‹ Flaubert, sa vie, son caractère, et ses idées avant 1857Chapitre 3 sur 28 · LES PREMIÈRES ANNÉES DE FLAUBERT · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES ANNÉES DE FLAUBERT

Soa enfance à l'HôteUDieu de Rouen. — Julie et le père Mignot. — Premières manifestations de sa vocation littéraire. — Ses premiers essais. — Ses lectures. — Influence de M™* Flaubert — du D' Flaubert — de son frère Achille — de Caroline Flaubert.

(( Issu (l'un Champenois et d'une Normande, Gustave Flaubert oiïre les signes caractéristiques de ces deux races dans son tempérament à la fois très expansif et enveloppé de la mélancolie vague du Nord. »

Ce jugement de M'"*^ Commanville (1) dégage fort bien les deux aspects opposés du caractère de Flaubert : il fut en effet à la fois un rêveur et un exubérant. Mais quelle raison scientifique y a-t-il de rattacher ainsi, à priori, les traits saillants de son tour d'esprit à Tinfluence de la race? Est-il démontré que la mélancolie soit le privilège des Normands ou l'exubérance le signe distinctif des Champenois ? Flaubert lui-même n'y croyait guère, puisqu'il attribuait au contraire les violences de son tempérament à ses origines normandes (2). Tout au plus retrouverait-on dans les rares portraits que nous possédons de lui, les yeux bleus très profonds, les épaisses moustaches blondes, la haute taille des anciens navigateurs. Mais pour le reste, il paraît plus rationnel de conclure que « précisément parce qu'il est à la fois Normand et Champenois, il n'y a à tirer de sa race aucune induction relativement à son caractère et à son tour d'esprit » (.3).

(1) Souv. intimes, p. 1.

(2) <t Normands tous que nous sommes, nous avons quelque peu de cidre dans les veines; c'est une boisson aigre et fermentée qui, quelquefois, fait sauter la bonde. » {Corresp., II, 126, — 1852.)

(3) Faguet, Flaubert, p. 1.

On a cherché (i ) en reconstituant son ascendance paternelle et maternelle, à déterminer les influences héréditaires susceptibles d'avoir eu leur répercussion sur ses sentiments et ses idées; et, en fait, on est parvenu à établir quelques rapprochements curieux entre sa mentalité et la situation, les habitudes, le passé de sa famille.

Il n'y a pas à revenir ici sur une enquête de ce genre, d'abord parce qu'elle a été faite très complètement, ensuite parce qu'il ne semble guère logique de prétendre expliquer d'avance ce qu'on ne connaît pas encore. D'une façon générale, c'est une méthode suspecte qui consiste à s'inquiéter du pourquoi avant de savoir le comment; on risque toujours, en l'adoptant, de céder malgré soi à un parti pris, et de ne plus considérer, dans l'individualité qu'on étudie, la valeur originale du talent, mais seulement les particularités isolées par lesquelles il se rattache à tout un groupe.

Je négligerai donc tout ce qui a trait aux antécédents de Flaubert, et je le prendrai lui-même au début de sa vie. Dans ce premier chapitre je voudrais examiner pour quelle part le décor où s'est écoulée son enfance, le contact de ses parents, son éducation, ont contribué à la formation de son caractère et à l'éclosion de sa vocation littéraire.

Il nous apparaît d'abord à l'Hôtel-Dieu de Rouen, où il était né le 13 décembre 1821. Sa chambre se trouvait du côté de la cour d'entrée, au deuxième étage d'une aile de bâtiment occupée par le ménage du D^ Flaubert, à gauche de la grille centrale. La vue s'étendait sur les jardins de l'hôpital et le premier spectacle qui s'offrit à ses yeux fut celui des convalescents étendus à l'ombre des arbres, des sœurs en cornette blanche glissant, silencieuses, dans les allées et au delà, derrière les fenêtres sans rideaux, l'alignement des lits et les figures pâles

(1) René Dumesuiî, Flaubert el les médecins; thèse pour le doctorat présentée devant la Faculté de iMédecine de Paris le 23 mars 1905, mise en librairie sous ce titre : Flaubert, son hérédité, son milieu, sa méthode (iû-18. Société franc, d'imp. 1905).

(les malades, collées aux vitres (1). Sans doute, il ne faudrait pas exagérer l'influence qu'il a pu subir d'un tel milieu ; mais celui-ci était bien fait pour lui laisser entrevoir assez tôt la vie sous un jour sombre et sévère et il est certain qu'il en garda longtemps le souvenir. Est-il téméraire de supposer que le fait d'avoir eu très jeune la vision de la souffrance et de la misère bumaine n'est pas étranger à la tristesse dont nous le verrons bientôt possédé? Et s'il n'y a pas là de quoi expliquer entièrement son pessimisme^ du moins on reconnaîtra que les circonstances n'étaient guère propres à lui permettre de conserver longtemps les illusions confiantes de son âge. Il est rare qu'un enfant de six ou sept ans soit à même de se familiariser avec les détails d'un amphithéâtre de dissection : or Gustave et sa sœur Caroline s'amusaient à grimper au treillage du jardin, pour regarder leur père et ses internes penchés au-dessus des cadavres ; le docteur s'en inquiétait assez peu et ne les grondait pas lorsqu'il les découvrait ainsi suspendus aux barreaux de la fenêtre (2); ils y revenaient souvent, comme à leur jeu favori (3). (( Ce sont, disait plus tard Flaubert, de bonnes impressions à avoir jeune, elles vieillissent». De tels spectacles devaient agir violemment sur une nature nerveuse comme la sienne; on n'est pas surpris d'apprendre qu'il avait de fréquents cauchemars, troublés d'apparitions macabres et d'images horribles. « C'étaient, raconte-t-il, d'effroyables visions à rendre fou de terreur » (4). Des hommes couverts de sang s'approchaient de

(1) Cf. Souv. intimes, ip. xii. Voir aussi la description donnée par iM. Dumesnil, op. vil., p. 29 et 30.

(2) Corresp., II, 268 (7 juillet 18o3j. Morne allusion ibid., III, 390 (1869) : « J'ai été élevé dans un hôpital et j'ai joué tout enfant dans un amphithéâtre de dissection ».

(3) Mm» Renée d'Ulmès ajoute même à ce sujet: « Macabre fantaisie, Gustave et ses camarades s'amusaient parfois à habiller des squelettes, et les masques sans regard prenaieut un aspect tragique. D'autres f is, promenant une lanterne daus laçage tboracique, ils contemplaient les ombres bizarres qui s'allongeaient au plafond. » {Gu.stave FlauberL. Soucenirs inédits d'en/ance ei de jeunesse. Kevue des Revue?, XXXVllI, p. 172 et suiv., 15 juillet 1901).

(4j Mémoires d'un fou, chap. iv. Ce passage des Mémoires d'un fou fait songer au conte de Gh. Nodier intitulé Smana ou les démons de la nuit (Vonthieu, 1821 )j Flaubert l'avait lu {Lettre inédite à Chevalier du 13 septembre 183y). On sait

son lit, (( montrant des visages sans peau et qui saignaient lentement, répandant une odeur fétide». Il était d'ailleurs poltron et tremblait à tous propos dans Fobscurité (1).

Quelques faits d'un autre ordre sont encore à retenir. Les biographes de Flaubert signalent en lui dès Tenfance un caractère sérieux et méditatif. « Il restait, écrit M'"® Gommanville, de longues heures un doigt dans sa bouche, absorbé, Tair presque bête )) (2). Les Goncourt rapportent de leur côté (3) : « Lorsqu'il était enfant, il s'enfonçait tellement dans ses lectures en se mordillant la langue et en se tortillant une mèche de cheveux avec les doigts qu'il lui arrivait à tout moment de choir à terre. Un jour, il se coupa le nez en tombant contre une vitre de bibliothèque ».

Enfin dans les Mémoires d'un fou (4) lui-même parle de sort

d'autre part que ce récit eut sou heure de vogue au début du romautisme (cf. Maurice Souriau, La Préface de Cromwell, p. 206). Je crois néanmoins qu'il n'y a, dans le chapitre iv des Mémoires d'un fou, aucun souvenir de Smarra. Ce qui caractérise Je récit de Nodier, c'est une fantaisie un peu confuse, où l'imagination de l'auteur joue seule sou rôle. Au contraire, la description, d'ailleurs très brève, que Flaubert donne de ses cauchemars est, comme on peut en juger par les phrases citées dans le texte, extrêmement réaliste. Un vague romantisme n'est pas la raison qui le pousse à traiter particulièrement l'horrible. Les visions qui l'obsèdent et qui d'ailleurs annoncent de loin sa maladie nerveuse ont évidemment leur origine dans les spectacles réels qu'il a pu voir en jouant dans les salles de dissections de TIlôlel-Dieu. Cette réminiscence est très nette dans quelques-unes de ses œuvres de jeunesse. Voici par exemple une phrase de la Peste à Florence (1835) : « Étendu sur un lit, le cadavre était nu. La figure était horriblement contractée, les yeux ouverts et tournés du côté de Garcia, la bouche entr'ouverte ; et quelques mouches venaient bourdonner sur les dents », et cette autre extraite des Agonies (1838) : « Son ventre était rongé, sa poitrine et ses cuisses étaient d'une blancheur mate; en s'approchant de plus près il était facile de reconnaître que cette blancheur était une infinité de vers qui les rongeaient avec avidité. »

(1) Corresp., I, 179 (20 octobre 1846).

(2) Souv. intimes, p. ni.

(3) Journal, H, 80.

(4) Mémoires d'un /bw, chapitre ir. —Flaubert a conservé très tard ce penchant à la rêverie ; il écrivait en 1847 : « J'ai passé autrefois de bonnes heures dans des clochers d'église; appuyé sur le parapet je regardais les nuages rouler dans le ciel et les corbeaux nichés dans les gargouilles s'envoler avec des cris rauquès et de grands battements d'ailes. C'était assez fréquemment, pendant ma rhétorique, ma manière de suivre la classe. Y perdais-je beaucoup? Et cela aussi n'était-ce pas du style 1 » (Fragment inédit de Par les Champs et par les Grèves, chapitre in, p. 79 du manuscrit. Sur ce manuscrit voir ]1« partie, chapitre V.)

(( enfance rêveuse ^) et l'on y voit parfaitement avec quelle netteté se gravaient en lui les sensations du monde extérieur; chacune laissait une empreinte profonde dans son ame vibrante et sensible à l'excès; et sur les moindres détails perçus, il brodait déjà les fantaisies les plus extravagantes, au caprice de son imagination.

Ce sont là des indications un peu vagues pour qu'il soit possible dès maintenant d'en prévoir les conséquences. Toutefois si l'on songe que ce penchant à la réflexion se manifeste et s'exerce dans le décor d'un hôpital où les idées de douleur et de mort se présentent d'elles-mêmes à l'esprit, on devine que le résultat de ses méditations ne pouvait être bien joyeux ni réconfortant; que la vue de la faiblesse humaine s'imposant à lai dès ses premières années, lui ait, pour ainsi dire, mécaniquement appris à se défier des apparences, à escompter la fm des événements par delà leur aspect actuel, cela n'a rien de très invraisemblable. Si Tépithète pouvait s'appliquer aux pensées d'un enfant, je dirais volontiers que les siennes devaient, dans un cadre aussi propice, prendre facilement un tour philosophique. En tous cas, les grands murs tristes du vieil Hôtel-Dieu, le silence qui l'enveloppait, tout était fait pour le prédisposer à la rêverie mélancolique.

Contentons-nous de ces inductions fragiles. Nous verrons bientôt, si nous pouvons tirer parti de l'influence du milieu sur le caractère de Flaubert. Avant de l'essayer, il faut examiner celle de son entourage, et, d'abord, rappeler en peu de mots le souvenir de sa bonne, Julie, et du père Mignot.

Les récits que Julie (1) lui contait avec sa naïveté charmante de paysanne étaient d'anciennes légendes peuplées de fées et

(1) Julie était entrée en 1823 au service de la fdrnilie Flaubert. Elle mourut ea 1883. L'affection qu'elle portait au petit Gastave lui fut rendue par les soins dont, plus tard, celui-ci et M^^ Franklin Grout l'entourèrent, alors que vieille et presque aveugle, elle dut subir l'opération de la cataracte [Lettres à sa nièce, p. 278, 299, 304, 322, etc.) ; Flauoert à la fia de sa vie aimait s'entretenir avec elle du passé. « C'est nous, disait Julie à son maître, qui ramouvons les connaissances du vieux temps » [ibid., p. 407). C'était moins uoe servante qu'une amie de la famille (p. 438). Voir aussi Lapierre, Esquisse sur Flaubert intime, p. 14. \

d'enchanteurs, de prodiges et de sortilèges, comme on les dit encore, à la veillée, dans la jolie vallée de FAndelle son pays natal. Le folk-lore de la province normande est dans cette région particulièrement riche : ceux qui Font visitée n'ont pas oublié Fhistoire des deux amants, de Tabbaye de Radepont, et tant d'autres (1). On sait par M'"^ Franklin Grout, que pendant des journées entières, Flaubert, tout petit, s'asseyait près de la servante. « Pour l'amuser elle joignait aux légendes apprises au foyer le souvenir de ses lectures, car retenue au lit pendant un an, elle avait lu plus qu'une femme de sa classe (2). » Quant au père Mignot, c'était un camarade pour Gustave. Il habitait en face de l'Hôtel-Dieu, une modeste petite maison de la rue Lecat (3). Il savait plus d'histoires que Julie et il les contait mieux. Mais surtout il aimait lui faire la lecture à voix haute. Ce fait est d'une importance considérable. S'il ne suffit pas à expliquer entièrement l'amour de Flaubert pour les choses littéraires (qui sans doute avait dans sa nature même des racines plus profondes) il a certainement contribué à éveiller en ce sens sa curiosité. L'enfant, qui montrait peu d'ardeur pour travailler avec sa mère et sa jeune sœur, répétait en pleurant : (( A quoi bon apprendre puisque papa Mignot lit » (4)? Et il s'échappait à tout instant, traversait la rue et allait écouter Don Quichotte. Son admiration pour le livre de Cervantes date ainsi de ses plus lointaines années. Dès qu'il sut écrire il prit des notes sur le roman espagnol (5). Il en citait des passages dans ses lettres (6). En comprenait-il déjà, au moins dans ses

(1) Consulter à ce sujet le livre de M^'» Amélie Bosquet, La Normandie roma" nesque et merveilleuse, légendes et traditions (in-S, Téchener, 1843).

(2) « Aujourd'hui, écrit Flaubert en 1878, Julie m'a parlé de Marmontel et de la Nouvelle Héloïse, chose que ne pourraient faire beaucoup de dames, ni même beaucoup de messieurs! » {Lettres à sa nièce, p. 438.)

(3) Souv. intimes, p. m. Le père Mignot était le grand-oncle de son ami Cheva-' lier (Cf. A. Mignot, E. Chevalier..., p. 131).

(4) Souv. intimes, ibid.

(o) Corresp., I, 3 (15 janvier 1832).

(6) « Un bon payeur ne craint point de donner des gages, dit Sancho Panda » {Lettre du 28 septembre 1834 citée en partie seulement par M. Mignot op. cit.) p. 5, inédite pour le reàte).

grandes lignes, la portée véritable? Les aventures du chevalier de la Manche devaient alors l'amuser plus qu'elles ne le faisaient réfléchir; toutefois la tournure d'esprit satirique qu'on lui verra prendre très tôt n'est pas sans rapports avec celle de Cervantes battant en brèche les folles chimères et opposant la réalité aux rêveries (1). En tous cas il est certain que, grâce au père Mignot et à la vieille Julie, Flaubert avait à peine dix ans quand lui furent révélées à la fois la poésie des fictions merveilleuses et la beauté des œuvres littéraires.

L'intérêt qu'il portait d'ailleurs aux occupations de l'esprit apparaît dès le début de sa Correspondance. X neuf ans, il propose à son ami Chevalier d'écrire des comédies et il lui envoie des (( discours politiques et constitutionnels libéraux » (2) ; quelques « proverbes dramatiques » dont il était l'auteur, se jouaient à la même époque (3) dans la salle de billard de THôtel-Dieu. On y avait dressé un petit théâtre : les acteurs principaux étaient Gustave, sa sœur, Alfred et Laure Le Poittevin, Ernest Chevalier. Les parents, les domestiques, composaient le public et il y avait des décors, des affiches, des fauteuils et des places numérotées (4).

Entre onze et treize ans, Flaubert écrit ou du moins commence d'écrire une histoire de Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV (5), un roman moyenâgeux (6). Un peu plus tard il rêve un drame « et autrement fabriqué que les autres » sur Frédégonde et Brunehaut (7). Ces opuscules, ainsi que des comédies

1) o On emporte, quoi qu'eu ait dit Danton, la patrie à la semelle de ses talons, et l'on porte au cœur sans le savoir la poussière de ses ancêtres morts... Je retrouve toutes mes origines dans le livre <[ue je savais par cœur avant de ?dvoir lire, Don Quichotte « {Corresp.^ Il, 116; 1852).

(2) Corresp., I, 1 (31 décembre 1830).

(3) Corresp., I, 2 (4 février 1831).

(4) Pour tous ces détails voir Corresp., l, 5 (3 avril 1832) et Souv, intimes, p. vi.

(5) Corresp., I, 3 (15 janvier 1832).

(6) Corresp., I, 10(29 août 1834).

(7) Lettre inédite à Chevalier 18 Juin 1835 : Un mois plus tard il écrit dans une autre lettre inédite du 23 juillet 1835 : « J'ai fini ma Frédégonde je suis encore indécis si je dois la faire imprimer quoique Panard doive la porter samedi à Elbeuf. » Voir encore Corresp., I, 12 (14 août 1835) où la même phrase est répétée textuellement.

sur le caractère desquelles nous aurons à revenir, ne sont d'ailleurs connus que par leur titre. Mais nous savons qu'il ne les signait pas de son nom : « J'oubliais de Rapprendre, écrit-il à E. Chevalier, une nouvelle nouvelle, c'est que mon incognito poétique et productif est « Gustave Koclott )). Voilà de quoi, j'espère, dépister le plus habile malin de notre bonne ville ))(1). Ses préférences étaient pour le théâtre. Elles tenaient sans doute aux représentations auxquelles il avait assisté à Rouen. De plus, la famille Flaubert allant chaque année à Nogentsur-Seine, chez les parents du docteur (2), on profitait du voyage pour s'arrêter à Paris et l'enfant fut ainsi conduit plusieurs fois à la Porte-Saint-Martin. Il y vit jouer la Chambre ardente, drame en cinq actes (3) où la fameuse M^'^ Georges faisait le rôle de la Brinvilliers (4). « Il n'y meurt pas moins de sept personnages », ajoute Flaubert. D'ailleurs il se montre déjà très soucieux du mouvement littéraire et artistique du temps. Voici par exemple les renseignements qu'il envoie à E. Chevalier :

Victor Hugo a fait un nouveau drame (5). Jeanne de Flandre^ de V. Herbin est décidément bien, je l'ai achetée et lue. Gustave Drouineau est décidément mort (6) ; c'est un fleuron du glaive \\i-i téraire enlevé à notre couronne de réaction.

(1) Lettre inédite du 2 juillet 1835. Cette dernière phrase et celle qui est citée dans la note précédente laissaient supposer que quelques-uns de ces premiers essais furent publiés. J'en ai vainement cherché trace dans les collections des journaux locaux de l'époque. Peut-être s'agit-il ici simplement d'un pseudonyme choisi d'avance, pour le cas où il serait imprimé. Cette précaution, de la part d'un enfant, n'aurait rien d'invraisemblable.

(2) 8ouv. intimes, p. xiv. « Tous les deux ans », dit M°i« Commanville; mais j'ai sous les yeux trois lettres inédites à Chevalier datées de Nogent, 1832, 1833 et

(3) De Bayard et Mélesville (première représentation 4 août 1833).

(4) Lettre inédite à Chevalier : septembre 1833.

(5) Angelo, tyran de Padoue (Théâtre Français, 28 avril 1835).

(6) C'est une erreur : Gustave Drouineau n'est mort qu'en 1878; mais le bruit de sa mort courut vers 1835 : devenu fou subitement après la mort de sa femme (voir ses Confessions poétiques^ iu-8, 1833; d'autres biographes attribuent sa folie à l'échec de sa pièce Don Juan d'Autriche au Théâtre Français), il fut alors interné dans un asile près de la Rochelle^ et y vécut encore 43 ans.

Ambigu-Comique : Ango de Dieppe, brillante représentation, décors nouveaux, éclairage au gaz.

Opéra : La Saint-Barthélémy de Meyerbeer.

Vaudeville : Mathilde ou la jalousie.

Une nouvelle comédie aux Français.

Pour Rouen, Mme Panchaud, première chanteuse, est engagée ainsi queTilly pour TOpéra-comique (1).

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