‹ Fleur des neiges [microforme]Chapitre 11 sur 16 · GERMAINE · texte numérisé non relu

GERMAINE

Mme de Gesdres ne s'y trompa pas une seule minute. ;

—C'est encore quelque farce de ce grand fou d'André, dit-elle à son mari, en le prévenant de son départ,

Mais la distance entre la rue de Vaugirard et le Ranelagh est longue.

Une heure après seulement Abeille arrivait chez son amie,

Telle était la force de caractère de la jeune fille, que Lucien était parti, après lavoir embrassée, sans se douter quelle immense douleur était dans l’âme de la malheureuse enfant,

—Toutn la nuit, mon Abeille, lui dit-elle en terminant son triste récit, il m'a semblé entendre ce pauvre petit innocent m'appeler, et une barrière se mettait entre lui et moi, ma volonté, mais une volonté dont il m'était impossible d'être maîtresse, m'éloignait de lui...

J'ai été très malheureuse, et c'est pour cela, ajouta-t-elle avec une grâce charmante, et en appuyant sa tête pâlie sur l'épaule de la marquise, c'est pour cela que je t'ai fait. dire de venir. Console-moi !

Abeille répondit :

—Ï]l y a longtemps qu'avec André il faut s'attendre à tout.

Malgré la gravité de la situation qu'il s’est créée en se laissant enliser dans ce faux ménage, il me semble qu'il y a là-dedans quelque chose qui me le fait voir sous un jour différent, et qui plaide en sa faveur.

—Quoi donc ? demanda Germaine.

— L'amour que lui a inspiré l'enfant.

7 Ce sentiment a été assez profond chez lui, inconstant et léger au delà du possible, pour lui faire garder la mère pendant six ans. Cela me raccomode avec ton cousin et me prouve qu’il est capable de ressentir des tendresses durables, profondes et vraies...

—Oui, mais ce qui a commencé continuera ; et à cause de l’enfant, il restera toujours. avec la mère.

—Eh bien ! répondit Abeille très résignée, ce sera peut-être ce qui pourra t’arriver de: plus heureux. Tu finiras par accepter une chose que tu sauras inévitable, tu l’aideras à élever son fils, et ce sera une œuvre admirable, et absolument digne de toi,

— Oui, mais cette Cyprienne, Abeille, cette Cyprienne !.... que deviendra-t-elle au milieu de tout cela ?,...

— Elle ? dit la marquise de Gesdres, je m'en charge. Je verrai ce qu’on peut en tirer. Je tâcherai de l’élever à la hauteur de Rolland et d'André ; et puis, ma foi, tant pis pour ce dernier. Quand on sème du vent, on ne peut que récolter la tempête. S'il n’est pas heureux, il l'aura bien voulu Mais pour légitimer son tils, il faudra bien qu'il régularise son union avec la mère,

Cette perspective paraissait beaucoup plus admissible à la marquise de Gesdres qu'à Mile Bargemon. Mais Germaine avait trop de droiture pour protester contre ce qu'Abeille et sa conscience lui disaient être le devoir.

Elle ferma les yeux et se mit à mesurer l'étendue du sacrifice qui allait sans doute lui être imposé. Elle comprit à ce moment là, que voir André devenir le mari d’une autre femme lui serait mille fois plus douloureux que de le savoir mort ; mais en même temps la rigide volonté de son père lui cria au fond d'elle-même :

—Ï] le faut !

Alors, sans un mot, elle s’abandonna dans les bras d’Abeille, et se mit à pleurer silencieusement.

La marquise de Gesdres ne lui adressa pas la moindre consolation banale, elle se contenta d’enlacer la taille de Germaine, et de temps en temps, elle pressait longuement, silencieusement son amie contre son cœur.

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Tout à coup un valet de chambre entra avec un plateau d'argent à la main. Germaine se redressa.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle,

— Une lettre qu'un commissaire vient d'apporter pour mademoiselle, en disant que c'est très pressé,

Elle avait déjà reconnu l'écriture d'André, et tout aussitôt une suprême intuition lui dit que la lettre contenait quelque chose: de très grave, dont elle aurait à parler avec Abeille, en tête à tête.

—L'individu qui a apporté cei, dit le alet de chambre, a prévenu qu'il y avait une réponse, k .

— Bien ! qu'il attende ! Et vous, ne revenez que lorsque je sonnerai.

Dès que le domestique eut refermé la porte, Germaine déchira l'enveloppe, et lut à demi voix les lignes suivantes :

“ Cyprienne va mourir, on vient de lui administrer les derniers sacrements, elle veut

‘te voir pour te confier son fils. Au nom de tout ce que je t'ui fait souffrir, ne me “{ refuse pas de venir.

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