‹ Fleur d'orChapitre 12 sur 13 · AU FOND DE L'ABIME · texte numérisé non relu

AU FOND DE L'ABIME

Mais sans danger i! pas Le brave esclave noir, et poursuit -.-on chemin Vers ce nouveau calvaire, avec le.surhum; Courage d'un héros : — car la fleur d'or qui tente Le caprice odieux, la convoitise ardente De la vierge, est encor loin laisse voir

A trente pieds plus bas, — radieuse

Le noir Descend toujours!

Soudain un grand cri d'épouvante, Un de ce:, cris affreux que l'agonie enfante Et .qu'arrache la vue horrible du trépas, Frappa l'air et les coeurs comme un funèbre glas. Puis du gouffre béant, de la profondeur sombre, Dans un éboulement qui s'abîme dans l'ombre, Un râle sourd monta, comme un soupir d'adieu, Que sembla répéter dans ce sinistre lieu L'écho plus triste encore^. Et la vierge elle-même Sentit comme un remords au cœur et devint blême.

Mais à ce râle sourd, profond et qui maudit, Triomphant et sublime aussitôt répondit Comme un cri de salut, de victoire; et la vierge Toute émotionnée accourut vers la berge.

— « Il remonte ! dit-elle en un soupir de cœur. Et tcSus vont contempler l'audacieux vainqueur.

— «. II ne rapporte rien, dit l'un, sa main est vide ! » Et sur son front soudain le dépit se déride.

Hélas ! la vierge aussi n'aperçoit point la fleur, L'objet de son caprice, et garde un air rêveur... Punira-t-elle, ou bien de ce trait d'héroïsme Aura-t-elle pitié? — Que pense son mutisme ?

Le pauvre noir montait toujours...

Gomme de sang Son visage est sali ! Son vêtement sanglant Est maculé de boue...

Il monte et son haleine, Bruyante, le soutient dans son ardeur à peine... Mais il s'avance... Enfin, d'un reste de vigueur Il s'élance au bord, puis, — splendide en sa laideur, - Sale, tout poussiéreux, vers l'enfant il s'incline ; Et, tirant la fleur d'or du fond de sa poitrine. Le regard rayonnant, le front plein de fierté, La présente à la vierge— et prend la liberté ! . . .

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