CHAPITRE XXV
Les gens d'Église. — Hardiesse des censures de Fléchier. — La cour de Rome. Le clergé romaio. — Le clergé de France. — Dignité du sacerdoce. — Dérèglements du clergé au dix-septième siècle. — Causes de ces vices. — Vocations forcées.
Le tableau de l'ancienne société française, d'après les sermons de Fléchier, serait incomplet si, à côté du grand seigneur, du courtisan et du magistrat, nous ne placions les gens d'Église, ces prélats, ces abbés, ces religieux et ces religieuses qui, pourvus d'opulentes abbayes, menaient à la cour et dans le monde une existence brillante, oisive, frivole, souvent dissipée, sans autre obligation que de ne pas se marier. La peinture des mœurs cléricales au dix-septième siècle, dans Fléchier, est intéressante et curieuse. Cette vie si étonnante pour nous, dont l'organisation actuelle du clergé et des couvents ne peut donner aucune idée, l'orateur la décrit avec une exactitude et une hardiesse singulières. Malgré la coutume et la force de la tradition, vous sentez que le futur évèque de Mmes n'approuve pas un pareil état de choses, qui blesse à la fois son bon sens, sa conscience et sa religion. Aussi, dénonce-t-il avec courage, sans ménagements ni pour les familles, ni pour les individus, ces vices et ces abus, conséquence d'un régime heureusement disparu. Contre tous ces prêtres sans vocation, et vivant dans
le faste et la mollesse; contre ces prélats mondains ou ambitieux, plus soucieux de leur rôle de courtisans que de leurs devoirs d'évêques, il s'élève avec une force et une liberté tout apostoliques. C'est là un des côtés originaux de son éloquence. Sur ce point délicat, il est aussi hardi et va aussi loin que Bossuet et Bourdaloue; il insiste, il est précis, il entre dans autant de détails que ses deux illustres contemporains, et nous trace une image fidèle des religieux au dix-septième siècle. Après lui, Massillon condamnera éloquemnient le luxe scandaleux d'un trop grand nombre de membres du clergé; il signalera en gémissant tant de riches bénéfices devenus en quelque sorte héréditaires dans les familles; et quand, aux applaudissements de quelques libres esprits, il semblera se frayer une route nouvelle, il ne fera que suivre la voie jadis ouverte par Fléchier.
Celui-ci, comme tout prédicateur vraiment digne de ce nom, attaque avec courage les vices, môme ceux des maîtres du monde, sans oublier, toutefois, ce qu'il doit à la gravité et à l'honneur de son ministère. Il parle avec quelque sévérité, mais il garde toujours un juste tempérament entre une hardiesse téméraire et une lâche complaisance (1). Comme il sait louer sans bassesse, il reprend avec dignité. Censeur respectueux, mais libre, il parlera en termes magnifiques de la puissance pontificale, de celui qu'il appelle « le Père commun » et « le Pasteur général des âmes » ; et, comme saint Bernard, s'il fait entendre des reproches, « s'il ose s'élever jusqu'au trône même de saint Pierre, pour prescrire des lois à cette souveraine puissance, qui n'en reçoit que d'elle-même et qui en donne à toute la
(1) Pancg. de saint Bernard, vol. V, p. 239.
terre », ce ne sera pas sans joindre « la liberté évangélique avec l'humilité chrétienne (1) ».
Le tableau de Rome et de l'Italie au cinquième siècle, du temps de saint Benoît, de cette Italie affaiblie par les divisions, désolée par les guerres, corrompue par les hérésies, est tracé d'une main ferme et avec une généreuse franchise. « Ses tyrans étaient devenus ses maîtres, ses pontifes étaient opprimés, l'idolâtrie respirait encore sous ses ruines; et, si le culte des dieux était aboli, les mœurs des païens n'étaient pas changées. Les Goths, les Huns, les Hérules et les Vandales avaient porté, dans ce pays de politesse et de religion, l'impiété et l'ignorance. Rome, par un juste jugement de Dieu, était devenue successivement la proie de tant de nations barbares ; et pette ville orgueilleuse, qui, dans le temps de ses triomphes, avait pris les vices des peuples qu'elle avait vaincus, dans le temps de sa servitude prenait les vices, aussi bien que les lois de ses vainqueurs. L'injustice, la cruauté, la flatterie, l'incontinence régnaient dans cette capitale du monde chrétien : plus de pudeur, plus de piété, peu d'honneur et de religion (2). »
Dans le panégyrique de saint Charles Borromée, l'orateur nous fait la plus triste peinture des mœurs de Rome au seizième siècle, « de cette sainte cité où Jésus-Christ a mis le centre de sa religion et le trône de son Église » ; de la cour de Pie IV, « où la pompe, la vanité, et toute la dissolution des cours séculières s'était introduite ». Malgré la sainteté du héros, il ne peut approuver l'élévation rapide de saint Charles devenu, parla faveur de son oncle, archevêque de Milan,
(1) Panég. de saint Bernard, vol. V, p. 239.
(2) Panég. de saint Benoit, prêché à l'abbaye de Saint-Germain des Prés, en 1680, vol. V, p. 191.
cardinal, premier officier du Saint-Siège, et, selon sa belle expression, « seconde tête du monde chrétien »;' tout cela, à vingt-trois ans, à un âge où on n'est guère qu'un adolescent. « L'Église, ajoute-t-il, n'a que trop gémi sous cette pernicieuse coutume; et l'on n'a que trop vu les chefs de la religion, plus soigneux d'agrandir leur famille que d'étendre le royaume de Jésus-Christ, faire asseoir leurs neveux à la droite du Saint-Siège, sans examiner leur vocation ni leur mérite; leur donner en proie les richesses ecclésiastiques, et s'empresser plus pour les faire héritiers de leurs biens et de leur grandeur, que successeurs de leur sacerdoce (1). »
Sachant bien, il le dit avec raison, que les mœurs des fidèles dépendent ordinairement des mœurs des ecclésiastiques qui les gouvernent, Fléchier gémit sur les désordres du temps passé ; et, faisant allusion à des scandales plus récents et moins lointains, il déplore des exemples d'autant plus funestes, qu'ils viennent de plus haut. <c Comme naturellement on a du penchant à mal faire, on est bien aise de justifier le mal qu'on fait par l'exemple de ceux qui doivent être le modèle des autres. On ne craint point d'être repris de ceux qui sont destinés à nous corriger, quand ils tombent dans les mêmes fautes que nous; et l'on se croit déchargé des devoirs de la religion, quand ceux qui la prêchent et qui l'enseignent, la négligent et la décrient (2). » Et. quand il signale les dérèglements du clergé, l'ambition des uns et la cupidité des autres, c'est au moins autant de la France du dix-septième siècle, que de l'Italie du seizième, que Fléchier entend parler à ses audi-
(1) Panég. de saint Charles, dans l'église de Saint-Jacques de la Boucherie, en 168((, vol. V, p. 319.
(2) lOid., p. 326.
leurs. « Au lieu des pcasteurs, il n'y avait presque plus que des mercenaires. La prêtrise était devenue une dignité mondaine dans les grands, ou un métier dans les petits. L'avarice leur paraissait une prévoyance louable, le jeu perpétuel un passe-temps innocent, la paresse un repos convenable à leur profession, le concubinage un remède contre l'adultère. Leur grossièreté était parvenue jusqu'à se croire dispensés de confesser leurs péchés, parce qu'ils entendaient les confessions des autres. Ils ne voulaient ni savoir la loi de Dieu, ni la pratiquer, et laissaient douter aux gens de bien qui gémissaient de ces désordres, lequel des deux était plus blâmable du dérèglement de leurs mœurs, ou de l'ignorance de leurs devoirs (1). »
Puis, pour que personne ne se trompe sur la portée de ses paroles, et que l'allusion soit bien saisie de tous, Fiée hier en fait l'application aux vices et aux désordres de son temps et de son pays. Avec une gravité et un accent vraiment évangéliques, il s'écrie : a Écoutez, mes Frères, et tremblez ici avec moi. Quand les personnes consacrées à Dieu ont une fois passé par-dessus les règles de leur profession, le retour est presque impossible. Ils sont plus instruits, et par conséquent plus coupables; leurs péchés sont plus scandaleux, et par conséquent plus difficiles à réparer ; ils devraient faire respecter la religion, ils la méprisent et la font mépriser aux autres; ils sont plus obligés d'aller à Dieu : et ils sont frappés d'un plus grand aveuglement, quand ils s'en éloignent. En effet, on voit souvent, par la miséricorde de Dieu, les gens du monde revenir de leurs égarements ; pour les mauvais religieux
(1) Panég. de saint Charles, dans l'église de Saint-Jacques de la Boucherie, en 1684, vol. V, p. 327.
el les mauvais prêtres, il faut un coup de sa main toutepuissante pour les ramener (1). »
Comme tous les chrétiens sincères et éclairés de son temps, comme les grands prédicateurs de son siècle, Fléchier se faisait une haute idée de la dignité sacerdotale, dont il parle souvent dans un langage que ne désavoueraient ni Bossuet ni Bourdaloue. La personne est humaine et peut-être corrompue, dit-il, mais la dignité est divine, incorruptible, inviolable. Il rappelle aux fidèles « que la première et la plus divine action de ceux qui sont appelés au ministère des autels, c'est d'offrir le corps et le sang du Fils de Dieu, et de présenter au Père éternel cet adorable sacrifice ». De là vient la sainteté et la grandeur des prêtres de la loi nouvelle : « quels qu'ils soient devant Dieu ou devant les hommes », leur ministère les rend vénérables. « Car, si ceux qui portent les vases du Seigneur doivent être puriflés, selon les règles du Prophète; combien le doivent être ceux qui consacrent, qui touchent, qui portent, qui distribuent, qui reçoivent le Seigneur même (2) ! »
Ces belles paroles furent prononcées à la fête de saint Philippe de Néri, fondateur de l'Oratoire. En présence des principaux membres de cette docte et pieuse compagnie, devant ceux mêmes qui venaient de fonder l'Oratoire de France (3), au milieu d'un concours considérable de prêtres et de fidèles, Flé-
(1) Pancg. de saint Charles, dans l'église de Saint-Jacques de la Boucherie, en 168^, vol. V, p. 327.
(2) Panég. de saint Philippe de Néri, dans l'église des Pères de l'Oratoire, en 1685, le 26 mai, jour de la fôte du saint, vol. V, p. 368.
(3] L'Oratoire de France fut fondé le 11 novembre 1611, par M. de Bérulle. Voy. l'ouvrage de Mgr Perraud, l'Oratoire de France au dix-septième et au dix-neuvième siècle, p. ko. 1 vol. in-S», Douniol, 1866.
cliier célébra la grandeur « de la prêtrise de Jésus- Christ », cette « vocation sainte, mais laborieuse », et flétrit en même temps la conduite de ces prêtres oisifs, mous et intéressés, qui usurpaient le patrimoine de Jésus-Christ. « La prêtrise de Jésus-Christ, disait-il, n'est pas un titre sans fonction, mais un ministère d'occupation et de travail, qui comprend une multiplicité de devoirs essentiels et difficiles à accomplir. » Puis, résumant avec précision les vices et les abus qui déshonoraient l'Eglise et ses ministres, il énumérait sans pitié les faiblesses, les lâchetés, les trahisons de ces indignes serviteurs de Dieu, démasquait leurs projets ambitieux ou leurs espérances mondaines portés jusqu'aux pieds des autels, et s'écriait : « Loin d'ici ces hommes profanes que la cupidité a poussés aux pieds des autels, pour y chercher un passage à leur ambition, ou un refuge à leur indigence; qui n'ont eu d'autre principe de leur vocation, que le désir de vivre à leur aise dans une douce et honorable oisiveté; qui sont entrés dans la vigne du Seigneur, non pas pour la cultiver, mais pour en cueillir les fruits; et qui se sont proposé en entrant dans l'Église de Jésus-Christ, non pas le travail ecclésiastique, mais la mollesse de la vie et l'établissement d'une fortune paisible, ou dans l'éclat des dignités, ou dans l'opulence des bénéfices; loin d'ici ces prêtres oisifs qui ont reçu en vain la grâce de l'ordination; qui vivant de l'autel, et ne servant pas à l'autel, traînent, sans honneur et sans emploi, un stérile et infructueux sacerdoce ; qui retiennent en injustice la parole de Dieu qu'ils sont obligés de distribuer, et la puissance qu'ils ont de lier et de délier; qui bien loin d'instruire les autres, ont eux-mêmes besoin d'être instruits; qui ne sont connaissables et prêtres, pour ainsi dire, que par le nom et l'habit qu'ils portent,
et qui n'ont d'autre occupation que celle de jouir tout ensemble des plaisirs du monde et du patrimoine de Jésus-Christ (1). »
En 1682, prêchant à Versailles devant le roi, Fléchier faisait entendre de graves avertissements, qui, donnés en tel lieu et en présence d'un tel auditoire, ont la plus haute portée, et sont comme un acte public d'accusation. A ces abbés, à ces prêtres, à ces prélats qui veulent des bénéfices ou des dignités, sans les devoirs qu'ils imposent, l'orateur rappelle combien sont funestes les exemples de leur vie criminelle, ou même seulement dissipée ; il leur rappelle, et avec raison, ce qui était vrai alors, ce qui est vrai à toutes les époques, (( que les péchés des particuliers sont bornés à eux-mêmes, et ne causent tout au plus que la ruine de ceux qui les commettent; mais que ceux qui sont établis, pour être les chefs et la règle des autres, ne sauraient tomber, que leur chute ne cause de grandes ruines »; il leur rappelle à tous « que leur vie, quand elle est désordonnée, est comme une excuse publique, dont chacun se sert pour justifier ses mauvaises inclinations »; et il termine, en les rendant responsables du relâchement des mœurs et de l'affaiblissement de la foi dans les âmes. « Pourquoi, demande-t-il, voyonsnous dans la religion si peu de foi pour les mystères, si peu d'exactitude pour les mœurs, si peu de révérence pour les lieux saints, si peu de respect pour les sacrements? La vie irrégulière que mènent ceux que Dieu a élevés à la dignité de son sacerdoce, est la source de ces désordres. Un intérêt sordide, une ambition démesurée, un faste séculier, une dissipation mondaine, passent de leurs âmes dans celles des peu- Ci) Panéçj. de saint Philippe de Ncri, vol. V, p. 367.
pies. On se fait une religion de ce qu'ils font, non pas de ce qu'ils enseignent (1). »
Faut-il s'étonner de ces désordres, de cette « dissipation mondaine », si peu en harmonie avec des fonctions sacrées? Le sacerdoce était alors une carrière comme une autre, que l'éclat d'un grand nom, la faveur, les influences de famille ouvraient plus facilement et plus vite que le mérite le plus solide et la vertu la plus éprouvée : simple affaire d'établissement pour un cadet sans fortune, ou un fils aîné disgracié de la nature.
Ainsi s'explique « l'iniquité de ces promotions », qui blessaient la droiture de Fléchier; « oîi la brigne, la faveur, le hasard ou la politique font des évêques, pour le malheur de ceux qui les reçoivent, et plus encore pour ceux qui les nomment (2) ». Notre orateur a trouvé le mot juste : C'était une dignité mondaine dans les grands, ou un métier dans les petits. Comme on était capitaine des gardes du roi, colonel d'un régiment, grand officier de la couronne, président à mortier par droit de naissance ou d'hérédité, on se trouvait, au même titre, pourvu d'une abbaye opulente, archevêque de Narbonne, de Vienne, de Lyon ou de Paris. La Bruyère a peint l'homme en général; il a peint aussi l'homme en particulier : et lui, que nous comprenons bien mieux, après la lecture de Bossuet, de Boiirdaloue et de Fléchier, n'a pas manqué, avec sa causticité accoutumée, de relever cet abus. « Tite, par vingt années de service dans une seconde place, n'est pas encore digne de la première, qui est vacante : ni ses talents, ni sa doctrine, ni une vie exemplaire, ni les vœux des paroissiens, ne sauraient l'y faire asseoir;
(1) Sermon pour le jour de la Conception de la sainte Vierge, ■voi. V, p. 66.
(2) Panég. de saint Bernard, vol. V, p. 238.
il naît de dessous terre un autre clerc pour la remplir. Tite est reculé, ou congédié; il ne se plaint pas : c'est l'usage (1). »
L'usage voulait encore que l'on disposât des enfants sans leur aveu. Pour les engager dans l'Église, la magistrature ou l'armée, comme pour les marier, la dernière chose à laquelle pensaient les parents, ou plutôt à laquelle ils ne pensaient pas du tout, c'était de consulter leurs enfants. Les convenances de famille, l'intérêt, la nécessité de ne point laisser passer en d'autres mains un riche bénéfice dont on était en possession depuis longtemps, telles étaient les considérations devant lesquelles cédaient toutes les autres. De là, ces levées en masse qui jetaient dans les ordres militaires, dans l'Église, les abbayes, les couvents, fils et filles de grande maison, qui auraient bien voulu aller ailleurs; de là, ces abbés et ces abbesses. à peine adolescents, chargés de biens et de dignités, en quelque sorte dès le berceau; de là enfin, ces sièges épiscopaux devenus réellement l'apanage de quelques familles privilégiées.
Le duc de Rohan comptait ses filles pour rien, et ses cadets pour peu de chose. Le prince de Guémené eut cinq filles religieuses, qui, dans la suite, gouvernèrent les riches abbayes de Préaux, de Jouarre ou de Panthémont. Le duc de La Rochefoucauld, le père de l'auteur des Maximes, eut dix enfants, quatre fils et six filles. Cinq filles entrèrent en religion; la sixième voulut un mari : on refusa de la doter. Le fils aîné fut l'auteur des Maxinies;\Q troisième entra dans l'ordre de Malte; le second et le quatrième furent prêtres : l'un devint évêque de Lectoure, l'autre vécut en opu-
(li Chupitre : De quelques usages.
lent abbé, a Les ducs de La Rochefoucauld ne voulaient qu'un successeur unique, et accumulaient sur sa tète tous les biens de la maison. » L'auteur des Maximes suivit l'exemple paternel et les usages du temps : il s'épargna la peine de doter ses nombreux enfants. Il eut cinq flls et trois filles. L'aîné, le grand veneur, hérita seul du titre et des biens du père; les autres furent abbés ou chevaliers de ÙNIalte, tandis que les trois sœurs « vieillirent à l'hôtel de La Rochefoucauld, entre le cloître et le mariage : spirituelles, vertueuses et pauvres, elles ne furent comptées que pour leur mérite (1) ».
Dans l'oraison funèbre de la princesse palatine, Bossuet déplore « la coutume des grandes maisons » de sacrifier les sœurs plus jeunes, pour assurer le sort de leurs aînées. Anne de Gonzague élait destinée à prendre le voile, comme sa sœur Bénédicte l'avait déjà pris quelques années auparavant dans l'abbaye d'Âvenai. « La princesse Bénédicte, la plus jeune des trois sœurs, fut la première immolée à ces intérêts de famille. On la fit abbesse, sans que, dans un âge si tendre, elle sût ce qu'elle faisait; et la marque d'une si grave dignité fut comme un jouet entre ses mains (2). » L'abbé de Caumarlin, frère de l'élève de Fléchier, évèque de Vannes en 1717, et un peu plus tard évoque de Blois, n'avait pas encore sept ans, quand il fut pourvu de l'abbaye considérable de Buzay, en
(1) M. E. Bertin, les Mariaqes dans l'ancienne société française, p. 14i. Pour ces divers exemples, voy. cet ouvrage, p. 115 et 122.
(2) Or. fan. d'Anne de Gonzague, prononcée dans l'église des carmélites du faubourg Saint-Jacques, le 9 août 1685, p. 275, de l'excellente édition de M. Jacquinet; 1 vol. in-12. Paris, Belin, 1885. — Ayenai, dans le diocèse de Reims, près d'Ai.