‹ Flaubert à ParisChapitre 4 sur 8 · A MEDAN · texte numérisé non relu

A MEDAN

Les révolutions sont des crimes contre le? patries et contre Thumanité.

(Ernest Renan).

Cette nuit-là, je dormis assez mal.

J'étais inquiet et nerveux. Ces mots de Flaubert me revenaient sans cesse à l'esprit : « Nous irons dire un petit bonjour au bon Zola ! » Mais alors ?... C'est donc que Zola vivait toujours !... Et j'avais comme un affreux soupçon qu'il était mort... Mais, s'il était mort, il était bien probable que Flaubert, lui aussi ?... Absurdité ! Un ronflement sonore venu de la chambre voisine me témoignait assez

que le cher bon maître était toujours vivant, — et bien vivant !

Par moments, j'avais conscience d'assister à une sorte de dédoublement de la réalité, comme le héros de la Spirale y cet étrange et prodigieux roman, dont le maître m'avait entretenu. Pendant quelques instants, ces deux réalités se côtoyaient et néanmoins elles me paraissaient désolément contradictoires. Je miC demandais avec angoisse laquelle des deux était la bonne...

Mais, au réveil, ces divagations se dissipèrent comme une fumée. Je dis à Flaubert, sans la moindre hésitation :

— Mon cher maître, je vous félicite !

Comme Victor Hugo, vous avez enterré tous vos contemporains et même leurs enfants et leurs petits-enfants... Cela vous donne sur eux une sorte de supériorité dont le sentiment ajoutera beaucoup, pour vous, j'en suis sûr, au charme de votre promenade à Médan. Toutefois, avant de nous y risquer, je crois utile de prendre quelques précautions. A vous parler franc,

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j'ai peur que la politique ne se «mêle fâcheusement à la manifestation projetée... Flaubert repoussa violemment la petite édition de Montaigne, son emplette de la veille, qu'il était en train de lire :

— Jamais de politique, nom de Dieu !

Ça n'est pas propre, et ça porte malheur !

— Ah ! je crains fort...

— S'il en est ainsi, me dit-il, je préfère m'abstenir... Mais êtes-vous sûr qu'/7^ vont nous embêter avec leur politique ?...

Pour m'en éclaircir, je télégraphiai séance tenante à l'un des organisateurs de la fête, mon talentueux confrère, le cordial et dévoué Marcel Batilliat, en lui faisant part des intentions du maître et en lui exprimant mes craintes et les siennes. Batilliat me répondit immédiatement que le comité serait très fier de pouvoir compter sur la présence d'une ! telle personnalité. Quant à la politique, i il n'en serait pas question, du moins il

l'espérait...

\ Dans son pieux désir d'honorer la mémoire de son jeune confrère et ami, le

maître voulut bien se contenter de cette demi-promesse.

Et c'est ainsi que le lendemain, qui était un dimanche, — un beau dimanche ensoleillé d'automne, — nous nous trouvâmes encore une fois sur le quai de la gare Saint-Lazare, attendant le dépar pour Médan d'un abominable train omnibus.

C'était l'habituelle bousculade dominicale. Au milieu d'une telle cohue, il nous fût impossible de discerner les zolistes, qui, comme nous, s'acheminaient vers Médan. Nous en tirâmes de désagréables pronostics, et, parce que nous étions seuls de notre espèce dans notre compartiment, nous en conclûmes que, d'ores et déjà, la manifestation était ratée et que nous courions à un four sinistre. Je sentis que Flaubert tournait à la mauvaise humeur.

Pourtant, lorsque nous descendîmes à la station de Villennes, nous fûmes sub-

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mergés par un flot de voyageurs qui descendaient du train. Sur le trottoir, il y avait bien une centaine de personnes, qui, sans le moindre égard pour autrui, se ruaient vers la sortie et dont la figure, comme les prof)Os, dénonçaient trop évidemment des admirateurs des Rougon-Macquard : professeurs cossus aux belles redingotes à revers de moire, pauvres diables aux joues creuses et tiquetées de rouge, mais dont les yeux flambaient de fanatisme, comme des tisons incendiaires. Et puis tout un troupeau quelconque de grosses dames agitées, de bourgeois pacifiques et de grands benêts d'adolescents aux maigres guibolles dans des pantalons trop courts.

Ils se ruèrent à l'assaut des véhicules disponibles sur le terre-plein de la gare. En un clin-d'œil, toutes les places furent occupées, et fouette, cocher !... Je tremblais déjà pour le bon Flaubert obligé de faire à pied les deux petits kilomètres qui séparent -Médan de Villennes, lorsque, dans un tourbillon de poussière, une auto-

mobile, lancée à fond de train, stoppa contre le hangar des marchandises. Un gentilhomme des plus élégants en descendit... et quelle ne fut pas ma joie de reconnaître en lui une silhouette sympathique, et d'ailleurs bien connue !...

Le sourire aux lèvres, je m'avançai, suivi du bon Flaubert, à qui je criais :

— Mon cher maître, c'est Fasquelle !... Fasquelle, votre éditeur !

Fût-ce une illusion ? Mais il me sembla que, pendant un quart de seconde, un voile passait sur le visage glabre de Fasquelle. Evidemment, le carrick du maître, son chapeau à larges bords n'étaient pas tout à fait du dernier chic. Et, quand à moi même, j'avoue que ma propre tenue...

Cependant, dès que j'eus nommé mon illustre compagnon, la figure un peu brumeuse de Fasquelle s'illumina : ^

— Je redoutais, dit-il, mon cher maître, qu'une indisposition nous eût privés de l'honneur de votre présence... Et, n'ayant pas eu, jusqu'ici, celui de vous être présenté...

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Il s'effaçait, pour laisser Flaubert s'installer dans l'auto, et, quand nous fûmes tous casés, il s'excusa du léger retard... Averti au dernier moment par les organisateurs que Gustave Flaubert devait assister à la cérémonie, il était parti à toute allure pour venir nous cueillir au saut du train... Il ajouta ensuite quelques compliments, comme il sied pour un auteur de la maison. Bref il fut charmant...

Flaubert causait peu. Il paraissait déjà tout énervé par le contract de la foule. Heureusement, le trajet ne dura que quelques minutes.

Nous ne pénétrâmes point en voiture dans la propriété. L'auto de Fasquelle se rangea contre le mur du jardin, à la suite de quelques autres, qui avaient dû amener des visiteurs et dont l'une était d'une somptuosité extraordinaire.

Le (( Tusculum du bon Zola », comme disait Flaubert, enthousiasma médiocre-

ment celui-ci. Il dénigra la maison, qui, à l'en croire, devait être humide et qui, d'ailleurs, manquait d'horizon. Il est vrai qu'il en jugea mai, empêché par la foule qui, aux abords du logis et sur toute la terrasse, se disputait les sièges. Mais, en revanche, il admira fort la vue de la Seine, laquelle est réellement splendide, lorsqu'on la contemple des terrasses inférieures du jardin. Nous remontâmes par de petits chemins qui serpentent à travers les pelouses et nous nous arrêtâmes un instant devant le buste horrifiant du maître du logis. Flaubert sembla douloureusement affecté qu'on eût ainsi traité son pauvre ami. Et, déjà, il tonnait contre « le coco )) auteur de cette statuaire agressive, lorsque des jeunes gens aux boutonnières fleuries d'églantines rouges vinrent nous avertir que la fête allait commencer. Est-il besoin de dire que le maître Flaubert fut accueilli avec beaucoup de déférence et que toutes les marques du respect et de l'admirationfurent prodiguées à ce miraculeux centenaire ? La veuve

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du célèbre écrivain, elle-même, fit quelques pas à sa rencontre. Sous les bandeaux de ses cheveux blancs comme poudrés à frimas, dans sa robe de soie gris-tourterelle, elle avait l'air d'une vénérable châtelaine échappée aux horreurs du bolchévisme.

Avec une parfaite bonne grâce, elle fit asseoir Flaubert à sa droite. Fasquelle siégeait à sa gauche, en sa qualité d'éditeur des œuvres de Zola. Assujettissant son monocle, l'air pénétré, il prenait connaisr sance du programme. A côté de Flaubert, trônait une autre dame âgée, habillée avec une extrême recherche et qui, agitée d'une continuelle danse de Saint-Guy, paraissait ne pas tenir en place. Son profil impérieux, ses yeux furibonds requéraient l'attention et les égards des assistants. Elle rappela au bon Flaubert, qui ne la reconnaissait pas, leur rencontre, — déjà vieille d'un demi-siècle, — chez Victor Hugo, et enfin elle se nomma. Elle portait un nom un peu compliqué, — un nom à courant d'air, comme on dit

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aujourd'hui, — mais d'une illustration relativement ancienne, et, d'ailleurs, parfaitement authentique. Elle s'appelait M^^ La Vieille-Pétroleuse-en-dentelles, — appellation bien justifiée par soixante ans de frénésie révolutionnaire, qu'aucune douche n'avait calmée ni ne calmerait jamais...

La magnifique automobile qui stationnait contre le mur du jardin était la sienne et elle y avait amené les orateurs et conférenciers qui allaient prendre la parole.

A part ces quelques personnages, tout le reste n'était plus que du fretin : professeurs de facultés en belles redingotes, vagues journalistes ou gens de lettres assis, à droite et à gauche de Flaubert et de M^^ Zola, sur des bancs ou sur des chaises de jardin. Devant le perron du logis, nous formions ainsi un cercle d'auditeurs. Par derrière, se pressaient des invités de moindre importance, et, derrière ceux-ci encore, des propriétaires des environs, des petits bourgeois parisiens

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en villégiature, des badauds et des promeneurs dominicaux qui, l'air moitié blagueur, moitié ahuri, étaient entrés là pour voir ce qui allait arriver. Enfin, embusqués derrière les arbres de la terrasse, deux gendarmes, un brigadier et son subordonné, représentants de l'ordre et de l'autorité, surveillaient l'assistance.

Manifestement, Flaubert était horripilé.

Il avait escompté une petite soirée intime, où il n'y aurait que des gens de lettres, des amis du mort. Et voilà qu'il tombait dans une espèce de réunion publique !...

Cependant, des « chuts » réclamèrent le silence. A l'angle du perron, le dévoué Marcel Batilliat avait surgi. Il donna lecture d'un certain nombre de lettres signées de personnalités littéraires ou politiques qui n'avaient pas pu venir ou qui n'avaient pas voulu se déranger. La dernière, évidemment réservée pour la bonne bouche, était de M. Anatole France. Lui aussi, il regrettait de ne pas pouvoir venir et il envoyait sa bénédiction. Quelques bat-

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tements de mains accueillirent cette missive patriarcale. Ensuite, quelqu'un escalada les marches du perron. Ce quelqu'ur coUationna les feuilles de son discours Fasquelle laissa choir son monocle, — et l'orateur commença...

D'abord, — et conformément aux traités, — ce fut une pleine eau dans la littérature. Toutefois les théories littéraires dudit orateur ne cadraient point du tout avec les doctrines esthétiques du bon Flaubert. Elles excitaient même en lui une fureur croissante. Je l'épiai du coin de l'œil, avec une affreuse anxiété, — et je me rappelais une de ses citations favorites, une citation de « ce vieux croûton de Boileau » : « Les sottises que j'entends à l'Académie abrègent mes jours... » Lui, de colère, il était bien capable de trépasser là, entre M^^ Zola et La Vieille-Pétroleuse-en-dentelles !... Mais voici que, pour comble de disgrâce, l'orateur, obliquant décidément vers la politique, se plaignit de ce que l'esprit révolutionnaire fût en baisse. Après en avoir exalté les haut-

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faits, il prédit, — et ce fut sa péroraison, — une revanche éclatante et prochaine de la Révolution...

Au milieu des applaudissements, d'ailleurs clairsemés et sans grande conviction, celui qui venait de parler regagna sa place. Flaubert, le menton appuyé sur sa canne, ne soufflait mot : ce qui était pire que tout. Quant à moi, je voyais, non sans les plus vives appréhensions' un autre orateur monter les degrés de la tribune. C'était un gros garçon au ventre épanoui, aux bras courts, à la mine papelarde et cauteleuse, qui donnait d'abord it qui voulait donner l'impression d'être m bon garçon... Ah ! avec celui-là, cela le traîna point ! Dès les premiers mots, :e fut une charge à fond contre le capiahsme, ce pelé, ce galeux, cause de tout e mal, et contre « ces sales bourgeois », 'es repus,* ces dégénérés, qui...

Flaubert n'y tenait plus. J'eus beau ne pendre à la pèlerine de son carrick, l se leva de sa chaise, et, d'un formidable oup de (( gueuloir » :

— Espèce de repu vous-même ! Aurezvous biefitôt fini de m'engueuler ?... Ah ça ! vous foutez-vous de moi ? Vous m'invitez soi-disant à une petite^ fête, et^ en arrivant, vous me flanquez à la têtt un paquet de sottises !... Car, je suis un bourgeois, monsieur ! nous le sommes tous ici, m.oi, le bon Zola, son épouse et Fasquelle qui récure son monocle, e1 M^^ La Vieille-Pétroleuse-en-dentelles, e1 les professeurs que voici avec leurs belles redingotes, et vous-même, monsieur Oui, vous en êtes un autre... un sale bourgeois !...

Ce fut un brouhaha indescriptible. Toul le monde s'était levé en poussant des cris divers. Les badauds, les petits propriétaires, faisant chorus avec le maître s'étaient mis à invectiver le gros garçon Ils se gourmèrent avec les jeunes gens aux églantines rouges, qui voulaient leui imposer silence. Cela dégénéra incontinent en une mêlée générale, d'où je m sais trop comment je parvins à dégage!

le pauvre cher maître.

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La seule chose dont je me souvienne, c'est que, à la porte du jardin, nous fûmes happés par le brigadier de gendarmerie et son acolyte, qui nous guettaient derrière un arbre. Le gendarme voulait arrêter Flaubert comme perturbateur de Tordre public :

— C'est un scandale ! dis-je ?... Vous n'allez pas arrêter un homme comme monsieur...

— Et pourquoi qu'on ne l'arrêterait pas ? se rébéqua le brigadier, avec arrogance.

— Pourquoi h,. Mais, d'abord, brigadier de mon cœur, parce qu'il est mort depuis quarante et un ans !...

Encore une fois, je ne sais trop comment cela se fit. Mais cette réponse sidéra instantanément le brigadier et l'autre gendarme, qui, avec un mouvement d'horreur 'tempéré d'infiniment de respect, se ran- Igèrent pour nous laisser passer, les pieds len équerre, la main au képi, comme au passage d'un enterrement de première classe...

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Enfin, nous étions sortis de la fournaise !

Contre le mur du jardin, les automobiles stationnaient toujours. Du haut de ses vernis impeccables, le chauffeur de la Vieille-Pétroleuse-en-dentelles toisa, avec un dédain apitoyé, ces deux misérables piétons, qui traînaient leurs semelles dans la poussière de la route.

Flaubert, extraordinairement congestionné, suffoquait, au point qu'il fut obligé de dénouer sa cravate. Enfin, quand il put parler il me dit :

— Avouez que c'est raide !... Moi qui m'intitulais, autrefois, Gustavus Flaubertus, bourgeotsophobuSy voici que, par leurs bêtises, ils me forcent à prendre la défense des bourgeois !...

— Mon cher maître, dis-je, il y a bourgeois et bourgeois !

— Vous m'entendez bien ! me dit-il...

Autrefois je tenais pour bourgeois « qui-

! conque pense bassement.» Eh bien ! aujourd'hui, j'appelle socialiste quiconque pense bassement !... Ce qui m'indigne, voyez-vous, c'est que des écrivains, qui se donnent pour des artistes, des hommes libres, prêtent les mains à l'ignominie de la Sociale... Vous avez entendu tout à l'heure cet Anatole qui envoie sa bénédiction à ces crétins .?... Quelle abjection ! se fourrer dans le troupeau, par besoin de réclame, besoin d'entretenir une cHentèle, par gâtisme sénile peut-être ! Entraîner derrière soi un tas d'inconscients v^ers la caserne, ou la chiourme socialiste ! Est-ce beau ! La belle besogne pour un écrivain !... Ah non ! mille fois non ! plutôt crever que d'accepter une pareille déchéance, un pareil esclavage !... Le prodigieux dans tout cela, c'est qu'ils se :roient « avancés » !... Oui ! avancés :omme des charognes en décomposition !

?légresser vers un idéal social qui est :elui des peuplades de l'Afrique centrale, :omme les communards de mon temps •égressaient vers la commune du xii© siè-

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de ! Mon ami Renan avait coutume de dire : « L'Islam est sans doute un progrès pour le nègre. » Il se peut que, pour le Russe, ou le Juif oriental, le socialisme ou le communisme soient un progrès.

Mais pour un civilisé !... Qu'un civilisé supérieur en arrive à perdre ainsi la conscience de lui-même, de ce qui fait sa dignité, de ce qui donne un peu de prix à la vie, — cela me jugule !... Les écrivains qui se dégradent à ce point sont des traîtres, — les traîtres de l'intelligence. Ils passent au Barbare, ils nous livrent à l'Ennemi... Vous pouvez le leur dire de ma part ! Et sans phrases! Ah ! fichtre !...

En ce moment, nous passions devant l'église de Médan, pauvre vieille bâtisse qui tombe en ruines. La municipalité, sans doute inspirée par les principes des Rougont-Macquard,a fait placarder cette inscription contre le mur du chœur « Dangereux ! Passez au large ! » Peut-être aussi n'y a-t-il plus de paroissiens à Médan. Quoi qu'il en soit, tout y annonce

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le morne et stérile village, enfoncé jusqu'au nez dans le purin de ranticléricalisme.

Flaubert fut-il frappé de cette désolation, vit-il là comme une réfutation et un châtiment infligés par les faits aux doctrines de son ancien ami ? Fut-il atterré du désert et de la mort que ces doctrines anti-humaines ne tardent pas à faire autour d'elles ? Je n'oserais l'afiîrmer. Mais, à peine avions-nous dépassé l'église qu'il me dit :

— Ces gens-là m'exaspèrent ! Ma parole ! ils me feraient aller à la messe !

— Mon cher maître, dis-je, on ne va pas comme cela à la messe, — surtout quand on vient d'où vous venez ! Quelques étapes préparatoires sont indispensables...

Il ne m'écoutait point. Il était encore tout à sa colère et à ses idées.

— Oui, reprit-il, ils se croient « avancés », ces rétrogrades de la barbarie ! Ils s'en vont répétant que le mouvement révolutionnaire est irrésistible. Mais la mort aussi est irrésistible ! Tout l'art des

médecins consiste précisément à en retarder l'échéance, comme l'habileté des politiques, depuis que le monde est monde, a toujours consisté à s'opposer aux forces dissolvantes, destructrices des sociétés et des civilisations. Et comme le médecin encore, qui utilise la nature, dans sa résistance aux forces de décomposition, tout ce que le politique peut faire, c'est de discerner, dans les mouvements révolutionnaires, et d'utiliser les bons instincts qui conspirent avec la vie et l'intelligence, c'est-à-dire avec l'ordre, l'organisation, la paix...

Le maître était lancé. Il disserta ainsi jusqu'à la gare de Villennes, où nous trouvâmes fort à propos un train à peu près vide pour nous ramener à Paris.

De la portière du wagon, nous aperçûmes une dernière fois le double clocher de l'église en ruines de Médan. A cette vue, mon compagnon se mit à répéter, je ne sais dans quelle intention :

— Parole d'honneur ! Ils me feraient aller à la messe, ces brigands-là !

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— Eh bien, dis-je, puisque cette idée vous travaille, commençons par aller voir le célèbre abbé X..., qui, peut-être, vous en aplanira le chemin...

— L'abbé X... ! Qu'est-ce que c'est que ce calotin ?...

— Votre évêque ! dis-je, mon cher maître... oui, l'Evêque de la Littérature !... un évêque in partibus infidelium,., du moins trop souvent, hélas !

— Il aime donc la Littérature, votre évêque ?

— Follement, dis-je.

— C'est un oiseau rare, — rara avis !... Allons, je le veux bien. Nous irons voir l'abbé X..., pour me remettre de ma visite au bon Zola... Ah ! oui, vraiment, nous aurions mieux fait de rester à V Hôtel des grands hommes et de relire ensemble quelques belles pages de ce cher ami !...

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