‹ Flechier orateur, 1672-1690Chapitre 10 sur 49 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Harmonie du style de Flécliier. — Cicéron et Flécliîcr. — Le pathétique dans Flécliier.

Ces différentes qualités sont enveloppées, en quelque sorte, dans une qualité générale, que nous retrouvons à toutes les pages, et qui donne au style de Fléchier comme sa physionomie particulière : nous voulons parler de l'art achevé avec lequel il construit ses longues et harmonieuses périodes. Par là surtout, il peut être comparé à Cicéron, avec lequel il a plus d'un trait de ressemblance. Ils ont tous deux infiniment d'esprit ; et tous deux, avec une égale prodigalité, ils sèment les expressions ingénieuses et les mots spirituels. Cicéron et Fléchier semblent trop se préoccuper de l'élégance du style; et si, « en pensant au salut de la république », le premier « ne s'oublie pas »; le second, en pensant au salut des chrétieas qui récoulcnt, (( ne se laisse point oublier (I) ». Comme Cicéron, Fléchier est souvent pathétique. Tous deux savent fort bien par quel chemin on pénètre jusqu'à Tàme des auditeurs; et, si nous sommes émus, lorsque l'un dénonce les périls de sa patrie et les projets parri-

''1 Fénelon, Lettre sur les occupations do l'Académie française : n. l'rojfit de rhétorique. Œuv. rompl. de Féne/on, \ol. VL p. 62^. ]0 vol. in-'|0. Paris, Leroux et Joubv, 18j2.

cides de Catilina, l'autre ne nous touche pas moins, quand il nous représente, sous de tristes images, la fragilité de la vie humaine (1), ou quand, dans un exorde à jamais célèbre, « égalant les lamentations aux douleurs », il déplore la perte de l'un de nos plus grands capitaines. Cependant l'orateur IVançai est inférieur à Cicéron, dont il n'a ni la vaste érudi tion, ni l'éclat éblouissant, ni la véhémence, ni ces traits de flamme qui jetèrent l'épouvante dans l'àme de Catilina. Par là, Cicéron triomphe réellement, et ces qualités divines auraient fait de lui le plus grand orateur de tous les temps, et le plus beau génie qui ait jamais existé, si la France n'avait la gloire de lui opposer Bossuet. Toutefois, pour l'harmonie, personne mieux que Fléchier, ne mérite d'être comparé à Cicéron : aucun orateur, peut-être, n'a reproduit avec plus de fidélité et de bonheur l'ampleur et la majesté ûe la phrase latine.

Voici un passage dans lequel le nombre oratoire n'ôte rien à la netteté de la pensée et à la justesse des observations; il complète le tableau de la cour dont nous avons parlé plus haut (2) : « C'est là que s'apprennent tous les usages du luxe, de la vanité, de l'ambition et de la délicatesse; que se forment ces passions qui font mouvoir toutes les autres, et que, par un commerce fatal au salut des âmes, les uns se font un art de séduire, et les autres une gloire d'être séduits. Comme le vice est contagieux, il se répand de là dans les régions inférieures des royaumes; on se fait des modèles de ces dérèglements de mœurs; et, par une suite funeste, mais naturelle, les péchés même des

(1) Voy. tout l'exorde de l'Or. fan. dis la Dauphine. (2J Voy. p. 95.

•grands deviennent les modes des peuples, et la corruption de la cour s'établit enfin comme politesse dans les provinces (i\ »

La mort chrétienne de la Dauphine inspire à Fléchier de belles paroles; elles contiennent un noble hommage à Bossuet, présent à la cérémonie, et se terminent par une forte image, que rend plus saisissante la beauté de la période :,« Avec quels sentiments de reconnaissance et d'amour reçut-elle le saint viatique ! Que n'êtes-vous à ma place dans cette chaire, éloquent et pieux prélat, qui portiez ce pain vivant avec la parole de vie! Vous l'avez vu, et vous diriez, en des termes plus énergiques, que la foi ranimant la nature, elle sentit vivement la charité de Jésus-Christ; qu'elle le vit au travers des voiles mystérieux qui le couvrent, qu'elle sortit comme hors d'elle-même, pour aller audevant de lui; qu'après d'inutiles efforts pour se relever, retombant comme sous le poids de la divinité présente, par respect moins que par faiblesse, elle reçut ce dernier gage de son amour, comme le sceau de sa prédestination éternelle (2). »

Enfin, le portrait de Montausier a pour cadre magnifique une longue et majestueuse période, dont les membres se déroulent lentement, comme les tranquilles eaux d'un ileuve qui coule à pleins bords, a Je viens faire revivre ici, dit-il, les mêmes vertus et les mêmes miséricordes, et vous faire admirer un homme qui ne se détourna jamais de ses devoirs; qui, pour maintenir la raison, se roidit contre la coutume; qui n'eut jamais d'autre intérêt que celui de la vérité «et de la justice, et qui, ayant eu part à toutes les

(1) Or. fun. de Marie-Thérèse d'Autriche, vol. IV, p. 109.

(2) Or. fun. de M^e la Dauphine, vol. IV, p. 155.

prospérités du siècle, n'en a point eu à ses corruptions; un homme d'une vertu antique et nouvelle, qui a su joindre la politesse du temps à la bonne foi de nos pères; en qui la fortune n'a fait que donner du crédit au mérite; qui a sanctifié l'honneur et la probité par les règles et les principes du christianisme; qui s'est élevé par une austère sagesse au-dessus des craintes et des complaisances humaines, et qui, toujours prêt à donner à la vertu les louanges qui lui sont dues, a fait craindre à l'iniquité le jugement et la censure; vaillant dans la guerre, savant dans la paix; respecté, parce qu'il était juste; aimé, parce qu'il était bienfaisant; et quelquefois craint, parce qu'il était sincère et irréprochable (1). -)

Nous pouvons nous former maintenant une idée assez exacte des qualités de Fléchier. Ce n'est pas cette véhémence de Bossuet qui ébranle fortement el l'imagination et le cœur; ce n'est pas « ce flot toujours montant » d'une éloquence qui entraîne les âmes les plus rebelles et les émeut par le spectacle de nos misères et de nos douleurs; c'est moins encore ce style d'une mâle et sévère beauté, « qui ne veut ni d'un feu

(1) Exorde de V0/\ fan. de Monlausier. Voir une multitude d'autres exemples de ce style pôriodi(|ae et harmonieux. Sans parler de l'exorde de l'oraison funèbre deTurenne, qui est un chef-d'œuvre, et « sera éternellement cité pour son harmonie, pour son caractère majestueux et sombre, et pour l'espèce de doulenr auguste qui y règne », voy. Oi: fun. de Midicl Le Tr/lier. vol. IV, p. 124 : « Il est vrai que le ciel a rempli ses désirs... » — Or. fun. df Marie-Hicrèse, p. 117 : a Voyons-la dans ces hôpitaux où elle pratiquait ses miséricordes publiques... » — Or. fun. de 3/™" la Dauphincy p. ]Z|2 : « Si je venais déplorer ici la mon imprévue de quelque princesse mondaine... » — Or. fun. de Monlausier, p. 180 : (t Nous l'avons vu frappé de ces nnirmures importuns, qui interrompent les oraisons des fidèles, et troublent, dans la maison de Dieu, le vénérable silence des saints mystères... »

d'esprit qui égayé, ni d'une harmonie qui délecte h, et qui a, comme l'a bien dit ïbomas. « je ne sais quoi d'antique et de fier, et d'une nature inculte, mais hardie (I) '). Et cependant, le panégyriste de Turenne, lui aussi, a le secret d"émouvoir. Cet orateur disert, brillant et lleuri, possède une éloquence insinuante, qui laisse dans l'âme de salutaires et durables impressions. 11 excelle dans le pathétique doux et tendre; dans sou style, dans sa voix, il a souvent un accent si triste, que nous ne pouvons nous défendre d'une émotion profonde, et qu'il nous arrache des larmes, mais de ces larmes qui rafraîchissent le cœur, comme celles de Bossuet, au lieu de le brûler, comme celles de Pascal (2'.

Quelle mélancolie pénétrante dans ce passage où il déplore et nos illusions et la fragilité de nos espérances 1 « Hélas! nous vivons sans réflexion. A nous voir pousser nos désirs si loin, et faire ces longs projets de fortune que nous faisons, qui ne dirait que nous croyons être immortels? Cependant, ce petit nombre de jours malheureux qui composent la durée de notre vie, s'écoule insensiblement. Chaque instant nous retranche une partie de nous-mêmes. Nous arrivons au terme qui nous est marqué; le charme se rcmipt, et tout ce qui nous enchante s'évanouit avec nous. La vérité pourrait nous faire connaître la fragilité des biens du monde, par la fragUité de notre vie qui les termine; mais l'amour-propre nous fait voir cette vie sans bornes, de peur d'en donner aux choses que nous aimons. Ainsi notre imagination et notre vanité

(1) Es.mi sur les l'iogi'g, vol. II, p. 07. <lEuv. rompl. de Thontas, 6 vol. in 8°. Paris, Verdière, 1825.

(2) M. HavL't, Etude sur les Pensées de l'nsca/. dans son édit. des Pensées, p. xlvi, édit. in-8".

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vont plus loin que nous. Nous n'avons jamais qu'un moment à vivre, et nous avons toujours des espérances pour plusieurs années (1). »

Presque tout Fexorde de l'oraison funèbre de M""= la Dauphine est empreint de cette tristesse, qui, sans éclater par des cris déchirants, pénètre jusqu'à l'àme et la remue doucement. Quelles vives images lui inspirent la brièveté de la vie et le néant de ?ios grandeurs passagères! Après avoir cité les paroles de David : « Mes jours se sont évanouis comme l'ombre, et j'ai séché comme l'herbe : mais vous. Seigneur, vous demeurez éternellement (2) », l'orateur commença en ces termes : ({ C'est ainsi que parlait autrefois un roi selon le cœur de Dieu, quand ses jours défaillants et ses infirmités mortelles l'approchaient du tombeau, et lui laissaient encore un reste de vie pour sentir sa langueur et sa chute, et pour adorer la grandeur et la durée éternelle (lu Dieu vivant.

(( Il regarde sa vie tantôt comme la fumée qui s'élève, qui s'affaiblit en s'élevant, qui s'exhale et s'évanouit dans les airs; tantôt, comme l'ombre qui s'étend, se rétrécit, se dissipe, sombre, vide et disparaissante Ggure! tantôt, comme l'herbe qui sèche dans la prairie, qui perd à midi sa fraîcheur da matin, et qui languit et meurt sous les mêmes rayons du soleil qui l'avaient fait naître. De combien de tristes idées son esprit est-il occupé! et combien trouve-t-il partout d'images sensibles de nos fragiles plaisirs et de nos grandeurs passagères ! »

1) Péroraison de l'Or. /'un. de .V™" d'Aiguillon. Oraison funèbre prononcée en 1675. Remarquer de quel ton ferme et élevé écrit Fléchier, dès cette année 1675.

(2) a Dies mei sicut umbra declinaverunt, et ego sicut fœnutn arui : tu autem, Domine, in aîternuni permanes. » (Ps. CI, v. 12 et 13) ; sur l'explication que Fléchier en donne ici, voy. pins haut, p. 6.

Les plaintes de la princesse mourante ont quelque chose de vraiment lamentable. On croit entendre comme un écho des gémissements d'Eurydice arrachée pour jamais des bras de son époux : c'est presque le même tableau, ce sont les mêmes images, c'est le même accent douloureux dans les vers du poète et le langage de l'orateur : a Ne vous semble-t-il pas qu'elle vous dit d'une voix mourante : La lumière de mes yeux s'éteint ; un nuage sans Gn s'élève entre le monde et moi; je meurs et je m'échappe insensiblement à moimême. Triste moment! terme fatal de ma languissante jeunesse! Mais si je sens qu'il n'y a qu'un petit nombre de jours pour moi, je sais aussi qu'il y a des années éternelles. La main qui me frappe me soutiendra; et, comme par la loi du corps, je tiens à ce monde qui passe, par l'espérance et par la foi, je tiens à Dieu qui ne passe point (1). »

Dussault a eu raison d'admirer ce début : il l'a analysé avec beaucoup de sentiment et de goût, a Fléchier, ditil, n'a déployé nulle part les trésors de l'harmonie qui caractérise son style, avec plus de magnificence que dans l'exorde de l'oraison funèbre de M""' la Dauphine : cet exorde n'est qu'un long gémissement sur la fragilité de la vie humaine ; et la tristesse que cette grave considération inspire ne parla jamais un langage plus douloureux et plus retentissant. Tous les mots, toutes les cadences, toutes les syllabes, pour ainsi dire, de ce morceau concourent à l'ell'et que l'orateur veut produire, et ne remplissent l'oreille d'une mélodie si mélancolique et si soutenue, que pour ouvrir l'âme au

(1) Ces exclamations entrecoupées, semblables à des sanglots, touchent d'autant plus, que la Daupliine, comme la duchesse d'Orléans, mourut dans toute la fleur de la jeunesse, à peine âgée de trente ans, en 1690.

sentiment qu'il se propose de lui communiquer; ces appositions, ces exclamations, sombre, vide et disparnissante /i/jure... tristes moments! terme fatal de ma languissante jeunesse! cette prosopopée rapide, par laquellf il met dans la bouche de la Dauphine expirante doparoles si lugubres, disposent le cœur à recevoii les impressions que Téloquence funèbre lui prépare (1). »

Tels sont les caractères de l'éloquence de Fléchier, étudiée dans le meilleur de ses ouvrages. Les oraisons funèbres sont l'œuvre capitale de l'évêque de Nîmes : et, comme autrefois, au dix-septième siècle, elles commencèrent sa réputation, elles soutiennent aujourd'hui sa gloire et protègent son nom contre l'indifférence et l'oubli. Ces discours, prononcés dans des circonstances solennelles, en présence de la cour, au milieu du plus brillant auditoire qui fut jamais, et qu'il a le plus soignés, sont pour nous la fidèle expression de son talent. De plus, comme Bossuet, il ne fut appelé que de loin en loin h célébrer la mémoire des grands personnages de son temps : plusieurs années même s'écoulèrent, sans qu'il parût au milieu de ces funèbres solennités, et dans cet intervalle, nous pouvons suivre facilement ses progrès (2;.

(1) Or. fun. de Bossuet, FlécJiier et autres orateurs, avec de» notices par M. Dussault, vol. II, p. 319, Notice fiir M<^e /,, DaN/jhine. Paris, Leqiiien, 1837. — Voy. encore d'autres paNsages du miJine caracière. Or. fun. de Turennc : « Il vivra, je l'avoue, dans l'esprit et dans la mémoire des liommes... » Vol. IV, p. 73. - Or. fan. d<' la Daiipliiiie, p. 156, l'apostrophe toucliante de Flécîiior au duc de Bourgogne : « Prince, qui faites aujourd'hui les espi'rances et le délices de la France... » Le duc de Bourgogne avait alors huit ans ; il était né le 6 août 1G82.

(2) Voici le tableau des oraisons funt-brcs de Fléchier : 2 janvier 1G72, oraison funèbre de M^e de Montaiisior;

Il y a loin, en elTel, des premiers essais de Fléchier, aux derniers discours du prélat disant adieu à ce genre qu'il avait illustré, et dans lequel il eut la gloire de balancer la réputation de Bossuet. Moins heureux que lui, il ne débuta pas par des chefs-d'œuvre; il n'eut pas, comme lui, le bonheur de rencontrer deux sujets si féconds en catastrophes inouïes, que l'orateur put donner cft- grandes et terribles leçons, et montrer, « dans une seule vie, toutes les extrémités des choses humaines ». L'éloge funèbre de deux dames d'honneur, dont la longue et paisible existence n'avait été troublée par aucun orage, n'offrait pas les mêmes ressources. Fléchier dut se contenter d'être simple, et renoncer à un sublime que la matière ne comportait pas : il ne put donc que s'élever lentement, et attendre une occasion plus favorable de déployer ses facultés oratoires (I).

12 août 1675, oraison funùbre de la duchesse d'Aiguillon;

10 jans-ier 1670, à Saint-Iiustaclie, oraison funèbre de Turonne; 18 février 1679, à Saint-Nicolas du Ciiardonnct, oraison funèbre

de Lauioignon. Quand il prononça ces quatre premières oraisons funèbies, il était Lecteur du Dauphin depuis 1668, et raenbre de l'Acadcinie française depuis le 12 janvier 1673. . 24 nove^iibre 1683, dans Tégliso du Val-de-Gràce, oraison funèbre de Marie-Tliérèse d'Autriche, femme de Louis XIV. Il était alors aumônier de la Daupliine, depuis 1680.

22 mars 1086, dans Téglise des Invalides, oraison funèbre de Michel Le Tcllier. Il était alors évèque de Lavaur.

Enfla deux oraisons funèbres, et ce sont les dernières, en une seule année :

15 juin 1690, à Notre-Dame, oraison funèbre de M™^ la Daupliine;

11 août 1690, dans l'église des Carmélites de la rue Saint-Jacques, oraison funèbre de M. de Montausier. Il était évùque de Nîmes depuis 1687.

(l) Mnie de Montausier était fille de M™<= do Rambouillet. Née en 1607, elle mourut le 15 novembre 1671, à l'âge de 6i ans. — La duchesse d'Aiguillon, qui était nièce de Richelieu, naquii en 160Zi, et mourut en 1075, à Tâge de soi.\ante et onze ans.

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Dans l'oraison funèbre de M"'® de Montausier et de M'"^ d'Aiguillon, c'est le Ion de l'éloquence, plutôt que l'éloquence elle-mômc. L'éclat de ces pages brillantes est souvent terni par un style précieux et maniéré, plus digne des réunions de l'hôtel de Rambouillet, ou même des Samedis de M"*" de Scudéry, que de la gravité de la chaire. Les idées sont trop mondaines; et le lecteur est tout surpris de rencontrer une page frivole ou ingénieuse, quand il attendait une pensée solide ou un trait vigoureux. Malgré quelques morceaux pleins de grâce et d'onction, vous le sentez, le bel esprit est moins à son aise dans la tribune sacrée, que dans les aimables réunions qu'il fréquente; et il a plus de peine à manier la largue de la chaire que celle des salons à la mode.

Ce caractère un peu léger est surtout sensible dans l'éloge de M'"^ de Montausier; et, bien que ce discours ait été accueilli par les contemporains avec un applaudissement général; bien qu'il lui ait ouvert les portes de l'AcadémiG française (1) et celles de la gloire, il faut le reconnaître, il manque presque partout de cet accent que Bossuet avait déjà fait entendre avec tant de magnificence, de cette gravité nécessaire pour que l'oraison funèbre ne soit pas une froide déclamation et une vaine cérémonie destinée à flatter l'orgueil de quelques particuliers. Mais lorsque Fléchier eut été mûri par les années; lorsqu'il eut acquis une plus grande expérience, et avec elle un fonds d'idées plus abondant; lorsque surtout il eut à célébrer les exploits d'un illustre capitaine, ou à déplorer la mort d'une

(1) Flécliicr fut reçu i\ rAcadûniic française, le 12 janvier 1673, un an après l'oraison funèbre de &!">= de Montausier. Nous avons parlé de la réception de Flécliier, dans la Jeunesse de Fléchier. vol. II, p. 12.

JL'iine Daiiphine de France, alors il montra un goût [lias sévère, et porta dans la chaire un langage plus austère et plus en harmonie avec les leçons qu'il de- \ait, aux grands de ce monde, sous les voûtes sacrées (liin temple et en face d'un cercueil.

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