‹ FlandreChapitre 58 sur 173 · LE REALISME DE BREUGHEL · texte numérisé non relu

LE REALISME DE BREUGHEL

FiG. 259. — Jérôme Bosch. — Li. Fortement

OE LA Croix.

(Musée de (iaiid.) (Cliché liru>.k»iann.)

il les dessinait en traits vifs et exacts et les peignait avec des couleurs vigoureuses et tendrement nuancées. Ce n'est pas qu'il reculât devant la représentation sincère de ce que ses modèles offraient de disgracieux ou de difforme, mais du moins ne rechercliait-il point la laideur. Lui aussi traite des scènes de la vie de son peuple, et, à l'exemple des écrivains de son temps, son génie satirique s'exerçait sur les vices et les ridicules de l'humanité. Nous avons donc affaire à un tout autre artiste que ses prédécesseurs ; chez lui le peintre se double d'un moraliste, et il s'adresse autant à notre esprit qu'à nos yeux. Mais le peintre prime toujours le moraliste et le folkloriste, un peintre extrêmement sensible à la lumière radieuse, aux superbes taches de couleur qu'une

étoffe, une masure, un arbre offrent à ses yeux. Il ne se bornait pas a peindre ; il laissa des paquets entiers de dessins, non seulement des études d'après nature dans lesquelles il fixe d'une plume aiguë les aspects des hommes et des choses, mais aussi des modèles d'après lesquels les graveurs reproduisirent pour les répandre dans le public ses innombrables séries de paysages et de marines, de proverbes, de paraboles et d'allégories. Un de ses dessins les plus importants, appartenant à l'Albertina de Vienne, nous raconte comment le jour de la Saint- Jean, a Molenbeek, hors de Bruxelles, les pèlerins sont tenus a se livrer a une danse continuelle jusqu'à ce que —

FlO. 260. — JÉRÔME BOSCIÎ.

Le Jugement Dernier.

(Musée de lirufres.) (Cliché Daled )

I LASUUL

Vu,. 2t'>I. — FlKRHK BHKirOIIKL LE ViEL'X.

Lk PfcLKRINA<iK IiK Mol.KNKMK

(Vienne, Albcrtina ) ((.liehe Lo^-v).

ayant franchi certain \njt\X en ciaittant tAX en sautant, ils soient Kuérii [Hjur toute une année du mol caduc (ftg. 261). Un autre destin apporter ant.

ainsi que les deux uivant». au Bntiih Muséum, eludje la danse des ru&tres sous les arbres devant une auberge de village (fig. 263) ; un troisième rappelle la manière origmale dont les apiculteurs se protègent contre le* piqûres des abeilles (tig. 264) ; un quatrième se borne a rendre tout simplement le paysage tel qu il se présente dans nos contrées (hg. 262). Le peuple raffolait de cet humoriste ; il savourait ses boutades et ses railleries et se réjouissait de se voir représenter en toute franchise, avec ses tics et ses défauts. p>ar un artiste SI cordial et si spirituel. Ces bonnes gens lavaient même surnommé le Drôle {V^iezen Breughel), et ce sobriquet le désigne encore bien au delà des frontières de son pays. On ne possède qu'un nombre restreint de ses tableaux. La plupart et les meilleurs se trouvent au Musée Impénal de \ lenne. D après le témoignage de son tils Jean, l'empereur Rodolphe 11 aurait voulu se procurer tous ses tableaux en les payant leur pesant d or.

A 1 exemple de Bosch. Pierre Breughel peint des épisodes de 1 Histoire Sainte qu'il transporta dans notre pays et parmi ses compatriotes. Tel le Massacre des Innocents (fig. 263). qui se passe en plein hiver dans un village flamand : le ciel est uniformément tendu d'un voile gris clair et verdâtre ; le sol et les toits sont couverts dune neige, non point âpre et crue, mais moelleuse comme une toison. Les maisons de la place où se joue le drame sont brun rouge ou jaune d'oeuf ; les personnages se détachent sur ce terrain blanc et sur ces toits rayonnants aussi de blancheur ; de même les arbres dépouillés de leurs feuilles. Le massacre nous frappe moins par sa férocité que par le naturel des groupes qui -^ i36

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