PETITE MAMAN
M. Bargèmon ne rentra pas pour déjeuner avec sa fille, A deux heures, André écrivit à sa cousine :
‘ Cyprienne vient de moutir, . Jusqu'à ce soir je vais m'occuper de lui rendre les der-: ‘“ niers devoirs. Je tâcherai de venir vers neuf heures. ‘“ Merci, ma sainte,
n ‘© ANDRÉ, ”
Germaine avait quitté Abeille et avait voulu être seule afin de mieux surmonter le trouble profond auquel elle était en proie, et peut-être aussi de mieux analyser ses sentiments, Malgré elle, en dépit de,sa nature si éminemment droite et bonne, une joie.très cachée l’inondait, une joie que toute sa rigidité ne pouvait lui montrer coupable, Est-ce qu'André, à présent qu’il étuit libre, pouvait ne pas lui revenir ? Et de même que cette
créature, certainement indigne, certainement au-dessous de lui, au point de vue intellec- :
tuel et moral, l'avait retenue par la présence de Rolland, est-ce qu'elle ne lui donnerait pas, elle aussi, Germaine, le même attrait et le même bonheur ? Or elle était bien décidée à élever cet enfant, vers lequel, à distance, tout son cœur bondissait autant que lorsqu’elle l'avait tenu dans ses bras. Il y avait bien Bargemon, auquel il serait peut-être difficile de faire accepter le nouveau venu. Mais la générosité de Lucien venait en aide à sa grandeur d'âme, qui était au-dessug“de tout, avec un peu de prudence, de la part de Germaine, dans les commencements, la jeune fille savait bien qu’elle atteindrait son but,
M. Bargemon revint chez lui, vers six heures seulement:
—Ouf! dit-il dès l'entrée, t'avoir laissée seule depuis ce matin, c'est stupide ; et tu ne t’imagines pas à quel point j'en ai été préoccupé toute la journée...
Mais, je te l'ai dit hier soir: désormais, ça ne m’arrivera plus. Puis subitement, s’apercevant combien sa fille avait le visage bouleversé, et les yeux cernés :
—Qu’as-tu ? lui demanda-t il. Que est-il arrivé?.... Oar certainement tu n'es pas dans ton état ordinaire. us )
Simplement, et véridiquement, Germaine commença à raconter à son père ce qui s'était
assé la veille au soir, après le départ de M. Bargemon, entre André et elle. Et, comme
rx furieux et indigné marchait à grands pas dans le salon, répétant :
—Eh bien ! c'est du joli ces histoires-là ! Non seulemeni, voilà les belles équipées de ce monsieur, mais il vient te raconter toutes ces choses à toil.,.. à toil....
Germaine lui répondit : :
: —Je t'en supplie, ne te fâche pas, et aie la patience de tout écouter. Autrement, si tu ne m’aides pas, nous n’en sortirons jamais, les uns et les antras.
—Oh moi ! je te lai déjà dit, j'ai un moyen bien simple de m'en sortir. J'ai une affaire en Amérique qui demande un ingénieur. Dès qu'André aura ses brevets, c'est-à dire-
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dans quelques mois, je l’expédierai là bas, Quand il y aura passé cinq ou six ans en tête à tête avec lui-même et quelques centaines de nègres, au bord du Missispi, il aura le temps de réfléchir, et verra la vie sous un autre aspect, :
— Ii la voit déjà autrement, dit Germaine, car je t'assure qu'il a beaucoup souffert
daws ces derniers mois.
—Des mots !....1l n’est, ni ne sera jamais sérieux- Ë
— Tu as remarqué toi-même combien il avait l'air triste et malheureux, depuis long temps déja. Mais il y a bien autre chose que ce que je viens de te dire.
—Quoi encore ?
—La ferme est morte, et je lui ai promis de veiller sur son fils,
—Toi Germaine, toi, tu as promis ça à cette créature]... , Et où l'as tu vue Loin
—Ce matin André m'a écrit qu’elle venait de recevoir les derniers sacrements, et qu’elle voulait me voir avant de mourir.
Abeille était ici, J'y suis allée dans sa voiture, avec elle,
Ah! comme Lucien s’expliquait bien maintenant l'altération de ce cher visage. ... comme il comprenait ce qu’elle avait dû souffrir sa fille, en faisant cette démarche. :.. et en même temps comme il reconnaissait sa propre générosité dans le sentiment qui l'avait dictée... , Eh oui, aussi bien que lui, Germaine n'était-elle pas l'élève du saint. homme dont la devise était : “Faire toujours du bien dans l'oubli de soi-même !... .”
—Ah! chère, chère folle... comme ie t'adore, dit-il. Mais au bout de quelques instants sa raison pratique reprenant le dessus, il vit les détails réalisables de cette promesse et ajouta : ;
—T'occuper de cet enfant, très bien ; mais comment ?....Car tu ne penses pas que nous puissions le prendre ici, ce pauvre innocent,.. .: probablement sans nom et sans état civil,
—Tu te trompes, André l’a reconnu. Il s'appelle Rolland, d’un des noms de bon papa
— De mieux en mieux !....1l a fait cela et sans en avoir parlé à personne !....Si ça continue, il ira loin ton André. :
Germaine, sans se troubler, reprit :
—Îl paraît que cet enfant, qui a cinq ans, est extraordinaire. (‘a ne m'étonne pas, je l'ai vu, il te ressemble tellement qu’on le dirait ton fils.
Bargemon, plus ému qu'il ne voulait le paraître, répondit :
—Tout cela tu peux l'avoir dans les yeux, et d’ailleurs ça ne fait ni haut ni bas. Noust ne pouvons pas prendre l'enfant ici, d’abord ce ne serait pas convenable, puis ce serait excuser les hauts faits d'André, et l'encourager dans ees sortes d'équipées. Mais puisque tu désires l'élever, que tu l'as promis, je m'en occuperai dès demain et à midi, je te porterai la chose étudiée, et,le nom de la maison où tu pourras le faire conduire,
—Tu me l’y laisseras bien amener moi-même ?
—Si tu veux, mais sois prudente,
À neuf heures, ainsi qn’André l'avait-annoncé, il arriva,
Bargemon, qui avait décidé qu'il lui parlerait vertement, n’en eut pas le courage.
André, en effet, était livide, avec les yeux horriblement cernés, ses dents claquaient de fièvre,
—Eb bien ! lui dit son oncle, tu es dans un bel état 7...
—La fatigue !....balbutie-til, Aveo quelques jours de repos, il n'y paraîtra plus. — Va te coucher tout de suite.
—Je ne le puis pas, quoiqu'il me semble que j'ai dans la tête tous les marteaux d'une
. usine. Mais un devoir très pénible m'appelle ailleurs.
—Alh ? quel devoir?
— Germaine ne vous a donc pas raconté nes folies et mon malheur ?...,
—Très au long, tout au contraire, Et si je ne t'en parle pas c'est que j'ai pitié de toi ce soir. Mais ne te crois pas quitte vis-à vis de moi pour cela. Je te dirai probablement des choses très sévères et j'oxigerai des gages pour l'avenir, sois en sûr. :
—Je ferai tout ce que vous voudrez. Ma reconnaissance pour ce qu'a fait Germaine a fit naître en moi un sentiment que surtout dans ce moment-ci, je ne pourrais pes expré er, Mais qui me transformera ; vous Île verrez par ma conduite à venir,
—Je le souhaite. Pour le moment, garde tes sentiments pour toi. Quant à ton fils, demain tu l’amèneras ici, et tout de suite nous le conduirons dans une maison où l’on es-
sayera d'en faire quelqu'un valant mieux que toi. n'obéir lorsque je parle, at va te couther.
—J'e dois aller veiller cette pauvre morte,
—- Est-ce qu’elle est seule ? :
—Non, j'ai envoyé chercher deux sœurs qui sont auprès d'elle, è —Eh bien alors, fais ce que je te dis. Quant au petit, les sœurs s'en occuperont probablement aussi, . |
— Oui, elles me l'ont promis,
—Dans ce cas, ce serait absurde de ne pas te reposer.
Tu m'as l'air d'être absolument à bout de force. Mon très chaud, et demain-matin, tu iras où ce devoir que t que-là ta présence n’est pas indispensable là bas.
André finit par obéir, Du reste sa fièvre augmentait, et dans l’état d'abattement où elle le mettait, il n’était pas capable de résister longtemps à Bargemon. Le lendemain,
dès l’aube, le valet de chambre du jeune homme entra chez Lucien.
—M. André est très malade, lui dit- €n Sÿncope ; maintenant, il bat affreusement la campagne.
Bargemon courüt chez son neveu.
Les yeux fixes, et le visage décomposé, André
—Îl à certainement gagné la fièvre typhoïde au chevet de cette malheureuse fille, déclara le médecin, qu’on alla chercher en toute hâte,
On voulut cacher la situation à Germaine, puis l'éloigner de la chambre du malade j tout fut inutile, Elle déclara qu’elle soignerait son cousin elle-même.
A dix heures; Abeille prévenue, arriva, Poe
—On enterre ce matin cette pauvre femme, dit la marquise à M. Bargemon, elle ne peut s'en aller seule au cimetière ; il faut au moins que son fils la suive.! Et puis:qu’An-
dré n'est pas en état de remplir ce devoir, j'y vais, moi ; j'accompagnerai ce pauvre petit orphelin.
—Tu as un cœur de diamant, mon Abeille, Au milieu de l'après-midi seulement, ils revi la main un enfant en grand deuil. / —Tiens, dit-il à Germaine, accourue au devant d'eux Lorsque son père sera guéri, nous prendrons une décision à son égard. Je n'ai pas pu * m'en occuper aujourd’hui, En attendant, pour lui, sinon pour moi, sois prudente. Germaine envoya à son père un indicible regard d'amour et de reconnaissance, —Ah ! qui me comprendra jamais et m’aimera comme toi!... .s’écria-t-elle, L'enfant était déià accroché à sa robe. :
— Veux-tu que je reste avec toi jusqu sa petite voix plus pure qu’un cristal, — Oui, mon trésor, lui répondit-elle en le couvrant de baisers, tu es à moi, tu ne mé quitteras plus.
Bargemon s'était éloigné pour voir par lui-même l'état d
répondit Lucien, je vais avec toi !
nrent tous les deux. Bargemon tenait par
à ce que maman revienne ? lui demandat.il de
maintenant,
‘André, Abeille enlevait son.
chapeau,
—Alors, dit le bébé toujours dans les bras de Germaine, tu es une autre maman, toi aussi ? :
—Oui, oui, c’est cela !
Il ne répondit rien. Déja Rolland n’était pas bavard, Le soir, de Mlle Bargemon une de ces chaises très hautes, destinées aux avait fait acheter dans la journée, ainsi qu’un lit de fer, de toilette, à côté de sa chambre.
— Lucien, enchanté de la diversion heureuse que le pauvre petit orphelin apportait aux inquiétudes de sa fille, ne fit aucune observation, au contraire. Evidemment, cet enfant
lui ressemblait, autant que s’il eût été le fils de Germaine. Et lorsque tout naturellement Rolland dit :
à table, on plaça à côté petits, et que Germaine aussitôt installé dans son cabinet
Fate ce cher nom de maman, loin de blesser Bar: gemon, lui remua les entrailles d'urie façon très douce, presque paternelle. L'enfant ne fit pas beaucoup de bruit dans la maison, on eût dit qu’il y avait toujours vécu, Abeille prit soin de raconter que c'était une bonne œu vre dé Germ
aine, un orphelin qu'elle recueillait, en attendant de pouvoir le placer quelque part, et comme on était hahitué aux bontés
Pour le quart d'heure commence par
te dans ta chambre, bois un grog u as voulu t’appelle en effet, Jus-
il. Il a voulu se lever tout à l'heure, il est tonabé
, en effet, paraissait profondément atteint.
le voilà puisque tu le désires tant !
mence par
& nt proba-
s un grog ffet, Jus-
ement où ndemain,
28t tonibé t'atteint.
fille, démalade ; , elle ne s:qu'Anre petit nait par
es tant !
pas pu
a-t-il de tenant, ait son
lan, toi
à côté rmaine abinet
it aux enfant ement
r Bar:
ne fit &. prit illait, ontés
FLEUR DES NRIGES
inépuisables du père et de la fille, on se contenta de cette explication sans en demander davantage. Du reste, l'état d'André donna tout de suite assez d'inquiétude et assez d’occupations pour que personne dans l'hôtel n’eût une heure de loisirs: en dehors des soins à lui prodiguer. La fièvre typhoïde, dont il était atteint, prit sur-le-champ des caractères d’une gravité exceptionnelle, Il était plongé dans un coma absolu ; sa température s’élevait chaquejour davantage, il ne reconnaissait personne. On appela les plus grands médecins de Paris. Pascal de Gesdres vint s'installer à l'hôtel, discutant avec eux, aidant sa femme et Lucien dans cette tâche si douloureuse, Quant à Germaine, elle ne quittait André que pour aller s'occuper de son fils. Elle paraissait insensible à la fatigue et à tout ce qui ne regardait pas son malheureux céusin. Rien n’y fit.... André devenait de plus en plus faible. Et sans avoir repris connaissance, sans avoir pu balbutier autre chose que ces mots qui étaient peut-être l'effet de son délire: “Je t'aime Germaine, et n’ai jamais aimé que toi!....”il expira dans ses bras le dix-septième jour de sa maladie... / Alors ce fut pour Lucien des angoisses folles, et des transes poignantes, Est-ce que, , m'ayant presque jamais quitté André, Germaine n'aurait pas pris elle-même les germes
‘pâle, si anéantie, dans son immense douleur, concentrée et muette, qu'il y aväit tout lieu de le craindre. ;
— Partez tout de suite, dit le médecin À Bargemon, traversez des forêts et des monta-
gnes, alles dans les endroits où l'air sera le plus pur et le plus sain, et laissez-la longtemps, longtemps hors d'ici.
Devant une santé aussi précieuse pour Lucien, il ne pouvait y avoir, on le comprend, ni affaires, ni intérêts. Il abandonna tout sans réfléchir, et partit au hasard, devant lui.
Germaine ne voulut pas se séparer de Rolland. Quand bien même M. Bargemon n'eût pas commencé à s'attacher à cet enfant qui était si affectueux, si doux et si bon, certainement il eût laissé faire à Germaine tout ce qu’elle voulait, et il ne l'eût contrariée en rien dans l’état où elle se trouvait... Mais la préserse de Rolland fut la chose la plus heureu:: du monde pour arracher la jeune fille à sa constante douleur.
T1 fallait, en effet, habiller l'enfant, le lever, le coucher, faire attention à ses repas, en ‘un mot se préoccuper constamment de lui. Lucien, afin de mieux observer les prescriptions des médecins, partit pour les bords du Rhin, d’abord ; de là il gagna la Suisse, fai- ‘sant des séjours prolongés duns-toutes les singulières maisons de repos et de santé, dont le pays est couvert, des £urhaus, comme on les appelle là-bas, et restant le plus longtemps possible dans celles qu'il réncontrait au milieu des forêts, sur les cîmes les plus élevées, ou dans des lieux presque inhabités,
Bientôt, il espéra que Germaine n'aurait rien gardé de la terrible fièvre. Sa tristesse elle-même était moins intense. Il était évident que Rolland, auquel elle s’attacha d’une affection passionnée extraordinaire, l'avait empêchée de trop se concentrer au-dedans ‘d’elleinême. Elle n’oublierait peut-être jamais André cela était possible ävec son caractère où tout se gravait comme sur du marbre, mais elle ne mourrait pas de sa perte. “Quel poids cette certitude n’enlevat-elle pas du cœur de Luoien !....
Lorsqu'ils furent allés de Cologne à Strasbourg, de Strasbourg à Schaffouse, puis a ‘Zurich, à Lucerne, dans l'Oberland, à Interlaken, à Berne, Bargemon dit à sa fille :
— Abeille et Pascal sont en Gascogne, ne serais-tu pas contente de passer avec eux la fin de l'été ?...... NE
Elle ne demandait pas mieux ; du reste dans là solitude absolue de Mussidan, elle pourrait s'occuper davantage de Rolland,
+ Le bébé avait, lui aussi, repris quelques couleurs. Germaine, qui était fière de lui, voulait le montrer à Abeille, au curé et à tous les autres,
Seulement, afin d'éviter les interminables questions de Paulin et de Flore et même de d’abbé, il fut convenu qu'on laisserait croire à tout le monde que Germaine avait recueilli un orphelin, mais sans dire à personne que cet orphelin était le fils d'André. L'été, dans la grande maison silencieuse de Mussidan, passa comme un rêve.
Abeille venait d’être mère, et les soingque réclamaient la jeune femme et la petite Marguerite, ajoutés à l'amour toujours plus fort que Germaine éprouvait pour Rolland, rémplirent sa vie, :
‘ Pendant l'hiver qui suivit, plusieurs partis extrêmement sérieux se présentèrent pour Mlle Bargemon. ee
Elle ne voulut entendre parler d’a daient en mariage,
—Mais enfin, lui dit un jour Lucien Bar
ucun, pas même savoir le nom de ceux qui la deman-
: gemon. il faudra bien que tu te maries, car si Jamais je venais à te manquer que deviendrais-tu, toute seule au monde ?,,.., Elle le regarda subitement très inquiète,
e n'est pas en vain qu’un homme dépense la somme de travail et d’ donnée Bargemon pour atteindre son but, Il était aflaissé, trois ans, comme s'il en eût ‘eu soixante-dix, Ses yeux, ges bea étaient noyés depuis quelque temps dans une bouffissure ceux qui se sont occupés des terribles maladies du cœur. Par moment aussi, la respiration lui manquait tout à Coup, et pendant quelques minutes, il était en proie à une angoisse profonde, indéfinissable, comme si l'air lui faisait subitement défaut, Mais il ne
s'effrayait pas de ces divers symtômes, ayant depuis longtemps l'habitude de se compter \ pour rien,
— Est-ce que tu te sens inquiète et bouleversée..
— Non, lui répondit Bargemon, pas le moins du mo faigué de temps en temps ; mes forces s’en vont, c'e
et cassé à quaranteux yeux purs et droits, aqueuse que connaissent +ien
malade ? lui demanda un jour Germaine extraordinairement.
t comme le visage de Germvine, subitement s'altérai
t, car pour la première fois elle remarquait le changement survenu dans la personne,
tout entière de Lucien, celui-ci vit
—Mon intention n’a pas été de te tourmenter, et tu le sais bien. Du reste, à pas lieu de le fairo ; mois je voudrais tant te voir mariée, heureuse, à ton tour, ,., \
—dJ'ai Rolland, dit-elle doucement.
—Ah ! ;’éoria Barxemon, est:ce que cela se ressemble :..., Certainement, je l'aime de touics mes forces, cet enfant qui porte mon now, et quia peut-être un peu de moi, ainsi. que Lu me le répètes si souvent. Mais songe, ma Germaine, songe, si Rolland peut se comparer à un petit étre véritablement né de toi, de toi, mon seul amour, et mon adoration: infinie. .. C'est ce bonheur-là, Germaine, qu’il ne faut pas me refuser, c'est celui-là qui sera la seule récompense du peu de bien que j'ai pu faire en ce monde ! Mlle Bargemon avait écouté son pere en pleurant,. —-Ecoute, lui dit-elle, j'avais résolu de ne .me marier de quelle façon j'aimais André!..:.Je ne suis pas de ie l’ai encore pius aimé mort que vivant !
—Mlais un souvenir ne remplit pas éternellement la vie, et ne peuple pas un foyer... À mon foyer, j'ai Rolland dont le cœur, semblable au tien, me donnera la somme d’affec: tion qui m'est nécessaire... . Tu sais que je suis concentrée, pas expansive du tout, et: n'ayant peut-être pas besoin comme une autre, de certaines démonstrations. Avec cette nature, j puis passer toute ma vie, sinon heureuse, du moins apaisée, entre l’amour de- Rolland et lé souvenir de son père. Fi Mais tu veux que j'aie une famille à moi, tu parais mettre tout ton cœur d tu me le dis, tu me le demandes, dans des termes qui me bouleversent, Je t'aime par-dessus tout, et l'idée d'apporter une douleur ou une déception dans ta vie, ne peut entrer en moi. À —01 chère, chère adorée !.., balbutia Lucien éperdu d'émotion. —Donc continua.t-elle doucement, je me mariérai, puisque c'est ton vœu le plus cher. —Et tu seras heureuse, et tn seras aimée comme tu le mérites | —Je ne le sais pas, Vois, André n'a pas ressenti pour moi cet amour que je révais. Je ne suis peut-être pas faite pour être aimée de cette façon-là..., \ —Toi, si admirablement belle ?. . . . Allong"done Hoi —Enfin, je te promets de faire tout ce que je pourrai pour t’obéir ; mais la blessure est: encore trop fraîche, laisse-là se fermer un peu, n'est-ce pas ?:..... El faut aussi que je m’hsbitue à cette nouvelle idée. Et, l'hiver prochain, si tu le veux
nous en reparlerons, C’est entendu, déclara Bargemon en pressant sa fille, son pur et. cher trésor contre son cœur.
il n’y et mère de famille
jamais. Tu ne sais peut-être pas:
celles qui oublient, et je crois que
ans ce désir,
activité qu'avait :
un peu froidet lomnia Tou panier rite à qui ra Roll
Ve riche, e embarr:
longtein mines el mirable merie, @ jourd’hu une misé : —de:
—Gré Mlle c —Que —Pré
—Et j au jeune |
la deman-
ies, car si
qu'avait :
quaranteet droits, ent kien a respira- À une an- [ais il ne
compter
airemente un peu 8 commé n.
> enfant,
fois elle lui-ci vit
e, il n’y ) famille
aime de où, ainsi:
se com-.
loration: i-là qui
tre pas:
rois que yer..,
d'affec:
tout, et:
ce cette our de:
J désir,
ta vie,
cher,
ais...
ire est.
> VCUX pur et
CRAPONETTE
Cette année passa plus vite qu’un songe,
Dans l'air pur de la Gascogne Marguerite, la fillette d’Abeille, grandissait, venait comme un charme, tandis que le chétif et pâle petit Rolland lui-même se fortifiait d’une merveilleuse façon. Le curé de Villamblard, auquel on avait raconté à peu près la triste et malheureuse histoire d'André, mais sans nommer ce dernier, avait trouvé l'adoption de l’orphelin par Germaine toute naturelle,
—Voyez-vous, Flore, disait-il à sa servante, depuis la mort de Mathilde et surtout dépuis celle d'André, Germaine était bien seule ; ce petit si intelligent et si bon remplit sa vie et loccupe. Je vous le dis toujours, mon enfant, le bien porte sa récompense avec lui.
Et Flore, pour ne pas perdre l'habitude de bougonner, répondait, quoiqu’elle aimât Rolland à la folie :
— Vous, monsieur le curé, on vous prend avec rien ?'on a appelé ce petit de l’un de vos noms: Rolland...., alors du même Coup, on-lui a donné toutes les qualités : c'est un prodige !.... Oh! non, vous serez toujours le même!..,
À l'automne, le retour à Paris eut lieu dans les mêmes conditions qu’à l'ordinaire, avec un peu plus de déchirement, néanmoins, car Germaine, avec son âme si tendre, sous sa froideur apparente, s'était attachée de toutes ses forces à la fille d'Abeille. Elle se calomniait quand elle disait qu’elle était faite pour le célibat ; la maternité était en elle.
Tout l'été, Germaine avait q''tté Mussidan, accompagnée de Rolland dans un petit panier qu’elle conduisait elle-même. Elle se rendait à Gesdres ; là, elle prenait Marguerite à sa mère, elle la Promenait, la berçait, lui chantait des Chansons lentes et douces qui ravissaient l’adorable petite créature.
Rolland, loin d’être jaloux de cette extraordinaire- affection, adorait la mignonne au. tant que Germaine elle-même. A Paris, Rolland reprit ses études, Pascal ses travaux,
et ucien ses affaires ; mais Abeille at Germaine continuèrent à ne Pas passer un seul jour sans se voir. Un soir Bargemon rentra chez lui, dans un état de bouleversement impossible a dire.
—Qu'as-tu ? lui demanda sa fille, subitement aussi troublée que lui, car elle avait peur de le savoir plus malade.
—Ah ! dit-il, il m'est arrivé une chose bien étonnante, aujourd'hui ;| mais qui me fait un pluisir!.... oh! un plaisir!
Eh bien! raconte-la moi.
— Volontiers ! Tu sais que je liquide toutes mes affaires, peu à peu, me trouvant assez riche, etestimant que notre fortune actuellement est même trop considérable, à cause des embarras d'administration qu’elle exige. Ma maison de location est déjà vendue depuis longtemps ; également la plus grande partie de mes usines, ma ferme en Tunisie, mes mines et bien autre chose encore. Il me reste néänmoins un café-concert, lequel est ad-. mirablement loué à un homme solide, fort intelligent ; quelques journaux, et une imprimerie, eette dernière très considérable, Je m'occupe infiniment de cette affaire-là, Au-
jourd'hui, en allant la visiter, devine qui j’y ai trouvé installé comme correcteur, et dans.
une misère !.... Oh ! une misère à vous arracher l'âme |... à ; —Je ne le sais pas, dit Germaine, tu connais tant de monde !.,... à — Grégoire de Mussidan !......
Mlle de Bargemon sursauta.
—Quel Grégoire ?...... demanda-t-elle. Le neveu de bon papa curé ?
—Précisément.
—1l est donc: revenu d’Amerique ?
— Depuis quelques mois à peine, : *
—Ah! le cher hom.ne, va-t-il être heureux !..,., ’
—Sans compter que je tiendrai m1 promesse et que je rendrai sy nèven toùt Je bien qui m'a été fait jadis par l'oncle, tu peux me croire, ?
Et je t'approuve ; cependant, tu ferais peut être bien, avant de laisser soupçonner au jeune homme l'intérêt que tu lui portes, de voir ce qu'il vaut... . . ‘quelle a été ga vie-
*..... #'il ést digne que tu l'occupes de lui, ; 4
—Un Villambiard-Mussidan !.,.... Tu. plaisantes ?.,..,. -être autrement ?..,...
— On ne sait pas | .amollit d’autres, —Je te l’amènerai, veux-tu ...... l , Germaine fit un geste indiquant combien cela lui était indifférent, toute la soirée, parla de sa vie passée, de sa jeunesse, -aVait été pour lui, Lucien, toujours si calme, —Songe, répétait-il de loin en loin à sa fille, bienfaiteur, Un Pauvre travailleur de terre,
Est-ce qu'il pourrait en
M. Bargemon,:
de ce que l'abbé de Villamblard n’était positivement plus reconnaissable.
songe à ce que je serais sans mon cher ne mangeant pas à sa faim, et incapable de
Germaine ne put s'empêcher de trouver insuportable l’individu, intéressant ou non, -qui mettait son père dans un état si peu habituel. Quelques jours se passèrent, BargemOn était en proie à une sure; - tation qui allsit grandissant. Il ne parlait que de son
ble et fatigant.
un peu énervée,
— Dès qu'il sera présentable. Ne t'ai-je pas dit qu'il était extrêmement malheureux ? ‘Sa garde-robe se ressentait forcément de sa situation, et : il n’a pas voulu paraître devant
toi sans être vêtu comme le comportent son nom et £a personne, qui est charmante, et +où l’on retrouve bien la noblesse de la race dont il est issu. SCO
Mais comme elle l’adorait, ce père, elle ne voulut ‘pas le blesser dans un sujet qui paraissait tenir si profondément au cœur de Bargemon, et elle se tut. La conversation en resta là, Deux jours seulement après, Lucien lui en reparla.
—Demain soir, lui dit-il, le comte de Villamblard-Mussidan dinera avec nous, et nous donnera toute ss soirée, Tu serais. bien gentille de dire à Abeille et à Pascal de venir ; nous ne serions pas aussi seuls, et ça lui ferait comme une petite fête autour de lui, pour sa première visite, Ê
—Bien, répondit Germaine, j'irai aujourd’hui même Ja prévenir. d'engagement, elle acceptera certainement. Bargemon ne fut point fâché de l'expression glaciale avec laquelle sa fille lui répondait, lorsqu'il s'agissait d'un nouveau venu dans. leur vie. Dès qu'il avait su, en effet, que ce pauvre et misérable correcteur était Gré-
-goire de Villamblard-Mussidan, le neveu deson bienfaiteur, Lucien, au fond de lui-même, “avant toute réflexion, s'était dit : Û
— ‘T'en ferai le mari de Germaine, et rien ne saurait être aussi beau de notre part que de payer de cette façon la dette contractée vis-à-vis de cette famille, Or, Germaine, avec sa rapidité merveilleuse de compréhension et même d'intuition, avait certainement lu ce désir passionné en lui. Alors, de parti pris, M. de Mussidan lui répugnait, rien que parce qu’il représentait le mariage pour lernel, depuis la mort d'André, Mille BargemOn avait tant d’antipathie,
Si Pascal n'a pas
La * +
Tout le rez de-chaussée de l'hôtel du Ranelagh est &emon l’a voulu ainsi. Les deux grandes lanternes e allumées, !s pâles globes électriques jettent sur les massifs du jardin d'hiver des Jueurs spectrales ; dans le hall d'entrée, il y a partout des plantes rares et des fleurs coupées
Qui embaument. Germaine est divinement belle dans ‘une robe de crêpe de Chine blanc aux broderies de fée, que Lucien l'a suppliée de mettre. L'étoffe souple moule comme un Sart sa personne svelte et élégante; semblable à une adorable et mièvre statuette de Ta-
naturelles lui font une aigrette profondeur de ses magnifiques yeux de saphir foncé, si oue à ses pieds. Le visage intelli-
a grandi, il s’est fortifié, et sa dis-
À qu'éclaircit un immense col de fne «dentelle lequel laisse à découveit son cou d'enfant frais et brun.
— Oh! chérie, que tu es belle! et mon Rolland qui ressemble à un fils de prince ! dit
illuminé comme pour une fête, Barn fer forgé de la porte d'entrée sont
eue La misère trempe merveilleusement certaines Âmes, et en
çait ve portail nière, d’abor.
sans ce était p avaien:
yeux, } cadraie et une fausset, —Nc vie être détails avait er sé l’exq —M:
le chem de reocot C'est blard le:
maine ir
lui dit —Ah pas ? As'appelai Flo:
+—Ah Cette :
De plu Mlle Bar ° —Les par égaro elle, comt voué un c de noble: