D SU LE
18 FLEUR DES NBIGES
ire, lorsque Grillon allant dans le jardin «pres avoir aboyé voulait franchir le seuil de la maison,
La jeune femme pensa que Elle ne se dérangea pas, elle ne grosse
un peu plus fort qu'à l'ordina longuement, profondément, conne si un étranger se mit à pousser tout à coup de longs hurlements de jme Jean-Marie revenait. C'était à peu près son hour“, releva même pas la tête, lorsque la porte souvrit: Mais tout à coup une bonne voix, franche et joviale, s'écrin :
__Hé bien! c'est ainsi qu'on reçoit papa, qui a tant pensé à vous, mA Lisette ? Ma puro: l'air de faire plaisir.
__Mon oncle ! s'écria Lise, xh !
rée, et mème un peu froide dans bondit vers Pierre et, de la main que
Ah! ça, cest bien, s'écria le brave homme.
sez moi encore, ma fille, ma chère fille, à qui j'a sers, appuyant ses lèvres avec une profonde tendresse sur les cheveux femme, Puis tout à coup l'éloignant un peu :
— Voyons, si vous avez été courageuse, lui ditil, en la regardant et en examinant Simonne, assise sur le bras gauche de sa mère. Alors ii enleva la fillette d’un geste vif, très heureux, et la mettant très haut au-dessus de sa tête, s'écria :
-Oh ! oui, elle est superbe... Ah! mon amour.... que tu es belle, belle... Il
s'assit sur une chaise, et avec un grand attendrissement pressa le bébé contre lui en
Etchebarne ?,,.. cette vieille bête d'onele
e d'honneur, il n'y a que Grillon à qui j'ai
mon cher oncle ! Et elle, toujours si retenue, si Imesula pudeur exquise de ses sentiments jamais exprimés, la petite lui laissait libre, se pendit à son cou.
Ca, ça répare. Encore !.... embrasi tant songé !.... I lui rendait ses buibruns de la jeune
disant :
—Comme j'ai bien fait de vous l'apporter! (a été vraiment une inspiration de Dieu que j'ai eue là! Ah je ne me repens pas de cette idée, non vraiment !.... Mais aussi, quelle brave et bonne femme vous êtes, ma nièce. Avec autant de droiture et de courage, le bonheur finira par s'asseoir à votre foyer, j'en suis bien sûr, Et comme Lise hochait douloureusement la tête, avec un grand air de doute, et toute sa tristesse soudain revenue :
— Voyons, voyons, fit paternellement Etchebarne, Jean-Marie n'a pas bronché depuis près de six mois, et l'enfant vient à merveille. Est-ce que ce ne sont pas là des éléments
de sécurité pour l'avenir, cela ?
__Comment savez-vous que Je Muis je suis arrivé depuis ce matin, r'époi
an Marie se conduit bien ? demanda Lise.
dit Pierre, et comme avant de venir chez choses à faire, dans mes courses j'ai pris des renseignements nts m'ont pleinement satisfait. Avec un peu de vone pas vouloir tenter cet effort, — fille, croyez-en un homme qui à vu l’irréparable est
vous, j'avais beaucoup de sur mon neveu, Ces renseigheme lonté de votre part,—et vous êtes trop honnête pour Jean-Marie remontera la pente descendue! Ah! ma bien des choses: pleurer le passé et s'annihiler en regrets superflus pour une faute, quand on a charge d’âmes comme Vous, et que l’on doit assurer l'avenir.
___L'avenir, répondit Lise, vous ne vous imaginez pas à quel point il me préoccupe depuis quelques jours.
Parce que vous ne me voyiez pas arriver ?.... moi ?
Si, mais voilà cette maudite saison qui va commencer, et avec elle tous les tripots de Luchon vont se rouvrir.
—Jele sais. ..... Vous comprenez bien q
Vous n’aviez donc pas confiance en
ue moi qui ai été guide ici pendant cinq ou six ans, je n’ignore rien de ces choses qui se passaient jadis comme aujourd'hui ; et que je les savais, lorsque là haut dans votre chaumière je vous ai promis de vous trouver une situation qui assurerait votre vie et celle de votre fille, même en dehors de Jean-Marie. Mais voilà, j'ai tardé à venir car il m'est arrivé des choses que je vous raconterai tout à l'heure, et qui ont fait que je n’ai pu me rendre ici au commencement d'avril, ainsi que je V'avais projeté. N'importe, tout est bien qui finit bien. J'ai eu à Paris, en pensant à vous, une excellente idée, que j'ai pu réaliser aujourd’hui, sauf votre bon plaisir, bien entendu.
— Qu'est-ce que c’est ?
__Je voulais vous installer dans une petite hôtellerie quelconque de la montagne, où vous eussiez pu gagner votre vie pendant l'été, tandis que Jean Murie avec quelques chevaux eût pu reprendre son métier de guide de hauts sommets, dans lequel il est très connu, et que si peu de gens savent exercer. J'avais imaginé tout un plan là-dessus,
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lorsque hier dans le chemin de fer, j'ai appris que la ville avait mis plusieurs fois déjà en adjudication, sans pouvoir trouver de fermier, l'Hospice Français du port de Vénasque, et les pâturages qui l'entourent. Cet hospice est une auberge, qu'on pourrait, avec un peu d'intelligence, achalander superbement, C'est un poste magnifique, plus beau que je n'eusse pu le rêver pour vous, ... Dès mon arrivée, je suis allé trouver le maire de Luchon, j'ai causé longuement avec lui, et en m'engageant à lui payer comptant une somme assez considérable, j'ai obtenu qu'il vous louât l’Hospice pour seize ans. C’est en votre nom que la location sera faite, C’est pour vous que je vais acheter un troupeau de vaches, des chevaux, des selles d'hommes et de femmes, et tout le matériel nécessaire pour que vous vous tiriez grandement et largement d'uffaire, Je vous donnerai en plus une somme d'argent pour passer la première anuée et faire face à toutes les éventualités qui pourront se produire par la suite, N'ayant pas de fermage à payer, puisqu'il le sera par 1L0i d'avance, avec de l'activité et de l'économie, intelligente comme vous l’êtes, vous pouvez réussir là-haut. Et si Jean. Marie se débauche de nouveau, vous le renierez, vous lui défendrez de janais se représenter devant vous, et vous prendrez pour vous aider de braves et honnêtes garçons comme sont ceux de ce pays en général, qui seront sous votre entière dépendance, et serviront de guides aux étrangers, comme je l'ai fait jadis, et comme Jean-Marie lui-même le faisait avant d'être devenu patron à son tour, Les yeux de Lise brillaient d’un insoutenable éclat. Jamais son fin visage n'avait été aussi décidé, aussi énergique qu’à ce moment-là. Elle tendit la main à Etchebarne,
— Vous êtes aussi bon que Dieu lui-même, lui dit-elle, tendresse que j'ai pour vous, et les remerciements que mon cœur vous adresse, Vous venez de me dicter ma conduite, n'ayez pas peur, vous serez content de moi.
—J'er, suis sûr, répondit Pierre, Mais ajouta.t-il tristement, je ne le ver
— Pourquoi ? demanda Lise sincèrement effrayée.
—Je vous ai dit la dernière fois que j'étais ici, mis le pied sur mon maître, et qu’aidée de son frère, un chenapan sans foi ni loi, ils eus sent été capables de faire disparaître l'enfant que je vous ai confiée, C'est moi qui ai dû alors me charger de cette mission, afin de la sauver et la soustraire à ces deux scélérats. Mais ils n’ont pas cru, ils n’ont pas voulu croire à sa mort. Ils m'ont soupçonné et ont tenté l'impossible pour me faire parler. Il sourit dédaigneusement et ajouta :
—C'était bien inutile, Pierre Etchebarne est comme le granit de ces montagnes, il ne S'altère ni ne s’effrite jamais. Je croyais être débarrassé d'eux, de leur espionnage, de leurs poursuites, lorsque dernièrement, à Bordeaux, alors que J'étais parti pour venir ici, je les ai reconnus sur mes pas, admirablement déguisés, c’est vrai, mais enfin je les ai récounus. Lise tressaillit et, instinctivement, serra Monette sur son cœur!
— Et ils vous ont aperçu ? demanda t-elle avec terreur.
— Oh ! oui, à coup sûr.
— Et ils vous ont suivi ?
— Tant qu'ils ont pu. Mais j'ai été plus fin qu'eux, je les aï promenés dans toute l'Espagne, et un jour à Cadix, je les ai perdus, les laissant bien persuadés, je crois, que j'avais dû prendre quelque paquebot pour l'Algérie, où ils doivent être eux-mêmes à l'heure actuelle, toujours à ma poursuite
— Et vous êtes bien sûr qu’ils ne vous ont pas trompé encore ; picacité en défaut, ils ne vous ont pas suivi sans que vous v pas découvert la retraite de Monette ?
— N'ayez pas de crainte. Ils peuvent se dévêtir et se revêtir Costumes les plus divers, mon œil est trop habitué à leur taille étant en éveil comme je le suis, pour ne pas les voir et les reconnaître même de très loin, ensemble où séparément. Non, non, ils ne m'ont pas suivi, je vous le garantis. Mais ce qu'ils n’ont pu faire aujourd’hui, avec leur persistance dans le mal et leur diabolique intelligence, ils peuvent le réaliser plus tard C’est pour cela, je vous le disais tout à l'heure, que je ne reviendrai plus.
— Comment, s'écria Lise, je ne vous reverrai pas?......
— Île faut. La sécurité de Simonne, sa vie peut-être, dépendent de J'aime mieux suspendre ou cesser mes visites ici, ce qui sera une gr imoï, croyez-le, à présent surtout que je vous connais.
— Oh! vos bonnes paroles me donnaient tant de courage !
Sans vous je ne serai plus capable de rien,
Vous ne connaîtrez jamais la
rai pas,
qu’une femme de mauvaise vie avait
que mettant votre persous en doutiez, et qu’ils n'ont
dix fois par jour des , à leur silhouette, surtout
ma prudence, ande privation pour
us
Vous vous calomniez,, Votre courage ce sera votre fille. Ce sera plus encore l'idée si vivace en vous du devoir, Jean-Marie arrivait, A l'aspect de son oncle, il eut une franche et sincère exclamation de jôie. Il l'avait tant désirée cette visite !.., En constataut devant Lise lu rigidité de sa conduite et l'esprit de suacritice qui ne l'avait pas abandonné un instant, Etchebarne n'impressionnerait.il pas la jeune femme? Or le malheureux guide maimtenant, n'avait plus d'autre pensée, fléchir Lise, Pierre lui raconta
par le iire#t qu'il dévidé avec sa nièce, Oh ! * te otre bienfaiteur, s'écria Escaméla les larmes aux yeux. Et lois de se fâcl er 1. précautions péises contre lui, il fut le premier à dire : __ Liu vous «vez rison, non seulement la maison doit être au nom de ma ferme,
mais à fwut que ce suit elle la seule maîtresse, elle qui commande, qui donne des ordres, à tous, inêmé à moi ; je me veux être là dedans que son premier serviteur, Etcnebarne le éomsidéra attentivement. Jean-Marie parlait en toute loyauté, sans envie ni arrièrepensée. Au contraire, il semblait dire :
Mu, je n'ai pas su conduire mon affaire, Lise est plus intelligente, plus ordonnée que moi, €'est à elle à devenir la directrice, le ehef de ia communauté.
ow, dit Btcheburne, c'est ainsi que cela doit être, c'est juste. ‘Tu seras le premier serviteur de {à fetme, celui qui donnera aux aütves l’ex:mple de l’obéissance et du respect. Mais tu l'aideras aussi, et tu devras bien diriger les guides, qui ont besoia de se sentir en présence de quelqu'un capable de leur tenir tête et de ne leur rien passer.
— N'ayez crainte, vous serez content de moi, Etchebarne, très satisfait, se retourna vers Lise,
Jean-Marie a une physionomie et un accent qui me prouvent sa sincérité, dit-il. Ayez confiance, comme je l'ai, ma fille, et oubliez les torts si graves du passé pour cousolider mieux l'avenir, Il est si doux de pardonner, de tendre la muin.. de faire du bien !...... Et tout de suite, voyant dans les beaux yeux humides de Lise qu'elle ne resterait pas implacable, il ajouta, afin de ménager l'exquise délicatesse de la jeune femme, et ne pas appuyer trop longuement sur ce sujet si intime :
—Est ce que d’habiter là-haut, à côté des lieux où vous avez enduré de si cruelles épreuves, ne Va pas vous êtes trop pénible ?...... Très vivement Mme Yscaméla protestu.
Non, dit-elle, au contraire. Je planterai beaucoup de fleurs dans le petit jardin que vous savez. Je veux que ma Simonne d'aujourd'hui les soigne elle-même ; et dans ces parfums légers sans cesse respires, dans ces émanations de roses et de violettes, dans cet air qui la baignera, ce qu'elle n’a pas déjà en elle de l'âme de l'autre ne lui viendra: il pas?...... C'était toujours la même pensée, superstieuse mais si douce, qui renaissait dans l'esprit de Lise, Etchebarne ne la combattit pas.
Vous avez quinze jours environ pour vous installer là-haut et déménager d'ici, dit-il, C'est sutlisant, Je vais veiller moi-même à ce qu'il ne vous manque rien. Demain, j'irai avec Jean-Marie acheter à Tarbes les chevaux et les vaches. Berger et guide... les premiers métiers de ma vie... Je m’y conntis encore, et on née me mettra pas dedans... vous verrez, ma nièce ! Il riait très heureux.
__ Pendant notre absence, continua-t-il en s'adressant à Lise, commencez vos premiers préparatifs. Afin de trouver un meilleur fermier, le maire avait fait réparer à neuf tous les bâtiments de l'Hospice, il paraît que c'est très bien. Dès notre retour, nous irons là-haut planter la crémaillère.
— Est-ce aussi pressé que cela ? demanda la jeune femme,
Oui ; d’abord, il faut que je reparte, et je veux vous voir dans vos nouvelles fonctions, wa belle fermitre. Ensuite, les Luchonnais vont faire des cures de petit lait, lahaut, dès les premiers jours de mai, et si votre établissement est bien organisé, la cu-
riosité aidant, vous pouvez avoir beaucoup de monde, ce qui sera un premier bénéfice.
jiien, dit Mme Escaméla convaineue, lorsque vous reviendrez, je scrai prête À monter. Huit jours après seulement, ils furent de retour tous les deux.
__Oh! s'écria Jean-Marie, dès qu'il eut franchi le seuil de la mais Ya Où & fait des folies. Lise, gronde-le...…. Kn effèt, Etcliebarne avait acheté douze chevaux de Tarbes, quatre pour les guides, huit pour les voyageurs, tous les harnachements nécessaires et un troupeau magnifique de quarante vaches, toutes en lait. De plus, les proviliqueurs, eau-de-vie, enfin tout ce qu'il fallait pour l'alimentation de l'aucomplet, ainsi que les meubles, le linge et la vaisselle. Ce fut un bonheur
sions de vin, berge, était x
lus encore l'idée cle, il eut une te!,., En consne l'avait pas me? Or le malrre lui raconta
ux yeux. Et
de ma ferme, mne des ordres, x, Etchebarne nvie ni arrière-
plus ordonnce
seras le premier ince et du resut besoia de se en passer.
it, se retourna
sincérité, dit-il.
\ssé pour Cou60in.. de faire du Lise qu'elle ne se de la jeune
ré de si cruelles e Jscaméla pro-
petit jardin que me ; et dans ces lettes, dans cet lui viendra-t il , qui renuissait ager d'ici, dit-il, rien, Demain, rger et guide...
mettra pas de-
ez VOs premiers it réparer à neuf re retour, ous
nouvelles foncde petit luit, laorganisé, la cumier bénéfice.
ai prête À mon-
hi & fait chevaux de chements néces- Je plus, les provintation de l’aue fut un bonheur
d'autant plus intense que le découragement de Lise avait été plus profond, Jeune fennne, au lendemain de ses noces, elle n'avait su que vivre à l'écart dans sa maison, se laissant simplement adorer comme une idole indienne, dont les pieds ne doivent jamais toucher le sol... À présent, ce serait l'opposé : Lise paierait de su personne, elle s'occuperait du moindre détail, tout lui passerait par les mains, Elle se l'était bien juré, et elle était femme à tenir son serment. Pour commencer, elle installa tout elle-même, et le premier jour elle aida à traire les va Elle était bien ‘1 pou maladroite, mais c'était le début ; et avec ses doigts fu -lés et la souplesse ex'"4r:1 4e ses mouvements, elle ne doutait pas d'arriver en peu de temps à une grande célérité, Jean-Marie se chargeu de l'écurie, En attendant la snison, on lâcha les chevaux dans les pâturages, et de cette façon leur nourriture ne eoûta pas grand’ehose, Etchebarne n’était pas encor reparti que les habitants de Luchon commencèrent à envahir l'Hospice pour leur cum annuelle de petit lait. Lise dans de jolis pots de fasonce blanche sur des nappes éboui santes, avec des bols coquets, leur servait le liquide clair, un peu verdâtre, frais comme l'eau des torrents, Bientôt, sa réputation de propreté, de maîtresse de maison avenunte et yracieuse, se répandit partout. Le monde afflua ; il en venait à pied, avec de longs bâtons pointus et ferrés, en voiture, dans des breaks impossibles contenant des familles entières, rieuses et empilées, car les landaus qu'on voit dans la saison ou n'étaient pas encore sortis des remises, ou n'étaient pas arrivés des villes voisines.
Etchebarne royonnait, Lise était si active, toujours partout à la fois, sans bruit, sans embarras, calme et accueillante !....
- Maintenant leur dit-il un soir, je puis bien repartir tranquille. Votre affaire est en bonne voie. Des larmes perlèrent au bout des longs cils de la jeune femme,
le sais bien que nous devons nous séparer, dit-elle, Mais je ne peux pas accepter la pensée de ne plus vous revoir, Promettez-moi de revenir.
— Plus tard, si Dieu me prête vie, je ne dis pas ; mais pour l'instant je vous ai raconté quel terrible danger courrait Simonne si je me laissais aller à la tentation de vous céder. Lise n’insista pas,
—Je m'en rapporte à votre affection pour nous, afin de venir aussitôt que vous le pourrez, ditelle. Faites que ce ne soit pas trop tard... Vous nous avez déjà fait tant de bien, vous pouvez tant nous en faire encore.
—Je l'espère bien. Mais Jean-Marie est corrigé, allez... .Je le vois et je le sens,
— Et vous avez raison, mon oncle....Jamais, vous m'’entendez, jamais je ne retoucherai une carte ou un dé.
—Que Dieu t'exauce ! dit Etchebarne, J'ai confiance, Jean-Marie sortit. L'oncle en profita pour donner un portefeuille à Lise,
—"1 y a là-dedans quarante mille francs, dit-il. C’est la fortune de Simonne avec le
fermage de l’installation de l’Hospice. Je m'en rapporte à votre cœur pour la lui ména-'
ger le mieux possible, Je vous conseille de n’en pas parler à Jean-Marie, Cependant si quelque catastrophe survenait, un incendie, une avalanche, un désastre quelconque, je vous autorise à vous servir de cette somme comme vous l’entendrez, Maintenant, une fois encore, n'ayez jamais d'amis ni de confidents en ce qui touche la petite. Oubliez ma visite. ...oubliez comment la pauvre orpheline est entrée chez vous... .Cette enfant-là, c'est vraiment Simonne, votre Monette Escaméla, la chair de votre chair....Vous ne devez pas savoir autre chose.
— C'est entendu, déclara virement Lisé, dont le cœur maternel s’arrangeait de cette complète et indéniable possession.
—Si jamais il devait en être décidé autrement, continua Etchebarne, je reviendrais, coûte que coûte, et je vous dicterais votre nouvelle conduite. Mais si vous ne me revoÿez pas, c'est que vous devez être fidèle à mes premières instructions, fidèle envess et contre tout.
—Mais ne eroyez vous pas que pour me mieux garer vous deviez me faire le portrait de ceux que j'ai à redouter ?
— A quoi bon !..,.Vous devez redouter tout le monde : le mendiant qui passe comme l'étranger qui arrive dans un équipage à quatre chevaux ; celui qui s’asseoit à votre table, comme l'indifférent qui dédaigne de vous parler. Cependant je peux vous faire une esquisse rapide de mes deux chenapans, le frère et la sœur. Lui, grand, élancé, un peu courbé, brun, avec un crâne qui se dégarnit, une moustache qui cache une vilaine bouche aux dents exécrables. Elle, petite, grosse, extrémement commune, avec la même bouche
eo
Re ne pret Ne ere ere mung
flasque, le nez trop court, audacieusement relevé, une voix d'homme, forte et rugueuse prononcçant les +” d’une façon particulière, comme s’il y avait des ‘/” a côté, Tous les deux, très désordonnés, et de vilains yeux de carlin en boule de loto, des yeux noirs, sans nuance, toujours trop dilâtés, des yeux de menteurs.
—Je n'oublierai pas les portraits, aftirma Mme Escaméla, et si je rencontre jamais des silhouettes approchantes, ie veillerai encore plus sur mon trésor. Mais si la prudence vous empêche de revenir, ne voulez-vous pas avoir de nos nouvelles 7,,..Pourriez-vous rester ainsi sans savoir ce qui adviendra ? Si Jean-Marie a tenu son serment ?....Ni Monette grandit et vient bien ? Enfin si je suis heureuse? Il parut très attendri, très hésitant, et finit par dire :
—Des lettresl..,.ca ne vaut rien....elles peuvent se perdre....et les recevoir chez.
moi, non, non....ce serait trop dangereux.
Mais, mon oncle, je n'ai pas besoin de vous les adresser où vous demeurez,
— Ah! comment alors !
—— Poste restante, cela suflit.
— Poste restante..,.../Peut-être. Je suis allé quelquefois y chercher des lettres pour mon maître, et je sais quelles difficultés on élève pour les donner. On n’a voulu me les remettre que sur un mot de lui. Mais à quel nom me les adresserez-vous, ces lettres ?
—Et au vôtre, donc: Pierre Etchebarne....Il réfléchit, une grande ride creusée entre ses deux soucils. Décidément, Lise était entrée dans son cœur, et avoir de ses nouvelles était une joie à laquelle le bonhomme renonçait difiicilement.
— Acceptez, dit-elle, j'y mettrai toute la prudence possible. Et vous, vous ne me répondrez pas, si cela vous ennuie. La figure d’Echebarne s’éclaira à ces derniers mots.
— Ah ! avec cette condition-là, dit-il, je ne demande pas mieux. C’est que j'écris très difiicilement, et faire écrire un étranger m'est tout à fait antipathique. C’est entendu, ma fille chérie, écrivez-moi: à Pierre Etchebarne, bureau restant, avenue de l'Opéra, à Paris. Elle prit l'adresse en écrit et ce fut convenu ainsi. Le lendemain de très bonne heure, Pierre partit pour Luchon, escorté de Jean-Marie qui voulait l’accompagner jusqu’au chemin de fer. Lise, avant de laisser Etchebarne franchir le seuil de cette maison qu’elle devait à sa générosité, l’'embrassa à plusieurs reprises, comme si elle eût été sa fille, lui répétant :
—Ah ! ici votre place vous sera toujours gardée, entre Monette et moi. Si jamais vous pouviez venir la prendre. quelle joie pour nous ! Très ému, il répondit :
— Peut-être. ...On ne sait pas ce qui peut arriver, mais mourir à vos côtés, après avoir été soigné par vous, comme vous avez soigné votre père, me serait à coup sûr très doux... Elle l’accompagna fort loin dans la montagne, avec Monette dans les bras et Grillon qui bondissait devant eux, Lorsqu'il fallut décidément se séparer, Lise resta debout contre la paroi du rocher, suivant des yeux, la gorge serrée et le cœur déchiré, la silhouette du brave homme qui peu à peu s’éloignait s’effaçait, disparaissait, Elle demeura longtemps à la même place, immobile, les joues couvertes de larmes.
-—Le reverrai-je jamais /....se dit-elle l’âme étreinte d’un intraduisible pressentiment, Tout à coup elle se raidit.
N'importe, dit-elle, il m'a tracé ma conduite et montré mon devoir, je suivrai ses conseils !.... Et, très courageuse, elle reprit le chemin de l'Hospice où les Luchonnais, par ce clair soleil de mai, commençait à arriver.