‹ Fleur d'orChapitre 10 sur 13 · LE NOIR · texte numérisé non relu

LE NOIR

Jjâches, tous!... — J'évalue aujourd'hui ces trésors

De dévouement, d'amour dont s'exhalait votre âme

Pour moi, — que vous savez peindre avec tant de flamme !

Vous, mes esclaves noirs, faites rougir ces blancs

Qui devant le danger recalent tous, tremblants.

Je donne, entendez-vous, la liberté si chère

A celui d'entre vous qui, pour me satisfaire,

Ira conquir la fleur au beau calice d'or,

Qui se cèle en cette ombre ainsi qu'un vrai trésor! *

Les esclaves, émus, d'un air qui s'encourage,

Se regardent l'un l'autre; — on voit sur leur visage Comme un sublime espoir empreint d'avidité $e peindre avec l'effroi....

— « Qui veut sa liberté Pour une fleur? » dit-elle, aidant leur convoitise..

«"— * Moi!.. » répondit d'un ton de décision prise Une voix mâle et jeune... Et l'on voit un beau noir Qui s'avance, bien fait, le visage d'espoir Etincelant.

— « C'est bien! » dit l'enfant avec joie.

D'un geste de dédain, d'un air qui s'apitoie,

Les blancs sourient entre eux. Lui, l'enfant du pays

Contemple en bas la plaine et ses champs de maïs,

Les mornes verdoyants d'un doux regard qui plane —

Puis, tel un fier coursier qui pressent la savane,

Il aspire avec bruit l'air plein de pureté

Des monts, et, comme si ce vent de liberté

Avait empli son âme et l'avait exaltée,

Il marche au précipice avec l'ardeur Anthée

Sentant sous lui le sol natal. En ce combat

Il sait bien qu'il sera vaincu; — noble soldat

De la liberté sainte, il va! — Certe, à l'abîme

Il hésite un instant ; puis, le front haut, sublime,

Il descend. —

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