‹ Fleur des neiges [microforme] (volume 5)Chapitre 3 sur 20 · PSN FLEUR DES NEIGES · texte numérisé non relu

PSN FLEUR DES NEIGES

Un héritier, tu sais, Nénest, ça change la situation. Oui, un peu, —Je voudrais bien savoir quelle est la fortune personnelle du comte, Nulle, je te l'aflirme, 11 est arrivé sans un radis d'Amérique. —Oui, mais en se mariant, crois-tu qu'il a été assez bête pour ne pas se faire reconnaitre quelque chose par le père Bargemon, qui a un si fameux béguin pour tout ce qui est de cette famille? Grégoire est bien trop roublard pour n'avoir pas pris cette précautionlà. 11 m'a souvent dit qu'il pouvait disposer de tout ce qu'il y avait chez les Bargemon, —[l est si menteur !..,s8'exclama Craponne, Oh ! oui, aflirmn naiverient la sœur autant que nous !... {Enfin pour établir mes batteries dans l'avenir, il faut que je sois fixée sur ce point, Peux-tu me trouver des renseignements à peu près exacts !

La Beauté réfléchit un instant, —- Peut-être, dit-il enfin, j'arriverai à savoir quelque chose, | —(Jomment cela ? ‘à:

—Un individu que connait très particulièrement Mariette est princi”al clerc dans une | étude de Paris,

Je ne sais pas laquelle, par exemple ; mais demain matin, en venant déjeuner, demain au soir tout au plus, je te dirai tout ce que nous avons intérêt à savoir. ; Tu es un amour de frère, 4 Je sais, mais aujourd'hui, ma grosse, il faut casquer un peu. Les voitures ne sont pas pour rien à Paris, . Et ce que tr m'en fais prendre !..., 4 Dis donc, s'écria Alice furieuse, je t'ai donné vingt-cinq louis avant hier, Il ne fau drait pas aller si vite que ça!

—Nous sommes cinq à manger tous les jours, sans compter la maladie de Mariette,

qui n'est pas drôle, va....et qui la rend méchante...Et puis, la vieest si triste! Du mo.

ment que ta bourse est pleine, à ma belle comtesse, fais-en donc profiter ceux qui t'aime ! Elle ouvrit son porte-monnaie.

Voilà quinze louis, dit-elle ; mais tâche d’en avoir assez jusqu'à la fin du mois, parce

que, de mon côté, j'ai beaucoup de choses à payer. Or dans ce moment-ci mon Gascon se l fait ‘liantrement tirer l'oreille pour m'en donner. Le lendemain, comme la soirée était très avancée, Ernest arriva, On voyait qu'il 1

savait quelque chose de grave, car il avait une physionomie mystérieuse, du dernier comique. Grégoire avait fait dire qu'il ne viendrait que beaucoup plus tæd, après l'Opéra

seulement. — Qu'est ce qu'il y a ? demanda Alice au cabotin, Nénest éclata. ] (Je que nous avons de veine ! s’écria-t il.

—(juelle veine? Parle, & — L'ami de Mariette sur lequel je comptais pour les renseignements à prendre les a en mains, | È Ï — Lui ?

{ — Oui, il est principal précisément chez le notaire de M. Bargemon. Par lui, Mariette est arrivée à savoir tout ce qu’elle a voulu. t —Je t'écoute, Va vite. i | —Le contrat de mariage de Grégoire a été passé en Cascogne, mais il y a une copie à | l'étude, Grégoire n’a absolument rien, même de reconnu, et Mile Bargemon, mariée | gl sous le régime de là séparation de biens, est la maîtresse omnipotente et absolue de toute ü | sa fortune et de celle qu’elle pourrait posséder plus tard, La Craponnette éclata en une coltre folle. D — Ah ! s'écria-t-elle, triple imbécile, menteur et jobard ! Voilà de quelle façon il se fait t mettre dedans, ce crétin-là ! Il n’a rien !.... } —Pas un radis ! c 1 —Et il se prétendait le maître absolu chez les Bargemon !.... e

—]l n’a pas menti.

Alice sursauta.

—Hein !.... fit-elle, tu dis?....

—Qu'il à la procuration générale de sa femme et de son beau-père, Et ce dernier x fait solennellement jurer à sa fille de ne jamais la révoquer.

—C'est quelque chose, mais si Grégoire vient à mourir!,.., bonsoir les amis. Il ne pourra rien nous laisser !,,., — Un événement trs grave s’est produit depuis quelques jours, dit Ernest en rapprochant sa chaise de celle de sa sœur, Et ce fait peut changer en tout la situation de > reconnai- s Grégoire,

ce qui est Ah ! quel estil? dis-l3 rapidement sans phrases, | récuution- M. Bargemon, lorsqu'il a su que sa fille allait le rendre grand-père, à fait chez son no- 3argemon. taire, en faveur de cet enfant qui n’est pas encore né, uue donation de quatre millions !.

— Et après ?

re mes bat. — C'est tout. Est-ce que tu ne trouves pas que c'est assez ? des rensei- — (que ce soit la mère ou le gosse qui aie le magot, en quoi veux-tu que cela change la

situation de Grégoire...

— Décidément, ma pauvre fille, tu n’es pas forte, Dans l'espèce, je te conseille d'étudier les lois de ton pays. Ily a un tas de circenstances dans lesquelles ça te servira. Une femme qui a de l'ambition et pas d'argent devrait apprendre ces choses-là plutôt : dans une que la couture,

— Trève de sermon, tu m'ennuies. Et raconte-moi ce que je peux tirer de ça, de façon

r, demain que je te comprenne, ; Un enfant mourant avant d'avoir pu, par testament ou par mariage, disposer de ce qu il possède en propre a deux héritiers naturels, lesquels se partagent sa succession par * es ne sont parties égales, C’est le père et la mère. — Ah! fit Alice, subitement intéressée, je comprends. Il ne fau —C'est heureux !

— Alors, si cet enfant mourait quelque temps après sa naissance, Grégoire aurait deux Mariette, millions à lui, bien à lui ? , ' ,! Du mo. — C'est absolument cela ! | ui t'aime ! — 11 faudra que l’enfant meure !....., dit Alice, très décidée. |

— Evidemment, répondit Craponne avec la même décision, L ois, parce Mais il y a une chose tout aussi essentielle, . C'est que M. Bargemon disparaisse avant .

Gascon se cet enfant, de façon à ne pas refaire ses dispositions,

Surtout, surtout, pour que Germaine et la petite créature qu’elle va mettre au monde yait qu'il ne soient protégées ni l’une ni l'autre, k | nier comi- —(Ça, c'est facile comme bonjour. [4 »s l'Opéra —Tu dis? s'exclama Ernest, étonné à son tour. , 14

— Eh ! oui, M. Bargemon a une maladie de cœur extrêmement grave, } Le médecin qui le soigne aflirme que toute émotion sérieuse peut lui être mortelle. . Nous n'avons qu'à lui donner, cette émotion, et ce sera vite bâclé. —Je reviens sur ce que j'ai dit tout à l'heure ; il y a des choses pour lesquelles vous avez du génie, madame la comtesse.

re les a en Voyons votre plan. Quelle émotion allez-vous donner à ce brave homme ? — Naturellement celle qui peut le plus l’impressionner. —Sur sa fille ? , Mariette — Directement, non, puisque nous n'avons pas de documents sur elle. Or, M. Bargemon n’est pas Grégoire, et pour qu’il croie n'importe quoi ayant rapport à sa fille, sa seule idole, il lui faudrait des preuves à l'appui.

er

ne copie à Tandis que sur son gendre, c'est une autre affaire. tm À on, mariée D'abord, il ne sera pas aussi difficile, ensuite, sur ce paroissien-là, les documents ne me

e de toute manquent pas. | ta en une Nous allons confectionner ensemble une jolie petite lettre anonyme, lui disant par le |

menu ce qu'ést l'individu qu’il estime si profondément et auquel sa fille est liée pour nilse fait toujours.

Epént Le PARA UE RO 4 SR 2 ao

— Quel Talleyrand en jupons, s’écria Craponne, Donne-moi une plume et de l'encre, nous allons rédiger la bombe assassine,

Alice obéit, et les deux scélérats, après avoir longuement discuté chaque expression,

dernier à

chaque phrase, en arrivèrent à la rédaction suivante qu'Ernest se chargea de mettre sur le papier, car il avait une aptitude inquiétante à prendre tontes les écritures qu'il voulait :

‘“ Monsieur,

‘ Une personne, à laquelle vous avez rendu de grands services, veut vous retourner, ‘“ dans la mesure de ses forces, le bien que vous lui avez fait. En effet, prévenu de ce ‘ qui se passe autour de vous, vous pourrez sans doute y porter remède, et préserver “ dans une certaine mesure sinon le bonheur de votre pauvre fille, — ce qui est impossi- ‘“ ble, — du moins sa situation matérielle.

‘“ Votre gendre, M. de Villamblard-Mussidan, au lieu de l’honnête homme avec lequel # vous avez cru vous allier, est le plus triste gredin qui se puisse rencontrer. Sans hon- * honneur, sans scrupule, sans le moindre respect d'aucun de ses devoirs, non seulement ‘ il dissipe en débauches, la fortune que vous avez si laborieusement acquise, muis il ‘ toujours éprouvé pour la comtesse de Villamblard-Mussidan, votre fille, une répuision ‘ profonde que sa cupidité seule à pu lui faire surmonter. ..... Ci-joint un paquet de “ lettres dérobées à Mlie Aliee Craponne, la célèbre Etoile des Champs-Elysées, avec la- | ‘“ quelle M. de Mussidan vit maritalement rue Vital, à Passy. Cette jeune fille, du reste nt ‘“ digne de tous les respects, est tombée elle-même dans le plus horrrible des guet-apens. | “ Ne la jugez pas !......

“ Ne prenez pas cette dénonciation en mauvaise part. N'y voyez que le désir très “ sincère de vous prouver la reconnaissance de celui qui se dit votre obligé pour la vie.

XXXXX, ?

Cinq X pour signature et c'était tout.

Quant à son éloge si bien senti, il avait fallu à Nénest une incroyable force de volonté pour empêcher sa vertueuse sœur de l’étendre à perte de vue.

T1 fut convenu que Craponne irait porter cette lettre chez le concierge de l'hôtel du Ranelagh, lorsque Germaine sortirait, un de ses prochains soirs avec son mari.

Par Grégoire, il ne serait pas difficile d’être fixé sur l'emploi des soirées de la comtesse.

En effet, le lencemain même, M. de Villamblard raconta tout naturellement que les de Gesdres donnaient un grand dîner deux jours après et qu’il serait obligé, à son grand ennui, d’v conduire sa femme, l’état de M. Bargemon ne lui permettant pas de sortir le soir.

—Mince de chic!.... s’écria Nénest lorsque sa sœur lui redit ce projet. Mais quelle chance nous avons! ... Je m’arrangerai pour entrer en même temps que le facteur qui porte le dernier courrier.

Le comte et la comtesse de Mussidan seront partis depuis longtemps déjà ; le vieux qui s’ennuiera seul, sautera sur le poulet, il le lira.... puis il tournera de l'œil. De quoi?.... de sa maladie de cœur, parbleu!.... Et nous.... Ni vu ni connu... Je t'embrouille !...,

— Bien, approuva Alice avec un sourire indulgent. Mais tu sais que cette mort n'est que la moitié de notre besogne.

—Oui, le grand-père liquidé, il faudra que le môme disparaisse aussi.

— Depuis hier, je n'ai fait que tourner et retourner dans ma cervelle quel serait le moyen le plus pratique pour nous d'atteindre ce but sans nous créer d’ennuis. Je crois HA qu’à force de chercher, je tiens le joint.

—Raconte!.... Et s’il manque quelque chose à ton plan, nous le trouverons à nous deux. c

— Grégoire est jaloux comme un tigre.

—De toi. Oui, je le sais.

—Et de l’autre également Rien que parce qu’elle porte son nom, ditAl, elle doit être impeccable. Et cet honneur de s'appeler Mme de Villamblard-Mussidan doit remplacer pour cette malheureuse, toute joie, toute tendresse, même toute distraction.

—Jolie existence !

—Qu'est-ce que tu veux? Il faut bien que les honnêtes femmes paient par quelque:

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s retourner, évenu de ce xt préserver est impossi-

avec lequel

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pour éviter un semblable scandale.

jours et de mes nuits : faire divorcer Grégoire, et avoir c donnera l'entrée de ce monde, duquel notre métier de cabo de ma jeunesse m'excluront à tout jamais sans cela !

chose l'estime dont elles sont entourées, elles se présentent.

Toujours est-il que si j'arrive à faire croire à Grég pire folie dont il ne soit capable à ce moment-la,

— Mais qui vas-tu accuser ? Elle ne va presque nulle part ; elle ne re monde, et il n’y a pas de vie plus au grand jour, que la sienne,

— Oui; mais ce savant qui ue s'occupe que de ses expériences et de ses microbes... peut-être ÿ aura-til quelque chose à faire avec EE.

—M. de Gesdres ?

— Parfaitement, M, de Gesdres.

—Ce sera difficile,

— Pourquoi? Il a aimé jadis sa femme au point de se marier fortune ni nom. Ce qu'il a fait une fois, par devant M. le maire, Je puis persuader à Grégoire qu’ÿ l’a recommencé une seconde fois, par devant l'amour, avec Germaine

— Le comte ne te croi pas. Il sait que sa femme et le marquis de Gesdres sont incapables d’une chose pareille, Juge donc ! Mme de Villamblard n'est-elle pas la meilleure, la seule amie de la marquise de Gesdres ?

— C'est possible ; mais cette raison n'impressionnera pas Grégoire. Tu le connais comme moi, en effet galors crois tu que s’il pouvait arriver à sé Gesdres, qui, paraît.il, est très belle, l’idée qu’elle est l'amie d seul instant ?

— Oh ! ce n’est guère probable, répondit Nénest en riant. ne possède pas de ces scrupules-là.....,

—Eh bien ! étant susceptible d’une action pareille, il est cer M. de Gesdres.

—Tu peux avoir raison.

— À coup sûr!

—Je te le concède. continue.

—Alors partons : : +ette idée-là. Je vais commencer bien doucement, d'abord, en ÿ touchant à peine, à insinuer cette petite affaire-là à mon Rodrigue. Il se révoltera

d'abord, je m'y attends ; mais avec un peu de persévérance, n’aie Pas peur, il mordra a la pomme, je m’en charge,

À ce moment, lorsque les couches de Ger de girouette il ne faut pas que Grégoire aie lui servirons une jolie petite lettre de ma co par n'importe qui.

Nénest regardait sa sœur en extase,

—Mes compliments, belle comtesse, lui dit-il, vous êtes d’une for:s!... jamais trouvé cela tout seul.

—Je te crois, fit-elle, très flattée du compliment, peine, cette idée-là !.

et la façon dont elles sont traitées partout où oire que sa femme le trompe, il n'est

soit pas grand

avec elle, qui n'avait ni

duire cette marquise de e sa femme l'arrêterait un

Ton paroissien, ma chère,

tain qu’il l’admettra chez q

maine seront proches, car avec son caractère le temps de se laisser retourner par elle, nous mposition, adressée à la susdite Germaine

. Je n'aurais

D'ailleurs, ça m’en a donné assez de

J’en possède comme cela quelques uvées dans les poches de mon cher et tendre, Tu vas te faire la main à

apable d'écrire un billet avec

ces pattes de mouches ci ; mais si identiquement les mêmes, que l'œil le plus exercé s'y

laisse prendre, Elle lui mit tout à coup la main sur l'épaule :

—Songe, lui dit-elle, que ce papier-là, si tu réussis, nous rapportera deux millions !.... Peut être davantage, car fière comme elle l’est,on ne sait pas ce que cette femme donnera

Songe aussi que, par le même moyen, je puis arriver à réaliser enfin le rève de mes ette situation régulière qui me tins et les quelques frasques

—Ma pauvre fille ! les rêves se réalisent raremen

— Quand on sait s’y prendre, si ! répondit Alice avec une singulière énergie,

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