LES CONFIDENCES
FJamberge à son tour se rapprocha curieusement.
— Et ce drame, vous allez me le raconter? interrogea-t-il.
— Non, répondit Réginald. Il s'agit d'un secret qui n'est pas le mien. Ce secret appartient à la plus malheureuse des victimes, à la plus sainte et à la plus résignée des martyres.
— C'est difl'érent, dit Flamberge; mais c'est dommage, car vous m'aviez littéralement mis l'eau à la bouche.
— Je le regrette, fit Réginald, mais pui&que le comte de Lorgerie, qui est dans le secret bien plus avant que moi^ a soigneusement évité de faire allusion à cette histoire devant vous, qui veniez de lui sauver la vie, à plus forte raison m'est-il interdit, à moi qui y suis complètement étranger, de soulever le voile qui recouvre ces événements.
— Comment les avez-vous appris cependant?
— C'est Grimai, le plus ancien des serviteurs de mon père, qui m'en a instruit. Il connaît à fond la chronique de toutes les familles de la contrée.
— Alors je me résigne, dit Flamberge, en reprenant sa fourchette.
— Tout ce que je puis vous dire, ajouta Réginald, — encore est-ce uniquement pour tranquilliser votre conscience, — c'est que le gentithomme que vous avez tué, a été, depuis trente-six ans, le plus impitoyable des bourreaux et que le ciel lui réservait sans doute depuis longtemps le trépas qui a terminé sa misérable existence.
— Ah ! vous me mettez du baume dans le cœur, monseigneur, dit Flamberge en avalant un grand verre devin d'Anjou. A vrai dire, continua-t-il, je m'en doutais bien un peu, et je vous avoue que les remords n'ont pas trop assailli mon sommeil, car un gentilhomme qui a recours à un guet-apens pour se débarrasser d'un ennemi est, à mes yeux, le dernier des coquins.
Au moment où il achevait cette phrase, maître Lourdot fit son apparition et servit un rôti fumant, dont le parfum chatouilla déhcieusement l'odorat des deux convives.
Pendant le reste du souper, il ne fut plus question de cette histoire. La conversation roula uniquement sur les beautés du pays, que Flamberge connaissait presque aussi bien que le jeune marquis de La Couldraye.
Enfin la table disparut avec les victuailles, et les deux gentilshommes se
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Iroiivi'itMit seuls (levant une houleille de vin d'Espagne, qu'ils avaient gardée jioiir la bonne lioiiche.
Le sonper avail lompn la i;lare. Déjfi ils i>onvaient s'apprf'TJer l'nn ci l'autro. (l'élaienl d'ailleurs deux natures loyales et généreuses qui d(!vaient facilement se comprendre.
— Monseigneur, dit tout à coup, Flamberge, vous allez me trouver bien indiscrel, mais vous avez jtrononré dès le déhut de notre entretien certaines paroles qui ont provoqué (mi moi un excessif étonnement.
— Lesquelles, mon cher monsieur?
— Je n'ai pas osé vous en demander l'explication tout d'abord, mais vous avez eu le talent de si bien me mettre à l'aise, que je n'hésite plus avons témoigner ma surprise.
— Parlez. De quoi s'agit-il?
— Je vous disais qu'avec un nom et une fortune comme les vôtres on ne devait jamais être dans l'embarras. Vous m'avez donné raison quant au nom; mais, en me parlant de la fortune, votre front s'est couvert de nuages et la parole s'est figée sur vos lèvres.
— C'est vrai ! soupira Réginald.
— Pourquoi? j'ai connu le feu marquis de La Couldraye, je vous l'ai dit : je sais qu'il menait grand train et qu'on lui attribuait de gros revenus. Est-ce qu'il les aurait dissipés.
— Pas le moins du monde, mon ami ; au contraire.
— Alors pourquoi êtes-vous si triste, maintenant encore que je remets'celte question sur le tapis?
— Hélas! c'est que j'ai bien peur que cette fortune soit à jamais perdue pour moi.
— Que dites-vous? Comment a-t-elle pu vous échapper?
— Ah ! c'est encore une vilaine histoire que celle-là, fit Réginald avec une sorte de dégoût.
— Et ne pouvez-vous pas me le raconter?
— Oh ! je ne cherche à rien cacher de ce qui me concerne, dit le marquis avec une franchise toute juvénile. D'ailleurs, c'est en grande partie à cette circonstance que je dois le plaisir de vous avoir rencontré.
— Comment?
— Sans doute, puisque j'ai fait aujourd'hui ma première étape.
— Où donc allez-vous?
— A Paris.
— Pour y chercher fortune ?
— Pour y rechercher ma fortune, répondit Réginald.
— Je ne comprends plus, dit Flamberge.
— Ecoutez donc, puisque vous avez manifesté le désir de tout savoir.
Uégiuakl ne cacha pas l'ctonaeineut cllajoic que cette proposition lui causait. (Page 51.)
Flambcrge se renversa dans son fauteuil, croisa ses jambes l'une sur l'autre et prêta l'oreille.
— Si vous avez connu mon père, commença Réginald, vous ne devez pas ignorer qu'il a été toute sa vie le plus ardent soutien des prérogatives de la noblesse, et le plus vaillant défenseur des privilèges de la royauté. Aussi ne put-il jamais se résoudre à demeurer spectateur impassible de l'abandon d'Anned'Autrichc, de l'exil de la reine mère, de l'emprisonnement et de la mort de ses
LiV. 0 F". Roy, éditeur.
42 FLAMIllilUlK
iihis intimes .unis. A |i!ns fcn-lc raison, il n«' ronscnlil. j.'im.iis h (li'cliir le ^t'iion (levant ronmiiiotcnrc du caidinal de nichclirn.
— Je !<' sais, dit, bMamber^tr, vt je sais aussi (ju'il est luoii à la hatailN; de (',asl(duaiularv.
Oh! nous reparlerons do cela dans un instant, (il Ué^inald d'uiu; voix
somlu'e. Il .\st vrai, conlinua-l-il, que, cédant aux obsessions du maréchal do Montmorency, mon père commit l'imprudence de se lancer avec lui dans la folle entreprise dont le dénouement lugubre eut dans toute la Franc*; un si <irand retentissement.
« Avant de partir, aj;ité sans doute, d'un sinistre pressentiment, il fit venir auprès de lui son frère Edouard...
— Le marquis avait donc un frère?
— Le comte do Morlay ; oui, monsieur.
Ah! fort bien, dit Flamberge dont les sourcils se froncèrent légèrement.
Je vois que vous le connaissez et que vous l'appréciez à sa juste valeur,
fit Réginald à qui ce mouvement n'avait pas échappé.
Flamborge ne répondit pas.
J'avais quatorze ans à cette époque, poursuivit le jeune marquis. Depuis
cinq ans j'avais perdu ma mère. J'allais donc rester seul au monde, puisque mon père ne me jugeait pas encore de taille à partager ses dangers.
« Au moment de quitter Tours, où il se trouvait alors, mon père fit appeler le comte de Morlay, auquel il avait donné un riche apanage, et sur la reconnaissance de qui il croyait pouvoir compter.
« A cette occasion, il avait mandé tousses principaux tenanciers et les avait réunis dans un banquet d'adieu, auquel assistait son frère.
« Dans cette réunion solennelle il leur déclara que dans le cas où la mort le surprendrait pendant l'expédition qu'il allait tenter, c'était au comte de Morlay qu'il confiait le soin d'administrer ses domaines, jusqu'à ce que je fusse en âge de le faire moi-même.
(( Malheureusement, mon père, dont la droiture ne soupçonnait aucun piège, ne précisa pas l'âge auquel il me jugeait capable de reprendre les rênes de ce petit gouvernement.
« Il s'éloigna, désormais rassuré sur le sort de son unique héritier.
«Deux mois après, le 7 septembre 1632, il mourait à la bataille de Castelnaudary; mais savez- vous comment il mourait? Non pas frappé par devant d'une balle ou d'un coup d'épée, mais lâchement assassiné par derrière, tandis qu"il faisait face à l'ennemi.
— En êtes-vous bien sur? demanda Flamberge.
— Comment voulez-vous que je puisse en douter, quand c'est Grimai qui a ramassé son cadavre, qui l'a enseveli, et qui me l'a afiïrmé? La balle avait
poiiûlré par l'occiput dans la tôle et n'avait pas traversé le crâne de part en part. Donc, il n'était pas possible à Grimai de s'y tromper.
« Maintenant, est-ce par une balle égarée qu'il a été atteint? Est-ce une main criminelle qui l'a frappé? Je n'ose pas vous confier ce que je soupçonne, tant c'est horrible et tant j'ai peur de me tromper ; mais je le saurai quelque jour, et et jour-là... »
Il s'arrêta et brandit dans le vide un bras menaçant.
— Cette mort me fit orphelin, reprit-il d'une voix mal affermie.
« Quanta M. de Morlay, il avait végété assez obscurément jusqu'à ce jour; mais grâce, aux ressources dont il put disposer, il allait bientôt faire parler de lui.
— Et cette fortune, il l'a encore? demanda Flambcrg'e.
— Toujours, répondit lléginald.
— Pourtant vous êtes homme et parfaitement en état de vous conduire.
— Aussi lui ai-je réclamé cette fortune.
— Et il a refusé de vous la rendre?
— Obstinément.
— Et il n'y a pas moyen de la recouvrer?
— Il y en a un, mais je l'ai repoussé avec horreur, fit lléginald. Décidément Flamberge prenait un vif intérêt au récit du jeune marquis.
— Eh bien! fit-il avec vivacité, il faut l'employer ce moyen, si c'est le seul que vous ayez.
— Pas encore, dit Réginald en relevant la tête.
— Il est donc contraire à la loyauté?
— Loin de là. Au premier abord il parait môme être le plus simple.
— Quel est-il donc?
— Vous allez le savoir^ mais auparavant permettez-moi de vous dire de quelle façon mon oncle, — car enfin le comte de Morlay est mon oncle, — s'est conduit à mon égard.
« Il a commencé par congédier tous les maîtres que m'avait donnés mon père, puis il a renvoyé peu à peu tous nos anciens serviteurs et les a remplacés par des créatures entièrement dévouées à ses intérêts. Je n'osai pas protester jusqu'au jour où il voulut chasser du château mon vieux Grimai, le plus ancien et le plus fidèle des serviteurs de mon père, celui qui l'avait accompagné dans sa dernière et désastreuse campagne.
« Je serais fort étonné, puisque vous avez connu le marquis de La (!louldraye, si vous n'aviez pas également connu Grimai, son inséparable compagnon.
— En efi'et, dit Flamberge, je le vois encore. ]N'est-ce pas un homme grand et maigre, à la charpente osseuse, aux cheveux gris, ras et plantés dru sur un tète de huguenot?
— C'est bien lui, fit Réginald. Or, sachez que Grimai est né au château de
U lI.A.MIlKlKil':
La Conldrayi» «Irpuis himlAl soixaiiln huit ans. (jii'il ru« l'a jamais rjuiLti', "'t (|iril ••st pour ainsi diro le s«Milaini (|iii me soil rcslé dans risolcmmt au sein duquel j'ai f^randi.
« (juand il \ iiil , Idul cil la ni 1rs, nraiipirinlic (pii' le cuinli' de .M<»ria\ lui avait S'^iiilir (ra\()ir à (juillci' le cliàlran dans les viii^l-fjualit' liriin-s. Je me lc\ai, eu 1)i(»i(' à une colère que je ne saurais exprimer.
(( .le m'élançai à rlieval, je courus chez le couile, el, de toute l'autorité de mes quinze ans, je lui déclarai (|ue j'entendais gardei- (îrinial aujirès de moi, fùl-cc malgré lui.
« lime vil si fermement résolu, qu'il n'osa pas me refuser la gr;\cc de ce malluMireux.
« nien m'en prit de cet éclair de virilité, mon cher monsieur, car si je sais aujourd hui manier proprement un cheval et tenir passablement une épéc, c'est à (i rimai (juG je le dois.
« De même, sans un chanoine de l'abbaye de Loches, qui prit mon ignorance en pitié, je serais à vingt-quatre ans l'homme le plus étranger du monde à toutes les gloires de mon pays.
« Le comte avait fait le vide autour de moi, avait confisqué à son profit toutes mes terres, tous mes châteaux, ne me laissant pour tout revenu que le château de La Couldraye, le plus riche en souvenirs, mais aussi le plus vieux que nous possédions.
« Or, ce malheureux château ne rapporte guère plus de sept mille livres par année, et son entretien nécessiterait presque une dépense égale. Je ne sais donc pas comment j'aurais pu vivre ni faire face à tant de besoins, si je n'avais pas eu près de moi ce pauvre Grimai qui a été à la fois pour moi un intendant, un écuyer et un ami.
« C'est grâce à lui seulement que mon malheureux château tient à peu près d 'bout, et que non seulement j'ai vécu, mais encore que j'ai devant moi un millier de pistoles, qu'il tenait en réserve pour des dépenses imprévues. C'est grâce à lui que je connais les domaines dont le comte de Morlay s'est emparé et le chiiïre de la fortune qui devrait m'appartenir.
« J'avais un peu plus de vingt ans lorsque je les lui réclamai pour la première fois. Le comte jetalc masque d'hypocrisie dont il avait jusqu'alors recouvert ses traits et me répondit qu'il ne me devait rien. Je me fâchai, je m'oubliai môme dans mon indignation jusqu'à lui reprocher sa trahison; il appela ses gens et me menaça de me faire jeter à la porte.
« Je sortis exaspéré, je me rendis à Tours et je m'adressai au parlement.
« Hélas! j'ignorais quel rapide chemin le comte de Morlay avait fait en sept ans ! Aidé par les ressources que je lui avais fournies de mes propres deniers, il était allé à Paris, avait été présenté à la cour, et était entré assez avant dans les bonnes grâces du cardinal, dont il devint un des agents les plus dévoués.
FLAMBEIIGE 45
« C'est par lui que, maintenant encore, le premier ministre est informé de tout ce qui se passe en Touraine. II joue le rôle d'une sorte d'agent secret, charg-é de tout épier, depuis le gouverneur de la province, jusqu'au plus humble des gentilshommes.
« Personne n'ignore quelle ignoble mission il remplit; personne ne l'estime, mais tout le monde le craint,
« Aussi le parlement de Touraine, qu'il parvint à circonvenir, ne prit pas en considération la réclamation que j'avais formulée. Il fit pour la forme une enquête dans laquelle le comte de Morlay produisit des témoins à lui, lesquels affirmèrent sous serment que le comte avait été solennellement investi par le marquis de la totalité de ses biens, en raison de mon inintelligence et de mon incapacité.
« Sans oser se prononcer contre mes droits incontestables, le parlement, après avoir fait durer trois ans cette espèce d'enquête, décida que ma réclamation était mal fondée et m'en débouta.
« Je ne perdis pas courage. Je résolus d'aller à Paris et de m'adresser au roi. Je fis aussitôt mes préparatifs de voyage.
(( Deux jours avant celui que j'avais fixé, c'est-à-dire avant-hier, je reçus la visite d'un certain Berg-eret, que je ne connaissais pas le moins du monde, mais sur le compte duquel Grimai m'avait suffisamment renseigné pour que ce drôle m'inspinU la plus grande défiance.
« Ce Bergeret est, en effet, le factotum de mon oncle, le complice par conséquent do ses moindres turpitudes.
'( — Monseigneur, me dit-il, je vous prie d'excuser la liberté grande que j'ai prise de venir à vous sans y être autorisé par mon maître ; mais j'ai cru devoir le faire, dans son intérêt et dans le vôtre, poussé par l'unique désir d'aplanir les difficultés qui vous divisent. Il s'agit, vous le comprenez bien, de la fortune que vous réclamez.
« — Eh bien! lui demandai-je brusquement, votre maître est-il disposé à me la rendre?
« — Il ne me l'a pas dit, m.onseigneur. Je vous avoue même que je ne le crois pas; mais, en réfléchissant à la délicatesse de votre situation réciproque, j'ai trouvé, je crois, un moyen fort simple de tout concilier. « — Et ce moyen, quel est-il?
« — Seulement, poursuivit Bergeret sans répondre à ma question, avant de le communiquer à mon maître, j'ai désiré avoir votre avis. « — Parlez, » répondis-je froidement.
« Bergeret toussa avec embarras, en homme qui se hasarde sur un terrain glissant.
(( Vous savez peut-être, me dit-il, qu'il y a vingt ans environ, avant de venir se fixer à Tours, mon maître s'était marié... « — On me l'a dit. en effet.
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(( — Mil hifii! ini»ii.S('it;iiciii", th; cv. iiuu'iagc si éloifjui; (|ii'il est |)n'S(|ti(' oiihlii';, ]iuis(|ui' la jtMiiic, (•(iiiilrssc iiKdinit eu couch(!S dix mois plus lard, il csl resté à M. tic JMurla} une lill(3 (|ui a binilùt clix-n(!iiraiis, et (jiii jiar conséijucnl est eu Ag^o lit' st' niaiicr.
« — Je l'ai ffuconlrée deux on trois fois, <'lj'ai cru iira|»ercevoirqu'(;lie élail boi'j^ue el boiteuse.
« — Madomoiselle Herminio a bien quelques petits défauts, avoua Bergeret; mais c'est une jeune personne sage, économe et tout h fait caiiable de bien l<;nir sa maison... »
« Je voyais bien où il voulait en venir, mais je faisais semblant de ne pas comprendre. Je voulais le forcer à me communiquer jusqu'au bout ce projet insensé.
« — Eh bien? lui demandai-je, à propos de quoi me parlez-vous de mademoiselle Herminie de Morlay?
« — C'est que si vous aviez voulu,... si elle avait eu le bonheur de vous plaire,... on aurait pu...
« — Me plaire! un monstre semblable !
« — On n'épouse pas que des Vénus, répliquu-t-il. D'ailleurs, si elle a des défauts, elle a aussi de grandes qualités.
« — Je l'espère pour elle, répondis-je en souriant.
« — Et puis remarquez que, si vous deveniez son mari, toute difficulté ces serait entre votre oncle et vous, monseigneur. Vos deux fortunes n'en feraient plus qu'une, vos familles, plus étroitement unies que jamais...
« — Assez, l'interrompis-je en frappant du pied. Votre remède est pire que le mal. Mademoiselle Herminie est laide, elle m'inspire une horreur profonde, et pourtant je ne lui reprocherai qu'une chose : c'est d'être la fille de M. de Morlay. Aussi je vous permets de dire à votre maître qu'eût-il pour lillo la plus admirable des beautés, je ne consenlirai jamais à aucune transaction, de quelque nature qu'elle soit. Il m'a volé ma fortune, il me la rendra, ou j'y perdrai la vie. Telle est, désormais, mon inébranlable résolution. »
« Bergeret demeura un instant interdit. 11 ne s'attendait évidemment pas à un refus si catégorique.
« Enfin, comme je lui montrais la porte d'un geste impérieux, il s'éloigna, mais je l'entendis murmurer :
« — Ah! tu nous le payeras! marquis! »
— Je conçois, dit Flamberge, que la perspective d'épouser une fille borgne et boiteuse n'ait rien de séduisant, et pourtant je sais bien des gentilshommes qui ne reculeraient pas devant une semblable extrémité pour recouvrer leur fortune.
— Je ne suis pas de ceux-là, répondit fièrement Réginald.
— Et je vous en félicite, monseigneur, ajouta Flamberge. A votre âge et
avec une figure comme la vôtre, on doit d'ailleurs avoir de bonnes raisons pour repousser une union comme celle-là.
— Que voulez-vous dire?
— Allons! pas de fausse modestie. Vous avez bien un petit amour dans le cœur?
— Je vous jure que non !
— Est-il possible?
— Aucun lien, je vous l'ai dit, ne me rattache à personne. Je suis libre comme l'air. Cependant, puisque j'en suis avec vous à l'article de la confession générale, je ne vous cacherai pas qu'il m'est resté, depuis trois mois environ, un vague souvenir de jeune fille...
— J'en étais sûr, s'écria Flamberge en souriant. Eh bien! voyons: causons un peu de cette jeune fille. En général, les amoureux aiment à deviser de ces choses-là.
■ — Je serais tout disposé à le faire si j'étais véritablement amoureux ; mais, je vous le répète, il ne s'agit que d'un souvenir, — jepourrais même dire d'une vision.
— Comment?
— A l'époque dont je vous parle, j'étais allé faire une visite à une dame de mes amies, qui ne s'occupe que de charité et à qui je venais apporter mon obole. Au moment où je prenais congé d'elle, je vis entrer une adorable jeune personne que les mêmes motifs y avaient conduite sans doute, et dont la beauté m'éblouit. Je n'avais jamais vu cette demoiselle, je n'échangeai pas un mot avec elle; mais, depuis l'instant oiî je l'ai rencontrée, j'avoue que son image s'est représentée souvent à ma pensée.
— Elle est probablement de bonne famille?
— J'ensuis certain.
— Elle porte un grand nom?
— Je l'ignore.
— Vous ne savez donc pas qui elle est?
— Je ne sais rien, sinon qu'elle a des cheveux blonds admirables, des yeux bleu foncé, grands et profonds, frangés de cils noirs, un petit nez rond aux narines roses comme celles d'un jeune chat, et une bouche ravissante. Ajoutez à cela un teint blanc comme le lait, une taille bien prise, des extrémités de patricienne, une physionomie ouverte et spirituelle, et vous aurez le portrait assez exact de mon inconnue.
— Diable! s'écria Flamberge, comment avez-vous donc fait pour voir tant de choses en si peu de temps ?
— Je serais fort embarrassé de vous le dire. J'étaisrestépour ainsi dire en extase devant cette délicieuse apparition, quand je reconnus mon inconvenance. Je me retirai aussitôt, car celle jeune fille s'était aperçue de l'elTet qu'elle avait produit
sur moi et baissait les v(,'ux avec cnibaiTas.
— Mais vous iiuritfz dû iirciidrc sur cWr. (jii(;l(|iit's rcnsci^iu'mnnls.
— J'en mourais (rciivic, mais c'ôlail au moiiit'iiloii iiu)n proc»;s au iiailcmnil (le Touis allait l'ccfvoir unr. solulioii (l(''liiiili\<', où j'étais absorbr jiar- des dt'maii'ht's df toute nature, où mon temps se dépensait «mi pérégrinations quotidiennes, de- sorte (jue j(; ne trouvai pas une minute jiour me rendre chez cette dame et pour m'informer d(! cette jeune; lille.
— Mais, avant de vous éloigner, vous auriez pu alleilui l'aire vos adieux. Le prétexte était tout trouvé.
— J'en ai eu l'idée.
— Et vous no l'avez pas mise à exécution?
— Non.
— Pourquoi?
— Parce que je me suis dit qu'au moment d'entreprendre un voyag-e aussi long', et de poursuivre une affaire aussi imjiortante que celle qui me conduit à Paris, mieux valait avoir le cœur et l'esprit dégagés de toute autre préoccupation.
— C'est fort sagement pensé, je vous en fais mon compliment, dit Flamberge d'un ton moqueur.
— Oh ! ne raillez pas, monsieur, fit Réginald, car je vous assure qu'il m'en a coûté beaucoup pour m'arrêter à cette résolution.
— Pardonnez-moi, monseigneur, je ne voulais faire qu'une innocente plaisanterie. Je regrette d'avoir cédé à ce mouvement ridicule, car je m'aperçois que vous êtes plus sérieusement épris de cette jeune fille que vous ne ie croyez vouïmême.
— Peut-être,... fit Réginald, dont le regard se perdit dans le vide comme pour y retrouver les traits de cette gracieuse apparition.
Flamberge sentit qu'il venait de commettre une maladresse.
En effet, ce n'était pas au moment où le jeune marquis faisait tous ses effortn pour oublier son amour naissant, qu'il convenait de s'appesantir sur une question si délicate.
Il résolut de détourner la conversation.
— Ainsi, reprit-il, vous continuez demain votre route?
— Oui, répondit Réginald d'un air distrait.
— Et vous êtes seul?
— Pas tout à fait. Babylas m'accompagne.
— Qu'est-ce que Babylas?
— C'est le fils d'un de mes fermiers, que Grimai a dressé à mon service.
— Sait-il manier un pistolet, tenir une épée?
— Je crois qu'il serait à peu près capable de tirer un coup de pistolet à bout portant, mais c'est tout.
FLAMRERGE
Le château du duc deVilluine c?t situé sur une hauteur et doniiue la Loire. (Page 58.)
— Dianlre! ce n'est guère. Et c'est avec une semblable escorte que vous entreprenez une si dangereuse campagne?
— Dangereuse en quoi? interrogea Réginald. Je vais droit au roi, — j'Ji'^i même au cardinal, s'il le faut absolument, — je fais valoir mes droits, je demande justice et tout est dit.
— Assurément rien n'est plus limpide; mais, quand on a pour ennemi le comte de Morlay, il est bon de se tenir sur ses gardes.
LiV. 7. F. ROY,
éditeiw
no ri.AMIîKIKiK
— ( Ml 1 ji' sais l)it«ii (|ii(', (le son ci'i'r, il fcraloiil |ciii inn perdre dans l'csiiril du roi (>l de son [(reinier ministre, mais (jin! vi»nle/,-\oiis? Il n'«;.st pas «!ii mon jiouvoir de rcmjièclKU-.
— Sans doute, si vous f^lon sur (ju'il ne fera ({uo cfla.
— (Jih' voul('z-\(ius donc «ju'il fasst;? Flamherue lut eiïrayé d'une l(dle naïvelé.
— .Mon Dieu, dil-il on all'eclanl um; grande liberté d'esprit, je serais désolé de Irouhler la sérénité au sein de iaiitielle vous vivez à cet éyard, mais avcz-vous itien rélléchi à deux choses?...
— Lesquelles ?
— La première, c'est que le comte de Morlayest momentanément possesseur d'une fortune qu'il est bien décidé à ne vous rendre qu'à la dernière extrémité.
— .l'on suis certain.
— La seconde, c'est que. par l'entremise de Bcrgeret, il vous a proposé la main de sa fille. Or vous l'avez repoussée avec horreur, vous en êtes convenu vous-même ; donc vous avez froissé au dernier point l'amour-proprc du comte, en même temps que vous lui avez ôlé tout espoir de conciliation.
— C'est évident.
— Eh bien! monj(nme seigneur, il ressort des confessions que vous venez de me faire une vérité bien clairement démontrée : c'est que, pour M. do Morlay il y a un moyen bien plus simple que tous les autres de garder indéliniment la fortune qu'il vous a volée.
— C'est..
— C'est de vous tuer.
Uéginald ne fut pas maître d'un léger Iressaillemont.
— Ah ! vous voilà comme Grimai, dit-il avec un sourire dinciéduliié.
— Grimai vous a donc tenu le même langage?
— Absolument.
— Il a du bon ce Grimai. Pourquoi ne l'avez-vous pas emmené à la place de votre Babylas?
— Il voulait m'accompagner à toute force ; il prétendait que, malgré son âge, il me serait plus utile en cas de danger que ce pauvre garçon...
— Il avait raison.
— Sans doute il avait raison, mais song'ez donc que Grimai a soixante-huit
ans !
— C'est juste, je l'avais oublié.
— Lt encore il a fallu pour le contraindre à rester que j'use de toutiî mon autorité, que je lui fasse comprendre que, seul, il était en état de me conserver un dernier asile, si j'échouais auprès du roi, comme je l'avais fait auprès du parlement.
« Fort heureusement il s'est rendu à tant do bonnes raisons, — ou plutôt il s'est incliné devant mes ordres formels. »
Depuis quelques instants, Flamberge était devenu pensif. 11 n'avait écouté eue distraitement les explications que le jeune marquis achevait de lui donner.
Tout à coup il releva la tête. Son regard franc semblait vouloir lire dans les veux du gentilhomme.
— Et si je vous proposais un compagnon de route ? demanda-t-il brusqueîiient.
— Qui? demanda Réginald surpris.
— Moi, répondit Flamberge.
Rég-inald ne chercha pas à cacher l'étonnemont et la joie que cette proposition liii causait.
— Mais, mon cher monsieur, répondit-il avec une certaine hésitation, il m'est impossible d'accepter. Je ne suis pas dans une situation de fortune..
— Permettez, dit Flamberge en l'interrompant du geste, qui vous parle de fortune? Ne sais-je pas bien que vous n'en avez pas, puisque vous n'allez à Paris rue pour reconquérir celle qu'on vous a prise?
— Raison do plus pour que je refuse un pareil sacrifice.
— Mais oii voyez-vous le sacrifice? Je vous rencontre à Amboise, oii j'ai l'honneur de faire votre connaissance, nous soupons ensemble, nous causons, le hasard fait que nous allons tous les deux à Paris, je vous propose de faire roule avec vous... Qu'y a-t-il de plus naturel au monde?
— Ah! si ce n'est que pour aller jusqu'à Paris, c'est différent. J'accepte, fit giiiement Réginald.
— Monseigneur, dit gravement Flamberge, si vous me connaissiez davantage vous sauriez que je ne fais jamais les choses à moitié. Je ne vous quitterai que le jour où vous serez sorti vainqueur de la lutte que vous allez soutenir.
— Mais en quoi ai-je mérité un dévouement semblable? balbutia Réginald confus. Comment! après les dangers que vcius m'avez fait pressentir, vous persistez...
— Je persiste à cause de cela, monseigneur. Non pas que j'aie voulu vous épouvanter en vous signalant ces dangers, mais parce que j'ai cherché à vous rendre prudent. J'ai eu votre âge, parbleu! Pas plus que vous les obstacles ne m'arrêtaient à cette époque; mais je suis devenu défiant, et je m'aperçois que je ne suis pas seul de cet avis, [> isque Grimai, pour qui vous paraissez avoir une certaine considération...
— Dites une amitié réelle, fit Réginald avec chaleur.
— Gela fait votre éloge à tous deux, monseigneur, et je no m'étonne plus que vousayez agi si délicatement à mon égard.
Vous exagérez beaucoup la valeur du léger service que je vous ai rendu sans m'en douter.
Sans vous »mi doulcr? s'ériia Flanilx-if^c. Oli! jtonrlo ronp, nionscimiciir,
vous iw ililt's pas la vrriln. N'i'ssayr/ pas de protester, i-eprit-il en snrpreiiaiil un neste (le dénéi^alion. Du uiouieul ni» vous êtes enlré dans celte chainlHe. des les premiers mots (pie vous avez pidnoncés, j'ai devine que vous élii/. h; di^iie lils de voire père. VA ])uis... cpu' vous dirai-je?.., (Ihez moi, les jji'emii'res impressions sont toujours les meilleures. Je ne cherche même pas à les raisonner. Symiiathie ou antipathie, toul se résume pour moi daus ces deu.\ mots, l'^t il est hien rare que je me trompe.
« Tout autre que vous, monseigneur, se serait très prohahlement joint à notre auberuisle et à sa valetaille pour me chasser de la chambre que j'avais usurpée. Il V aurait certainement eu bataille, mort d'homme, car je ne recule jamais devant une menace, de sorte que, si je n'étais pas resté sur le carreau, j'aurais été obligé do fuir comme un voleur. Vous avez compris cela, vous, monseigneur, et, pour me sauver de cette situation diflicile, vous avez répondu de moi, sans savoir si l'étais digne de votre bienveillance. Eh bien! vous m'avez conquis. Si cuirassé que je sois contre les surprises du cœur, c'est par ces choses-là qu'on me i)rend, monseigneur.
Mais alors, dit Réginald, c'est moi qui ai fait une aflaire magnifique.
(( Comment! vous partiriez demain matin avec moi?
— Je partirai demain.
Yoilà qui est convenu, lit joyeusement Réginald. Babylas ira vous
réveiller.
Qu'il ne prenne pas cette peine, monseigneur. Demain malin, avant que
Babylas ne soit levé, j'aurai visité les fers de nos chevaux et je leur aurai fait manger leur avoine.
— Mais je ne souffrirai pas...
Je n'ai jamais fait autrement depuis que je monte à cheval et je m'en suis
toujours bien trouvé.
— En vérité, je ne sais plus que dire...
Eh bien! ne dites rien, monseig-neur. Après tout, je ne suis pas si désintéressé que vous voudriez me le faire croire, car, à moins de circonstances tout à fait imprévues, c'est à vous que je laisse le soin de régler toutes nos dépenses jusqu'à Paris.
— C'est bien ainsi que je l'entends, fit vivement Réginald.
Vous le voyez bien, c'est moi qui suis votre obligé, dit Flamberge. Maintenant, à quelle heure comptez-vous partir?
— Dès le matin, si vous n'y voyez pas d'inconvénient.
Au contraire, nos chevaux n'en seront que plus dispos et cela nous permettra de faire en route une halte assez longue, car vous avez l'intention de coucher à Blois, je suppose?
— En effet, Blois était la seconde étape de l'itinéraire que je m'étais tracé.
— 11 n'y sera rien changé, monseigneur. Demain matin, à six heures, nous serons en route. A présent une simple question : connaissez vous Paris?
— Non, je n'y suis jamais allé. Mes pérégrinations n'ont jamais dépassé Nantes d'un côté, Orléans de l'autre.
— Tant mieux, dit Flamberge, car je m'aperçois enfin que je pourrai vous être bon à quelque chose.
— Vous connaissez donc Paris?
— Comme ma poche, monseigneur, quoique je ne l'aie pas revu depuis dix ans. Je vous avouerai du reste qu'il n'est guère de villes en France et en Italie dans lesquelles je n'aie séjourné.
— Vous avez beaucoup voyagé, je vois.
— Beaucoup, monseigneur, comme soldat et comme aventurier.
— Ah! vous avez été soldat?
— J'ai porté les galons de capitaine, monseigneur.
— Au service de la France?
— Oui, monseigneur.
— Parbleu! je suis ravi de ce que vous m'apprenez là, mon cher capitaine. Il me répugnait de vous appeler Flamberge.
— A votre aise, monseigneur!
— Vous avez donc quitté le service?
— Depuis que nous ne sommes plus en guerre, j'ai été licencié, monseigneur.
— Dans quel corps avez-vous servi?
— Dans le mien.
— Gomment! le vôtre?
— Oui, monseigneur, j'avais recruté et formé moi-même une compagnie dont Sa Majesté m'avait donné le commandement. Je ne vous dirai pas que j'avais choisi la crème des hommes, mais ils se battaient comme des enragés, — c'élaii tout ce qu'on leur demandait.
— Et que sont devenus vos soldats?
— Pas grand'chose de bon, monseigneur. Il n'est pas de ville que je ne traverse sans rencontrer deux ou trois de ces pauvres diables, traînant par les rues leur longue rapière sous leur manteau déguenillé.
« C'est en grande partie à soulager ces détresses navrantes que j'ai dépensé le peu d'argent que Sa Majesté Louis XIII avait cru devoir me donner en me reprenant mon brevet. Aussi ces drôles me sont-ils plus dévoués que jamais.
— Je le crois bien! fit Réginald.
« Et maintenant que nous sommes presque de vieux amis, répondez-moi franchement. Est-ce réellement à Paris que vous alliez quand je vous ai rencontré?
34 !■ I.A.MIti;i!(iK
— Sur iii.i jijirolc, inoiiscimiciir!
— Vous \ ;ivt'/. (les ;iiiiis?
— De; amis... c't'sl, l»rati(oii|) «lire, i(''[>omlil l'I iiiiliriL'i'. Des conn.'iissaiirt's, sciait pliilnt \v inol. l'omlaiil , l()is(|ii(' crllt' inaiidilr Idrssiiic in'.i aii't''l('' i-ii t\\>'.luiii, ('"('sl ù ellt'S (jiK^ jt; C()iiij)lais niaflrcssci- |i()iir li-laMif iikîs allairt-s.
— ("i'osl iri quo r('f;rfilU* de ne ])Oiiv<»ir vous rXvo. ulilf à mou tour. dit. Ilérinald; mais le comte do Lorgcriis à qui vous avez sauvé la vie. sr. l'< ra rcrlaini'incn! uu [daisir...
— Oh! j'ai uiit'ux que lui, interrompit b'Iamhcri^o.
— Qui donc?
— Uu ami d'cufauce, plus A'^é (juc moi (h; (jualrt; ou cinq an.s, il csl vrai, mais avec qui j'ai été élevé dans les Abruzzos.
— Et (jui se nomme?
— Giulio Mazarini.
— Il est donc bien en cour?
— Je l'ignore, mais je me suis laissé dire que, depuis son arrivée en Fi'ance, il avait fait son chemin.
— Eh bien! lit Réginald avec un sourire d'incrédulité, nous lui demaudc;rons sa protection. En attendant, allons nous coucher, et demain à si.K heures... en route!
— Comptez sur moi, dit Flamberge. Seulement, monseig'neur, faites-moi l'amitié de reprendre cette chambre qui est la vôtre...
— Vous plaisantez, fit Réginald. Il y a encore au Lion d'or trente chambres, dont dix pour le moins sont plus belles que celle-là.
Au moment où il allait s'éloigner^ il entendit dans le corridor un grand bruit de pas. C'était évidemment plusieurs cavaliers qui arrivaient.
— Par ici, messieurs! s'écria maître Lourdot, qui leur ouvrit la porte de la chambre voisine.
Ils y entrèrent derrière lui.
— Bien, dit l'un de ces cavaliers, faites préparer trois lits pour mes amis, et apportez-nous à boire.
L'aubergiste se retira.
— Nous, avant de nous coucher, reprit le cavalier en s'adressant à ses camarades, combinons notre plan d'attaque.
Réginald bondit de son siège.
— Silence! fit aussitôt Flamberge à voix basse. Pas un mot, pas un geste, monseigneur!
Et il éteignit la cire qui les éclairait.