‹ Fleur des neiges [microforme] (volume 5)Chapitre 15 sur 20 · À 196 FLEUR DES NEIGES · texte numérisé non relu

À 196 FLEUR DES NEIGES

— Pourquoi Mathieu estfil parti 2...

Quand il m'a parlé, on eût dit qu'une sorte de remoräs le poussait en avant !..., Le remords de quoi? Le cerveau puissant du marquis de Gesdres eut vite retourné la question en tous sens, La moindre inflexion de la voix du valet de chambre lui revint alors, l'éclairant ; et une lueur subite très nette se fit dans son esprit. — Est-ce que la fille de Germaine ne serait pas morte ?,, se demanda-t-il tout à coup. De là, au reste, il n'y avait qu’un pas.

Pascal continua :

Est-ce que les Craponne l’auraient fait enlever par hasard ? Et Mathieu aurait-il ‘té complice, conscient où non de ce crime ?.... Alors, dans le plus grand silence, mais sûrement et sans rien laisser au hasard, Pascal informa, Ce fut d'abord auprès de Joséphine qu’il prit des renseignements, \beiile et lui l'avait vue à l'œuvre. Elle avait soigné Germaine avec un cœur qui semblait être celui même de Mathilde Forestier, qui jadis l'avait choisie, et donnée à sa lille adoptive, Pas un instant, ne s'étaient démentis sa patience et son dévouement, Dans l'âme du marquis et de la marquise de Gesdres, il était né pour elle une estime é profonde, Par elle Pascal fut vite sur la trace d’une partie de la vérité. Elle lui raconta que Mathieu, en effet, au moment de la naissance de la petite fille, était soi-disant parti pour Livry porter l'enfant chez une nourrice choisie, paraissait il, par le docteur Ballet. Une heure après, M. de Gesdres était chez l'accoucheur de Germaine. [! avait avec lui des relations presque intimes, les mêmes du reste qu'avec tous ceux du ! monde scientifique que Pascal voulait bien honorer de son amitié, — Pour des raisons intimes, très sérieuse, lui dit il, j'ai besoin de savoir chez quelle noarrice vous avez jadis envoyé la petite fille de la comtesse de Mussidan. M. Ballet réfléchit un instant :

—Je ne l'ai envoyée nulle part, dit-il enfin, L L'autre sursauta :

— Oh ! je me souviens très bien, ... comme si c'était hier, Cette maladie-là m'a donné assez de tintouin pour que le moindre détail m'en soit resté dans la tête !....

— Alors ?,,., :

— Alors M, de Mussidan me dit qu’il s'était muni à tout hasard d’une nourrice,

—Que vous ne connaiïssiez pas ?

— Pas le moins du monde. ... Et vous comprenez, dans les préoccupations mortelles que nous 4 occasionnées la comtesse, cette nourrice Ctait le moindre de mes soucis...

Le père m'aftirmait qu’elle était excellente, je ne puis pas aller plus loin.... Je conviens

que j'eusse peut-être dû demander à la voir, ... Mais au moment où Mme de Villam-

blard me donnait tant de mal, une épidémie de fièvre puerpérale régnait dans mes salles

de la Maternité, et je vous avoue que j'en perdais un peu la tête, à cause du travail extra-% vagant que tout cela me procurait.

— Alors vous n'avez pas eu de renseignements plus précis sur cette nourrice ?...

— Aucun. Le comte me raconta à ce moment-là qu’elle demeurait à Livry, et je me souviens même qu'il voulait envoyer la fillette le soir même de sa naissance chez cette nourrice, J'ai dû lui faire observer qu’il nous fallait d'abord lui, comnie père, moi, comme médecin ayant assisté À Ja naissance de l'enfant, remplir la formalité de la déclaration à l'état civil.

-Ce qui a été fait !

— Oui, à Passy, et en ma présence. f

— Merci !.... C'est tout ce que je voulais savoir, >

M. Ballet, n'insista pas.

Pascal, décidément en proie à des soupçons qui prenaient corps, baëtit toute la commune de Livry. Nulle part, ni là, ni dans aucune des localités environnantes, il ne trouva trace d’une femme ayant élevé l'enfant du comte de Villamblard-Mussidan. Alors, des chaumières et des maisons, où il avait recherché la nourrice probable, il passa aux registres de l’état civil, sur lesquels le nom de la petite morte eût dû être inscrit, Il ne ménage rien. Les meilleurs agents de Paris, agissant d’aprês leur inspiration propre,

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ou ses déductions à lui, sex propres démarches, son argent tout fut mis par M. de Ges dres au service de cette cause pour laquelle son cœur, sa pitié pour Germaine, son honheur même se passionnaient,

Il revint à Paris et continua ses recherches. Comme l'avait dit le docteur Ballet, l'état civil de Passy mentionnait la naissance de Lucie-Blanche de Villamblard Mussidun, mais là comme ailleurs il n’y avait pas d'acte de décès, Alors en proie à des pressentiments qui chaque jour se changeaient en certitudes, il erur pouvoir en parler à Abeille, sa con. tidente naturelle,

— Dieu me ardonne! lui dit-il, je crois que l'enfant de Germaine n’est pas morte !

Abeille, e:1 ce moment debout devant Pascal, faillit tomber par terre,

Une émotion au dessus de ses forces l'étreignait,.

—Mais alors, s'écria-t-elle, le comte de Villamblard serait un bien grand misérable !..

—Îl y a beaux jours que je n’en doute plus, répondit catégoriquement le marquis dé Gesdres.

—Mais as tu pensé, Pascal, que si cette chose là était vraie, Germaine reviendrait à la

vie!..., Raconte moi ce que tu sais, veux-tu ? :

Le marquis n'y mit aucune réserve. £

—Mais non, s'écria alors Abeille, l'enfant n’est pas morte !

Son émotion la reprit,

— Comment le savoir véritablement ? demanda-t-elle à son mari.

Celui-ci se mit à réfléchir, Les veines de son immense front se gonflèrent, ses yeux devinrent fixes, il parut s’absorber dans un monde de méditations et de pensées qu’Abeille u'interrompit pas.

—Je crois que j'ai trouvé; dit:il enfin.

—Veux-tu me le dire, Pascal! ?

—Oui, parce que tu m'aideras, mais avec une discrétion absolue, n'est-ce pas, mon Abeille !...,Car ce pent.être une question de vie où de mort pour notre amie,

—N'aie pas peur, ce que tu m’ordonneras de faire, je le ferai, ni plus ni moins.

— Bien !....11 va falloir commencer par lui faire part de mes soupçons. ..puis de mes espérances,

—Ah ! mon Dieu !...,soupira Abeillle, quelle émotion ponr Germaine !

N'en as-tu pas peur, Pascal ?

—Qui ne hasarde rien n’a rien, répondit nettement le savant, Tout est préférable pour la comtesse à l’uniforme monotonie dans laquelle se passe son existence, Elle n’est pas folle ; pour moi, cela’ne fait pas l’ombre d’un doute ; mais elle est dans un état d’anémie morale dont quelque formidable émotion la tirera peut-être !.

— Ah ! tu sais l'immense confiance que j'ai dans ton génie, mon Pascal... Il faut essayer...,Æt puis, il n’est pas possible que Dieu l’abandonne à ce point, ma pauvre Gerinaine, elle qui n’a jamais fait de mal à personne !....

Pascal était infiniment ému. Abeille tout aussi bouleversée que son mari continua :

—Je t'ai raconté souvent, mon cher mari bien-aimé, ce que Germaine a été bonne pour moi jadis. Avant que tu m'aimes, son amitié généreuse a certamement été la seule lumi ère de ma jeunesse si triste, si malheureuse !....Sa délicatesse, sa bonté, ont alors été au dessus de tout!......Ah!si je pouvais lui payer aujourd’hui ce qu'elie a fait à cette époque pour moi ! Si c'était toi, mon Pascal, déjà mon bienfaiteur et mon dieu qui pourais m'aider à faire ce miracle de lui rendre sa raison et sa fille....Ohltiers e t'adore .... Mais je crois que je t’aimerais encore plus !....

Le marquis de Gesdres, très attendri, prit Abeille dans ses bras. Cette chaleur vibran te qu'elle apportait à tout ce qui lui tenait au cœur impressionnait délicieusement M. de Gesdres.

—S'il ne faut que de la volonté et de la persévérance pour réussir, lui dit-il, je tâche rai de te rendre ton amie !

Au bout d'un instant ii ajouta :

—Sais-tu sile comte de Mussidan est en ce moment ci à Paris ?

—Je ne le crois pas ; mais il me semble avoir compris qu’on l’attendait prochainement,

—Et Germaine, dans quel état est-elle exactement ?

— Elle parle beaucoup plus depuis quelque temps, et constamment de sa fille... Elle ne s’exalte plus ; muis elle pleure, oh ! elle pleure à fendre l’âme!....

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