Espèce de lama de l’Amérique du Sud
— Quand je serais dans un désert!
— Quand je devrais choisir la mort!
Et la vanité, commune à l’homme, se croyant souvent irrésistible, se faisant jour:
— Tant que ça, doctora ?.…
— Oui, parce qu'on ne peut pas davantage.
— Je sais bien pourquoi.
— Parce que je suis gringa.…. et ne dois pas avoir tant de prétentions.
— Ne dis pas de bêtises! Tu ne voudrais pas de ce pauvre Jean parce que ton cœur a déjà battu pour.
— Voulez-vous vous taire! fit la jeune fille rougissante. |
— N'en parlons plus, blondinette, tu t'es à peine devinée !.…
Les invités sortaient de table, quand M”° G:imenez et sa fille vinrent les surprendre. Les dames s'embrassèrent; Laure se Jeta dans les bras de Flor.
— Adieu, ma chère petite mouche, lui ditelle, tu es jolie, ce soir, comme une peinture!
Elle portait une robe de velours bleu, ét, sur les épaules, une pèlerine blanche en plumes d'autruche garantissait son cou légèrement
décolleté, leurs frisons doux entouraient son visage d'enfant, comme une neige. Ses cheveux noirs partagés se gonflaient un peu au-dessus des oreilles, laissant découvert l’ovale parfait du front.
Lysandre avait vu Laure lorsqu'elle était fillette. I] la retrouvait près de ses dix-huit ans, — bien qu'elle en parût moins, — et soudain passa dans son esprit la lueur d'un rève ambitieux. Il possédait très peu de fortune comparativement à celle de la « jolie petite épicière » et maintenant, près de lui, il voyait la femme délicieuse et ses millions.
— Mon père nous à chargées de vous féli-
citer, Louis, dit-elle gracieusement en plaçant sa petite main dans celle du jeune homme.
— Personne ne me félicite donc? demanda Lysandre.
— Moi, monsieur, ajouta-t-elle avec un sourire, et de tout mon cœur !
M1: Lucienne ne se rappelait qu’une valse et une polka de son jeune temps. Habilement, pour laisser les jeunes en paix, derrière sa figure d'inquisition, son amie M"° Arteaga l’assit devant le piano. | “
__ Jouez-nous ces deux danses à satiété, pria- -elle.
Laure n'avait pas envie du reste d'aller faire de la musique. Lysandre s'était chargé de lui plaire et il y parvenait. Pendant la valse, — tout le monde sait combien cette danse est traïtresse,
__ l'âme de la petite miniature reçut le choc que nous recevons toutes. Elle “A bras de Lysandre la serrer un moment sur sa “aute-poitrine, qu’elle atteignait tout juste, et son cœur répondit favorablement à cet appel pour lequel Dieu nous a faites.
M Lucienne, sans le vouloir, mettait la main à ces choses-là. Montée comme un ariston, elle tapotait sans fatigue, au lieu de faire sa police.
Et la froide, l’intrépide « doctora », celle qui pansait des plaies, rajustait des bras et des Jambes, recollait des chairs pantelantes, dansant avec Louis Mendel, laissa retomber sa tête sur l'épaule de son cavalier, en poussant un faible soupir.
Il soutint la jeune fille, la garda ainsi un moment, s'inclinant vers elle plus que de raison. Il était divin de prendre cette défaillance pour
une caresse, mais cela dura très peu.
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— Oh! pardon... murmura-t-elle, soudain res saisie, ce mouvement de valse me fait mal!
Assez, n'est-ce pas? Mais Louis ne lâchait pas Sa taille, la figure rayonnante.
— Est-ce bien vrai, Flor? Oh! excusez mon insistance !
— Oui... laissez-moi, je n’en puis plus!
Elle passait la main sur ses yeux, un peu pâle.
— Vous froissez votre cavalier, reprit le jeune homme, commençant à douter de son bonheur.
— Je sais si peu danser, je me fatigue vite !.….
— Vous me donnerez quand même une polka ?
. — Non, c’est fini; merci.
A7: dtilbien bas, les yeux tristes, sans aucun orgueil maintenant, ma petite sœur n'a Pour moi aucune tendresse. Elle aime cent fois mieux Jean !... Ë
— Tu m'appelles ? interrompit Jean, qui avait l'oreille fine et ramenait Laure à sa place.
— Répétez donc le mensonge que vous venez de faire! Dites, Jean? Louis m'accuse de vous...