavalier s'arrêta, promena sur l'horizon un regard humide qui ressemblait à un adieu; puis se tournant vers le vieillard qui l'accompagnait, il lui tendit vivement la main.
— Adieu, mon bon Grimai, dit-il d'une voix qu'il essayait de raffermir.
Le vieillard mit un genou en terre, malgré les efforts que le jeune cavalier fît pour l'en empêcher, s'empara de la main qu'on lui tendait et l'embrassa respectueusement.
— Adieu, monsieur le marquis, murmura-t-il avec des larmes dans la voix. Mais il se redressasoudain, commepour secouer l'émotion qui s'emparait de lui.
— Ou plutôt au revoir! murmurat-t-il en contraignant ses lèvres à sourire. Le marquis lui serra vigoureusement la main, poussa un long soupir, et
s'arrachant à cette scène douloureuse, pressa doucement les flancs de sa mouture, qui fit un bond prodigieux et s'élança en avant.
Cinq minutes plus lard il touchait aux premières maisons de Beaulieu. Avant de s'engager dans la principale rue du village, il se retourna pour saluer une dernière fois le château qu'il venait de quitter.
Il aperçut le vieillard, immobile, à la place même où il l'avait laissé. Il prit son mouchoir et l'agita. Hélas le pauvre vieux ne le voyait pas! de grosse larmes coulaient sur sa joue llétrie et obscurcissait sa vue.
— Pauvre Grimai! soupira le jeune cavalier. Comme il doit souffrir! Enfin il rendit la main à sa monture et disparut aussitôt dans la rue de
Beaulieu. C'était fini ! il était sur la route d'Amboise.
Il avait si prudemment ménagé son cheval que cinq heures avaient sonné lorsqu'il arriva sur le quai d'Amboise et pénétra dans la cour de l'auberge du Li07i-d'0f'.
A son grand étonnemenl, pas un laquais n'accourut pour prendre les brides de sa monture.
— Holà, Jérôme! cria-t-il en fronçant légèrement les sourcils. Personne ne répondit.
— Jérôme! André! maître Lourdot, criat-t-il encore d'une voix que l'impatience commençait à altérer.
Pais, comme on ne répondait pas davantage à ce second appel :
— Ah çà! il n'y a donc personne ici pour me recevoir? reprit-il avec colore. Au même instant, parut une grosse femme de quarante ans, les yeux rougis,
les pommettes luisantes.
— Ah! monseigneur, excusez-nous, dit-elle en pleurant. Mon mari, Jérôme, et iVndré, sont en train de donner l'assaut à un gentilhomme qui s'est emparé de votre chambre.
— De ma chambre ! s'écria le jeune cavaHer, qui mit lestement pied à terre. Nous allons bien voir. . .
Au moment où le marquis mettait pied à terre, son laquais, qui l'avait rejoint, prenait son cheval par la bride et se dirigeait vers l'écurie.
Le gentilhomme pénétra dans l'intérieur de l'auberge, oii madame Lourdot l'avait précédé.
Dans l'immense cuisine, toute luisante d'ustensiles de cuivre et de poteries d'étain, flambait un grand feu devant lequel tournait tout seul le rôti abandonné.
Autour de ce feu l'hôtesse et ses deux servantes se tordaient les bras de désespoir et versaient des torrents de larmes,
— Mais enfin que se passe-t-il donc? demanda le marquis, qui ne comprenait rien à cette scène de désolation.
— Ce qui ce passe! s'écria madame Lourdot avec une indignation comique, il y a, monseigneur, que de puis bientôt un mois, un gentilhomme inconnu est venu s'installer dans la chambre que vous occupez ordinairement et qu'il n'y a pas moyen de l'en faire déloger.
— Yous ne savez pas quel est ce gentilhomme?
— Non, monseigneur.
— Est-il riche? Mcne-t-il grand train?
— Je ne sais pas s'il est riche, monseigneur, car je n'ai pas encore vu la couleur de son argent. Quant à son train de maison, il ne se compose absolument que du cheval de malheur qui l'a amené ici.
— Ce cheval est-il beau?
— Une bête admirable! monseigneur la verra demain s'il le désire,
— Et comment vit ce gentilhomme?
— Le mieux qu'il peut, monseigneur. Rien n'est assez bon pour lui : les meilleurs plats, les vins les plus délicats, tout y passe. Dans les premiers jours
nous Ml' (lisions licii, jiarce i\nc nous croyions (jut; criait par ordonnance du médrrin.
— Du nn'-dccin? inh'rion»|)iL If niarfiuis. Il est donc nialado?
— Ah! bien oui! nuilado! il niaiif^i; comme dt'iix cllioil comme f|iiatro.
— l'ourlant vous avez parlé du médecin...
— C'est vrai, monseif;iieur, mais j'avais oublié de vous dire (pie ce gentilhomme était blessé (piand il est arrivé.
— IJlessé! Où donc?
— A l'épaule franche.
— D'un coup d'épée?
— Non, monseig-neur, d'un coup de feu.
— Mais s'il est ici depuis un mois, vous ne pouvez pas ignorer son nom. (Juebiu'un est certainement venu le voir.
— Personne.
— Quoi! pas un parent, pas un ami?
— Pas un chat.
— Ainsi, depuis cette époque ce gentilhomme blessé vit seul dans cette chambre?
— Oui, monseigneur.
— Et ne sort jamais?
— 11 n'a pas mis les pieds dehors une seule fois.
— Que fait-il alors?
— Il boit, il mange et il dort.
— Il n'est donc pas guéri?
— Il doit l'être aujourd'hui, monseigneur.
— C'est lui qui vous l'a dit?
— iXon, monseigneur, mais hier, après avoir re(^u le courrier que vous m'avez envoyé, j'ai interrogé le médecin. Il m'a répondu que le blessé allait beaucoup mieux, et pouvait enfin sortir. Aussi mon mari a pris son courage à deux mains, est monté chez lui, et lui a déclaré que le marquis de La Gouldraye devant arriver le lendemain, il avait absolument besoin de cette chambre pour le recevoir.
(( — Quel marquis de La Gouldraye? a demandé le gentilhomme; l'ami du maréchal de Montmorency?
« — Son fils, oui, monsieur, a répondu mon mari.
« Le gentilhomme a paru hésiter un instant.
« — J'en suis fâché, a-t-il fini par déclarer; mais je suis ici depuis plus de trois semaines et, par droit de priorité, j'y reste.
(( Mon mari s'est fâché tout rouge, lui a réclamé de l'argent qui lui était dû; le gentilhomme lui a ri au nez. Lourdot s'est mis à crier, à menacer; le blessé l'a pris par les épaules et l'a jeté à la porte.
« Alors, nous avons tenu conseil et nous avons décidé de le réduire par la famine. »
Ici le cavalier ne put réprimer un g-este de surprise.
— De sorte que... demanda-t-il.
— De sorte que ce matin nous ne lui avons apporté ni son déjeuner ni son dîner, et que ce soir on ne lui donnera pas à souper.
— Comment! le malheureux n'a pas mangé de la journée?
— Non, monseigneur. Aussi, si nous avions reçu plus tôt le courrier qui nous a annoncé votre arrivée, nous aurions eu raison sans la moindre violence de cet entêté ; mais comme nous vous attendions aujourd'hui, mon mari n'a pas voulu patienter plus longtemps.
« Tout à l'heure il est remonté chez ce gentilhomme. André à pris une broche, Jérôme s'est armé d'une fourche, Lourdot a tiré de l'étui son grand couteau, et il sont allés tenter l'assaut.
— Mais je n'entends rien! fit observer le marquis, qui prêtait inutilement l'oreille.
— Mon mari est très prudent, répliqua Thôtesse. Sans doute il aura essayé de parlementer.
A peine avait-elle achevé cette phrase que, par l'escalier qui se trouvait au bout de la cuisine, on entendit des pas précipités et un grand bruit de ferraille.
— C'est l'assaut qui commence! s'écria madame Lourdot en joignant les mains et en levant les yeux vers le ciel.
Le marquis se précipita vers l'escalier, dont il franchit rapidement les premières marches.
Il reconnut Jérôme et André qui fuyaient bravement et entrechoquaient dans leur trouble les instruments dont ils étaient armés. Quant à Lourdot, il s'était collé au mur et avait laissé tomber son coutelas.
De bout, sur le seuil d'une chambre dont la porte était ouverte, se tenait le gentilhomme; dans sa main droite on voyait briller le canon d'un pistolet.
— Qu'est-ce que c'est, maroulles? disait-il. Allez, ajouta-t-il en étendant la main d'un geste impérieux, ou le premier qui bouge je lui fais sauter la cervelle.
Il aperçut alors le jeune marquis qui venait de poser le pied sur le palier du premier étage. ^
— Monsieur le marquis de La Couldraye, peut-être? iit-il d'un air avenant.
— Lui-même, monsieur, répondit le jeune cavalier.
— Donnez-vous donc la peine d'entrer, monseigneur, vous êtes chez vous, dit l'inconnu d'un ton de parfaite courtoisie.
Le marquis fut très surpris. Il s'attendait à des cris, à des menaces, presque à une bataille, et voilà que la porte de sa chambre s'ouvrait devant lui sans coup férir!
FLAMDKIlGl'i
Mil flTcl, le i^oiilillmimnc rl;iiL ihiiis le curridoi' cl s'tîll'ai'ail [loiir laisser pass(îr le marquis.
iN'olic j(Uiiu» cavali(>r jcla sur ce siuf^ulier introdiiclcur un coup (l'd'il lajiidc Il vil un hoinuK^ de lr(MiU!-ciii(| ans ouviroii, ^rand cl vigour(;ux, — plus faraud cl [dus vigoureux (|uc lui, — dunl la voix et les maniijres sentaient d'une lieue le {^cnlilhonime.
Il n'iicsila pas.
Se raj)p»daul tout à coup que ce malheureux n'avait prohablcment pas d'arm'nl, puis(|ue l'hôtesse se plaii^iiait de n'en avoir pas vu la couleur, qu'en outre il était blessé, et n'avait pas mangé de la joiiriiéc, tandis que son souper tout prêt rôtissait devant la cheminée, il se tourna vers maître Loui'dot :
— Allez, ordonna-t-il en le congédiant d'un geste souverain, je réponds de tout et j'entends que dans dix minutes mon souper soit servi.
— Mais dans quelle chambre, monseigneur? demanda Lourdot, dont le visage s'était épanoui.
— Dans celle-ci, dit le marquis.
— Mais, monseigneur, cet étranger...
— Consent à me donner l'hospitalité, vous le voyez bien. Vous apporterez deux couverts, ajouta-t-il, et votre meilleur vin, ne l'oubliez pas.
Maître Lourdot salua jusqu'à terre et s'éloigna d'un pas agile. Désormais il était tranquille : M. le marquis avait répondu de tout.
Quant au jeune cavalier, il entra délibérément dans la chambre, en saluant l'inconnu avec une exquise urbanité.
Celui-ci le suivit à son tour et ferma la porte.
— Monsieur, lit le marquis, je vous demande bien pardon de la liberté que je prends de me faire servir à souper chez vous et de vous inviter à partager mon repas sans avoir obtenu votre assentiment.
— Pardon, interrompit le gentilhomme avec un doux sourire^ au fond duquel il y avait pourtant un peu de tristesse et d'amertume, mais depuis combien de temps ètes-vous arrivé au Lioii-cCOr?
— Depuis un queirt d'heure à peine, monsieur.
— Et vous avez vu madame Lourdot?
— Je l'ai vue toute bouleversée...
— Ah! je comprends. Elle yo^È> à tout appris.
— Tout quoi?
— Oh! je vous ai deviné, monseigneur, ne vous en défendez pas : on vous a dit que j'étais sans argent, et vous avez répondu de ma dépense; on vous a dit que je n'avais pas mangé de la journée et vous m'invitez à souper, — tout cela sans me connaître, sans savoir si je suis digne de vos bontés. Eh bien! monseigneur, vous avez beau dire, c'est beau, c'est rare, c'est généreux 1
— Mais il no tient qu'à vous, monsieur, de me faire savoir à qui j'ai rendu ce léger service. Est-il indiscret de vous demander votre nom?
— C'est d'autant plus indiscret, monseigneur, que je ne le connais pas moi-même, répondit le gentilhomme avec ce même sourire, doux et triste à la fois.
— Pourtant vous portez un nom quelconque, balbutia le marquis étonné.
— Oh! monseigneur, c'est toute une histoire, répondit l'inconnu dont le front s'assombrit.
Le marquis fit un geste de dénégation.
— Je ne vous demande pas cette histoire, je n'ai en aucune façon la prétention de surprendre vos secrets, je vous prie seulement de me faire connaître le nom duquel je dois vous saluer.
— Je me nomme, ou plutôt on me nomme Flamberge, monseigneur, répondit le gentilhomme.
Le marquis ne fut pas maître d'un mouvement de surprise.
— Cela vous étonne? continua l'étranger. En effet ce n'est pas un nom cela, c'est un surnom, n'est-ce pas?
— Je le pensais, monsieur.
— C'est pourtant tout ce que je puis vous apprendre, fit le gentilhomme.
— Va pour Flamberge! dit gaiement le jeune cavalier. Ainsi, poursuivit-il, vous consentez à souper avec moi, monsieur Flamberge?
— Très volontiers, monseigneur, répliqua le gentilhomme. Et quoique je meure de faim^ ajouta-t-il avec une dignité réelle, croyez que cet un honneur que je ne ferais pas au premier venu.
— Vous me connaissez donc?
— Non, pas vous, mais j'ai connu votre père, j'ai combattu dix fois à ses côtés; je sais qu'il était un des plus galants gentilshommes et une des plus vaillantes épées que j'aie jamais rencontrées.
— Vrai Dieu! monsieur, vous m'ensoleillez le cœur, fit le marquis. Cela fait plaisir d'entendre ainsi parler de son père par quelqu'un dont on n'a pas à suspecter la sincérité.
— Vous ne supposez pas, je pense, que je descendrais à de viles flatteries pour payer le souper que vous m'avez offert ?
— A Dieu ne plaise! monsieur. Aussi puisque nous sommes en train do faire connaissance, reprit le jeune cavalier, permettez-moi de vous présenter moi-même le marquis Réginald de La Couldraye, comte de Bressolles et de Mustangos, baron de Vorcelles, des Cormièrcs et autres lieux, âgé do vingt-quatre ans, n'ayant plus ni père ni mère, libre par conséquent de son temps, de sa personne, et fort em])arrassé de savoir qu'on faire.
— Quand on s'appelle le marquis de La Couldraye et qu'on a une fortune
3î FLAMniCIlGB
commn la vAlrc, rrpondit l-'Iainhorpc, on n'est jamais cinharrassi'! dr l'un ni <1<î l'anlrt'.
— Vous n'avo/, (|ii'à moitié raison, monsicnr : h; nom est bien h moi, jxîfsonnt' ne peut m'en dépouiller, mais lafortun»*...
Au lit'u d'achever sa j)ensé(», Héf^inald lioclia soucieusrmcnt la tète.
Eu ce moment parut niaîlre, Lourdot suivi d'une servante et d'un valet qui venaient dresser \c. couvert.
Pendant les allées et venues que ces apprêts nécessittirent, les deux gentilshommes f^ardèrent un silence absolu.
Kulin l'aubergiste reparut, portant triomphalement de chaque main deux plats qu'il déposa sur la table.
— Je me permettrai, dit-il, de recommander à monseigneur ce salmis de perdreaux et ce p;\té de lièvre, que j'ai tout particulièrement soignés à son intention. Quant au rôti...
— Vous le servirez dans une demie-heure, interrompit Réginald. Jusque-là, que personne ne vienne nous déranger. Avons-nous du vin?
Pour toute réponse, maître Lourdot montra du doigt un panier plein de bouteilles, que Jérôme venait de poser à côté de la table.
— Bien, laissez-nous, dit Réginald, et ne revenez pas avant une demi-heure ou je vous coupe les oreilles.
Lourdot s'inclina docilement et s'esquiva.
Le marquis invita du geste Flamberge à s'asseoir, et prit place en face de lui.
Flamberge ne se fit pas prier et attaqua résolument le salmis, en homme qu'un jeûne de vingt-quatre heures dispose à toutes les prouesses gastronomiques
Réginald, tout en lui tenant tête de son mieux, souriait de voir son invité faire si gaillardement honneur à la cusine du Lion-d'Or^ et découpait le pâté de venaison.
— Je crois, monsieur, dit-il, que je n'ai rien à vous apprendre relativement aux talents culinaires de maître Lourdot. Ce gros homme sur le nom duquel on a épuisé toutes les plaisanteries imaginables, n'est pas un méchant homme, je vous l'assure, malgré les menaces qu'il vous a adressées et la violence qu'il a tenté de vous faire. De tout cela il ne faut vous en prendre qu'à moi, car la chambre que vous habitez est celle dans laquelle je couche toutes les fois que je viens à Amboise, ce qui m'arrive à peu près tous les mois.
— Qu'à cela ne tienne, monseigneur, elle est à votre disposition dès à présent.
— Non pas, monsieur Flamberge. Je ne suis pas encore un maniaque, et je ne souffrirai pas qu'un blessé...
— Oh! si c'est ma blessure qui vous inquiète, monseigneur, rassurezvous, dit Flamberge. Elle est radicalement guérie depuis quatre ou cinq jours.
FLAMBEUGE
Ilmo ramena ma mouture, alla tremper da.is ime marc voisiue son mouchoir... iPagc 38.)
— Pourlatit, vous gardiez l<i chambre.
— Il le fallait bien, monseigneur, je n'avais pas une obole, et je voulais, pour m'en aller à pied, attendre que je fusse complètement rétabli.
— Gomment! partir à pied? Mais vous avez un cheval admirable à récurie, m'a-t-on dit...
— Une bête magnifique et que je ne donnerais pas pour deux cents pisloles, monseigneur. Seulement, comme j'avais un médecin à payer, comme je me
^- F. ROY, éditeu»
84 l"l.A.Ml{i:ilUK
serais l'ail im sciuinilc do rien devoir ii ni.iilre Lomdol, je Idi .-iiirais laisse mon cii(5val (Ml f^Hi^e.
— Je suis lieiireiix d'elle .irrivé à IcMiips pour vous éjtaiLîiier c<; crève-cœur, lit Ilrginald. .lésais Irop conibit'u un cavalier ti<;iit j'i sa mo^llIn^
— iN'allcz pas si vite, monsoif^iuMir, dil Flaiiiherf^o; je n'ai (îiicoro accepté que votre souper.
— Soit! N'en parlons plus pour le nioiniMit oX causons d'auln! chose. Il y a \m mois environ, m'a-l-on dit encore, que vous êtes arrivé ici hNîSsé d'un cou]) de feu à l'épaule.
— C'est la vérité, monseigneur.
— Mais d'où vous venait cette blessure?
« Nous ne sommes en g^uerre avec personne en ce moment. Est-ce dans un duel? Est-ce à la suite de quelque aventure d'amour?...
— Non, monseigneur, les av«Mitures galantes et moi, nous ne sommes i)as faits pour nous entendre. Quand on n'a ni nom ni fortune...
— Bien; mais, quand on est fait comme vous l'êtes, quand on a le ton et les manières que vous possédez, il est impossible que l'on trouve beaucoup de cruelles.
— Oh ! je ne prétends pas me faire passer pour un céno])ite, dit Flamberge en riant; mais à vrai dire, je n'ai jamais eu le temps de m'occuper d'amour. J'ai bien laissé çà et là, dans mes nombreuses pérégrinations, quelques souvenirs, mais ils ne valent pas la peine que l'on s'y arrête un instant.
— Ainsi, ce n'est pas dans un duel que vous avez été blessé?
— Non, monseigneur, c'est dans un combat, et dans un combat d'autant plus stupide, que je ne connaissais pas plus le nom de celui que j'attaquais que de celui que je défendais,
— Allons donc !... ce n'est pas possible!
— Ce n'est pas possible, mais c'est vrai.
— Pouvez-vous me raconter cet épisode?
— Très volontiers, monseigneur, dit Flamberge^ qui venait d'entamer le pâté.
— Vous connaissez aussi bien que moi, — que dis-je? certainement mieux que moi, cette immense forêt qui se trouve aux portes d'Amboise, et par laquelle vous êtes inévitablement passé puisque vous arrivez de Loches.
« Je venais de Tours et je me dirigeais vers Amboise, dont j'étais éloigné d'une lieue à peine, lorsque, vaincu par la chaleur plutôt que par la fatigue, et ne voulant pas entrer à Amboise avant la nuit, en raison de mon modeste équipage, je résolus de faire halte dans la forêt.
« Je m'enfonçai de quelques pas dans le taillis, j'attachai mon cheval à un arbre, et je m'étendis paresseusement sur l'herbe. Bientôt le sommeil me gagna. Au mois d'août, vous le savez, on dort partout, moi surtout qui ai fait la guerre pendant quinze ans, tant en Italie qu'en France, et qui ai couché sur la
dure plus souvent que dans un bon lit. Par la môme raison, j'ai l'ouïe très fine, et je me réveille à la moindre alerte.
« Il y avait deux heures environ que je dormais, quand j'entendis un bruit de branches froissées. Je dressai l'oreille sans bouger de place, et, quoique la nuit commençât à tomber, je distinguai la silhouette de cinq individus qui se dissimulaient dans le fourré, comme s'ils préparaient une embuscade.
« Je levais doucement la tête et j'observai.
« De ces cinq individus, quatre étaient de simples laquais, un seul était gentilhomme.
« — Attention ! disait-il à demi-voix, c'est ici qu'il va passer. Vos armes sont-elles en état? »
« En même temps qu'il prononçait ces paroles, il inspectait les batteries et s'assurait que l'amorce était bien fraîche.
« C'était un homme de cinquante-cinq à soixante ans, petit mais trapu, aux cheveux et à la moustache grisonnants, dont la physionomie dure et l'expression cruelle me donnèrent le frisson. Sous ses épais sourcils il roulait des yeux verts, aussi brillants que ceux du tigre qui a flairé l'odeur du sang-.
« — Aussitôt qu'il paraîtra, recommanda-t-il, élancez-vous sur lui et faites feu de vos huit pistolets à la fois. »
« [1 se tut et se pencha en avant.
« — Cette fois ma vengeance ne m'échappera pas ! » murmura-t-il.
« Au même instant j'entendis sur la route résonner le sabot d'un cheval. »
Réginald écoutait avec la plus grande attention.
— Je me relevai sans bruit, reprit Flamberge, et pendant que le visage de ces bandits était tourné vers le grand chemin, je m'approchai de mon cheval, je saisis les pistolets qui se trouvaient dans mes fontes, et je me dirigeai tout doucement vers le groupe de coquins que je surveillais.
« J'en étais à dix pas, lorsque j*entendis celui qui les commandait s'écrier en montrant un cavalier qui s'avançait sur la route :
« — Le voilà! C'est bien lui. Je le reconnais à la haine qu'il m'inspire. »
« Puis s'adressant à ses laquais :
« — Etes-vous prêts? » demanda-t-il.
« Les quatre hommes no répondirent pas, mais ils montrèrent d'un geste unanime les armes qu'ils tenaient à la main.
« Je me penchai également pour voir contre qui se faisaient ces préparatifs do mort, et j'aperçus un cavalier du même âge à peu près que le gentilhomme, mais beaucoup plus grand, bien mieux fait et d'une tournure infiniment plus distinguée.
« Il marchait au pas, mais on voyait qu'il venait de fournir une longue traite, car son cheval était ])lanc d'écume et soufflait bruyamment.
« .1»' II»» saiiiais vous «'X|>li(|iit'i- rc «iiiisc, passa eu moi, dil l''lainl»t;rj^(r, (]iii i\n, songeait plus à inanf;t'i\ mais je mr sculis l'irmir (1<^ la lAlc aux |>itMls, à la prusi^n qnt^ co cavalier allait pn-dic la vif dans l'iLiiiolilc f^iiol-ajxMis (pi'oii lui tnidait. t< .l'avais ;\ priiir i-iiIimîvii sou visa^f [iàl(ï <•! triste, cncadi'é <1<' Idiius cheveux pres(pie lilaucs, (pu' déjà j'étais attiré V(!rs lui p.ir uue ïnvvc. (U'esrpie iii\i(il)le, et (pie je résolus aussitôt do lui venir eu aide.
i« J'ai cherché de|Hiis à me rendre compte dece mouvemeul irrésistible, liien souvent j'ai été à mènui de prendre la défense! du l'iiihle contre le t'oiM, de la victime contre le bourreau ; mais jamais, je vous le jure, je n'ai obéi à une impulsion semblable. Tout mon être se révoltait positivement à l'idée que cet homme pouvait succond)er si je ne volais à son secours.
« Ma résolution l'ut pour ainsi dire instantanée. Vous pensez bien, du reste, que je n'eus pas le temps de rélléchir loui^ucmcnt, puisque ce cavalier s'avançait à grands pas vers la mort qui l'attendait.
« Au moment où il passait dcîvant les assassins qui le guettaient, le chef de ces misérables se précipita à la bride du cheval et lui imprima une si violente secousse que la pauvre bête ploya sur ses jambes de derrière. u — Feu! » cria-t-il en même temps à ses quatre hommes. X Mais, avant qu'ils eussent le temps de se ruer sur leur victime, j'en avais abattu deux avec mes pistolets, et je me précipitais, l'épée haute, sur les deux autres, tout stupéfaits de cette incompréhensible agression.
Le moment d'hésitation qui s'empara d'eux permit au cavalier de saisir à son tour ses pistolets et de se mettre sur la défensive.
« Une chose m'avait frappé, c'est qu'en reconnaissant l'ennemi qui avait sauté à la bride de son cheval, le cavalier avait pâli et n'avait fait aucun effort pour se dégager.
— Feu donc! cria le gentilhomme aux deux coquins qui lui restaient. « Ceux-ci se précipitèrent enfin sur le cavalier et tirèrent leurs quatre coups de pistolet à la fois, mais avec une telle maladresse que pas une balle n'atteignit celui qu'ils visaient.
Ils étaient du reste à moitié affolés de terreur. Ils avaient vu tomber leurs deux camarades, sans savoir pourquoi ni comment. Ils s'attendaient à surprendre un homme sans défense, et c'étaient eux qui s'étaient laissé surprendre par un ennemi invisible. Ils avaient perdu la tête.
« Aussi, lorsque je sortis enfin du taillis et que je m'élançai sur eux l'épée haute, ils poussèrent un cri de terreur et prirent la fuite à toutes jambes, sans écouter les terribles imprécations de leur maître, qui s'efforçait inutilement de les ramener au combat...
« Quand je les vis en fuite, je me jetai résolument sur le seul adversaire qui nous restât.
« Il lâcha précipitamment la bride du cheval et dégaina pour se mettre en défense. Emporté par une indignation dont je n'étais pas maître, je n'entendis pas tout d'abord les supplications que m'adressait le cavalier. Aussi, au bout de trois minutes de combat, j'avais désarmé mon adversaire, et, m'élançant sur lui avec une irrésistible furie, je l'avais terrassé. Je le tenais cloué au sol, la pointe de mon épée appuyée sur la poitrine, lorsque le cavalier que je venais de sauver d'un trépas assuré se jeta entre nous, releva vivement mon épée et lui dit avec un geste vraiment chevaleresque :
« — Relevez-vous, monsieur. »
« Puis, croisant les bras sur la poitrine :
« — Qu'est-ce que cela signifie?» demanda-t-il en jetant alternativement les yeux sur ce gentilhomme et sur moi.
(( Je lui racontai ce que j'avais entendu et par quel miracle il venait d'échapper à la mort.
« Il sourit d'un air triste qui me serra le cœur...
« — Merci, dit-il simplement en me pressant la main.
« Alors s'adressant au gentilhomme :
« — Allez, reprit-il, et estimez-vous heureux que j'aie juré jadis de ne pas verser votre sang. »
« Quant au gentilhomme, loin qu'une si grande générosité le touchât, il était devenu livide ; ses lèvres pâles écumaient de rage et ses yeux s'injectaient de sang.
« Sots et confiants comme le sont tous les honnêtes gens, nous n'avions remarqué, ni le cavalier ni moi, que le gentilhomme portait dans sa ceinture une paire de pistolets. Nous lui faisions grâce de la vie, nous lui donnions la Hberté, bêtement, nous imaginant qu'il s'estimerait trop heureux d'en être quitte à si bon marché.
« Mais lui, emporté par sa colère et par haine, lorsqu'il nous vit dédaigneux et pour ainsi dire désarmés, il tira brusquement ses deux pistolets et fit feu à la fols sur le cavalier et sur moi.
(( Fort heureusement pour lui, le cavalier vit le geste et se baissa à temps pour que la balle déchirât seulement le feutre qui lui couvrait la tête.
« Quant à moi, la seconde balle m'atteignit à l'épaule gauche.
« Pour le coup la fureur et la douleur l'emportèrent sur toute autre considération. J'avais encore à la main mon épée nue, je me jetai sur ce misérable et je le traversai de part en part.
« — Qu'avez-vous fait, malheureux?» s'écria le cavaher.
« — Ah! ma foi, monsieur, lui répondis-je en essuyant ma rapière, je n'avais rien juré, moi. »
« Ressaya de porter secours à son ennemi, mais il était trop tard. Le traître vomissait le sang par le nez et parla bouche. L'hémorragie l'avait étouilo.
38 FLAMIlKltGK
„ — Allons, moiisioiir, t'ii n»iil(> ! rri.ii-jtî fin r'.ivalii'i-. .. !<■ dialili; aura soin (1(5 laniasscr si>s créai urrs. »
(( Il se lourna vrrs moi cl vil mon jKuiijKtinl loni lâche (1(ï sang".
„ — (lomiuciil ! vnns ("'les l)lcss(''! s'ccria-l-il.
,( — |,(''i;(Mt'nicnl, oni. monsit'iic; voilà |(i)in"(|iioi i(! ne mcsonciepas de res- !cr ici pins loni;lcmi»s.
(, — Montez snr mon cheval, ilil-il, nous sommes à p(!U de distance (h- la ville, je vous accompagnerai à pied jusque chez vous.
« — J,> ne suis pas d'Amhoise, lui répondis-je, et mon clu^val m'attend dans p^ taillis. Je vous prierai seulement d'aller me le chercher, car cette maudite hhîssure commence h me faire atrocement souiïrir. »
K( 11 me ramena ma monture, alla tremper dans une marc voisine son mouchoir, qu'il posa sur ma blessure, et nous reprîmes notre route.
(( Chemin faisant, je lui racontai avec de plus amples détails à qin^l singulier hasard il devait la vie.
« Il me remercia chaleureusement de mon intervention.
(( — Je suis aux regrets de ne pas pouvoir rester auprès de vous, dit-il ; mais \c suis appelé à Paris par ma nièce, que l'on veut contraindre à faire un mariage disproportionné, et j'ai bien peur de ne pas arriver à temps pour l'empêcher. Dans tous les cas, et bien que je n'aie pas une minute à perdre, vous me permettrez de vous accompagner jusqu'à l'hcjtel que vous aurez choisi. »
« Je sus alors qu'il se nommait le comte de Lorgerie. Il me donna son adresse à Paris, m'offrit ses services avec beaucoup de cordialité et me recommanda surtout de lui faire parvenir de mes nouvelles aussitôt que cela me serait possible.
« Une heure après, le comte me laissait au Lmi d'or et repartait pour Paris, sans revenir une seule fois sur l'accident qui avait failli interrompre son voyage, et sans m'avoir même appris le nom de l'ennemi dont je l'avais débarrassé.
Et vous dites qu'il y a environ un mois que cela s'est passé? demanda
Ré"inald, qui n'avait pas perdu un mot de ce récit mouvementé.
— Oui, monseigneur.
Rappelez bien vos souvenirs; n'était-ce pas le 23 août?
— Précisément, monseigneur.
Ah! tout s'explique, fit Réginald à demi-voix. Celte prétendue mort
subite... ce nom de Lorgerie.
— Tout quoi? demanda Flamberge très intrigué...
— Ah! c'est un drame terrible, dit gravement lléginald.