LE CHEF D'ŒUVRE DE VAN DER WEYDEN
ppp
r^jWi
^Ki \iP^ ^
ÉÉrfi:'^^^
%£,~1JM
FiG. 173. — Thierry Bouts.
Le prophète Élie.
(Ikrlin.) (Cliché l'hot. (tesellschaft.}
carrière et qu'il y mourut en 1464.
L'hypothèse d'un Roger Van der Weyden à Bruges est donc simplement due à une méprise des premiers historiens d'art.
Le plus célèbre tableau du grand artiste, et le seul dont l'attribution lui est assurée par des documents certains, est la Descente Je Croix (dg. 157), qu'il peignit pour l'autel de la confrérie des Archers à Louvain. Il se trouve aujourd'hui à l'Escunal.
Le Musée de Madrid en possède deux copies contemporaines ; l'église Saint- Pierre a Louvain en conserve une troisième. La croix s'élève au milieu du tableau ,
dans un panneau qui domine les deux côtés. Le corps du Christ est descendu par trois disciples ; une femme éplorée et un homme tenant un vase de baume sont placés à droite ; à gauche, Marie défaillante est soutenue par Jean et par une jeune femme. Tous les visages expriment une douleur poignante, et cette affliction est le lien qui unit les personnages assez disséminés de ce groupe.
C'est avec une sollicitude fervente qu'ils portent le corps, dont le poids paraît insensible et dont le supplice n'a pas al'-éré la beauté. Ceux qui le tiennent semblent l'exposer comme une relique aux spectateurs, et dans leur douleur il entre de l'adoration. Les pinceaux de Van der Weyden tiennent de la magie de ceux de Van Eyck ; il a plus de sensibilité et une facture plus tendre que Robert Campin ; néanmoins l'influence
TiG. 174. — Thierry Bouts.
.\braham et Melchisédech.
iMunich.} (Cliché llanfstaengl )
/ / « \f)Ut
lu,. 173 — 1 IIIKHHY liut IN.
La Récoi-tk i>k la Manne.
(Muiiich.f (Cliché liruckmann.)
(iu riiahrr »c rrlrouvc dan» <|uari' tilr <lr Irait» dr rdcvr.
I'<u a\)tct 1430. Van drt Wrydrn ]yr\^nït [x>ur l'Hôlrl de \ illc dr Ijruxcllri quatre va«!n compositions rcr.ommccs durant des siccies comme les plus imf>ortantcs du pays. Deux en cftaient consacrées a I rajan l'hmpcrcur cquitablc. Un jour (jue ce pnr.cc partait en campagne à la tcte de ses troupes, une veuve se )eta à ses pieds et le supplia d'appliquer un juste châtiment au meurtner de son fils. L'empereur fit décapiter le criminel (fig. 158). Dans l'autre tableau, dont le vertueux empereur est le héros, on voit le
pape Grégoire obtenir de Dieu que ce païen irréprochable soit retiré
de l'enfer. Les deux autres compositions célébraient la Justice de Herken-
balcJ. Pendant que cet homme puissant
et juste gardait le ht, son neveu fut accusé d'avoir violé une jeune fille. Le
malade fit comparaître le coupable a son
chevet et lui trancha lui-même la tête.
Lorsque, a l'article de la mort, l'évéque,
eu égard à limpénitence du monbond.
lui refusa les sacrements, la sainte Hostie
vint se placer d'elle-même sur sa langue
(fig. 159). Ces merveilleuses peintures
furent détruites lors du bombardement
de Bruxelles, en 1 695, mais elles étaient
reproduites dans les tapisseries que les
Suisses recueillirent avec le reste du
butin conquis à Grandson sur Charles
le Téméraire et que l'on conserve Fig. 170. — Thierry Bovts
encore au Musée de Berne. Il est im- L iniquité de lImperelh
possible d'apprécier les mérites des ori- „ ^^°.^'
. j' V • (Bruxelles)
ginaux d après ces tapisseries, mais (CUché Han/staengl. Munich t
LE JUGEMENT DERyiER
celles-ci nous permetlenl toutefois de nous faire une idée de la composition de nos plus anciennes peintures historiques.
En 1443. Nicolas Rolin, chancelier de Philippe le Bon. fonda a Beaune.
petite ville voisine de Dijon , un Hôtel-Dieu dont l'architecture pittoresque s'est conservée jusqu'à ce jour.
Vers la même époque, ce personnage fît exécuter par Roger Van der Weyden, pour la chapelle de ^''^'- i77- - Ti'iehhy Bdlïs. - Le Mahtyhe
. 1 * "i 1 • DE Saint Érasme.
cet hôpital, un immense „.. ,.,,,,.. . ,
tableau d autel, probablement le plus important travail du maître. Il représente le Jugement Dernier. Dans le panneau du milieu qui dépasse notablement en
hauteur les volets latéraux, le Christ trône sur un arc-en-ciel, comme Justicier suprême ; au- dessous descendent en planant quatre anges sonnant de la trompe pour appeler les morts au Jugement ; au milieu d'eux. Saint Michel tient la balance dans laquelle il pèse les péchés et les vertus (fig . 1 6 1 ) . A droite , les réprouvés sont voués aux abîmes infernaux ; à gauche, les élus sont conduits par un ange vers les paradis célestes. Des légions d'élus en adoration devant le Christ se pressent a droite et a gauche du groupe principal (fig. 160). Au verso des volets, on voit le donateur et sa seconde femme Guigone de Salins. Après F Adoration de f Agneau des Van Eyck, FiG. 178, — Thierry Bouts ce Jugement Dernier est bien l'ouvrage La Réhabilitation. (^ 1^3 considérable de l'école flamande
itiruxelles.) , . /^ j
(Ciichù Uanfstaengi. Munich i gothiquc. Ces deux Compositions trai-
fLAMJiil
lii. 179. - iiiirfri é.... I ■• — Ll. («llkUl
CHEZ SlM02< LF. PHARlklEJI.
(lier lin. Mut^J fiAichi Phot. GaelUcha/l f
Ui.l (J ailleurs fjri sujrlu capitaux de la i< lixioii chrclicruM- : I Agneau (l« Dieu tifstendu sur la Icrrc pour raclirtcr \v pèche originel ; le C hnsl apparu dans les r.uces pour juger de l'usage que les lioniîTies oiit fait de celtegrâce. Dans les deux ouvrages, la matière est répartie en jjlusieurs panneaux ; mais celui des V^an I^^yck est bien i)lus
homogène que celui de Van der Weyden. Ce dernier n est jamais parvenu complètement a rendre les mouvements de ses figures avec naturel et élégance : les têtes sont souvent plantées de travers et avec raideur sur les épaules. Le Jugement Dernier manque de la grandiose majesté de [Adoration. Maison doit y admirer le mélange de sévérité et de mansuétude chez le Juge Souverain, ainsi que la noblesse suave de l'archange Gabnel, le chcU'me de Marie, la feneur vanée
des apôtres. 1 expression de terreur des damnés, les proportions heureuses des figures nues.
Le tnptyque des Sept Sacrements du Musée d Anvers compte aussi parmi les plus importantes compositions de Roger \'an der \\ eyden (fig.
162). Il fut peint peur Jean Chevrot, évêque de Tournai de 1437 a 1460. Plus que les autres, il mêle la Me bourgeoise et quotidienne a 1 cxis- FiG. 180. — Thierry Bouts. — Le Martyre tence mvstique. Sur le DE Saint HiPPOLYTE. panneau ' du milieu, le
(Bruges, Satnt-i>aui'eur.) » j- i j
(Cliché Bruckmann, Munich} prêtre dit la messe cans