UNE CONVERSATION
— Est-ce que je vous fais peur, mademoiselle ? Jui demanda-t-il, Ce serait avoir bien eu de chance en vérité, ; car dans le monde entier je ne crois pas qu'il existe une jeune F #
— Non, non, monsieur ; dit-elle, je n’ai pas peur! Seulement, Je ne voudrais pas être indiscrète ; et si j'avais su que vous dussiez être ici ce matin, certainement je 8 serais abstenue d'y venir.
—Oh mais non, par exemple ! Et si vous voulez que nous restions bons amis, il faut faire absolument comme si je n'étais pas à Mussidan!...,.. J ’y suis si peu de chose d’ailleurs !..
Le ton de profonde tristesse avec lequel Grégoire prononça ces derniers mots impressionna Monette,
À tout ce que lui avait dit Marguerite, étant donnée l’adoration infinie qu'ells avait pour Germaine, une grande indignation était née dans le cœur de la jeune fille, contre M. de Mussidan qui avait fait souffrir la comtesse, et avait eu l'infamie de l'abondonner, pour passer sa vie, disait-on, avec une femme d’inqualifiable conduite !....
Et cependant, en le soupçonnant malheureux, et profondément repentant, — Monette du moins le pensa,—une grande pitié naquit tout à coup en elle pour lui,
Alors, avec cette générosité naturelle, un peu chevaleresque, qui est toujours dans le cœur au début de sa vie, Mile Escaméla se dit :
— Est-ce qu'il n’y aurait pas moyen de lés réconcilier tous les deux, Mme Germaine et lui ; et de faire revenir le bonheur sous ce toit, ici, comme il existe à Gesdres ?....
Immédiatement pleine de cette noble résolution, elle dit à Germaine de sa voix la plus douce :
— Rien ici! mais vous n'êtes donc pas le comte de Villamblard Mussidan, monsieur ?..
— Parfaitemeut, au contraire, si mademoiselle !
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260 FLEUR .DES NKIGES
— Alors comme Et comme
Est elle ravissante, avec cet aplomb qui ne doute de rien!.... Et quelle douceur, quelle droiture dans ses adinirarables yeux !......
—Me permettrez-vous d'aller dire à Mme la comtesse que j'aime beaucoup — oh oi ! beaucoup !.... — que vous êtes dans d'excellentes dispositions ?....., continua Monette.
Grégoire avec la même expression de tristesse répondit :
— Vous êtes un ange. Faites et dites ce que vous voudrez !,,., Si vous pouvez m'attirer un peu d'indulgence de la part de cette Mme de Viliamblard qui est en effet digne de toute votre affection, je vous assure que vous ferez une très bonne œuvre, mademoiselle !....
Mais je vous demande pardon d’attrister votre joli visage, par une conversation égoïste de ma part, et aussi peu intéressante...
Voulez-vous me promettre quelque chose ?.
— Ne dites à personne les paroles que nous avons échangées, voulez-vous ?
— Volontiers, à deux conditions.
— Voyons-les.
— La première, c'est que vous vous laisserez sermonner par moi.
—Accepté ! Et la seconde ?
—La seconde, c'est que si vous rencontrez ma mère, qui s'appelle Mme Escaméla, et qui demeure dans ce moment-ci au château de Gesdres, vous ne lui direz pas que je viens ici le matin.
— Accepté encore !....
Du reste, je ne crois pas, quand vous me regardez avec ces jolis grands yeux de saphir, et quand vous me parlez avec cette jolie petite voix gasconne, que je pourrais vous refuser quoi que ce soit ?,...
— Oh ! vous vous avancez beaucoup, monsieur le comte !...,
Il y a peut. être des choses !.... des choses! . que vous ne m'accorderiez pas, si je vous les demandais.
— Lesquelles ?
—Je vous les dirai plus tard,
—Quand ?
— Lorsque nous serons plus intimes !,.....
Et très légère, avec un grand éclat de rire, où son espièglerie naturelle se retrou vait tout entière, Monette s'enfuit vers l'étage supérieur où l’attendait Germaine.
Elle avait disparu au tournant du graud escalier de marbre, que Grégoire, debout à la même place, cherchait encore à entrevoir sa silhouette élégante.
—Mon Dieu ! que c’est done frais et pur, se ditil. Elle a des jeux de physionomie qui sont absolument séduisants !....
À qui ressemble:telle ?.,,,,. Deux où trois fois, en l’entendant parler, à certaines expressions de son visage il m'a semblé que j'avais déjà vu ces traits-là quelque part, mais où donc ?....
Et très preoccupé, avec plus que jamais le remords de ce qu'il avait ordonné de faire jadis à Mathieu, il reprit le chemin du presbytère où il voulait commencer le jour même à obtenir ce qu’Alice lui avait tant recommandé de rapporter chez elle à Paris...
Cette idée d'Alice lui remit en tête la dernière conversation qu'il avait eue avec elle.
——Au fait, se dit.il, cette petite m'a raconté que sa mère s'appelle Mme Escaméla. .…….
C'est donc elle qui est cette Monette Escaméla, dont le neveu d'Alice serait, paraît-il, amoureux !.....,
Fnconsciemment à cette idée quelque chose se révoita dans l'âme de G régoire,
— Cette petite, continua-t-il, serait mariée à Adrien Craponne, et moi Jj'aiderais à ce que cela s'accomplisse ?
—Oh ! non, par exemple, jamais... ... J'ai accompli assez de bêtises comme cela, depuis que je connais cette gueuse de là-bas !
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elle ajouta :
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— Non, non, pas ça!.... je me feruis plutôt sauter la cervelle !....
Et bougonnant, furieux, maudissant l'ignoble créature qu’il accusait du crime qu’il avait ordonné à Mathieu de commettre, sentant pour la première fois de sa vie un remords cuisant, atroce, insoutenable, naître et grandir dans son cœur, Grégoire de Mussidan se dit :
— Si ce n'était pas vrai, tout de même ; si les lettres avaient été inventées comme l'a toujours soutenu si fermement Germaine ! Si cette enfant que Mathieu à fait disparaître était à moi! est-ce qu'il serait pire crime que celui que j'aurais commis?
Au presbytère ce fut une joie extraordinaire de le voir.
—Je vous le disais bien, Flore, cria le curé, que mon neveu viendrait ! Vous pouvez reconnaître que je ne m'étais pas trompé, car le voilà !....
Flore depuis le temps lointain où Grégoire l'avait séduite en l’embrassant, et en lui faisant des compliments sur sa cuisine, avait vu toutes ses illusions tomber une à une vis-àvis du neveu de son maître, Tandis que celui-ci, au contrairet n'avait rien soupçonné de la triste conduite de Grégoire, et des douleurs imméritées qu’il avait infligées à Germaine, Flore avec sa finesse naturelle avait flairé toutes ces choses.
Et comme Germaine et tout ce qui la touchait était la grande, la seule adoration de sa vie, elle n'éprouvait précisément pas pour le comte une tendresse et une sympathie exagérées. ...
—Ah ! ah ! bougonna:t-elle entre ses dents, faut croire, pour lors, qu'il doit avoir quelques petites choses à demander,
Le curé ne l’entendit pas, mais Grégoire, en revanche, ne perdit pas un mot de ces paroles peu indulgentes.
—Eh bien ! non, se dit-il, je lui donnerai tort !....
Que les Craponne aillent tous se promener, Alice la première, je ne demanderai pas un sou, ici : et je ne ferai rien de ce que cette gredine veux que je fasse !......
— Vous vous trompez, Flore, dit-il à la vieille servante en la quittant ; je suis venu siplement voir mon oncle, et respirer quelques jours l'air natal dans ma famille, ...
— Vous l’appréciez done maintenant, votre intérieur ?. ...
C'est nouveau alors, car je me suis laissé dire que si le feu prenait à Paris, à l’hôtel Bargemon, vous ne risquiez pas souvent de vous y griller les os...
— Vous êtes bien sévère avec moi, Flore ; je l'ai peut-être mérité. Muis, ajouta-til, en répétant inconsciemment les paroles de Monette : Z/ n’est jamais trop tard pour bien faire !....
Moins indulgente que la fillette, Flore leva les épaules, et avec son franc-parler habituel elle répondit :
— Oui, oui!.... quand le diable devient vieux, on sait qu’il cherche à se faire ermite ; mais il en est de certaines habitudes et surtout de certaines connaissances comme du chiendent, inutile de vouloir les arracher, ça repousse toujours !.. .
Le lendemain de très bonne heure, Grégoire était sur la route de Gesdres, attendant Monette avec la même sympathie extraordinaire que Germaine elle-même l’attendait chaque jour.
Enfin, elle parut dans sa légère robe, que faisait flotter autour d'elle la brise un peu fraiche du matin.
Elle était aussi jolie que la veille, avec ses mêmes yeux rieurs et doux.
A l'aspect du comte. elle eut un petit frémissement de joie, et crut son rêve généreux déjà en voie de réalisation.
Alors, elle marcha à côté de lui, et commença à causer gentiment, avec cette petite pointe de malice que coupaient, d’une façon si inattendue, les réflexions plus sérieuses et les jolies morales qui de temps en temps tombaient de ses lèvres roses.
—Qu’avez-vous fait hier ? lui demanda-t-elle tout à coup à brûle-pourpoint.
—Je suis allé voir mon oncle au presbytère, ce qui m’a pris une partie de ma matinée.
— Oui, mais après! Mne Germaine est venue à Gesdres ; pourquoi ne l'avez.vous pas accompagnée ?
—Mhuis..., vous parlez comme une petite fille ignorante de bien des choses...
Savez-vous si je ferais plaisir à tout le monde là-bas, et même probablement à personne excepté à vous ?.,..
M. de Gesdres et moi nous n'avons jamais sympathisé. ..,
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— C'est-à-dire que vous êtes brouillés ou à peu près.
—Mais non, mais non, pas à ce point ; cependant j'avoue qu'il y à beaucoup de froid entre nous.
— Alors, c’est que tous les torts sont de votre côté.
—Merci de ce jugement.
—Oui, M. de Gesdres est parfait ; et il s’est conduit vis ä.vis de nous avec un cœur, une générosité. ...
Oh! vraiment, il n’y a pas son pareil sur terre.
Et cet homme-là, voyez-vous, monsieur le comte, n’a jamais eu, ne peut jamais avoir aucun tort ni envers vous ni envers personne,
—Comme vous le défendez !.... En voilà une tendresse !. .…..
— Vous ne savez donc pas ce qu'il a fait pour nous, pour mon frère et pour moi?....
—À Mussidan, hier, on m'a vaguement parlé d’une catastrophe arrivée dans nos montagnes.
Votre père aurait péri en accompagnant M. de Gesdres dans une ascension dangereuse, et en lui sauvant la vie,
Après cela, quoi de plus naturel que le marquis, qui est colossalement riche, s'intéresse aux enfants de celui qui est mort pour lui?
—Oui, vous avez raison ; un homme très généreux eût fait ce que vous dites, en donnant une somme d'argent considérable ; mais lui, ce n’est pas comme cela qu'il a voulu réparer le mal dont il se croit l’auteur.
Il a fait sa sœur, la sœur de sa femme, de maman, une pauvre cabaretière, Et nous, nous sommes devenus ces enfants..... Il me fait élever, moi, avec sa fille, qui est aujourd’'hui mon amie la plus chère, tandis qu'il dirige mon frère, et veille sur lui comme s’il était son fils Et avec quelle délicatesse, avec quel cœur le marquis et la marquise s'occupent de nous ! Ils nous ont fait une place dans leur famille et à leur foyer!.... Oh ! voyez vous, il n’y a que des gens exceptionnellement trempés, et ayant une noblesse de cœur et de caractère extraordinaires qui agissent comme cela. Mais enfin la question n’est pas là: Il vous faut venir au château de Gesdres, il vous faut y venir tous les Jours, monsieur le comte ; vous allez essayer de vivre de cette vie de famille que vous avez, dit on, un peu oubliée à cause de vos mauvaises connaissances. ... Voulez-vous faire cela pour moi?......
On arrivait en vue de Mussidan.
—Je ne peux pas aller ainsi tout seul à Gesdres, balbutia Grégoire, qui ne se sentait pas capable de rien refuser à cette charmante enfant, mais qui, cependant, ne pouvait pas se décider à se rendre de cette façon-là chez Pascal,
Comme il l'avait dit à Monette aucune rupture oflicielle n’était survenue entre eux ; mais depuis de longues années, ils évitaient tous les deux de se rencontrer, et lorsque par hasard M. de Gesdres trouvait le comte à l'hôtel du Ranelagh, ce dernier ne tardait pas à quitter la maison.
—Je comprends très bien qu’il vous en coûte d'aller à Gesdres, dit Monette tout à coup; mais je crois que vous aimez beaucoup votre neveu Rolland?
Voulez vous que je le prie d'arranger cette affaire, et de vous emmener avec lui de façon que votre dignité soit complètement sauvegardée }
—Oh! je ne demande pas mieux! s'écria Grégoire enchanté, et si vous faites cela, vous aurez droit à toute ma reconnaissance !....
Mais vous n’y croirez pas à cette reconnaissance, car je vois qu’on a dû vous faire de moi un portrait bien peu flatteur ! Elle ne dit pas non, mais se redressant avec une certaine énergie dans les yeux, elle lui répondit :
—Que peuvent les paroles des indifférents devant la vérité elle même ?.... Prouvezmoi qu’on m'a trompée, et je serai heureuse de vous trouver très bon, capable de revenir dans la voie droite si vous avez eu le malheur de la quitter. ...
Alors comme on était tout près de la maison, elle s'arrêta net et dit :
—Au revoir, monsieur le comte. Laissez-moi. Je désire que nous nous séparions ici.
Elle aceompagna ces mots d’un geste de ja main et d’un jeu de physionomie tous les deux un peu secs et hautains ; puis elle s’échappa en courant.
Si elle se fût retournée, elle eût vu un singulier spectacle.
Grégoire, debout à la même place, plus blanc qu'un spectre, le visage décomposée, comme s’il allait tomber en syncope, semblait frappé de la foudre.
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FLEUR DES NKIGES 263
Tout à coup il porta les deux mains à son front et balbutia :
— Ah! mon Dieu !..,. Est-ce que je deviens fou?...,
Mais c'est le geste et la physionomie de mon père que Monette vient d’avoir, là, deant moi.
Oui, je ne peux m'#ftromper : c'est mon père, mon père même comme S'il était revenu !....
Et hors de lui, comme subitement frappé d'aliénation mentale, il prit sa course vers le bois voisin, où il s’affaissa sous un arbre sanglotant et éperdu.
Au bout d’une heure seulement, il parut se ressassir.
—Ce n’est pas possible, se dit.il, cette enfant ne peut pas ressembler à mon père ; mais serait-ce une permission divine qui m'aurait fait revoir ses traits sur cette physionomie qui m'est si sympathique ?..., Ses trais, oui, et le geste avec lequel, au moment de mourir, il m'adjurait de ne pas faire comme lui, de rester dans la voie droite... de ne jamais oublier les principes d'honneur et le loyauté qui ont été ceux de tous les nôtres... Comment l’ai-je tenue cette promesse que je lui ai faite alors?..
Du mal, rien que du mal, je n'ai fait que du mal!....
“Mais est-ce possible que je revienne au bien ?
Et laquelle aura raison, de cette enfant aux yeux d'ange, qui m'affirme qu'il n'est jamais trop tard pour réparer ses crreurs, ou de Flore, qui à l'air de dire que je ne pourrai Jamais secouer l'influence maudite qui m'a fait faire tant de mal ?
Il tomba dans des réflexions si profondes qu'il laissa les heures et les heures s'écouler, immobile à ia même p'ace, une rie profonde au milieu du front, Au château, il sembla a Monette que Germaine n'avait jamais été aussi bonne et aussi tendre pour elle, Dans les yeux «le la comtesse il y avait comme le réflet d'une douleur cuisante, qui évidemment avait été ravivée,
—C'est bien la présence du comte qui la rend malheureuse, pensa la fillette,
Après tout ce qu’il lui a fait, est-ce étonnant !....
Mais enfin, elle est trop bonne pour ne pas pardonner si le repentir de M. Mussidun est sincère. Et il le faudra qu'il se repente, oh oui, il le faudra !
Je voudrais tant la voir heureuse !....
Est-ce que Rolland ne m’aimerait pas encore plus, si j'en arrivais à ce résultat, de remettre la paix dans cette famille, et de les reconcilier tous ?
Et mille fois plus affectueuse qu'à l’ordinaire, elle trouva moyen de dérider Germaine en lui prodiguant ses chatteries les plus gracieuses, ses baisers Îles plus doux ; en lui répétant de sa voix ia plus charmante ce mot qui ravissait tant la malheureuse mère :
—Manan Mémaine ?...
Lorsqu'elle partit, Monette dit à Rolland :
—Vous sav, j'ai une bien grande chose à vous demander aujourd’hui.
— Al! Laquelle donc ?..
—C'est un secret,
— Vraiment !
— Oui, un grand secret.
— Que vous ne m'avez pas dit?,., C'est ça qui est joli!
—Parlonnez-moi, il ne date que d'hier... Et hier j'étais tellement troublée, tellement troublée, qu’à cause d’une promesse que j'avais faite J'ai voulu réfléchir avant de vous raconter quoi que ce soit.
— Vous devez tout me dire, sans jamais réfléchir,
— Dé despote ?.... fit-elle avec sa jolie expression si mutine ; eh bien, ça promet pour plus tard 1.
— Voyons, Monette, ne soyez pas méchante, et révélez moi vite le secret que vous m'avez caché hier, ...
—E: vous, n’aurez-vous donc jamais de secrets pour moi? car il me semble que tout doit êt:e réciproque, n’est-ce pas ?...
— Absolument, oui. J'aurai toujours eu vous la plus illimitée des confiances,
—Ca, ça vaut uu bon gros point, et je vais vous Je donner, en vous disant tout, Hier, j'ai rencoutré M. de Villamblard-Mussidan.
— M on oncle ?
— Oui, lui-même.
—Et il vous a parlé ?
Je LG ni nn RE He Man
— Un peu. Marguerite n'avait beaucoup raconté de choses sur lui.
—Que vous en avait-elle dit ?
— Pas de bien.
— La bavarde !...
— Alors j'étais toute disposée à le juger très sévèrement, si jamais je faisais sa connaissance,
Et puis, est-ce curieux ?
——Oui ; — Vous
— Voilà: je ne sais pas pourquoi il m'est venu dans l’idée que si l'on pouvait réconcilier votre oncle et votre tante, et mettre dans leur intérieur la paix et le calme qui règnent à Gesdres, ce serait une très belle œuvre.
— Evidemment ; mais e'est bien diflicile, sinon impossible,
— Pourquoi ?
Rolland hésita.
[Il ne pouvait pas expliquer à Monette par quel crampon de fe: Grégoire était tenu.
— Votre oncle n'a pourtant pas l'air d'un très méchant homme, continua:t-elle,
— Méchant! ... Non; mais extrêmement léger Oh! oui, plus léger qu’une plume ; n'ayant jamais eu une idée très nette du devoir, et ayant toujours tout sacrifié à la satisfaction de ses caprices ou de ses passions... .. Voilà ce qu'est M. de Mussidan. Et cependant la vie est-elle autre chose que le renoncement continuel de ses goûts au profit de ceux que nous aimons ?
Et qui nous le rendent en tendresse et en attentions de toutes les minutes, mon cher Rolland !....
— Qui, cela doit être ainsi ; mais mon oncle ne l'a pas compris de cette façon, Avec cela sa faiblesse de caractère est extraordinaire, Il faut toujours qu'il soit mené par quelquan. Le malheur à voulu que les personnes qui ont pris de l'influence sur lui ne valussent pas grand'chose, Alors il s'en est suivi des dissentiments profonds entre ma pauvre chère mère et lui,
— Elle a beaucoup souffert n'est-ce pas !....
—Au delà de tout ; et vous savez, Monette, maman Mémaine est une sainte et une perfertion morale, Les torts de mon oncle à son égard sont impardonnables.
-— Pas pour une sainte, conne vous venez de le dire, Qu'y a-til du reste de plus grand, de p'us noble, que le pardon ?....
-— Si celui vis-à-vis duquel on l’exerce, ce pardon se repent,.
—M. de Mussidan se repentira.
—J'ai bien peur que non.
— Pas moï. Je lui ai fait la morale, et une morale pas très tendre. ...
— Vous, Monette, vous avez fait cela !....
—Oui, ce n’est peut-être pas très convenable ; mais je voudrais tant vous voir heu reux, maman Mémaine et vous !....
—Chère petite !.... Après tout c'est probablement le bon Dieu qui uous aura envoyé une de ses inspirations. Et il l'a bien prise votre morale, mon uncle ?
—On ne peut mieux. Il m'a même promis d'essayer de reprendre, en Gascogne, la vie de famille. Alors, comme avec ces bonnes dispositions.là, il ne faut pas le laisser tout le temps seul ici, vous devriez bien l’amener à Gesdres avec neus !
— Ce que vous me demandez là, chérie, est très ditfcile.
— Pourquoi ?....
— Parce qu'après tous les méfaits de mon oncle, M. de Gesdres a une forte antipathie contre lui.
—Le marquis est très bon. Si vous lui présentez la chose d’une certaine façon, il nous accordera notre demande,
—Je vous répète qu'il sera très dur d'obtenir cette invitation-là, de lui.
—Si ce n'était pas fort diflicile, Rolland, je ne vous serais peut-être pas si reconnaissante de vous charger de cette commission-là,
sa Connais-
ai trouvé “Jui. Car
ulaic dire.
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er qu'une ut sacrifié de Mussises goûts Lutes, mon nn, Avec $ par quelui ne vaantre ma
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— Merci, ma belle petite Fleur des Neiges. ... J’essaierui.
Cefut, en effet, d’une difficulté extrême, et maloré toutes les bonnes raisons que Rolland donna au marquis de Gesdres, celui ci ne cessait de répéter :
—On ne peut pas avoir la moindre confiance en Jui !.... Pourri jusqu'aux moelles, ces Craponne ont achevé de le rendre !....
Enfin, après avoir évoqué toutes les raisons du foyer, de dignité, de paix pour Germaine que Rollandput trouver, il eut l'adresse de faire intervenir Monette et Marguerite ; et alors Pascal ne résista plus. Monette se chargera de prévenir Germaine, et d'obtenir d'elle, pour Grégoire, la plus grande somme d'indulgence possible,
Marguerite entra également dans la pieuse ligue qu'organisait Monette avec un zô!e extraordinaire : et Grégoire fut le surlendemain conduit à Gestdres par Rolland.
Les premiers moments furent terribles pour lui. Pascal, en dépit d” sa bonté natu relle et des lois rigides de l'hospitalité qu'il connaissait cependant comme pas un, ne put se résoudre à serrer Ia main de M. de Mussidan....
La situation eut été intolérable pour ce dernier, si les jeunes gens ne l’eussent toute la Journée emmené avec eux. Antoniet, avec son génie artistique, si développé, le séluisit tout de suite, Quant à Mouette, le plaisir qu'avait Grégoire à la regarder et à l'entendre était toujours nouveau. Et plus d’une fois, à certains gestes inconsciemment autoritaires et hautains de la fillette, il reçut ce même cou p profond au cœur, qu'il avait déjà éprouvS en croyant retrouver sur ses traits où dans sa voix quelque chose de son père-
Le soir, après être revenu à Mussidan, Rolland se trouva seul avec lui.
Germaine, fatiguée, s'était retirée chez elle,
——Mon Dieu, Rolland, dit le conte, que voilà donc une bonne journée passée tous ensemble !.... Ne trouves tu pas que cette contrée est superbe ?
—Oui, dit Bargemon en souriant, c'est votre pays natal,
Peut-être ! Et puis quel temps splendide !..., Quel ciel !....
Aussi beau que le ciel d'Italie, sans la poussière et l4 chaleur qui nous suffoquent constamment là-bas !,,..
— 11 ÿ a peut-être une autre raison que toutes celles que vous évoquez à votre bien-être d'aujourd'hui.
Grégoire se troubla légèrement : néanmoins, il dit :
-— Laquelle ?
—Oh ! vous vous en doutez bien un peu.
— Dis toujours.
—- Vous étiez dans le milieu qui est le vôtre, celui que vous n’auriez jamais dû quitter, et c'ect certainement la paix de votre conscience qui vous a donné le calme dont vous venez de parler.
— Alors tu vas me faire de la morale... Le monde renversé, il me semble.
— Dan lil ne paraît qu'il y a longtemps que c'est vous qui vous conduisez en neveu dans la maison !....
— Va toujours, mon ami, J'ai de tout temps éprouvé une très grande indulgence pour toi.
—Je le sais, ev c'est certainement une des raisons qui me fons vous parler d'une façon toute particulière en ce moment-ci, M'autorisez vous à continuer ?.
— Oui, quoique je sois très étonné, je te l'avoue, des sentiments que tu prétends avoir pour moi,
— Pourquoi ?....
— Parce que tu devrais prendre parti pour ta mère adoptive, naturellement.
—Oh ! je vous en ai beaucoup voulu de votre conduite à son égard !..
—Tu vois !.... é
—Ïl ne pouvait pus en être autrement, Mis chez inoi, un sentiment n’en empêche pas un autre.
— Alors, tu m'aimes et tu me détestes à lu fois ? .
—Non, ce n’est pas cela. Lorsque vous vous êtes marié avec maman, vous m'avez témoigné tout de suite un très grand intérêt, un intérêt qui ost allé jusqu'à vouloir mo donner votre nom, J'étais tout petit,je l'ai su.
-- Comment ?.,....
—Maman me l’a dit, et elle a ajouté : “ N'importe ce qui arrive par la suite, voilà une chuse, Rolland, dont il te faudra garder une éternelle reconnaissance À M. de Villamblard, J'ai suivi son conseil, et cette reconnaissance, je l’ai gardé pour vous mon oncle.
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agen “a à RD arme ne ES x
Grégoire était plus ému qu'il ne voulait le paraître. De Germaine, il ne rencontrait jamais que de grandes et belles actions, des sentiments d’une noblesse extraordinair 2.
Quelle différence entre la comtesse et celle qu’il lui avait si sottement préférée !..
— Rol'and continua :
— Est ce qu’il ne serait pas temps, mon oncle, de dire adieu à votre vie de garçon et de devenir un peu un homme sérieux ?
Et comme M. de Mussidan ouvrait des yeux énormes, ne sachant plus comment il deait prendre cette morale de son neveu :
—-Laissez donc, continun Rolland, je ne suis plus un gamin ; muis au contraire, un homme fait, connaissant sinon par moi, du moins par les confidences de mes amis, certains dessous de la vie de Paris, Je sais comment des drôlesses, sans cœur, détruisent les intérieurs et la paix des foyers. Comrient, à des rouleuses, sans éducation et sans intelligence, on à la faiblesse et l'inqualifiable lâcheté de sacrifier le bonheur et la paix des siens. Mais je ne veux pas récriminer.
Si j'ai cette conversation avec vous, ce n’est ni pour vous humilier, ni pour vous faire de la peine, c’est pour vous dire ceci ou à peu près :
— Ne trouvez-vous pas qu'il vaut mieux passer votre vie honorableiment, correctement, à un foyer où est assise une perfection telle que miaunan Germaine, entre nous tous avec des journées oumme celle d'aujourd'hui, que chez une Craponette, au milieu de toute cette horrible famille ? Ce Nénest, ce bon à rien, qu'à faire des dupes ; cette ignoble Mariette Bachelier, au visage suant le vice ;'ces enfants, élevés comme le père, à être des chevaliers d'industrie ; enfin cette vieille drôlesse qui x roulé, avant, peudant et après vous avair connu, dans toutes les fanges des ruisseaux ?,..,
Comn,: ‘ous devez vous ennuyer la-dedans
— Oui, quelquefois, répondit naïvement Grégoire,
— Alors lâchez tout ce monile-là ; faites un gran! acte de contrition, et revenez dans votre inaison, que vous n auriez jrunais dû quitter.
—-Tu en parles à ton aise !.... Est-ce que c'est possible ?....
— Pourquoi pas ?....
— Pauvre petit, penses-ta que e< gens-là me laisseront m'en aller ainsi de leur vie ?,., Mais ils sont capables de tout pour me retenir...
— Vous ou votre pension ?
—Certainement ; mais le résultat est semblable, Et mai-nème après une si longue
—Avec de l'énergie, oui, à coup sûr !,... à
—Je deviens vieux, ma volonté s'émousse com tontes ines autres faeultés. Sans compter que, après tous mes méfaits, ta mère ne peut pas avoir une tendresse exagérée pour moi, et il faudrait qu’elle ait une nature plus qu'angélique pour ne pas ms faire sentir, à certains moments, combien je suis de trop dans sa vie !....
—Ce sera votre punition. Vous n'allez pas espérer, je suppose, être choyé et adulé, parce qu’il vous plaié un beau jour de préférer une maison splendide, et luxueuse, et confortable, au plus révoltant des intérieurs, pêle-mêle avee les Craponne ?....
— Bien sûr que non ; je sais bien qu'il sera même très difficile à ta mère de me supporter. Alors, a certains jours, quel est l'homme qui ne sent pas le besoin d'un peu d’intimité autour de lui ?.... Comment veux tu qu'à ces mornents-là je ne sois pas pris de la tentation de revenir où tu suis ?,...
—Oh ! je connais bien, moi, le moyen de vous faire non seulement supporter, mais même très aimer de ma pauvre chère mère !....
— Rolland, tu vas me demander quelque chose qu'il n’est pas en mon pouvoir de t'uccorder, je le sens.”
—Ce n'est pas même la confession de vos torts, peut étre de votre crime que je vous demande ; non, mon oncle, gardez tout cela pour vous ; mais ayez un peu de sincérité, pas davantage, Voyons, avec moi, ce n’est pas si difficile. .., Avec un peu de bonne volonté, tout ce passé maudit sera peut-être réparé, oubiié....
Grégoire eut une exclämation partie du cœur :
— Eh ! je ne peux pas, s’écria:t il avec un désespoir vrai, je ne peux pas !..
—On peut toujours ce que l’on veut...
— Pas dans cette circonstance-ci, non !....
Et comme dans les yeux expressifs de Rolland il y avait un doute profond :
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ontraire, un is, certains ent les intésans intellila paix des
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— Ecoute, lui dit M. de Mussidan, j'aime mieux tout te dire. D'ailleurs, depuis quelques jours, je suis trop malheureux !,... Regrets, doute ou remords, appelle comme tu voudras ce que j'éprouve, mais je ne peux plus les garder pour moi tout seul, il faut que j'en parle à quelqu'un.
— Vous ne le confierer à personne ayant plus à cœur de vous aider, c’est-à-dire d’essayer de rendre un peu de bonheur à celle à qui je dois tout !...,
— À quelqu'un de plus honnête et de meilleur, surtout, Va, je te connais bien, mon cher garçon, et je sais à qui je fais ma confession dans ce moment-.ci ! Eh bien, écoute :
—Surtout, dit Rolland, ne me racontez que l’exacte vérité, je vous en supplie, n'est-ce pas ?..... Ë
—Je te le promets,
—Je connaissais Mile Craponne avant mon mariage ; cependant j'avais résolu de rom pre avec elle ; cela je te le jure, mais elle m'a envoyé chercher, elle m'a écrit lettres sur lettres, bref je n'ai pas pu résister à la tentation, et j'y suis revenu. Eïle m'amusait extrêmement ; la gaieté qui régnait autour d'elle, la musique, les chansons, la bohème qui était sa vie même, tout cela me changeait un peu de la froideur de la comtesse, et de la correction dans laquelle je devais vivre à l'hôtel du Ranelagh.
Lorsque Germaine € vint mère, je résolus pour la deuxième fois de rompre avec cette vie, et de devenir un bon père de famille, car j'adore les enfants, tu le sais.
Il s’interrompit et dit tout à coup à Rolland :
— Ta mère t'a-t-elle raconté la scène que nous avons eue quelque temps avant ses couches ?....
—Jamais, dit Rolland ; je sais tout le reste, c'est-à-dire ees espérances, ses déceptions en ce qui concerne les recherches faites pour retrouver sa fille.
De ses rapports avec vous, elle m'a parlé le moins possible,
— Eh bien, un jour, on me montra une lettre d’elie qui avait été, in’assurait-on, volée À celui auquel elle était adressée,
— Une lettre d'amour ?....
régoir inciina la tête.
-Oui, répondit-il, une lettre d'amour.
— Quelle profanation !.... et vous l'avez cru ?....
—C'était son écriture, et à première vue, sans avoir le temps de déchiffrer les lignes que contenait la lettre, Germaine elle-même l'a crue écrite par elle !.,.,
— Parce que cette écriture, œuvre de quelque habile faussaire, devait être admirablement imitée ; mais comment, mon oncle, vous, qui la connaissez, avec sa pureté d’hermine et sa rigidité que rien jamais n'a entamé, vous avez pu croire une telle chose ?
— Oui je l'ai crue et j'en ai souffert comme un damné! Peut-être pas de la perte d’un amour que je n'éprouvais pas moi-même, et que j'avais du reste la conscience de ne pas mériter ; mais de renoncer à cette paternité pour laquelle je suis né, et qui me tient jusqu'aux racines les plus profondes de mon être !.
Penser que cet enfant, dont la venue me rendait si heureux, n'était pas de moi, que je donnerais mon nom, et que j'élèverais et verrais grandir à mes côtés un intrus, le fils d’un étranger, me rendit tout à fait fou !..... Alors je résolus de le faire disparaître cet enfant-là !.....,
—Et c’est Mathieu qui est devenu votre complice, n’est ce pas !
— Comment le sais-tu ? demanda Grégoire.
— Est-ce que vous croyez que je ne l'ai pas deviné, depuis dix ans et plus, que je ne pense pas à autre chose, et que j'ai la convietion absolue que votre tille n’est pas morte !
—Eh non! s’exclama Grégoire en un cri parti de son cœur, plus fort que sa volonté, eh non ! elle n’est pas morte !..,.Mais où estelle, mon Dieu, où est-elle ?....
Aujourd'hui je crois à l'innocence de Germaine : a force d'y avoir pensée et repensé, je suis convaincu en eflet que cette lettre n été fabriquée !..., J'ai la certitude que la comtesse est pure comme les étoiles du ciel. ... Et je me dis alors que cette enfant est à
moi, et que je suis encore plus misérable que je ne le croyais, en ayant donné l’ordre de la faire disparaître |...
Il cacha sa tête dans ses mains, et pris par un désespois profond, il se mit à sangloter amèrement.
—Tout cela est très bien, de vous repentir, mon oncle, dit Rolland ; mais il ya une chose plus urgente, c’est d'essayer de réparer le mal que vous avez fait.
CT
FLEUR DES NEIGES Comment les choses se sont-elles passées avec Mathieu ?....
Je croyais poutoir compter absolument sur le dévouement de mon valet de chambre, J'eus avec lui une explication, et après bien des réticences de sn part, et bien des difficultés élevées contre ma résolution, il fut convenu qu'il prendrait l'enfant tout de suite apres sa naissance, et le porterait rue Vital, à Passy, chez Mile Craponne.
Rolland malgré toute son énergie, ne fut pas maître d'un mouvement d'indignation,
-Chez Mile Craponne, l'enfant de Germaine, s'écria-t-il, était-ce possible cela ?...,
- Mathieu pensa comme toi, répondit Grégoire ; car malgré sn promesse formelle, au lieu d'aller remettre l'enfant rue Vital, le lendemain de sa naissance, il l'emporta je ne SA's pas OÙ ; mais très loin, eur il ne revint que cinq jours après.
-Et vous ne savez pas où, véritablement où, il a déposé cette enfant petite ?....
Sur mon âme, non, Je ne le sais pas'!..,
Mes menaces, mes ordres, mes supplications, rien n'a pu faire parler Mathieu.
- Pour que vous le disiez aux misérables qui vous entourent, réponditil sans cesse, et que tous mes efforts soient annihilés!.... Il n'y a pas de danger,
Dénoncez moi an procureur de la République si vous voulez ; mais le cou sous ln guillotine, je ne parlerai pas !,,,.” Brave homme ! s'écria Rolland malgré Jui, voilà pourvoi je l’aimais tant, tout gamin !
De quel pays était-il ce Mathieu ?.
—Je ne le sais pas : il n'était pas bavard et s'il a fait la confidence de son origine À quelqu'un, c’est à inon pére. Mais celui-ci ne m'en a Jamais parlé, et il est mort en emportant son secret,
— Ei où estil ce Mathieu maintenant ?..
-Je ne le sais pas davantage. Dans ces derniers temps j'ai écrit en Amérique, partout où je croyais avoir une chance quelconque de le retrouver, mes lettres sont continuellsnent restées sans réponses.
Et avaitil un autre nom que celui de Mat'ieu ?
—- C'est possible, mais je l’ignore tout aussi complètement,
-Ah !'imon Dieu ! s'écria Rolland, vous a:ez fait bien du mal, mon oncle, et je me détnande comment nous arriverens à le réparer jamais, co mal !...,
— Oui, oui, tu as raison... Htavecta haine dn ite, incapable de mal faire, tu ne conprendras jamais ce que Je souffre à l'idée qu'il ÿ « quelque part une fillette qui est à moi, Qui à mon sang dans ses veines, qui pourrait aujourd'hui n'ainer, entourer mes vieux jours de soins et d'affection, et qui court peut-être le monde, en proie à toutes les vicissituiles, à toutes les misères, à tous les désespoirs ?
Rolland se dressa, plus blane qu'un spectre sous les rayons de la lune, et en portant vivement ses deux mains à son front, il s’écria :
-La fille de Germaine en serait là !.... Où: malheureux, malheureux !..,. Ne me le :lites pas, vous me faites trop de mal !
Et succombant à son émotion, à son tour, il éclata en sanglots.
Au bout d'un long moment seulement, il parut se ressaisir.
— C'est égal, dit.il, je ne veux pas vous abandonner, Qui sait ce que nous garde l'avenir.
Si jamuis Dieu nous rend cette enfant... quelle joie pour elle de trouver au foyer un jère repentant et réhabilité par notre indulgence à nous, et ses efforts à lui.
Pour moi, je ferai tout ce que je pourrai et Monette, que maman Mémaine aime beaucoup, joindra tous ses etforts aux miens, afin de l’apaiser, et de rendre votre retour facile.
Mais, je vous en prie, de votre côté aidez-moi, ayez confiance en moi, traitez-moi en fils, voulez-vous ?....
—Ah ! s'écrin Grégoire hors de lui, tu m'as vaincu !.. tu as bien le cœur d'un Bargemon, de celui à qui je dois tout !...... Je te le jure, à partir d'à présent, le passé est mort, et tout ce que je pourrai faire je le ferai !....
Grégoire rentra chez lui, tandis que Rolland, sous le poids d’une émotion extraordinuire, allait se promener sous les grands arbres du parc, ayant besoin par un peu d’exercice, et de grand air, de calmer la fièvre qui le dévorait,
Ainsi, c'était vrai ; Pascal de Gesdres à force d'intelligence et de volonté était arrivé à reconstituer la vérité ou à peu près, c’est à-dire à deviner l'enlèvement de Blanche par Mathieu !..,. Et maintenant, maintenant que M. de Villamblard-Mussidan lui-même ne savait pas ce que son valet de chambre avait fait de cette enfant, il restait plus que jamais à découvrir Mathieu, à savoir où il était !
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Ex de la corrélation du chien, c’est-à-dire de Marquis et de Grillon n remontuit à l'esprit de Rolland cette pensée :
S'il a laissé le chien à l'uberge des Escaméla, où Mathieu a-t-il porté l'enfunt ?
Vingt fois cette autre id eura son cerveau :
—{# Ki c'était Monette 2,
Vingt fois il la répéta, pensant aux affirmations du guide Autignac, se disant
— Ce ur t pas possible ? F4
Alors si Wonette était Blanche, qu'est-ce qu'ils auraient fuit de leur fille, Lise et son mari, de leur fille à eux !....
Et si elle était morte en naissant, cette fillette, est-ce que toute la montagne ne l'aurait pas su ?....
I faisait une nuit superbe, peu à peu Rolland avait gagné le grand bois et les landes voisines, et il marchait au hasard devant lui, creusant son esprit, cherchant une combinuison, un joint, une solution qu'il ne trouvait pas,
La température était extraordinairemeut douce ; quelques palombes (un beau ratier Sauvage qui vient dans l’Armagnac, en automne), commençaient à arriver,à l'approche des veudonges. Sur les grands chênes, quelques couples, les premiers venus, faisaient enter. dre leur roucoulement plaintif, et tout au bord des ravins, du côté des grands étangs tranquilles, les rainettes jetant dans l'air de ln nuit leur chant mélancolique et régulier,
Une très légère brise s'était levée et apportait sur son aile les parfuns sauvages et doux des grands chênes en fleurs... Tout était adorablement tranquille, calme et beau !
En dépit de ses réflexions douloureuses, les sentiers connus de ces campagnes où il était venu tout enfant exerçaient un charme indéfinissable sur l'esprit de Rolland...
Il alla devant Jui, au hasard, absorbé dans ses rêves, sans faire attention au chemin qui se présentait sous ses pas... Mais, inconsciemment en dépit de sea préoccupations, l'amour, son grand amour, ce sentiment si chaste et si pur qui lui emplissait l'âme et Jui rendait la vie si sereine, lui fit prendre la direction de Gesdres.
En reconnaissant les tourelles du vaste manoir, qui profilaient leurs silhouettes poin tues dans le ciel rendu clair par la lueur de la lune en son plein, Rolland sourit :
—Mon Dieu, dit:il, est-ce que je suis fou ?-:::
Et n’ai-je pas l'air d’un donneur de sérénades fort ridicule, d'aller ainsi en pleine rêver, sous les fenêtres de ma belle, comme un amoureux de roman.
Il regarda cependant avec complaisance la bâtissse grisâtre, celle derrière les nurs de laquelle sa Fleur des Neiges rêvait peut-être de lui !..,,
—Oh ” dors bien ! va, mon ange !.... murmuratil. HRt puisse mon amour te faire, toute la vie, des nuits aussi tranquilles et aussi douces que celle qui s'écoule e ment-ci,
Il allait reprendre le chemin de Mussidan, lorsqu'il lui sembla entendre un pas léger, retentir, tout près de lui, sur le sable d’une allée voisine. Il s'arrêta, écouta, tous les sens en éveil, Il ne s'était pas trompé : le craquément de chaque feuilles mortes, foulées cependant avec une précaution infinie, l'en avertit, Alors, il se dissimula derrière une cépée de jeunes chênes, et patiemment attendit :
—Quelque braconnier, se dit-il, A quoi cela me sert-il de savoir qui il est ? Dans ce pays-ci surtout,avec l'indulgence de M.de Gesdres les lièvres et les chevreuils n'appartiennent-ils pas à tout le inonde !
Malgré cette réflexion, il demeura à l'affût immobile, arrêté par une forte que sa volonté. Au bout de quelques instants, un grand
e faisant qu’un,
nu't
n ce tno-
âteau, il avait d’abord esdes communs, examinant chaque porte dérobée, observant, regardant, essayant évidemment de voir sil y avait quelque entrée ouverte, ce qui arrive fréquemment dans ce pays de la confiance où presque jamais les portes ne se ferment, le soir, et où les maisons en général restent gardées par la seule vigilance des chiens, quand ilyenaï!,
Tard, dans la nuit, seulement, l'individu s’éloigna du château de Gesdres. Rolland,
dont tous les nerfs étaient à fleur de peau après la conversation qu'il venait d’a son oncle, se dit :
voir avec
—Estce que Monette serait en danger par hasard ? Eu si ce n'est pas elle, qui alors ? Et pourquoi ce grand escogrifle a-t-il si soigneusement visité tous les alentours de la maison ?....
LL resta longtemps à monter une garde silencieuse, guettant le retour,de l'individu. Mai: il ne reparut personne, et longtemps après seulement, Rolland rejoignit sa demeure. Le icudemain, comme ils étaient tous aux environs de Mussidan, et qu'Antoniet dessinait uue allée ombreuse, où le jeu de la lumière dans les arbres doznait un point de vue cxtrémemeut curieux, un jeune homme arriva.
C'était Adrien Craponne, admirablement habillé en peintre voyageant pour son art, un chevalet et une boîte de couleurs sur le dos, un pliant à la muin. Le jeune Craponne, avec laplomb extraordinaire qui caractérisait tous les sieus, s’approcha du groupe que formaient Monette, Rolland, Antoniet et Marguerite.
Vous fuites quelque chose de bien joli, monsieur, ditil à Antoniet avec son sansgêne épatant ; moi, je dessine aussi.
Ayant fait un voyage duns les Pyrénées, je suis revenu par Tarbes, Riscles et Vic, au lieu de prendre l'autre voie, celle de Toulouse... Et je n’en félicite, car ce que ces landes d'Armagnac sont belles, au point de vue artistique, il faut les avoir vues pour Île croire !,...
Muis vous le savez, vous aussi, eur c'est crânement bien campé ce que vous fuites-là !..…. Mou Dieu que d'air, de lumière et de fraîcheur !..... . Marguerite, enchantée des compliments qu'on faisait à Antoniet, se redressa et dit :
__ Si le cœur vous en dit, monsieur, vous pouvez prendre vous même, un point de vue de cetie uliée, qui est en ettet ravissante.
Merci, mademoiselle, d'avoir deviné mon désir, répondit Craponne, je ne demande pas mieux.
Li souleva la bretelle qui tenait suspendu son bagage à ses épaules, il eut vite fuit son organisation.
Sur une perite toile immaculée il esquissa rapidement les premiers traits de l'allée sinueuse, la silhouette des arbres et celle des buissons.
-stee que vous êtes duns le pays depuis iongtemps? lui demanda Rolland tout à coup.
Depuis avant hier seulement,
— C'est bien vous que j'ai rencontré cette nuit dans le pare de Gesdres, n’est ce pas ? continua t-il à brûle-pourpoint.
— Dans le pare de Gesdres, s'exclama Marguerite, et qu'y faisais-tu Rolland ? donnaistu par hasard des sérénades aux étoiles ?
Non, j'avais mal à la tête, et voulant faire une assez longue promenade, je suis parti de Mussidan d’un côté et j'y suis revenu de l'autre.
Et moi, monsieur, répondit Craponne, je suis passé par hasard devant le parc de Gesdres ; et j'ai été tellement séduit par l'obscurité des grands arbres, à côté desquels dans des éclaircies magnifiques la lune jetait des écharpes éblouissantes de lumière, que je me suis mis à courir d'un massif à l’autre.... au hasard,... en extase.... en proie à un enthousiasme artistique extraordinaire !....
Rolland se demanda si c'était par enthousiasme artistique que ce monsieur-là, qu'il trouvait, sans le connaître, aussi déplaisant que possible, allait visiter si munitieusement, la nuit, toutes les portes du château. Du reste avec ce long nez, cette bouche flasque et rentrante, ces yeux ronds à fleur de tête, Adrien Craponne ne lui revenait pas du tout. La conversation devint générale, sans que Monette, ennuyée de voir cet étranger rompre le charme de leur intimité, daignât y prendre part. Il l'avait cependant interpellée plusieurs fois ; mais la fillette avait repris son air le plus hautain et le plus troid : et elle ne lui répondit jamais un seul mot, ne paraissant même pas l’entendre. Tout à coup, un mouvement se fit dans le massif, derrière les jeunes gens, et le comte de Mussidan parut. Craponne, :.vec son formidable aplomb, ne sembla pas le connaître. Grégoire, au contraire, à l’aspect du jeune homme, fronça légèrement les sourcils et rejeta en arrière sa petite personne avec une raideur subite peu ordinaire. Marguerite crut devoir désigner le nouveau venu à M. de Mussidan.
—Monsieur le comte, dit-elle, je vous présente un artiste, collègue d’Antoniet, et que la beauté de nos landes fait divaguer.
Grégoire ne répondit pas directement à cette présentation.
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sieur-là, qu'il si munitieusecette bouche ii revenait pas voir cet étrancependant inin et le plus as l'entendre.
et le comte de le connaître.
sourcils et re- . Marguerite
toniet, et que
Et tournant le dos à Craponne :
— Allons, mes enfants, dit-il, on vous attend à Mussidan.
La comtesse et Mine de Gesdres désirent vous voir toutes les deux, tui, Murgunrite, et vous, mademoiselle Monette,
Viens-tu, Rolland, continua-til e11 s'adressant à son neveu, Quant à vous, Antoniet, vous finirez votre étude une autre fois, venez nussi !',...,
— Et moi, monsieur, demanda Craponne, pourquoi ne m'inviteriez-vous pas égalemont ?..,
Très sèchement, M. de Mussidan répondit :
— Parce que je n'ai pas l'habitude d'ouvrir lu porte de ma maison aux gens que je ne connais pas !..., +
— Tous les artistes sont de la même famille, monsieur, et je l'ai toujours entendu dire : et à ce titre, je suis parent de ce charmant garçon que vous emmenez avec vous.
—Cn dépend des artistes !..,, les miennes !
Et prenant le bris de Marguerite afin que la fillette ne se laissât pas aller,gaie comme elle l'était, à inviter Craponne à les suivre, Grégoire se dirigea rapidement du côté de Maussidan, Ce n'était pus Rolland qui allait dire à l'étranger de venir avec eux, Grégoire, qui le connaissait bien, voyait à l'expression de ses yeux qu'il n’y avait aucun danger de ce côté-là, La figure ennuyée de Monette avait été toute aussi éloquente pour lui. Quant à Antoniet, sa timidité naturelle l’empêchait de faire quelque avance que ce soit.
Adrien les regarda partir avec une lueur de colère dans les yeux :
—Eh bien! dit:l, quand il les eût vu tous disparaître, il faudra que je raconte à ina tante comment cette espèce de vieux singe les remplit ses instructions, quand il est loin
Du reste, chacun a ses idées là-dessus, et moi je garde
d'elle !.,,, Je voudrais bien savoir ce qu'il a maintenant dans su caboche de vieux pa pillon, cet imbécile là ?.,....
Mais ça m'est égal.... Tu peux faire feu des quatre pieds, va, mon bonhomme. ÿarcri. ; o Le } » ’
verai quand même à mes fins !.... Ce qu'un Craponne veut, il le veut bien, tu devrais l'avoir déjà appris à tes dépens !....
Et remettant ses bagages sur son dos, il reprit le chemin du village lointain, dans la petite auberge duquel à était descendu. Lorsqu'il fut arrivé dans le parc de Mussidan, et sûr de n'être pas suivi par Adrien Craponne, Grégoire dit à ceux qui l'entouraient :
— Quand vous êtes seuls dans la campagne, mes enfants, ne permettez donc jamais à un étranger de vous approcher et de causer avec vous !....
Je suis sûr que c'est Margot qui l’a invité à s'asseoir avec vous ?..
Mile de Gesdres baissa sa jolie tête espiègle et répondit :
— C'est vrai !.,,...,
Mais comme Grégoire ne voulait pas lui faire le plus léger chagrin, il se hâta d'ajouter :
— Le plus coupable là dedans, c'est encore toi, Rolland, quies le plus âgé, et auquel incombe la garde scrupuleuse de ces fillettes.
— Oh ! oh ! répondit le jeune Bargemon, il parait que je suis redevenu le neveu que l’on gronde, aujourd’hui. Mais de ce sermon-!à, mon oncle, je ne suis pas fâché, au contraire, je vous en remercie !....
Grégoire ne demanda pas à Rolland pourquoi il le remerciait.‘ Tout fier d'être approuvé par lui-même, il pensa :
—Cette adorable petite Fleur des Neiges approchée par quelqu'un de cette famille Ià ? Il me semble que c’est la plus hideuse des profanations !