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LES PORTRAITS DES VAN EYCK

un mélange de dignité et de bonté placide. L'Enfant Jésus, dessiné avec une fidélité un peu dure, est d'aspect ingrat. Mais le visage du Cfianoine, par son étonnante vérité, est peut-être le plus prodigieux morceau de peinture qui ait lamais fait revivre une physionomie humaine. Cette peinture ferme et moelleuse rend à la lois les cassures de lépiderme et la mollesse de la chair. A côté de cette tête, fouillée et ratatinée à plaisir, éclatent la blancheur éblouissante du surplis aux chatoiements verdâtres, le rouge intense du manteau de Marie, la chape fleurie de Donatien et les reflets métalliques de la cuirasse de Saint Georges, Ces tons vigoureux se détachent sur un fond de transparence, de lumière et d'espace. Tout y est peint cheveu par cheveu, fibre par fibre, trait par trait, et néanmoins l'exécution demeure solide. Avec les Van Eyck, la peinture est devenue l'art par excellence en Europe ; ils sont de toute évidence les créateurs du portrait.

Une autre Madone avec donateur, la Madone du Chancelier Rolin (fig, 137), compte aussi parmi les œuvres universellement connues de Jean Van Eyck. Ce tableautin, — il mesure à peine 68 centimètres sur 62, — qui se trouve au Louvre, est une merveille précieuse par le coloris et la facture. La Vierge est assise avec l'Enfant Jésus dans une salle ouverte. Elle porte un ample manteau rouge aux plis profonds fortement accusés par les ombres. Sa blonde chevelure, serrée autour du front, s'échappe en boucles ondulées sur les épaules. Elle a les traits délicats d'une jeune lille ; Rolin est agenouillé sur un prie-Dieu couvert d'un tapis bleu sur lequel repose un livre ouvert. Son

FiG. 14O. — Robert Campin.

L'autel Von Wekl.

(Musée de Madrid.)

(Cliché Aiidersun.)

f^-'^Wv

l'iG. 147. — Robert Campin.

L ALTEL Vo.V VVeRL.

(Musée de Madrid ) (Cliché Andcrsvn.)

lio. 148. — Robert Campin.

Laitki. de Mérooe.

(Hruxflles.t (Cliché Hruckmann.)

Musée de Berlin (ftg portrait de son protecteur, Jean Sans Pitié. Le visage sombre profondément ravmé. semble encore plus glabre sous les épaisses fourrures de son chaperon. Le regard est oblique et méfiant, la bouche largement fendue, les lèvres fines et serrées : l'aspect rébarbatif est peu sympathique ; personnalité fortement trempée que le peintre a saisie et rendue sur le vif. Ce portrait marque une importante révolution dans lart : la vérité caracténstique l'emporte sur la beauté idéale. Le portrait de la femme de Jean \ an Eyck qu il peigr.it, d'après sa propre inscription en 1439. quand elle avait trente-trois ans, est peut-être le plus parfait, le plus caractéristique de tous. Un bonnet d'un blanc a la fois très éclatant et très doux, dont les ailes retombent sur les épaules, une robe rouge fourrée de gris, font ressortir le visage entre un ton vif et lumineux et un autre plus doux, mais plus chaud. La peau très lisse présente une légère boursou-

vi»a({c auticrc cl mélancolique ckt tourné vrn la Sainte \'iefjfc. l'ar les arcades ouvcrtet de I arrière-plan, on aperroil une ville traversée par un fleuve, cl, tout au fond du paytage. une chaîne de rnon'agnct rccheusct et bleuâtres.

Les portraits de Van Eyck représentent des Tuvres aussi i>arfaitesquc ics tableaux religieux. Il n a pas sculemer t f>eint des donateurs accompagnant ses .\!adoncs :

l Homme à l'Œillel, au 38). passe pour être le

FiG. 149.

Robert Campin.

La Sainte Trinité.

fMtifiX de Francfort )

(Cliché Hruckmann,

MunichJ

J1-^\N \'A.\ LVC^k. — Portrait de la 1-"emml; du I'ei.ntrk

(llnpilal Saint-Jean. Unifies.)

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