‹ Fleur des neiges [microforme] (volume 3)Chapitre 20 sur 35 · RUE · texte numérisé non relu

RUE

— Va de l'autre côté, lui dit-elle, Mlle de Gesdres a besoin de toi. Moi, je vais te remf: placer ici.

Antoniet était déjà debout,

Et pendant que Lise reprenait ses prières au pied du lit de celui dont elle devait toute sa vie pleurer la mort, le jeune homme se rendit dans la chambre du marquis.

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Marguerite pendant les quelques minutes où elle était restée seule, avuit consulté ui Indicateur.

—Antoniet, dit-elle au jeune homme, votre mère vous n-teile dit que j'ai un gr service à vous demander ?

— Quel qu'il soit, mademoiselle, vous pouvez être sûre qu'il vous sera rendu,

D'une voix très douce, elle lui dit :

—Appelle-moi Marguerite ; désormais, nous soinmes de la famille,

Sans voir l'impression foudroyante que ces quelques mots avaient produite sur Anto niet, elle continua : -

—Mamun nous attendait hier au soir père et moi ; en ne nous voyant pas arriver elle elle a dû passer une nuit atroce. Je ne veux pas qu'elle apprenne cette catastrophe par les journaux ; quoiqu'elle soit déjà épouvantable, on l'exagérera encore, et maman, si elle n’est pas prévenue, en pourrait mourir sur le coup.

— Vous voulez que j'aille l'avertir? demanda Antoniet,

—Oui,dit Murguerite, et le plus tôt possible, car elle soigne père avec tant de sollitftude, elle sait si bien ce qu'il lui faut, qu'elle seule pourra le sauver.

— Bien, dit Antoniet, j'irai prendre à Luchon le train de neuf heures et je passerai à une heure de l'après-midi à Toulouse,

Mile de Gesdres rougit un peu.

—Ce n’est pas cela que vous désirez! demanda le jeune homme, déjà hubile à lire sui la physionomie de Marguerite.

—Je n'ose pas, dit-elle... Vous avez dû tunt vous fatiguer aujourd’hui... Car c'est à vous que je dois le salut de père, allez, je le sais bien !

Elle appuya une main sur ses yeux et parut succomber sous le poids de son émotion, Antoniet bouleversé par ces larmes, plus encore par les mots qu’elle venait de prono: cer, et surtout par l'intraduisible aout-nr qu'elle y avait mise, se sentit transporté audessus de lui-même. Lui, le pau ve petit uide, timide et n'ayant point l’aplomb que donne l'usage du monde, il osa s’; genouiller "ses pieds et appuyer ses lèvres sur sa petite

main qui pendait le long de sa j: pe.

Mile de Gesdres ne retira pas sx nisin.

Ma vie est à vous, dit Antonie., ‘uu+ pouvez en disposer.

Il 3e releva.

Sans autre insistance, mais avec un seul regard, — et quel regard, —la jeune fille dit :

—Il y a un train qui part à cinq heures du matin de Montréjeau pour Toulouse; il arrive dans cette dernière ville à huit heures. S'il vous était possible de le prendre, vous pourriez repartir avee maman à une heure par l’express et être ici à cinq heures, c’est-à-dire bien avant la nuit.

__ Vous allez être obéie, dit Antoniet, je pars. A cinq heures, Mme de Gesdres sera auprès de vous !.,....

Marguerite ne le remercia pas, elle sentait qu elle n’en avait pas besoin.

Antoniet revint trouver sa mère.

Il lui expliqua ce que Mlle de Gesdres désirait.

La veuve ne fit aucune objection, elle comprenait si bien que tout ce qui pouvait être tenté pour épargner à une autre les angoisses qu'elle avait subies le fût complètement !

Prends un cheval pour aller à Luchon, lui dit-elle. Il n'est pas plus de minuit, en une heure tu peux descendres. Ciers te fera conduire à Montréjeau avec sa meilleure voiture, alors, tu y arriveras certainement pour prendre le train.

__Je suivrai ton conseil à Luchon, dit-il, mais j'aime mieux y descendre à pied. La route a été extrêmement ravinée par l'orage, l'obscurité est profonde ; avec un cheval il peut marriver quelque accident, tandis qu’à pied je ne crains rien.

Mais, mon pauvre petit, les forces humaines ont des limites, et tu dois être si fati-

Est-ce qu'Antoniet pouvait sentir la fatigue quand il s'agissait de rendre service à Marguerite ?

-J'ai dormi plus de deux heures, maman, dit-il. Je t'assure que je peux très bien repartir.

Lise n'insista pas.

— Va, lui ditfelle. Tu es d’une race vaillante, d’une race qui sait se dévouar envers et contre tous, jusqu’à la mort !......

' Elle jeta un long regard vers le lit où sous le drap se profilait le corps rigide de Jean- Marie, et elle ajouta :

— Le dévouement, l'oubli de soi, c’est encore ce qu'il y à de meilleur au monde !....

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