‹ Fleur des neiges [microforme] (volume 3)Chapitre 18 sur 35 · FLEUR · texte numérisé non relu

FLEUR

Et ls vent redoublait de violence,

En quelques minutes ont eût dit que tous les éléments se déchiinaient à ln fois, que tout, rochers, pics, glaciers, pierres et montagnes, allait s'abimer ensemble.

Une rafnle plus violente balaya lestboîtes et les instruments de M. de Gesdres.

Il voulut se précipiter à leur recherche. :

Jean-Marie le retint par le bras.

Sn main ressemblait à un erampon de fer.

-Non, ditil, vous n'irez pas. L’abîme est à côté, vous y rouleriez.

j'aime mieux mourir que de perdre les notes prises ce matin.

Folie!.... Vous n'irez pas, vous dis-je. Ici, je suis le maître, il faut m'obéir.

— Cependant...

— Laissez! je n'ai que trop tardé à vous imposer ma volonté.

Venez !....

Escaméla avait grandi de dix coudées.

Ce n'était plus le même homme.

Plus jeune, plus vigoureux que M. de Gesdres, il était capable maintenant d'employer la force pour empêcher son voyageur de lui résister.

Le savant le comprit : c'était le devoir qui parlait.

—Où voulez-vous aller ? demanda-t-il.

Là-bas, sous cette roche qui surplombe. Il y x une anfractuosité que je connais: Entre elle et nous il n’y a ni précipice ni crevasse. Nous pouvons encore l’atteindre.

Il faut nous presser.

Ii prit le bras de M. de Gesdres et l'entraîna.

—Où sont les couvertures ? demanda celui-ci.

__ Le vent les a emportées quand vous vous êtes levé.

Je les croyais en sûreté ici. Je les croyais en sureté puisque vous étiez assis dessus.

M. de Gesdres soupira.

C'était, vrui cela ! quand il faisait une expérience, le monde entier disparaissait pour

lui.

Aveaglés par la neige de plus en plus abondante, ballottés par le vent formi<lable com-

me des têtus de paille, glacés jusqu’à la moelle des os par cette âpre tempête du Nord, ils n’atteignirent l'abri entrevu qu'avec des difficultés inouïes.

Mais Jà un autre danger menagçait les deux malheureux sous cette roché, transformée en glaciers, avec ses stalactites éblouissantes retombant de tous les côtés, comme des grappes de diamant, la température n’était pas supportable.

Le vent y pénétrait par une large fissure ouverte du côté du Nord, et le froid y était si vigoureux que les dents de M. de Gesdres se mirent aussitôt à claquer les unes contre les autres.

I! faut sortir d'ici, dit-il, nous y serions gelés en quelques minutes.

—— Impossible, répondit Escaméla ; dehors, la neige en tombant aveugle, nous roulerions dans les précipices.

3uvez un peu d’eau-de-vie, dit-il, cela vous réchauffera.

Il voulut prendre la gourde que M. de Gesdres portait en bandoulière.

Le savant, en arrivant sur le pic, avait bu, puis distrait par ses caleuls, il avait oublié de refermer la petite bouteille, et maintenant elle avait basculé, elle était presque vide.

—Oni, dit M. de Gesdres sans remarquer ce détail, mais à condition que vous boirez également, Escaméla. Vous avez besoin de renouveler votre calorique intérieure vous AUSSI.

Jean-Marie fit mine d’obéir.

Mais il en restait si peu !....

Pas une goutte du précieux liquide n'effeura ses lèvres....

I] passa la gourde au père de Marguerite.

À votre tour, dit-il.

Là, êtes-vous plus fort, maintenant ?....

__Oni, un peu. J'ai moins froid- Mais les pieds !.... Mon Dieu, je ne les sens plus.

—- Attendez.

Et Jean-Marie à genoux déchaussa M. de Gesdres et le frotta vigoureusement avec une

poignée de neige. de - La congélation n'avait pas commencé.

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60 FLEUR DES NEIGES Le sang cireulait encore, — A présent, lui ditil, battez la semelle, Et il lui donna lui-même l'exemple, Mais M. de Gesdres n'av l'empêcha de continuer, J'ai plus froid que jamais ! dit-il au bout d'un quart d'heure environ. —T] ne semble que j'ai un manteau de glace sur le corps. Et il s’assit ébloui, pris d’une torpeur étrange, d'un invincible sommeil. Jean Marie enleva la couverture de laine grise qui couvrait ses épaules à lui, et enve. loppa le marquis.

—Je ne veux pas !,

ait pas les nerfs d'acier de son compagnon, et la fatigue bientôt

disait celui-ci, je ne veux pas !...

Mais son cerveau se prenait, .,., su volonté, son énergie peu à peu s'eflondraient dans l'acuité de sa douleur terrible... Le froid, l’atroce froid, pénétrait jusqu’à son cœur

la conscience de soi-même s’en allait,

Et Escainéla, à moitié mort lui-même, réunissait ses dernières forces pour faire avaler à M. de Gerdres les quelques gouttes qui restaient dans la gourde : ii le frottait, le frot. tait encore. ,., enfin, il fit un dernier effort, enleva sa veste, tout ce qui lui restait, l'étendit sur le corps déjà inerte de M. de (tesdres endortui

, et se coucha à côté de lui, presque sur lui, essayant de lui donner ce qui lai restait de chaleur, en se mettant aussi près que possible,

Et les yeux tournés vers l’Hospice, le cœur plein de Lise, il murmurs. que son agonie commençait :

—Je meurs en pensant à toi...

mort a racheté ma vie, Lise...

La tempête avait cessé...

La neige ne tombait plus?

Le temps, comme après l'orage à ces hauteurs presque inaccessibles, était redevenu clair, Des cornes, des appels retentirent les échos de ces lieux déserts,

—Hsvamé... é.,, d,., la... a... à... Escamééé lann 1. pouvait-on entendre, Rien !.... rien ne répondait,

Ils sont morts tous les deux ?.... s’écria Antoniet en s'arrêtant suffoqué, et s'adressant à celui des guides qui était plus près de Jui,

— Peut-être, répondit celui ci.

ter... Un dernier effort... ,

Car, ils avaient tous fait un miracle, et ils étaient montés de l'Hospice à la Sauvegarde en moitié moins de temps que les plus lestes n’en mettent d'ordinaire.

En avant, les forts traçaient des degrés dans la neige avec leurs pioches ou leurs pelles, les autres suivaient mettant soigneusement les pieds aux mêmes endroits ; tous étaient attachés avec des cordes, afin que si l’un tombait, le poids de tous les autres réunis l’empêchât de disparaître dans quelque crevasse,

Courrège, le premier, atteignit le haut de la Sauvegarde,

— Rien dit:l, il n'y a rien. Etla neige unie n’x point l'air de recouvrir des corps. Ah! pourvu que le vent ne les ait pas emportés dans quelque abîme!....

Firmin Barrau avisa la roche surplombante,

— Là-bas, dit-il, doit exister un abri. Allons-y voir.

Et il se dirigea vers le lieu désigné, suivi de tous ses camarades.

Antoniet poussa un cri terrible et chancela.

—Îls sont là...,. Et morts! s'écria.t.il en éclatant en sanglots.

Haurillon l’écarta et se précipita vers ses deux corps et immobiles contre le paroi de glace.

Jean-Marie n'avait que son pantalon, sa ceinture et son gilet de laine, il était tout bleu.

M. de Gesdres, à peu près sous le guide, enveloppé de son plaid à lui, de la couverture et de la veste de Jean-Marie, était livide, mais ln terrible teinte violacée ses traits,

— Ah! sécria Haurillon en pleurant, le brave cœur, il s'est dépouillé de ses habits

pour en couvrir son voyageur, ét il s’est encore couché sur lui pour le réch#uffer !..., Tous s'étaient approchés.

sachant bien

eu me dévouant..., puisses-tu apprecier que ma . ua chère Lise !

au pied du pic de la Sauvegarde, répétés par tous

Dans tous les cas, ce n'est pis le moment de nous arrê-

qu'on distinguait couchés, raides

ne COUVruaIE pas

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