QUALITES DE LA PEINTURE DE ROBERT CAMPIN
l'autel de Mérode. De même ici, les meubles et les accessoires sont traites avec une minutie extraordinaire.
Mais le Musée de Francfort est plus riche encore en ouvrages de Robert Campm, et nulle part les qualite's spécifiques de sa peinture ne nous apparaissent aussi clairement. C'est d'abord une Sainte Trinité (fig. 149). Dieu le Père, portant la couronne et un lourd manteau, soutient sous les bras le Christ mort qui s'affaisse et sur l'épaule duquel s'est posé le Saint- Esprit. Le groupe est placé dans une niche, et la peinture imite les tons de la pierre. Les figures sont profondément émouvantes. Le Père, avec sa barbe ondulante, évoque des époques légendaires et reculées ; le Fils, en dépit de son aspect pitoyable, fait admirer les belles proportions de son corps. Cette Sainte Trinité constitue le verso d'un tableau
Fig. iôi.
RoGKR Van deh Wkyden.
Le Jugement Dernier.
(Ik\iii)ie.)
l'iG. 102. — Roger \'an der Weyuen.
Les Sept Sacrements.
(Musée d'Anvers.} (Cliché G. Ilcrmans.)
d'autel ; le recto des deux volets du même triptyque se trouve au même Musée. L'un représente Marie donnant le sein à l'Enfant Jésus (fig. 150). C'est une douce et touchante figure admirablement drapée. Sur l'autre volet, Véronique déploie devant elle le voile sur lequel s'est imprimée la face douloureuse du Christ (fig. 1 51). C'est une femme déjà âgée d'une expression poignante. Elle porte une robe rouge à bordure enrichie de pierreries et à manches vertes.
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i63. — Ilu(fKH Van dkr Weyden. — L'Alth
Saim-Jkas.
(Mitsfc de Itcrlin.) (Cliché l'hot. detelttchaft, licrlin >
Un cj*ai» mou chotr bUnc lui canl la Ictc. Comme la Vierge, ell' tient dafis ur.' ,,;airic cmaillcc d»
fleur» et contre ur.' tapisftene à fleurs d'or. Le \iauixiii Larron c«t le plus important des tableaux de Francfort (fig. 152).
Le supplicie, non cloue, mais attache à la croix, a les bras puasses par-dessus la traverse du gibet. Son corps nu et vigoureux est bien conforme^ tout comme celui du Chnst dans la Sainte Trinité de'critc plus haut. La souffrance est gravée sur son visage en traits sobres, mais vigoureux. Il se détache sur un fond d'or. Au pied de la croix se tiennent deux hommes, un centunon et Longin. Ce panneau est le fragment d'un grand tnptyque dont le Musée de Liverpool possèdela copie complète et dont l'original doit avoir été peint avant 1430.
Le Musée de Berlin possède un admirable portrait peint par Campin, peut-être celui du Florentin Nicolo Strozzi (fig. 1 53). On cite comme œuvres du même auteur.
ou du moins de son école, les tableaux appartenant à la National Gallery de Londres : une Madone dans un appartement (n' 2609). un portrait d'homme et un portrait de femme, une \lort de la Vierge et une Ma- Jclcinc. De toutes ces œuvres, la dernière seule me paraît pouvoir lui être
Fig. 1Ô4. — Roger Va.n dkr ^^'EYDE^".
L'Autel Bladelin. — La Nativité.
(Musée Je Berlin.) (Cliché I^hot. Gesellschaft.}
— JACQUES ÙARET, DISCIPLE DE ROBERT CAMPIN
attribuée avec raison. Les traits sont vi- ! . ^ -
goureusement dessinés avec des rides profondes et des plis plus ombrés. L'énergie presque brutale de ce visage surprend après les figures placides et presque somnolentes de Van Eyck. D'ailleurs la peinture de Robert Campin n'est pas sans âpreté. Non seulement sa Sainte 7 rin'iié fut peinte d'après un groupe sculpté, mais tous ses ouvrages en peinture plate " se rattachent visiblement à l'école de sculpture qui florissait alors à Fournai. C'est un coloriste de premier ordre. Ses intérieurs montrent des meubles et des accessoires merveilleusement travaillés ; en plein air, les figures posent sur des pelouses fleuries et se détachent sur de riches tapisseries et des draps d'or. Il aime à revêtir ses personnages de diapenes blanches et de
robes rouges bordées de pierreries éblouissantes.
Jacques Daret, un de ses deux dis-
FiG. iC5.
RoGicu \'an dkr Weydf.n.
L'Altkl Bladici.in.
L'IvrOILK APPARAli AfX
Rois.
(Mtn^i'c de Kerliiï.)
(Cliché l'hcl. (iescll., licrlin.
FiG. i66.
Roger Van der Wevden.
L'Autel Bi.adei.in.
La Sibylle de Tiulr.
{Musée de licrlin.)
(Cliché l'hot. (iescll., Herlin.)
ciples connus, appartenait à une famille d'artistes tournaisiens et naquit vers 1404. En 1418, il se mit en apprentissage chez Robert Campin ; le 1 2 Avril 1427, il obtint le titre d'apprenti et, le 18 Octobre 1432, il devint simultanément membre et doyen de la gilde de Saint Luc. 11 vécut alterrativemcnt à Arras et a Tournai. De 1433 à 1435, il travaillait à Arras pour Jean De Clercq. abbé de Saint- Vaast, et exécuta pour lui un tableau d'autel dont la partie extérieure des volets était couverte de cinq panneaux. Quatre de ceux-ci, formant la rangée intérieure, nous ont été conservés. Ce sont la Purification (fig. I 54). qui se trouve chez M. Tuck, de Pans; la Nativité, appartenant à M. Pierpont Morgan ; l' Adoration des
Mn^i's iUv.. 13)) et 1(1 \'isiliiîi<,i\ (Uv,. 156). tous deux au Mum-'c <l< li< lllll. /\u-(lrHSUS (Ir ers
(jualro panneaux était represenlcc rAnnoncialion. I.n 14 36. Daret revient à lournai ; ma s. de 1445 à 1438. il rc'sidr de nouveau à Arras. En 1454. il fut un des principaux artistes employés par Pliilippe le Bon au décor de la fêle donnée a Lille et célèbre dans l'histoire sous le nom de " Vœu du Faisan ". Mn 1468.
avec SCS confrères les plus répute's, il fut aussi appelé à rehausser l'apparat des noces de Charles ^^^- *^'7- - Ro<iF" ^an uer WEYDEJt. le Téméraire à Bruges, il en ,„ J^J'T'' r ..
. . ^ . fMu%te de hrancfortj
resuite que Uaret comptait parmi fciicht itruckmann.)
les artistes les plus recherchés de
son temps et qu'il travailla de 1427 à 1468. Outre les œu\Tes
précitées, il exécuta encore pour Jean De Clercq un autre tableau
d'autel représentant le Saint-tsprit.
et les patrons d une tapissene ayant pour sujet la Résurrection.
Les oeuvres connues de Jacques Daret témoignent d'une parenté avec celles de Robert Campin. Les personnages de l'élève semblent appartenir à la même famille que ceux du maître. Le grand-prêtre de la Purification, affublé dure longue barbe ondulée, ressemble a s'y méprendre à Dieu le Père de la Sainte Trinité ; les traits de la Vierge rappellent tout a fait ceux de la même figure dans lautel de Mérode : coiffures, turbans bleus, mouchoirs de tête des femmes, chaperons plissés des hommes sortent de la même garde-robe. Mais Daret
FiG. i68.— Roger Van derWetden.
Portrait de femme.
(Musée de Berlin.)
(Cliché Phot. GesellschJft, Berlin.}