L'OBSTACLE
Ils ont atteint la cime D'dn mont sauvage ; et là, près d'un gouffre béant Qui semble comme dire en son calme géant : — « Tu n'iras pas plub loin !. .» la vierge donc s'arretfc. Mais on voit à son front que la colère est prête A déborder devant cet obstacle imprévu.
Pour la première fois en sa vie elle a vu Son caprice domtpé. Pourtant l'orgueil qui prime N'est point encor vaincu.
Descendue, à l'abîme Elle va, mesurant d'un fier et \on<i regard
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Le gouffre qui s'ouvrait comme un grand œil Jwyard,
l6 LA FLEUR D'OR
Terrible, épouvantable et profond de vertige . . . Or de l'autre côté, roc escarpé, s'érige Un mont infranchissable où des arbres tordus, Echevelés, ont l'air de spectres éperdus, Levant au ciel leurs bras d'un geste qui s'effraie, Et semblent exhaler les hurlements d'orfraie, Qui troublaient le silence imposant de ce lieu. . . . < La vierge recula, craignant de tenter Dieu.
Les blancs, ses compagnons, ainsi que les esclaves L'avaient rejointe et tous, aussi bien les plus braves Comme les timorés, restaient muets devant La magnifique horreur de ce site émouvant . . . L'enfant se révolte, elle, et l'on voit à son geste Qu'une lueur d'orgueil en son âme encor reste. Elle s'approche donc du gouffre avec défi, — Sa première frayeur, hélas ! n'a point suffi. Mais un cri d'épouvante éclate tout près d'elle ; C'est un esclave noir, de tous le plus fidèle, Qui lui donne l'avis de changer son dessein, Effrayé de la voir affronter le destin.
— Pourquoi, dit-elle, esclave, un tel cri de détresse, Et pourquoi cet obstacle à mon désir ?
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LA LÉGENDRE
— Maîtresse, Pardonnez mon audace et ma juste frayeur. Mais fuyez, oh ! fuyez ce gouffre plein d'horreur! Et si vous ne croyez au danger qu'appréhende Pour vous mon dévouement, écoutez la légende :
— « Jadis au temps des dieux, le grand Zémès Louko,
«. Le père des humains, au flanc du Cibao
« Fut un jour abordé par le mauvais génie,
« Mabouya, le démon à l'audace infinie.
* Il se vit défier, lui, le tout-puissant Dieu,
« Par cet être infernal, ici-même, en ce heu.
l.S LA FLEUF
< Et Louko, pour punir npudence,
i Dût montrer les effets I ite puissance.
- D'un jeste, il fit s'ouvrir un abîme effrayant • Au Cibao surpris qui crut voir le néant i Des choses de jadis. — Mabouya dans le gouffre i S'effondra.
* « Pour venger cet affront dont il souffre,
« — Car il est prisonnier en ce nouvel enfer '< Tout le jour; la nuit seule, instant pour lui bien cher ! c 11 en sort promenant partout ses malfaisan ces, — « Pour se venger, il guette ici les imprudences « Des mortels qui, le jour, oubliant leur frayeur « S'approchent de ces bords tant redoutés.
Malheur « A l'imprudent qu'il voit alors! Vite, il dirige t Vers lui son œil fatal qui donne le vertige. « Facile proie, on est perdu. . . Car, fasciné « De soi-même on se jette au devant du damné « Et Ton meurt du tourment le plus affreux qu'on puiss* « Concevoir ! ... »
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