Restaurant de la rue Mazet, aujourd'hui disparu
3. Une Reçue de Paris avait été fondée en 1829, par le docteur Yéron et avait eu pour directeurs successivement Amédée Pichot, Philarète Chasles, François Buloz. Elle disparut en 1845. — Une seconde Reçue de Paris vécut de 18.M à 1858 sous la direction de Théophile Gautier, Arsène Hous-
ier octobre i856 au i5 décembre de la même année. En janvier et février 1857 il soutient le procès en police correctionnelle que le gouvernement avait intenté aux éditeurs de la Revue de Paris et à luimême, à propos de ce roman, supposé immoral; est attaqué très vigoureusement par le procureur impérial M. Ernest Pinard, défendu avec chaleur et éloquence par Me Sénard; et est acquitté avec des considérants assez sévères touchant la moralité de l'ouvrage, mais sur cette conclusion a qu'il napper rait pas que le livre ait été, comme certaines œuvres, écrit dans le but unique de donner une satisfaction aux passions sensuelles, à V esprit de licence et de débauche, ou de ridiculiser des choses qui doivent être entourées du respect de tous »,
De 1857 à 1861 il s'occupe à la fois de Salammbô et de la Tentation de saint Antoine; et Salammbô, après des études d'archéologie forcenées et d'immenses efforts littéraires, paraît en 1862.
De 1862 à 1869 il revient aux études de mœurs contemporaines, et à la fois, comme il est naturel à un homme de quarante-cinq ans, réveille ses souvenirs de jeunesse et s'inquiète de questions politiques, ce qui produit, en 1869, V Éducation sentimentale.
A partir de 1870 les événements historiques, l'âge qui s'appesantit sur lui, le peu de succès (comparativement du moins à celui de son premier ouvrage) de Salammbô et de V Éducation ^ une maladie nerveuse cruelle et qui a pour caractère, procédant par
saye et Maxime Du Camp. Elle publia Madame Bovary et les Paysans de Balzac. Elle fut supprimée, à cause de ses tendances libérales, au lendemain de l'attentat Orsini,
crises foudroyantes, d'être une menace continuelle; tout cela assombrit profondément un homme qui n'avait que trop de penchant inné à la mélancolie. Il a perdu depuis longtemps sa sœur, son ami fraternel Le Poittevin ; il a perdu l'amitié de Maxime Du Camp qu'il a rudoyé, un peu sans motif. Il perd son vieil ami Louis Bouilhet (1871), il perd sa mère (1872), il perd une partie de sa fortune en en faisant très noblement l'abandon à des parents moins aisés que lui. Il veillit presque seul et triste.
Il n'a pour consolation que le dévouement attentif de sa nièce, Mme Commanville et l'amitié touchante qu'il a contractée avec la délicieuse consolatrice des affligés que fut George Sand dans sa vieillesse.
Celle-ci le soutient, le relève et même l'égaie tant qu'elle peut. Elle réussit à l'amener, trop rarement, à Nohant. Elle lui écrit infatigablement des lettres de sœur aînée qui sont adorables.
Il trouve aussi quelque reconfort dans le talent naissant de Guy de Maupassant, fils d'une de ses amies d'enfance, qu'il prend pour disciple, à qui :\ enseigne l'art de faire difficilement des œuvres faciles et naturelles et dans lequel il prévoit, en quoi il ne s'est pas trompé, un glorieux successeur.
Il travaille , du reste , avec plus d'acharnement que jamais. Il donne enfin (1874) la rédaction définitive de cette Tentation de saint Antoine qui l'a obsédé toute sa vie et qui fut comme la tentation de Flaubert. Il fait jouer sans succès en mars 187', une comédie triste intitulée le Candidat. Il publie en 1877 Trois Contes, en un volume qui réussit peu, parce que l'une seulement des trois nouvelles
(Un cœur simple) remue un peu le cœur du public. Enfin il se livre à toutes les études possibles, les plus diverses et aussi les plus pénibles, pour écrire le livre qui fut, après ï Education sentimentale et peut-être avant, son œuvre de prédilection, Bouvard et Pécuchet. Épuisé par un travail qui n'était pas en raison du résultat, ni peut-être du dessein, il meurt en laissant inachevé ce dernier ouvrage qui devait former deux volumes et qui dans l'état où il l'a laissé n'en a donné qu'un.
« Las jusqu'aux moelles », il expire en quelques minutes , frappé d'une attaque d'apoplexie , dans la matinée du 8 mai 1880, âgé de cinquante-huit ans et quatre mois. Ses obsèques eurent lieu le mardi
11 mai. Après le service religieux célébré en l'église de Canteleu, commune sur le territoire de laquelle est le domaine de Croisset, le cortège se dirigea sur Rouen pour se rendre au « Cimetière monumental » où Flaubert fut enterré dans la sépulture de sa famille. Il n'était pas de l'Académie française. Sur sa tombe, conformément à sa volonté, aucun discours ne fut prononcé. M. Lapierre, ami intime de la famille et directeur du Nouvelliste de Rouen, prononça seulement quelques paroles d'adieu. Un monument, sculpture en haut-relief, composé d'un médaillonportrait avec allégorie, et qui est l'œuvre admirable de Chapu, a été érigé à la mémoire de Flaubert dans le jardin Solférino, contre la façade du musée de Rouen, le dimanche 23 novembre 1890 *.
1. Ces détails et ces dates me sont communiqués par M. le maire de Rouen (3 mai 1899). — Le monument du musée de Rouen est reproduit en tète du présent volume.