LE NOIR
Jjâches, tous!... — J'évalue aujourd'hui ces trésors
De dévouement, d'amour dont s'exhalait votre âme
Pour moi, — que vous savez peindre avec tant de flamme !
Vous, mes esclaves noirs, faites rougir ces blancs
Qui devant le danger recalent tous, tremblants.
Je donne, entendez-vous, la liberté si chère
A celui d'entre vous qui, pour me satisfaire,
Ira conquir la fleur au beau calice d'or,
Qui se cèle en cette ombre ainsi qu'un vrai trésor! *
Les esclaves, émus, d'un air qui s'encourage,
Se regardent l'un l'autre; — on voit sur leur visage Comme un sublime espoir empreint d'avidité $e peindre avec l'effroi....
— « Qui veut sa liberté Pour une fleur? » dit-elle, aidant leur convoitise..
«"— * Moi!.. » répondit d'un ton de décision prise Une voix mâle et jeune... Et l'on voit un beau noir Qui s'avance, bien fait, le visage d'espoir Etincelant.
— « C'est bien! » dit l'enfant avec joie.
D'un geste de dédain, d'un air qui s'apitoie,
Les blancs sourient entre eux. Lui, l'enfant du pays
Contemple en bas la plaine et ses champs de maïs,
Les mornes verdoyants d'un doux regard qui plane —
Puis, tel un fier coursier qui pressent la savane,
Il aspire avec bruit l'air plein de pureté
Des monts, et, comme si ce vent de liberté
Avait empli son âme et l'avait exaltée,
Il marche au précipice avec l'ardeur Anthée
Sentant sous lui le sol natal. En ce combat
Il sait bien qu'il sera vaincu; — noble soldat
De la liberté sainte, il va! — Certe, à l'abîme
Il hésite un instant ; puis, le front haut, sublime,
Il descend. —