L'ECOLE DE TOURNAI
li(i. 154. — Jacques Daret.
La PfRIKlCATION.
(C(>llcctio)i 'l'iick, Paris.)
apparaît, entre autres, le jeune homme debout, un livre à la main, appartenant à Mr. Stalting (de Londres). Un visage avenant, mais une mentalité peu intéressante (fig. 142).
Les mêmes observations s'appliquent aux autres ouvrages signés parnotre artiste. L Annonciation de Berlin (fig. 1 44) met en scène un ange plein de gentillesse et une Vierge discrètement réjouie, dans un petit intérieur dune intimité familiale, auquel on souhaiterait seulement une couleur plus radieuse et plus vibrante.
La Naissance du Christ
(fig. 145) se passe en plein air ; Joseph, Marie, une servante et trois
jietits anges s'agenouillent devant le nouveau-né. Comme dans les
miniatures traitant de la vie champêtre, la perspective embrasse des
champs, des bois et des châteaux. C'est le plus ancien paysage que
nous rencontrions chez nos
peintres proprement dits ;
pour la première fois, l'un
d'eux situe les hommes de la
plus simple nature dans leur
véritable milieu.
A l'époque où les frères
Van Eyck travaillaient à
leurs chefs-d'œuvre, florissait
à Tournai, la ville wallonne,
dans le Hainaut d'aujour-
d hui, une école d'une autre
origine. L'architecture et la
sculpture y avaient déjà produit, à une date reculée,
un grand nombre d'ouvrages
1 1 l'iG. i35. — Jacqiks Daret.
remarquables. , . . .,
"^ , . , L Adoration des Mages.
Dans la première moitié iMusi'edelierlinJiCUchél'hot.Gesellesch Jierlin >
ri.AM)f<f
du XIV «icclc (1332). on y cxcfcutait dci petnturct lUf drap. Dcf l'an I -^OO on y Lisait ur panneaux ce que l'on appelait de la " fxinturc pla'e ", destincc à orner Ici monumenti fun<^rairet. IMutieurt artistes touriiaisirns nous sorit connut, rt l'un d'rux, Rr/tçcr van dcr WcycJcn (de la Pasture). comi>te i>armi le» rnaitrcs le» plut réi>ulct de la vieille ëcolc flamande. Deux autres n'ont été inlrcxJuits que re'ccmment dans le panthéon des maîtres Ih-I^<-s : Roljert CampiM et Jacjues Daret.
Robert Campin se fixa ti I ouriiai vers 1406. a l'âge de vmgt-liuit ans ; il travailla donc à la même époque que les frères Van Eyck. En 1410. il acquit le droit de bourgeoisie et devint le peintre ordinaire de l'administration communale. Depuis cette année jusqu'à sa mort, en 1444, il livra quantité d'ouvrages aux églises, aux gildes et à l'hôtel de ville. Récemment encore, aucun de ces ouvrages ne lui était attribué en toute certitude. Il y a environ vingt-cinq ans, on reméu-qua. parmi les pnmitifs, un maître anonyme, mais de style bien pxrrsonnel ; on décou\Tit de ses œu\Tes dans de nombreux musées, et on lui trouva beaucoup de parenté avec le célèbre Roger van der Weyden. On l'avait d'abord appelé le maître de l'Autel de Mérode. du nom du possesseur de son tableau le plus important. Plus tard, on le désigna sous le nom de maître de Flémalle (un village entre Liège et \amur) d'où provenaient plusieurs de ses œu%Tes conservées aujourd'hui au Musée de Francfort. Tout récemment, M. Hulin a émis ra\is que le méiître de Flémalle et Robert Campin sont le même artiste, lequel eut pour élèves les deux autres excellents peintres tournaisiens, Roger van der W^eyden et Jacques Daret. Cette opinion me semble fondée, et je m'y rallie volontiers.
Il est à peu près arrivé à Robert Campin, à Tournai, ce qui se produisit en Flandre pour les frères \'an Eyck. Avant lui, on ne
(Mtii
FiG. i56. — JAcgeES Darbt.
La Visitation.
c Je Berlin.) (Cliché Phot. Gesellsch.^ Berlin.)
LE MAITRE DE FLEMALLE : ROBERT CAMPIN
Fin. 157. — Roger Van der Weyden.
La Descente de Croix.
(l'sctirial.) ((Cliché Uanfstacngl.)
connaissait aucun artiste
illustre dans la ville wallonne. En sa personne
surgit un peintre de la plus JT^J
haute valeur. Nous con- ' ^
naissons bien deux des
disciples qu'il forma, mais
nous Ignorons les maîtres
dont il procéda lui-même,
et cependant il a dû
passer, lui aussi, par une
sérieuse initiation. Mais,
tandis que les Van Eyck
n'ont jamais été oubliés,
des siècles se sont écoulés
sans qu'il fût question de Robert Campin. C*est seulement grâce
aux longues et persévérantes études des savants qu on a pu de nos
jours lui accorder la place qu'il mérite dans l'histoire de l'art.
Les caractéristiques ne manquent pas à Robert Campin pour
affirmer sa personnalité. Son œuvre la plus importante est, comme
nous le disions plus haut, l'autel de la famille de Mérode à
Bruxelles (fig. 1 48). C'est un triptyque. Le panneau du milieu montre
r Annonciation de la Vierge, le volet de droite Saint Joseph, celui de gauche les deux donateurs agenouillés. La composition centrale séduit par l'atmosphère de bonheur et de sérénité dont elle est imprégnée : la Vierge se recueille tellement dans sa lecture que l'Ange Gabriel hésite à lui communiquer l'heureuse nouvelle ; l'intérieur est abondamment fourni de meubles et des ustensiles que l'on rencontre dans un c-, co t. ,. ,.. ménage bourgeois. Au-des-
rl(,. lis. — ROGKH \ AN der \\ KYUKN. j • '\ f
1. KtjuiTÉ DE l'Kmpkrki r'Irajan sus, dans un vitrail, figurent
'"c;;ci;:X;i";;ft'.'«'r';;'';'' '«s armoiries de deux famUles
lio.
i3y. — RociF.R Van df.r U'evoen
IIkKICK.NBALO (TACISSERIE).
(Musée de Herne.) (CALhi Drciickholm, lierne.)
f-LA.MDHL
flamandrt. In Van Ingrlbrrditi ri Irn Van ( .alcurn. Ijeiu>c1 du voj'-t de droite est f.>rt amuiant : un virillard velu U'ct sim(ilcmcnt Iravaillr avr-c une vrillr a une k^juricu-rr. D'autre» oulili »ont disposes devant lui sur une table. A la vitnne. une seconde souricière attend un acheteur. On afK-rroit la rue par la tcr.étre ouverte. I out est minutieus<.-ment traite. Le IKTinlre ne néglige m une f>arcelle de bois ni un hl de fer. Le galbe des visages est très caractéristique dans le tableau du milieu, celui de Marie par exemple. L'ovale très arrondi en diffère notablement de celui des femmes des autres peintres médiévaux ; chez ceux-ci le front est toujours plus large et le visage de forme plutôt allongée.
Le Musée de Madrid possède deux des plus importants ouvrages
du maître. Ils faisaient sans doute
partie d'un tnptyque dont le panneau principal est perdu. L'un présente le donateur avec Saint Jean- Baptiste (fig. 146). l'autre Sainte Barbe (fig. 147). On lit sdus le premier : En 1 an quatorze cent trente-huit. Maître Henri von W^erl de Cologne fit faire ce portrait.
Henri von Werl était natif d'un village de ce nom en Westphalie ; durant trente-deux ans. il fut provincial de son ordre. Sur l'autre tableau, Sainte Barbe lit un livre.
Elle porte un manteau vert-olive
jeté sur une robe jaune à fleurs
c II . • FiG.iôo. — Roger Van derWeydes.
rouges, ba ressemblance est sai- »;...,.c .^««.v,- i^ .•
. ^ ,,.,,. bAlNTS ADORA>T JEbLb.
SlSSante avec la Sainte \ lerge de (jugement Dernier. Heaune.)