CHAPITRE IV ÉVOLUTION DU CARACTÈRE DE FLAUBERT
Sa résignation mélancolique. — Son fatalisme. — Sa sérénité.
L'intérêt des divers événements que nous venons de passer en revue, c'est leur répercussion sur les sentiments et les idées de Flaubert : on peut deviner qu'elle fut considérable, proportionnée à leur gravité même. Dans les chapitres précédents nous en avons rapidement indiqué le sens ; la maladie, les deuils de famille, étaient des réalités trop cruelles pour ne provoquer point sinon une recrudescence, au moins une continuation de son pessimisme ; mais en même temps les causes de souffrance ayant changé de nature, la souffrance aussi devait subir quelque modification. Pourtant, il ne faut pas s'attendre à rencontrer dans son caractère des différences brusques et profondes : l'évolution au contraire est marquée par des nuances délicates, sous lesquelles persiste une âme presque identique. A partir de ce moment, il put adopter une ligne de conduite nouvelle, en raison des circonstances survenues; il ne cessa guère cependant de juger au fond la vie et le monde comme il les jugeait déjà vers dix-huit ans. C'est par l'extérieur surtout que la transformation se révèle : les manifestations de ses sentiments se sont modifiées beaucoup plus que les sentiments eux-mêmes.
Nous voudrions avant d'aller plus loin reprendre en les développant ces considérations déjà esquissées, embrasser d'un seul coup d'œil la période de trois ou quatre années dont on connaît maintenant la trame biographique, y étudier dans son ensemble l'état d'esprit de notre auteur, pour faciliter la comparaison de ses tendances et de ses manières de voir actuelles avec celles de son enfance. Un tel examen permettra en outre de prévoir les rapports de sa psychologie avec les théories d'art dont nous aurons plus tard à nous occuper.
A lire la Correspondance àçi 1843 h 1847, on est frappe d'abord du calme, de la résignation apparente avec lîiquelle il supporta ces catastrophes successives. Bien que le malheur se fût acharné sur lui, (( piétinant son cœur à plaisir comme un pavé de grande route », on ne voit pas qu'il ait cédé brusquement à une pensée de révolte; ses lettres ne contiennent rien des lamentations violentes, un peu déclamatoires, dont les Mémoires d'un Fou donnaient l'exemple; et néanmoins l'impression générale est celle d'une mélancolie plus pénétrante etplus désespérée. A côté d'une sérénité qui se laissait encore troubler à la surface, mais que rien ne bouleversait profondément (1), nous devinons la trace d'une blessure inguérissable : mais ses larmes sont discrètes, il les refoule au dedans de lui-même, et par un grand effort parvient à dissimuler son chagrin. Ceux qui l'avaient entendu se plaindre naguère, sans d'ailleurs apprécier la sincérité de ses douleurs irréelles, auraient compris et partagé maintenant une immense tristesse (2): il étonnait tout le monde, et jusqu'à Le Poittevin, en acceptant froidement sa destinée ; comparée aux souffrances anciennes, sa désolation présente lui semblait même à peine mériter la pitié (3). « Les deuils les plus tristes, écrivait-il à M. Du Camp, ne sont pas ceux que Ton porte sur son chapeau)) (4). Comment donc expliquer une attitude si mal justifiée en l'espèce et, apparemment, si contraire à son tempérament?
Elle résultait en partie de l'expérience acquise à la suite de sa maladie. Averti du danger auquel il s'exposait en jouant avec ses nerfs, il avait senti d'abord la nécessité de se soumettre à un régime physique approprié :
« Ce que je redoute le plus étant la passion, le mouvement, écrivait il à Chevalier, je crois, si le bonheur est quelque part, qu'il est dans la stagnation; les étangs n'ont pas de tempêtes. Mon pli est pris à peu près; je vivrai d'une façon réglée, calme,
(1) Corresp., I, 77 (1845).
(2) Corresp., I, 118 (9 août 1846).
(3) Corresp., 1, 104 (été 1845).
(4) Corresp., I, 100 (avril 1846).
régulière, m'occupant exclusivement de littérature et d'histoire ))(!).
En fait, nous Favons dit, une sorte de honte et de timidité Fencourageait à s'enfermer dans un isolement farouche, dont sa santé était à ce moment l'excuse : il demeura quelques mois incertain et tourmenté ; mais ayant gagné à cette solitude forcée le repos de Fesprit, la pondération qui lui avait toujours fait défaut, il entrevit bientôt dans ses habitudes nouvelles la possibilité de joies toutes relatives, mais encore très douces, parce que plus intimes et plus concentrées. Cette « vie intérieure » qu'il n'avait jamais goûtée aussi complète, toujours importuné jusqu'alors par les ennuis du collège ou des études juridiques, lui parut comporter les éléments d'une félicité véritable, la seule à laquelle il pût raisonnablement prétendre : sa décision fut vite arrêtée de dire à l'existence pratique un irrévocable adieu. « J'en suis venu à reconnaître, avouait-il, que pour vivre tranquille il faut vivre seul et calfeutrer ses fenêtres, de peur que Fair du dehors ne vous arrive » (2). Pourvu qu'il restât chaque jour cinq ou six heures à lire ou à écrire dans sa chambre, avec un grand feu, l'hiver, et deux chandelles pour s'éclairer, il se proclamait satisfait (3). Deux ans s'étaient à peine écoulés qu'il constatait déjà les bienfaits de cette monotonie; il s'en accommodait si bien que le moindre dérangement, la moindre distraction le troublaient au point de le rendre malade. L'activité physique y était réduite à néant : des journées se passaient sans qu'il allât même au bout de la terrasse du jardin (4) ; il avait renoncé au canotage pour ne point alarmer sa mère (5) ; ayant « creusé son trou » en prenant bien soin d'y maintenir toujours la même température (6), il s'y pelotonnait, dans un parfait éloignement de toute
(1) Lettre inédite, 13 août 1845. Comparez Corresp., I, 118 (9 août 1846) : « Des étangs, quand on les trouble, il ne s'exhale que des malsaines odeurs ».
(2) Corresp., 1, 156 (18 septembre 1845 .
(3) Corresp., I, 87 (mai 1845).
(4) Corresp. y I, 101 (avril 1846).
(5) Cof^resp., I, 166 (l*»- octobre 1846).
(6) Corresp., I, 136 (26 août 1846) .
préoccupation étrangère à son travail. Rien du dehors ne pénétrait jusqu'à lui. « Ma vie, écrivait-il en ISiG, est un lac, une mare stagnante, que rien ne remue et où rien n'apparaît. Chaque jour ressemble à la veille; je puis dire ce que je ferai dans un mois, dans un an, et je regarde cela non seulement comme sage, mais comme heureux )) (1). Et, vrairpent, l'euphémisme est d'une lamentable ironie, si l'on songe à quels sacrifices de son indépendance, de ses besoins de grand air et d'espace, il devait alors ce bonheur : mais la réclusion et l'apathie, l'absence aussi de tâche imposée par un programme d'école, lui procuraient au moins la liberté de l'esprit, et il s'en contentait (2).
Après la mort de son père et de sa sœur, M"'^ Flaubert vint définitivement, avec lui, se fixer à Croisset, laissant à Achille le logement de l'Hôtel-Dieu. Désormais, il semblait que l'imprévu eût épuisé ses ressources. Il n'apercevait plus l'avenir que pareil à un chemin uniformément droit, sans la surprise des tournants, sans la variété des montées et des des- C(intes : mais cette rectitude môme était une consolation : il accepta donc, avec une lassitude accablée, de suivre cette voie si différente de celle qu'il laissait en arrière. « Il me semble, disait-il, que je suis dans un état inaltérable; inaltérable, c'est une illusion sans doute, mais je n'ai plus que celle-là, si c'en est une; quand je songe à tout ce qui pourrait survenir, je ne vois pas ce qui pourrait me changer » (3).
Mais on conçoit que cette existence nouvelle ne pouvait s'accommoder longtemps des convoitises multiples, des rêves d'amour, d'aventures ou de gloire, dont il avait rempli sa jeunesse; le contraste eût été d'autant plus pénible, la déception d'autant plus inévitable, que les circonstances extérieures (sa
(1) Corresp., I, 135 (26 août).
(2) « Je n'ai jamais passé d'années meilleures que les deux qui vieuni-nt de s'écouler, parce qu'elles ont été 1.^:? plus libres, les moins gênées dans leur entournure » [Lettre inédite à Chevalier, 13 août 1845).
(3) Corresp., 1, 100 (avril 1846). Il ajoutait ailleurs : « J'ai au moins une consolation énorme, une base sur laquelle je m'appuie, c'est celle-ci : je ne vois plus ce qui peut m'arriver de fâcheux »> [ibid.^ 98 Même date).
maladie, la présence de sa mère) devaient mettre quelque obstacle à leur réalisation, au moins prochaine. Il dut donc dépouiller en lui le vieil homme, si Ton peut dire, et faire le sacrifice de ses espérances en même temps que celui de sa liberté physique : l'un rendait l'autre nécessaire.
Ce fut là s^ seule soumission effective ; pour le reste, les événements y avaient eu plus de part que sa volonté ; sans eux, il eût probablement adopté un genre de vie différent : sa sagesse fut de concilier les tendances de son caractère avec les événements, de tracer sa ligne de conduite d'après leurs exigences.
A cet égard on trouve dans une lettre à Le Poittevin, du 13 mai 1845, le résumé et l'expression très forte de sa pensée : « Tu dépéris d'embêtement, lui écrivait-il; tu crèves de rage, tu meurs de tristesse, tu étouffes?.... prends patience, ô lion du désert!... apprends à ta poitrine à consommer peu d'air; elle ne s'en ouvrira qu'avec une joie plus immense quand tu seras sur les grands sommets et qu'il faudra respirer les ouragans. Le seul moyen de ne pas être malheureux c'est de Renfermer dans l'Art, et de compter pour rien tout le reste » (1). S'il est vrai qu'entre 1840 et 1846 une transformation se soit accomplie dans les sentiments de Flaubert, c'est précisément en ce qu'il suivit lui-même le conseil ainsi formulé pour son camarade. Nous y devinons également l'explication d'une certaine indifférence, d'un détachement général, que l'on a qualifié sécheresse de cœur ou égoïsme, sans toujours bien montrer que son attitude provenait moins d'un caractère aigri que d'une défiance voulue, mais légitime, contre des raisons trop promptes d'escompter dans l'avenir le bonheur de la vie.
Et en effet, n'ayant pas rencontré celui-ci dans son expérience antérieure et revenu « des emportements chaleureux de la jeunesse », il devait naturellement essayer de chercher autre part les éléments d'une félicité durable. Et pour réussir, la simple réflexion l'engageait à borner ses désirs dans la mesure du possible. A force de s'analyser lui-même, d'être toujours
(1) Corresp., l, 86.
« attentif, l'œil tondu à épier jouer son cœur » (1), il s'était facilement persuadé que le besoin d'émotions et de sensations intenses avait toujours été la cause de sa soufîrance. Dominer ses impressions pour n'être point dominé par elles, autrement dit, ne point livrer imprudemment son cœur et son cerveau en pâture aux mirages trompeurs de l'existence, pour n'en pas devenir le jouet, demeurer désormais le spectateur conscient qui bat des mains ou siffle à la comédie, mais n'espère pas y tenir un rôle plus actif et sait, jusque sous le masque, distinguer entre lui-même et le personnage dont il imagine ou simule les aventures, tel lui parut être le remède efficace. C'est ce qu'il traduisait en écrivant :
« Je crois avoir saisi une chose, une grande chose, c'est que le bonheur, pour les gens de notre race, est dans Vidée et pas ailleurs. Je cherche à passer le temps de la manière la moins ennuyeuse et je l'ai trouvée : fais comme moi, romps avec l'extérieur, vis comme un ours — un ours blanc — envoie faire
f tout, et toi-même avec, si ce n'est ton intelligence. 11 y a
maintenant un grand intervalle entre moi et le reste du monde » (2).
On comprend dès lors pourquoi, son ami Pradier lui conseillant à cette époque de se lier avec Louise Colet, bien qu'ayant toutes les occasions de plaire à la poétesse, et séduit lui-même par sa beauté, il résista d'abord quelques jours à la tentation. S'abandonner à une passion comme celle-là, aller volontairement au-devant d'elle, c'était risquer de retomber dans la « vérité physique », de n'être plus maître de soi, de laisser parler le cœur avant l'esprit (3). Jadis, à Trouville, il avait trop vivement souiïert d'une faute semblable pour s'y exposer à nouveau de son plein gré. Cette réserve n'empêchait pas qu'il fût à ce
(1) Corresp., I, lOT (été 1846).
(2) Corresp.y I, 105 (été 1845).
(3) « Je n'aurais qu'à prendre cela au sérieux et à jouir tout de bon, j'en serais humilié, ajoutait-il » {Corresp., 1, 107; été 1846). Quelques mois après il écrivait à Louise Colet elle-même : « Quel irrésistible penchant m'a donc poussé vers toi? J'ai vu le gouEFre un instaut, j'en ai compris l'abîme, puis le vertige m'a entraîné « {Corresp., I, 122; 10 aoiàt 1846).
moment même « dévoré par d'étranges aspirations d'amour » ; mais la prudence voulait qu'il les combattît de son mieux, en envisageant d'avance le danger de céder à leur entraînement. Même après être devenu en fait l'amant de Louise Golet, nous le verrons rester sur la défensive, s'interdire dans ses lettres d'exprimer les sentiments que peut-être il éprouvait en toute sincérité, conseiller à sa maîtresse le calme, soucieux toujours de conserver à leurs relations un caractère de contingence et d'instabilité bien opposé aux serments d'un idéal amour. Nous pouvons généraliser cet exemple, et l'étendre à toutes les circonstances oii il était tenté de rendre la main à sa sensibilité : ne croyez pas en effet qu'il eût renoncé à rien de la vie (1) ; il se donnait seulement pour loi de n'en point user autrement que par la contemplation pure : ainsi l'exigeait « l'éducation sentimentale » à laquelle il avait résolu de se soumettre.
L'effort était parfois étrangement pénible ; tant de privations, de contraintes volontaires, finissaient par lui donner des (( coliques d'amertume à en crever » (2). Souvent il se déclarait prêt de faillir : mais la terreur des déceptions subies pendant son enfance décuplait soudain son énergie : accoutumé peu à peu à son attitude, il arrivait à la longue à s'y trouver bien : « Je me suis sevré de tant de choses, écrivait-il à Le Poittevin, que je me sens riche au sein du dénuement le plus absolu » (3). Nous apprécions mieux maintenant la valeur de cette richesse : elle signifiait que le plaisir de la vision nette et calme avait remplacé pour lui les séductions dangereuses de la rêverie, oii les facultés affectives prédominent sur l'intelligence (4) ; c'est,
(1) Çorresp., 1, 140 (27 août 1846). Ailleurs encore : « Ne crois-tu pas qu'il y a bien des choses qui n<e manquent et que je n'aurais pas été aussi magnanime que les plus opulents, aussi tendre que les amoureux, aussi sensuel que les effrénés... mais tout cela n'est pas pour nous, nous sommes faits pour le sentir, pour le dire, et non pour l'avoir » {Correap., 1, 82 et 86; été 1846).
(2) Corresp., J, 176 (13 octobre 1846).
(3) Corresp., \, 106 (été 1846).
(4) « Prends garde à la rêverie ; c'est un vilain monstre qui attire et qui m'a mangé bien des choses: c'est la sirène des âmes : elle chante, elle appelle, on y va et on n'en revient plus » {Corresp., I, 100; avril 1846. à Maxime Du Camp) ; et tout à la fin de sa vie il écrira de môme à sa nièce {Lettres àsa nièce, p. 372) :
dans Tordre moral, la conclusion à laquelle nous nous étions arrêtés en étudiant les conséquences physiques de sa maladie : et comme précédemment nous y trouvons, semble-t-il, le point de départ de cette merveilleuse puissance d'observation et d'analyse qui donnera naissance à Madame Bovary et à l'Education.
En elîet, et il importe de le remarquer ici, le propre de l'Artiste au sens où il entendra ce mot sera précisément de savoir promener sur les choses son regard impassible, de voir pour le seul plaisir de voir et sans arrière-pensée, de connaître luimême, autrement que par l'émotion personnelle, les réalités qu'il contemple (1).
Pour être un véritable Artiste, il faut donc commencer par renoncer aux passions ordinaires des hommes; c'est le noviciat indispensable, qui a sa discipline sévère et suppose la vocation. Et que de telles comparaisons n'étonnent pas à cette place : l'Art était bien de sa part l'objet d'une adoration analogue à celle qui est la base des religions (2) ; les formules dogmatiques, les préceptes intransigeants si souvent énoncés dans la Correspondance ont, par certains côtés, l'allure de règles canoniques. Nous en devinons maintenant l'origine. Ils sont la traduction théorique de la conduite pratiquement suivie par lui en raison des circonstances, à partir du jour oii, désireux de s'éviter à l'avenir toute désillusion, il s'est appliqué à saisir la réalité comme elle
« Autant que possible il ue faut jamais rêver qu'à uq seul objet eu debors de nous, autrement on tombe daus l'océan de tristesse ; crois-en un vieux plein d'expérience ».
(1) Résumant la même idée il lui donnera plus tard cette formule : « La première qualité pour voir est de posséder de bous yeux. Or s'ils sont troublés par les passions c'est-à-dire par un intérêt personnel, les chi>ses vous échappent » {Lettres à sa nièce, pôige 390; 9 décembre 1876). La Corrf^spondance, à l'époque de son voyage d'Orient, relate un exemple curieux et très caractéristique de cette lutte entre la passion (dans l'espèce, un désir sexuel) et l'obseivatiou {Corresp., 1, 2^2-283). Après avoir raconté la scène à Bouilhet il ajoute : « J'ai résisté exprès, par parti pris, afin de garder la mélancolie de ce tableau et laire qu'il restât plus profondément eu moi. Aussi je suis parti avec un grand éblouissement, et que j'ai gardé, il n'y a rien de plus beau que ces femmes vous appelant. Si j'eusse cédé, une autre image serait venue par dessus celle li et en aurait atténué la splendeur » (15 mars ISoO).
(2) Il dira plus tard « mon sacerdoce » en parlant de sa tâche quotidienne {Lettres à sa nièce, p. 101, 107^ etc.).
est exactement, à se contenter de l'avoir en spectacle, sans chercher à broder sur elle, ou en dehors d'elle, des romans dont il aurait été tenté de se croire le personnage principal.
Il demeurait, en somme, convaincu de cette vérité que M"^® de Staël exprimait dans son Traité des passions : « Si on livre son âme aux passions assez vivement pour éprouver le besoin impérieux de la réciprocité, le repos cesse et le malheur commence » (1). La défiance dont nous parlions tout àFheure n'était qu'un moyen de maintenir, dans les strictes limites des faits positifs et immédiats, une imagination et une sensibilité toujours prêtes à les dépasser par l'espérance ou l'attente d'un retour qui ne se rencontre presque jamais. On se rappelle certain passage d'une lettre à Louise Colet où, conscient d'être sans cesse tiraillé entre les regrets de la veille et la hantise du lendemain, sans goûter jamais le moment présent, il écrivait : (( Je ne suis pas fait pour jouir ». C'était en effet la juste constatation de l'inquiétude d'esprit et de sentiments dont il restait la première victime. Mais si Ton veut prendre les mots dans leur acception la plus large, on s'aperçoit qu'en interdisant à l'Artiste de s'attacher aux choses autrement que par une prise de possession purement intellectuelle, il ne faisait que proposer son exemple et ériger en principe d'Art le résultat particulier de son expérience personnelle. Il en sortira bientôt la théorie complète de l'impassibilité de l'écrivain devant son sujet.
C'est ainsi qu'en tous points nous percevons les rapports de son esthétique avec son caractère et avec sa vie. Le pivot de l'évolution est dans ce dédoublement opéré en lui-même entre l'intelligence — Vidée, comme il l'appelle — et la sensibilité, la passion. Se soustraire à l'empire de celle-ci et employer exclusivement sa volonté au développement et au perfectionnement
(1) Le rapprochement s'arrête à cette citation. M™« de Staël en effet ajoutait aussitôt après : « Le seul système vrai pour éviter la douleur c'est de ne diriger sa vie que d'après ce qu'on peut faire pour les autres, mais non d'après ce qu'on attend d'eux ». Et elle concluait en exaltant )a pitié, le dévouement à Thumanité, e sacrifice et « l'exercice de la bonté » toutes solutions bien éloignées de celle que Flaubert mit lui-môme en pratique afin de suppléer au vide que les pas* sions laissent après elles.
de l'autre sera désormais son but. II s'elTorccra, en se mêlant au monde, d'oublier qu'il a comme tous les liommes un cœur, des instincts, des désirs, des ambitions; il réprimera de son mieux .ses émotions, et, de la réalité ambiante, il ne goûtera librement que son aspect extérieur; l'observation maîtresse d'elle-même, exempte de regrets ou de convoitises, lui en fera seule saisir la nature cachée ; planant également au-dessus de tous les objectifs, il gardera son impartialité critique; et sa volonté sera, non pas d'y participer matériellement, mais d'en découvrir la vérité intime, d'en fouiller les moindres détails et de distinguer en eux leur aspect accidentel d'avec ce qui constitue leur fond immuable et caractéristique :
« J'ai fait nettement, écrivait-il, pour mon usage deux parts dans le monde et dans moi, d'un côté l'élément externe, que je désire varié, multicolore, harmonique, immense, mais dont je n'accepte rien que le spectacle d'en jouir, de l'autre l'élément interne, que je concentre afin de le rendre plus dense, et dans lequel je laisse pénétrer, à pleines effluves, les plus purs rayons de l'Esprit, par la fenêtre ouverte de l'intelligence » (1).
Cette phrase est l'explication de sa sérénité : le mot lui-même fait songer à ces templa serena du poète, où le sage se retire loin des vaines agitations, tout entier à la douceur un peu égoïste de contempler les erreurs des hommes sans être mêlé aux ténèbres qui les entourent. Il y avait en effet toute une philosophie dans l'attitude de Flaubert (2) : elle était la preuve d'une réflexion plus approfondie et d'une expérience plus raisonnée que les rêveries vagues de sa jeunesse ne permettaient de le prévoir. Mais, par ailleurs, elle avait bien aussi ses inconvénients. On n'arrive pas impunément à se dégager des conditions normales de la vie sans y gagner, au moins à la surface, une certaine indifférence. « J'ai du cal au cœur )), disait-il parfois, et il ne se trompait guère en ajoutant qu'il avait fait le
(1) Corresp., I, 139 (27 août 1846).
(2) Ne rappelle-t-elle pas, au moins de loin, l'idéal de l'eudémonisme épicurien e conteatement résultant de rabàence de trouble, aTapa^i'a?
nécessaire pour se Fendurcir. Il a suffi, disions-nous, de parler de misanthropie pour rendre raison de ses bizarreries d'humeur, de sa sauvagerie, de sa claustration à Croisset, et de son éloignement dédaigneux des préoccupations courantes : le sentiment nous apparaît maintenant plus complexe. Est-il besoin d'ajouter qu'il n'ôtait rien à sa bonté d'âme? Tous ses biographes, même les moins suspects d'indulgence, comme M. Du Camp, lui font justice, et quelques rares exemples de susceptibilité ombrageuse ne doivent pas faire oublier les témoignages opposés de ceux qui l'ont connu.
Il serait fort inexact, d'ailleurs, de croire sa résignation et sa sérénité devenues pour jamais inébranlables. Nous ne le verrons pas toujours accomplir avec la môme soumission sa tâche quotidienne, aussi robuste, aussi disposé à manier la plume un jour que l'autre. Au contraire ses lettres, où l'on peut suivre chapitre par chapitre, page par page, la composition de ses romans, révèlent des découragements et des emportements parfois plus excessifs que ceux auquels nous avons précédemment assisté. Mais il s'agit là de tristesses ou d'enthousiasmes causés par son labeur artistique, résultats du dégoût qu'il éprouvait à peindre les mœurs bourgeoises de Madame Bovary ou de l'enivrement gagné à évoquer le soleil de Carthage. Il n'avait pas perdu l'habitude de s'indigner, d'admirer avec exagération, de se passionner comme autrefois pour une impression ou pour une idée. La seule sagesse qu'il ait vraiment acquise, et qui caractérise le changement survenu en lui, c'est d'avoir fait prédominer partout le point de vue de l'Artiste sur le point de vue de l'homme. On ne peut d'ailleurs mieux résumer l'évolution de son caractère, ni définir l'attitude à laquelle il se conformera désormais toute sa vie, qu'en répétant les lignes écrites par lui dans la Préface aux Dernières Chansoiis de Bouilhet : en présence de la réalité, « les accidents du monde, dès qu'il les percevra, ne lui apparaîtront plus que transposés comnie pour l'emploi d'une illusion à décrire, tellement que toutes les choses, y compris son existence, ne lui sembleront pas avoir d'autre utilité et qu'il sera résolu pour y réussir à toutes
les avanies, prêt à tous les sacrifices, cuirassé à toutes les épreuves » (1).
Pour quelle part le pessimisme de sa jeuiu^sse rentrait-il d.nis cette ligne de conduite, on le devine aisément : il en était la base et la raison d'être. Jamais Flaubert ne fut plus convaincu de l'impossibilité du bonheur qu'à cette éi)oque, puisqu'il le supprimait une fois pour toutes de son avenir (2). Mais tandis qu'autrefois, en dépit de cette conviction, il s'épuisait à poursuivre la réalisation de ses rêveries, à présent il prenait juste le contrepied et commençait par les déclarer irréalisables pour s'ôter à lui-même l'envie d'en faire l'essai. Ce n'est donc pas sa conception du monde et de la vie qui a changé, mais seulement les raisons de son pessimisme qui n'ont plus rien d'imaginaires, et sa manière de se comporter dans la vie quotidienne et en face du monde qui est devenue logiquement conforme à son opinion. La contradiction inhérente à la nature humaine, qui oppose le corps et l'âme, ou selon le mot de Pascal, « l'expérience et l'instinct », est demeurée pour lui une vérité première : les événements que nous connaissons y apportèrent seulement l'argument énorme de leur survenance. Il restera toujours un pessimiste, mais plus sincère qu'autrefois, et, par contre, moins larmoyant, n'ayant, dans son âge mûr, conservé du spleen romantique qu'une mélancolie très douce et très compatissante (3).
Aussi bien déjà, en 1846, ne regrettait-il rien du passé quand, fort de la rectitude de son système, il contemplait en arrière les journées disparues : sans doute il s'y voyait luimême en pleine santé, entouré des siens; le souvenir lui revenait souvent d'insouciantes gaietés et de « bouffonneries interminables » en compagnie de ses amis. Mais quels sombres
(1) Mélanges posth., édit. Charpentier 1902, p. 38.
(2) « Le bonheur est une monstruosité. Punis sont ceux qui le cherchent »
(3) Très sensible dans sa Corj^espondance avec M"** de Chantepie, M^o des Genettes, M™* Maurice Schlesinger, ainsi que dans les lettres peu nombreuses à M^e de Maupassant, dont le nom lui rappelait tant de souvenirs d'enfance.
désespoirs à côté de ces envolées, quelles amertumes mêlées à ces plaisirs d'enfant ! Les horizons de sa vie actuelle étaient moins larges, moins variés surtout, mais « plus vrais, parce que pins restreints », et plus purs, en raison même de leur stabilité (1). Moralement et physiquement, il se sentait « vieilli» ; le mot revient plusieurs fois dans la Correspondance (2) ; mais cette lassitude continue, cette marche égale comme sur un sol aplani valait- bien, à tout prendre, les défaillances et les ardeurs, les ascensions et les dégringolades successives de sa jeunesse. « Il me semble, disait-il, que les angles de ma vie se sont usés par le frottement de tout ce qui a passé dessus » (3). Une tristesse pénétrante se dégage encore de ses lettres, mais sa désolation n'a plus rien de théâtral : elle exprime moins la haine et le dégoût maladif de Texistence qu'une fatigue accablée, mais soumise.
Certes, sa volonté contribua beaucoup à sa résignation. Mais il faut se souvenir qu'ayant de longue date, et par imagination, pressenti le malheur, il n'avait point été surpris des catastrophes réelles si rapidement survenues de 1843 à 1846 (4). Là encore son ancien pessimisme lui fut d'un grand secours, en lui épargnant toute récrimination inutile contre sa destinée. Il était en somme devenu fataliste : sa pensée se fixe alors à ce point de vue. Nous pouvions, à l'époque des Mémoires d'un fou, mettre en doute la sincérité et surtout l'originalité des tirades déterministes dont le livre est rempli. Nier la liberté individuelle quand on sort du collège, déclarer qu'il n'y a rien que des séries de faits s'enchaînant l'un l'autre, et n'en donner pour raison que les classiques arguments de l'école, c'est un peu réciter une leçon par cœur : en pratique, on peut s'en tirer tout autrement et dépenser les ressources de son imagination à essayer de modeler à son gré la réalité; il ne s'en était
(1) Cf. Corresp., 107 (1846).
(2) Par exemple Corresp., I, 80, 81, 85, etc. (1845).
(3) Corresp., I, 192 (28 avril 1846).
(4) A Maxime Du Camp : « Je ne me plains pas d'ailleurs : mes derniers malheurs m'ont attristé mais ne m'ont pas étonné » {Corresp., I, 98; avril 18i6).
pas privé. Mais les circonstances venaient d'être telles, et si précipitées, si définitives, que l'idée d'une nécessité s'imposant à l'homme et dirigeant toutes choses selon des lois impénétrables à notre faible raison s'empara de lui. Le fatalisme en germe dans ses œuvres de jeunesse réapparut donc, mais transformé en raison même de la démonstration qu'il en avait reçue, et passé à l'état de croyance doctrinale : celle-ci était maintenant beaucoup plus le résultat de sa maladie, du chagrin causé par la mort de son père et de sa sœur, que la conséquence lointaine d'une éducation due au milieu scientifique et médical où il avait vécu ses premières années (1). Le souvenir encore très vif des déceptions auxquelles ses espérances avaient jadis donné lieu se joignit à l'impression si durement suggestive des événements actuels; il vit dans la succession. constante de ses déconvenues un lien de causalité étranger à l'action humaine. Ses études d'histoire continuées alors, et d'une façon plus méthodique sans doute qu'autrefois, durent aussi confirmer cette manière de voir. A partir de 1845 on en trouve dans ses lettres la trace fréquente : « Tout est arrivé, écrivait-il à Louise Colet, parce que cela devait arriver; moque-toi de mon fatalisme, ajoute que je suis arriéré comme un Turc : le fatalisme est la providence du mal; c'est elle qu'on voit, j'y crois » (2). La même idée est reprise sous une forme encore plus explicite quelques pages plus loin : « Quant à mon fatalisme, que tu me reproches, il est ancré en moi. J'y crois fermement; je nie la liberté individuelle parce que je ne me sens pas libre, et quant à l'humanité, il n'y a qu'à lire l'histoire pour voir qu'elle ne marche pas toujours comme on le désirerait » (3). Voilà qui est très net, et nous pourrions nous contenter de ces citations ; mais un autre passage montre mieux encore comment il savait prendre son
{i) Ceci est la thèse soutenue par M. Keaé Dumesnil.
(2) Corresp., l, 125 (12 août 1846).
(3) Corresp., I, 155 (18 septembre 1846). Dans une autre lettre à Louise Colet, du 7 août 1846, il disait encore : « Fataliste comme un Turc, je crois que ce que nous pouvons faire pour le progrès de l'humanité et rien c'est absolument la même chose » {Corresp., I, 114).
parti des faits pour s'éviter une révolte vaine contre les lois du sort, et comment, généralisant sa propre expérience, il affirmait que la résignation est une sagesse :
Tu me parles d'un tremblement de terre à Livourne ; quand je serais à ouvrir la bouche là-dessus pour en laisser sortir les phrases consacrées en pareil usage : « C'est bien fâcheux, quel affreux désastre, est-il possible, oh mon Dieu ! » cela rendra- t-il la vie aux morts, la fortune aux pauvres? 11 y a dans tout cela un sens caché que nous ne comprenons pas, et d'une utilité supérieure sans doute, comme la pluie et le vent. Ce n'est pas parce que nos cloches à melons ont été cassées par la grêle qu'il faut vouloir supprimer les ouragans; qui sait si le coup de vent qui abat un toit ne dilate pas toute une forêt! Pourquoi le volcan qui bouleverse une ville ne féconderait-il pas une province ! Voilà encore de notre orgueil ; nous nous faisons le centre de la nature^ le but de sa création et sa raison suprême. Tout ce que nous ne voyons pas s'y conformer nous étonne, tout ce qui nous est opposé nous exaspère (1).
Si le fataliste, logique avec lui-même, s'arrange souvent mieux de l'opinion du bon Pangloss que du pessimisme, Flaubert combinait donc très habilement les deux points de vue selon son caractère. Non seulement il aboutissait à cette conclusion que tout arrive parce que cela devait nécessairement arriver ; mais il sous-entendait cette autre proposition : rien, ou presque rien, n'arrive à l'homme tel qu'il le désire.
Mais de ce qui précède on peut, semble-t-il, déduire une dernière conséquence. Dans un système oii tout échappe à la liberté individuelle, les hommes se trouvent rapprochés et confondus en quelque sorte par la commune nécessité de leur malheur ou de leur bonheur. Partant, la destinée de l'un ne mérite ni plus d'admiration ni plus de pitié que celle de l'autre ; le « moi » de récrivain ne présente aucun intérêt dont son voisin ne soit également digne. Prendre sa propre personnalité comme sujet d'un poème ou d'un roman, faire de ses aventures particulières la matière de ses œuvres, ce ne sera donc jamais exprimer la vérité complète et générale, mais seulement une partie de cette vérité.
(1) Corresp», 1, 135 (26 août 1845).
qui est lè but du poète autant que du romancier. Nous touchons ici à la théorie de TArt impersonnel, qui n'est pas tout à fait la même que celle de l'impassibilité de rAilisle. Flaubert à la même époque en énonçait le principe, et bientôt en développera les éléments; c'est au nom de cette théorie qu'il reprochera, par exemple, à Alfred de Musset de n'être point vrai à l'égal de Shakespeare ou d'Homère ; car chez l'un on ne devine que la soufTrance d'un homme, tandis que chez les autres s'anime, rit et pleure tour à tour, l'humanité entière.
Une fois de plus les principes littéraires dont ses romans seront la mise en œuvre nous apparaissent donc en relation étroite avec l'ensemble de ses idées et les particularités de son caractère. Le résultat de l'évolution que nous venons de retracer ne fut pas seulement une résignation mélancolique aux contingences de la vie : elle eut encore pour effet de porter à l'extrême son amour de l'Art, devenu plus que jamais l'élément consolateur, le soutien moral de sa conduite, et le centre d'attraction de ses pensées. Ce fut la conséquence directe de son fatalisme et de son doute sur la possibilité d'un bonheur poursuivi dans la réalité. Persuadé que rien ne sert de lutter contre sa destinée, il regardera désormais le servage de l'Art comme le seul moyen d'escamoter l'existence et d'échapper aux souffrances qu'elle nous réserve. Cette croyance ne l'abandonnera pas. Il pourra bien hésiter encore sur l'exacte définition du Beau, changer à la suite des circonstances sa méthode, passer du romantisme au naturalisme, et malgré lui revenir parfois à sa première manière ; ces alternatives marquent les accidents de la route, mais n'arrêteront pas le voyageur : il est engagé maintenant dans une voie nettement tracée, toute droite devant lui ; jusqu'à sa mort, il ira d'un pas ferme vers la grande lumière qu'il voit briller tout au bout. Point n'est besoin de chercher bien loin dans la Correspondance les preuves de sa résolution : on la trouve exprimée dès 1846 aussi catégoriquement que dans les lettres postérieures; nous n'avons qu'à citer rapidement :
ft Pense, travaille, écrit-il à Le Poittevin, relève ta chemise jusqu'à l'aisselle et taille ton marbre comme le bon ouvrier
qui ne détourne pas la tête et qui sue en riant sur sa tâche » (1).
A Louise Col et : « Tu me parles de travail : oui, travaille, aime F Art; de tous les mensonges c'est encore le moins menteur. Tâche de Faimer d'un amour exclusif, ardent, dévoué, cela ne te faillira pas (2) ».
« Tu me parles de ma sérénité et tu me Fenvies : malade, irrité, en proie mille fois par jour à des moments d'une angoisse atroce, sans femmes, sans aucun des grelots d'ici-has, je continue mon œuvre lente comme le bon ouvrier qui, les bras retroussés et les cheveux en sueur, tape sur son enclume sans s'inquiéter s'il pleut ou s'il vente, s'il grêle ou s'il tonne (3) ».
« Je suis résigné à tout, prêt à tout, j'ai serré mes voiles et j'attends le grain, le dos tourné au vent et la tête sur ma poitrine (4). — Je t'étonne? Mais que suis-je? qu'est-ce que je vaux? Je ne suis rien qu'un lézard littéraire qui se chauffe tout le jour au grand soleil du Beau » (5).
Mais l'analyse du caractère de Flaubert n'est pas ainsi termi. née. Nous venons d'indiquer in abstracto, pour ainsi dire, la nature et le sens de la modification qui s'y est opérée à la suite de faits connus : il reste, pour finir de dresser la silhouette du personnage, à le montrer aux prises avec les circonstances, allant et agissant dans la vie. En d'autres termes, ce que nous avons décrit dans ce chapitre, c'est son état d'esprit considéré en général. Nous devons confirmer nos conclusions par des faits positifs, examiner comment il s'est manifesté pratiquement. L'étude d'un voyage qu'il fit en Bretagne, et du livre qui en contient le récit, va d'abord nous en fournir l'occasion.
(1) Corresp., I, 86 (mai 1845).
(2) Corresp., 1, 119 (9 aoiit 1846).
(3) Corresp., I, 104 (été 1845). Cette lettre adressée à Le Poittevin est datée â tort dans l'édit. Charpentier : iS46. Les mots sans femmes prouvent d'abord qu'elle est antérieure au début des relations de Flaubert avec Louise Collet ; en outre, ce passage : « Tu me parles de ma sérénité, etc.. » est la réponse directe à une interrogation contenue dans une lettre inédite de Le Poittevin, du 15 septembre 1845.
(4) Corresp., î, 98 (avril 1846).
(5) Corresp., I, 177 (octobre 1846).