‹ Flechier orateur, 1672-1690Chapitre 22 sur 49 · PS. XXXVI, 'JÔ · texte numérisé non relu

PS. XXXVI, 'JÔ

(2) Flécliier, iOid., p. 185.

(3j I/Àd., p. 183.

(Il) C"ost en ce sens que La Rochefoucauld a dit : « L'esprit est toujours la dupe du cœur. » (P. 40, 1 vol. in-8o. Paris, Lcfèvre, 1827.)

chacun d'admirer, à la condilion de n'en rien faire; elle s'impose à tous les chrétiens, elle commande impérieusement et force les obstacles que les passions sont ingénieuses à accumuler. Trop souvent vaincue, si elle invoquait seulement des considérations humaines, elle triomphe des résistances du cœur de l'homme et le courbe sous le joug du sacrifice et du devoir, en lui montrant les promesses, les espérances, les récompenses ou les châtiments de la vie future.

Une péroraison éloquente, où semblent gronder les menaces de la justice divine, forme la conclusion de ce beau sermon sur l'aumône, vrai modèle de hardiesse, d'énergie, de pitié et de tendresse chrétiennes. « Mais, s'écrie Fléchier parlant des mauvais riches, quand ces jugements de Dieu ne s'exerceraient pas dès ce monde, que répondront-ils, lorsque, au terrible jour de la colère, le sang des pauvres criera vengeance contre eux? Jésus-Christ fondera l'arrêt éternel de leur condamnation sur le défaut de leur charité, et sur ce qu'ils n'auront pas assisté ceux qui auront eu faim ou soif. Que répondront-ils, quand ils seront accusés par tant de voix? On comptera jusqu'aux moindres soupirs de ceux qu'ils auront abandonnés; et ces hommes sans miséricorde seront jetés au feu éternel.

« Ainsi vous en arrivera-t-il, à vous, qui prenez vos aises, et qui avez vos consolations en cette vie, sans vous mettre en peine des pauvres, qui gémissent tous les jours à votre porte; à vous, qui prenez le bien qui leur est nécessaire à l'entretien de leur vie, pour le prostituer à votre luxe, et pour en faire des trophées de votre vanité ; à vous, qui vous plaignez que les temps sont mauvais, et que les charges sont extrêmes; et, qui ne trouvant pas que ce soit une raison pour diminuer votre luxe, en faites pourtant

un prétexte pour retrancher de vos aumônes. » Tel est ce discours que nous avons cru devoir analyser en détail, et qui rattache directement Fléchier à ses illustres maîtres, Bossuet et Bourdaloue. Comme eux, avec une force égale, une égale netteté, il détermine le principe et la fin de la richesse en ce monde. L'aumône n'a pas pour principe un vague sentiment de bienfaisance et de pitié, qui nous pousse à assister le prochain par « hasard et par caprice » ; c'est une loi inviolable^ « c'est un payement de justice et de rigueur » , une dette contractée envers Dieu, « le maître absolu des richesses » ; dette que les riches doivent payer aux pauvres, qu'il nous a laissés pour le représenter en ce monde. Ceux-ci n'ont aucun droit sur le bien d'autrui : la propriété conserve son caractère inviolable; mais les devoirs de ceux qui possèdent tout, envers ceux qui ne possèdent rien, sont si rigoureux, que « l'inégalité des biens et des conditions introduite parmi les hommes », s'en trouve singulièrement adoucie et corrigée.

Et ici, s'appliquent fort à propos les éloquentes paroles de M. Feugère. Ce qu'il dit du sermon de Bourdaloue sur r Aumône, convient à la lettre au sermon de Fléchier. Le même sujet, la même doctrine appellent naturellement le retour des mêmes rétlexions, « La charité, dès lors, écrit M. Feugère, n'est plus seulement une vertu chrétienne, mais une vertu éminemment sociale. Si, du temps de Bourdaloue, et après lui, ce devoir avait toujours été compris et pratiqué, comme il le souhaitait, par les classes les plus riches, nous trouverions-nous en face de ces redoutables problèmes que notre siècle agite sans fin et ne résout pas, parce qu'il ne veut rester ni dans les principes du juste, ni dans les données du possible? En dehors de la théologie

s solide et si profonde de Bourdaloue et des Pères sur raumône, de bonne foi, quelle solution a-t-on trouvée qui fût à la fois équitable et pratique, capable de soulager le pauvre, sans violer la justice dans la personne du riche? de diminuer les souffrances de l'un, sans compromettre la sécurité de l'autre? enfin, de diminuer les souffrances sociales, sans ébranler la société ellemême? On ne parle plus aujourd'hui des devoirs du riche, mais on proclame le droit du pauvre : c'est rendre celui-ci plus envieux et plus misérable, celui-là plus méfiant, plus fastueux et plus avare. C'est allumer entre l'un et l'autre cette guerre à mort qui se livre, hélas! sous nos yeux, et qui accumule les ruines parmi ces nations chrétiennes, où l'on ne rejette la loi bienfaisante et fraternelle de l'Évangile, que pour tomber dans le chaos des utopies, et, bientôt après, dans la mêlée sanglante des convoitises (1). »

(1) A. Feugère, Bourdaloue, p. 321.

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