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que l;i mort fl) ». Et ces froides paroles : a II regard;i, sans s'élonner, l'appareil de son sacrifice », rendentelles le mot admirable de TEcclésiaste : Spt/ifu magno vidii ultima (2) ?
Quelquelbis môme, il ne comprend pas ou cite à faux les passages de TEcriture. 11 dit, dans l'exorde de l'oraison funèbre di M. de Lamoignon : a Pour nous, à qui Dieu, par sa grâce, a révélé ses vérités, nous avons lu, dans ses Écritures, qu'il y a un temps de pleurer et une mesure de larmes... » Yoici le texte des psaumes : Clbahis nos pane lacnjmarwn ., et polum dabis noùis in lacrymis in menswû? De Sacy traduit: (( Jusqu'à quand nous nourri rez-vous d'un pain de larmes, et nous ferez-vous boire l'eau de nos pleurs avec abondance? (3; » Dans un autre endroit, en parlant de la cour : a C'est là, dit-il, que se forgent ces traits de feu, selon les termes de l'Apôlre, dont l'ennemi se sert pour allumer les passions dans ces âmes vaines qui sont les idoles du monde, et dont le monde lui-même est l'idole. » Saint Paul se contente de dire que nous devons prendre le bouclier de la foi, pour résister aux traits enflammés du démon : In manibus sumcntes scutum fîdei, in quo possids omnia tela ncquissimi i'jnea exlinf/ucre (i). Il se trompe encore, quand il rapporte au temps de la vieillesse de David, la composilion du psaume d"uù est tiré le texte de son oraison funèbre de la Dauphine : Oies mei sicut umbra decllnarerunf, tt ego sicul fœnum arui : ta nu'ein, Domine, in a'ternum
(1) Or. fun. de A/'"'" d' Montausier, vol. IV, p. 25.
(2) Or. fun. de Lamoignon, vol. IV, p. 1)7,
(3) Ps. Lxxix, 6.
{It) Or. fun.de Marie-Thérèse, vol. IV, p. 100. — Ep. aux Ephés., VI, 16.
permanes (1). Ce psaume même renferme la preuve t[ue David, ou l'auteur de ce psaume, quel qu'il soit, ne louchait nullement à la vieillesse. Au verset 23, on lit : « Ne me rappelez pas à vous au milieu de mes jours » Ne revoces me in dimidio dterum meorum.
Comme Bossuet sait mieux profiter du secours des livres saints! Il est si pénétré, si nourri de la lecture des écrivains sacrés, qu'il leur prend, presque sans s'en apercevoir, leurs pensées et leurs expressions; il les mêle si habilement à son langage, se les rend propres si complètement, qu'on ne distingue plus ce qui lui appartient et ce qu'il emprunte à l'Écriture. Avec quel art il emploie les paroles de David! Quelles touchantes figures trouve-t-il dans le royal prophète, pour exprimer sa douleur et peindre la rapidité effrayante avec laquelle la mort a enlevé la jeune duchesse d'Orléans (2) ! Quelques mots de Job lui inspirent un morceau de la plus haute éloquence; et telle est la vigueur des pensées et l'éclat saisissant du style, que Bossuet n'est pas inférieur à son modèle. Ailleurs, rappelant les paroles de Daniel sur Alexandre, il compare le grand Gondé au guerrier macédonien; mais alors la phrase est si impétueuse, les images sont si brillantes et si vives, les traits si hardis, qu'on ne sait plus si c'est Bossuet qui parle, et l'on croit entendre les sublimes accents du prophète lui-même. « Quel autre a pu former un Alexandre, si ce n'est ce môme Dieu qui en a fait voir de si loin, et par des figures si vives, l'ardeur indomptable à son prophète Daniel? « Le
(1) Ps. CI, V. 12.
(2) Voyez plus haut, p. 3. — Bien des années après Bossuet, Fléchier rapporta les mômes paroles de Job, mais il ne sut en tirer aucun parti. (Voy. Or. fuii. de -l/me la Dauphine, vol. IV, p. 157.)
(( voyez-vous, dit-il, ce conquérant? Avec quelle rapidité « il s'élève de roccident, comme par bonds, et ne touche « pas à terre! » Semblable, dans ses sauts hardis et dans sa légère démarche, à ces animaux vigoureux, et bondissants, il ne s'avance que par vives et impétueuses saillies, et n'est arrêté ni par montagnes, ni par précipices. Déjà le roi de Perse est entre ses mains : « A sa vue, il s'est animé : Eff'eratus rsl in eum, dit le prophète; il l'abat, il le foule aux pieds; nul ne peut le défendre des coups qu'il lui porte, ni lui arracher sa proie (1). »
Fléchier n'a pas fait de l'Ecriture un si noble usage. Cependant, vers la fin de sa carrière oratoire, et lorsque déjà sur le déclin de l'âge, il eut à prononcer l'éloge du duc de Monlausier, son protecteur et son ami, il vint puiser plus souvent à la source qu'il avait négligée dans sa jeunesse. Un passage semble indiquer une pratique plus assidue de l'Écriture ; au Heu d'une citation aride, nous y rencontrons un essai de commentaire de l'Apocalypse. Le panégyriste parle de la rude franchise de Monlausier : « Permettez, dit-il, que je me le représente ici comme ce cavalier que vit saint Jean dans l'Apocalypse : il s'appelait fidèle et véritable, fidelis et verax ; montrant à cet auguste enfant les sources du vrai et du faux, et lui formant dans le monde, que saint Augustin appelle la région des faussetés et des mensonges, une âme innocente et sincère. Il portait plusieurs couronnes, lui expliquant
(1) Or. fun. du prince de Coudé. — Nous ne parlons ici que des Oraisons funèbres de Bossuet. Mais on pe .t voir, dans le sermon sur l'Amôition, la magnifique éloquence que lui inspire Ez-cliiel : 0 Assur, dit ce saint prophète, s'est élevé comme un grand arbre, comme les cèdres du Liban. Le ciel Ta nourri de sa rosée... » {Œuc. compt., vol. IX, p. 329, édit. Vives )
pour son inslruclion la difTércnce des bons el des mauvais règnes. 11 tenait en ses mains un glaive luisant, pour couper les filets de ses passions naissantes, et les discours et les exemples qui pourraient les entretenir (1). » Mais un tel commentaire est rare dans Fléchier, et c'est fâcheux. S'il n'eût pas craint de se servir de l'Écriture, s'il ne se fùl pas borné à un usage timide, sa hardiesse lui eût certainement porté bonheur. Pour l'orateur chrétien, l'Ecriture sainte est comme le rocher du désert qu'il faut frapper avec confiance, pour en faire jaillir des torrents d'éloquence, capables de féconder les imaginations les plus riches, et de leur donner quelque chose de la divine impétuosité qui entraîne les flots de cette source sacrée.
En 1672, lorsque Fléchier prononça sa première oraison funèbre, il rappela un passage de l'Évangile, qu'il expliqua dignement, avec noblesse et gravité. Il s'adresse aux deux sœurs de M'"*^ de Alontausier, présentes à cette triste cérémonie et, pour les consoler, il leur dit : « Il faut que Jésus-Christ vous parle lui-même, comme il parlait à deux sœurs illustres par leur piété, par leur retraite, par les fonctions de la charité qu'elles avaient exercées, et par une affliction pareille à la vôtre. 11 vous dira : « Cette sœur que vous pleurez, n'est pas « morte. Tous ceux qui croient et vivent en moi ne « mourront jamais. Vous l'avez, ce semble, perdue; au (( moins, vous l'avez pleurée. Cependant elle est vivante « en moi qui suis la résurrection et la vie. » Ne le croyez-vous pas ainsi? Si je pénètre dans vos sentiments, si j'entends bien la voix de votre cœur, il me semble que chacune de vous, animée d'une foi vive et
(1) Or. fun. de M. de Montausier, prononcée dans l'éplise des Carmélites du faubourg Saint- Jacques, le 11 août 1690, vol. IV, p. 171.
d'une espérance sincère, pense ce que pensaient ces filles affligées et soumises, et qu'elle répond ce que l'une d'elles répondit : Je le crois, Seigneur , je le crois {i) .»
(1) Or. fiin. de iV^ie de Montnusier ; — M^c de Montausier était morte le 15 novembre 1671. Elle eut quatre sœurs; trois furent religieuses : deux, Claire-Diane et Char/olle-Catlierine, furent successivement abbesses du couvent d'Hiùrc, à quelques lieues de Paris; la troisième, Louise-Isabelle, fut abbesse de Saint-Etienne de Reims. Charlotte- Catherine, abbesse d"Hit;re, et Louise-Isahelle, abbesse de Saint-Etienne, assistèrent à l'oraisoo funèbre de jime de Montausier. Charlotte-Catherine avait succédé en 1669 à sa sœur Claire-Diane comme abbesse d'Hière. Une quatrième sœur de M'"i'= de Montausier, Angélique-Clarisse à' XngQnnas, épousa en 1658 M. de Grignan, le futur gendre de M°" de Sévigné. La première M™"= de Grignan mourut le 22 décembre 106^, un mois seule ment avant sa mère, la célèbre marquise de Rambouillet. (Voy. <Jh. Livet, Précieux et Précieuses, p. 111.)