NEIGES
faire disparaître ne fût jamais entré dans son cerveau... dans celui de Pascal de Gesdres et de sa femme, pas davantage !....
Au milieu de cette nouvelle épreuve, ils l’entourèrent, plus qu’à l'ordinaire encore, de leurs tendresses, de leurs soins, ne la quittant presque plus. Mais le coup avait été trop profond, et l'amour passionné lui-même que Germaine éprouvait pour Rolland sembla, comme tout le reste, avoir sombré dans cette épouvantable catastrophe.
En vain, le marquis de Gesdres l’amena en (Gascogne avec Abeille, Rolland et Marguerite... Aussi indifférente Germaine demeura aux larmes de l'abbé et de Flore, qu'elle j'était aux curesses naïves de Marguerite, à l’arrour vraiment fraternel de Pascal e: d'Abeille, à l'affection extraordinaire et vive au-dessus de sen âge de Rolland.
Avec sa fille, cette enfant, dans laquelle évidemment la pauvre Germaine avait mis le dernier espoir de sa vie brisée, son âme semblait être partie, Pâle, froide, inanimér, ne parlant jamais, ne répondant même pas à ce qu’on lui disait, ne le comprenant peut-être pas, aussi bien à Mussidan qu’à Paris, elle semblait privée de raison.
Plusieurs années se passèrent.
Un jour, Mathieu désespéré se dit :
—Je ne peux plus supporter ce spectacle *....
N'est-ce pas moi qui suis cause de cet effondrement 2... de ce désespoir poignant si absolu ? ... Et cependant, si je la lui avait laissée sa fille, où se ait-elle maintenant ?..
Elle n'était pas capable de la protéger contre ces scélérats qui avaient juré sa perte, voulant sa fortune !.... Même avec toute sa raison, madame n'avait ni l'énergie, ni la volonté nécessaires... Tandis que plus tard, lorsque Monette sera grande, j'anènerai tout doucement Lise à la rendre à madame !....
Sa conscience se tranquillisait ainsi ; inaïis voir Germaine dans son état de douleur et d'anéantissement constitua bientôt pour Mothieu un supplice au-dessus de ses forces,
Lorsqu'elle attachait sur lui ses yeux de bête traquée ét malheureuse, son cœur battait
| comme s’il allait sauter hors de sa poitrine, Alors, peu à peu, Mathieu prit le parti des gens faibles, qui ne savent pas dénouer les situations, souvent compliquées qu'ils ont créées. Sa résolution de s'enfuir naquit et grandit en Jui.
A l’Hospice de Luchon tout allait on ne peut inieux ; les Escaméla, maintenant dan le droit chemin, réussissaient, Lise évait heureuse avec Monette, qui grandissait et dev nait jolie comme les amours ; Toniet, son fils d'adoption, était un brave enfant ne donnant que du bonheur autour de lui. De son côté, Mathieu avait quelques économies réalisees: sur ses gages depuis le mariage de M. de Mussidan.
— Plus tard, se dit-il, lorsque Monette aura l'âge d'être mariée, je reviendrai,
En effet, un soir, il porta ses imalles à la consigne «le la gare de l'Ouest, ayant décidé de partir le lendemain de bonne heure, Comme il venuit de prendre son billet de dépôt, Pascal de Gesdres travorsait la salle, Il reconnut Mathieu qu'il aimait, à cause de la grande sympathie du valeë de chambre pour Germaine,
Souvent, le marquis l'avait maintes fois remarqué, les soins dont il entourait la malheureuse avaient quelque chose de touchant et presqué paternel;absolument attendrissant.
— Vous allez done faire un voyage ? lui demarda:t:il,
—Oui, monsieur le marquis.
—Ev vous reviendrez !...,
—Certainement !
—Oh ! je pense bien !,... Je veux dire quand reviendrez-vous ?
—Je ne le sais pas.
—Comment vous ne le savez pas ?....
—Non.
— Puis subitement, sans explications :
Je ne puis supporter la vue de madime le comtesse Lans l’état où elle est,
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Malgré lui, de grosses larmes conlerent de ses yeux, sur son visage.
prit, Pins tard seulement ces mots et le ton de profonil désespoir avee lequel Mathieu les prononer devaient lui revenir ! Le Jendemain matin, en effet, dès l’aube, Mathieu disparut sans rien dire à personne. :
Lorsqu'il connut cé départ singulier, M. de Muassidan en fut extrêmement impressionné... Il fut convaineu instantanément que cela se rattachait à l'enlèvement de la
de (es- fillette, à la folie de Germaine. Depuis plusieurs mois, il avait remarqué la tristesse incommensurable de son valet de chambre, les regards apitoyés qu'il jetait sur la jeune core, de femme lorsqu'il se trouvait dans la même pièce qu'elle, été trop —N'estil pas allé lui chercher sa fille et ne va-t-il pas la lui rapporter ? se demanda sembla, alors Grégoire avec une appréhension folle du scandale et des scènes qui en pourraient résulter pour lui.
Margue- Scandale ? Comment, en effet, expliquer la disparition de l'enfant et son extraordinaire , qu'elle retour, après tant d'années écoulées ? Scènes ? Ce n'était pas sans frissonner qu'il penes d’A- sait aux cris d'Alice, à ses plaintes, à ses reproches ! Et puis, la Craponette n’exigerait-elle pas qu’il lui remit la jeune fille, et sans tricherie possible cette fois ci ? it mis le Recommencer, alors ? Oh ! non, par exemple !.... 4 imée, ne Mais le temps passa et Mathieu n'ayant pas donné signe de vie, les craintes de M. de | { peut-être Villamblard s'apaisèrent, Au bout de quelques mois, même tranquille de ce côté-là, il fut [4
pris de la passion de voyager avec la Craponnette. A partir de ce moment, on l’eût juré atteint d’une véritable folie de locomotive. Rassuré, car il savait Germaine ensevelie, inerte au fond de son hôtel, il se mit à cou-
rir le monde. Les Etats-Unis de l'Amérique du Nord, les provinces du Sud, Monteviico,
gnant si New-York, Batavia, la Chine, le Japon, le virent tour à tour. nant ?.. A Paris, il passait ses jours et ses nuits dans la maison de la rue Vital, où le gaspil- À sa perte, ‘LL lage le plus effréné, le désordre, le jeu, les ripailles, l'argent jeté bêtement par les fenêtres | rie, ni læ avaient raison des revenus considérables de Germaine. De cette fortune, si âprement, si 1 unènerai intelligemment amassée par Bargemon pour sa fille, tous avaient leur part, excepté elle. | A l'hôtel du Ranelagh, dans les rares apparitions qu’il y faisait, Grégoire entreprenait uleur et des scènes affreuses pour dix francs dépensés à la cuisine où pour le blanchissage de Gerl'ces, maine qu’il trouvait extrêmement exigeante, et Alice avait chevaux, voitures, valets de | r battait chambre, maîtres d'hôtel, personnel nombreux. | parti des Ernest jouait, pariait aux courses, il avait déjà fait plusieurs poufs dans Îles théâtres | qu'ils ont dont il avait pris la direction, car la moindre suite dans les idées, le plus léger effort, la j: miondre affaire sérieuse ou intelligente étaient au-dessus de ses moyens. ant dan Ses enfants suivaient ses traces et étaient élevés à ne rien faire, incapables de gagner | b et dei leur vie, d’être utiles pas plus à eux qu'aux autres. À > donnant Mariette Bachelier, maintenant Mme Craponne gros comme le bras, en se laissant l réalisees: courtiser par Grégoire, obtenait de lui, lors de ses séjours à Paris, tout ce qu'elle voulait. ñ
Alice et Nénest naturellement fermaient les yeux. 14 La Craponette, avec son cynisme habituel, disait :
it décidé Ti lui faut du changement quand même, alors il vaut mieux que ça ne sorte pas de la il
de dépôt, famille. N'est-ce pas, Nénest ? À
use de la Et le grand escogriffe, plus crapule que jamais, répondait : | — Ce que vous avez un sens pratique de la vie, Ô ma belle comtesse ! Tes séjours en |
t Ja mal- Amérique ne sont pas perdus.
ndrissant. # Germaine ignorait tout cela. Vaguement, la famille de Gesdres le savait, mais sans
croire toutefois, de beaucoup, le mal aussi profond qu’il l'était. Rolland soignait sa mére adoptive avec une délicatesse et un dévouement que les années ne faisaient qu'accroitre.
Son intelligence était extraordinaire. Dirigé ainsi qu’un fils par le marquis de Gesdres, son cerveau, admirablement équilibré, se développait, se peuplait de tout ce qu'on voulait y faire entrer, tandis que son cœur restait bon, dévoué, généreux et grand, comme avait été celui de Lucien Bargemon,
Elevé avec Marguerite, il la soignait, l’aimait et veillait sur elle comme si elle eût été sa sœur, La fillette de son côté l’adorait, il
Qui ne sait pas que souvent, les idées les pius simples, les plus naturelles, ne se présen-
ns son es- tent pas à l'esprit des plus intelligents ? Et puis spontanément, un trait de Jumière, 4
Lathieu les arrivé comme un coup de foudre, fait penser à des choses restées inaperçues pendant À
hieu dispa- des années ?...,
C'est ainsi qu’un jour M. de Gesdres, en pensant à l’incurable désespoir de Germaine,
nt impres- se dit, sans avoir de raisons particulières pour cela, instantanément, et par ue sorte |
ment de Ja d'intuition subite à laquelle cependant rien n’avait pu l’amener, plutôt ce jorr-là qu'un Fi
autre :