‹ Fleur des neiges [microforme]Chapitre 14 sur 16 · BG · texte numérisé non relu

BG

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Bargemon, flatté de ses fins bijoux, si bien enchâssés tous les deux dans le luxe et le soin du moindre détail.

— Tu sais, répond Germaine, c’est pour toi, papa, que je me suis:parée, rien que pour toi, ne l’oublie pas!. ...

— Et toi, ma Mémaine, songe à la dette que no

us avons confractée vis-à-vis de ces gens-là... J'ai écrit à mon vieux curé la rencontre que j'ai faite de son neveu et mes intentions pour son avenir. Ah! situ voyais ce qu’il m'a répondu. ... Il délire de joie, il me bénit ! ‘

— Veux-tu me la montrer cette lettre ?

Lucien se vit deviné, Cependant il répondit assez fermement :

— Oui, demain, si tu es sage ce soir !

Un roulement sous la voûte d'entrée les interrompit.

— Voilà Pascal et sa femme, dit M. Bargemon.

—Ca m'étonnerait, répondit aussitôt Germaine.

Elle avait raison, }

La portière se souleva et un valet de chambre annonça :

—M. le comte de Villamblard-Mussidan !

Germaine devint très pâ! . pende tqu'un jeune homme mince çait verselle, Il sautillait :n marchant, et souriait, l'ajr-très gracieux, très avenant. Il portait le costume de soirée, c’est-à-dire l'habit noir, avec l'éternel gardénia À la boutonnière, A mesure qu'il s’approchait, on voyait qu'il n’était pas aussi jeune que le faisait d'abord croire l’exiguité de sa personne, Il était blanc et rose avec une figure poupine, saus Caractère, Le front sous les cheveux plats et lissés, était pointu, fin et un peu recourbé, tout au bout ; le avaient des paupières épaisses très retombantes dans les coins,

Le marquis est toujours en retard.

et de petite taille s’avan-

onté, mais il doit dans la

tatillon et insuportable, se noyant dans les petits détails sans jamais s'occuper des choses essentielles, Avant même de l'avoir saluée, il

avait enveloppé Germaine d’u n régard pénétrant et fouilleur qui avait horriblement frois-

—Mademoiselle, lui dit-il de sa voix désagréable, ma bonne étoile m’av le chemin de M. votre père, ce soir elle me conduit ici. Je suis tellement su

lui dit Germaine.

—Ah ! oui, div le comte en riant, un fier original ! ce. vieux type de là-bas, n'est-ce ! pas ? A:t-il toujours son antique soubrette avec lui ?.... Attendez donc.... comment s’appelait-elle ?. .,. Pomone %,... Non, ce n'est pas cela ....,

—Les personnes dont vous parlez de manière si, par égard pour Lucien, elle se reprit), si légère, ont elle, comme si nous avions été leurs propres enfants, M. Bargemon et moi leur avons voué un culte et une reconnaissance infinis 3; il n'ya rien au monde de bon, de grand et de noble comme ce Pauvre curé de campagne et son humble servante, KEtei ns as Soi, 0e s0ir Monsiour, si mon père vous a donné l'autorisation d'y venir, c'est à eux, à la servante comme au maître, que vous le deves, ÿ

L'œil de M. de Villamblard, cet r . verdâtre et clignotant, eut a cette fière leçon une

+ (elle allait dirs si inconvenante, élevé-mon père et moi, monsieur, dit-

expression vipérine dont il ne fut pas maître, Bsrgemon, un peu géné, et Germaine, tout à son indignation, ne la virent point.

Quand la jeune fille releva la tête, Grégoire était redevenu maître de lui, ’air ému,

— Vous vous êtes méprise au sens de mes paroles, mademoiselle, lui dit-il. l'abbé de Villamblard est un saint, et que la person créature, Mais il y a bien longtemps que je ne les ai vus, hélas... peut être vingt ans, ét les années d’exil encore comptent double !,.... + J'avais gardé dans un coin de ma mémoire le souvenir d’un intérieur assez singulier, avec les originalités de mon oncle, et les. scènes quelquefois épiques de sa servante, Si la joie subitement éprouvée de me trouver ici, mademoiselle, si le bonheur extraordinaire d’avoir rencontré un homme comme votre père, en me grisanc un peu, m'ont montré tout à coup ces choses du temps passé sous un jour peut-être plus gai que convenable.,..., ahl,..... pardonnez.le invi. Si vous. saviez ce que j'ai souffert iusqu’ici, vous excuseriez mon ivresse !......

De grosses larmes coulaient des yeux de M. de Villamblard sur ses jores trop rondes,

Bargemon était visiblement, sincèrement ému ; quant à Germaine, un frisson de malaise, effleurait son épiderme délicat ; cette émouvante tirade avait sonné on ne peut plus faux à son oreille, et une Suprême intuition lui disait que tout ce'a était mensonge

et convention ; des choses de surface et de circonstance, débitées par un comédien de premier ordre.

et souriait,.

Je sais que

it de certaines choses. Il n'y avait e petit nez?

Est-ce qu'il ne faisait pas tout à fait le quart de cercle comme un petit bec d’uiglon ?

pas mis le feu à cet hôtel, c'est qu'il doit être tout a fait incombustible Loi

— Voilà un enfant qui a des yeux joliment intelligents, dit-il,

Il me regarde depuis un instant avec une expression três réfléchie, nornie franche et droite. .., Comment V’appelles-tu, mon chéri ?

— Rolland Bargemon, monsieur.

—C'est votre petit frère, mademoiselle ? ‘&

—Non, monsieur, c'est mon fils.

Villamblard sursauta,

—Adoptif ! ajouta aussitôt Lucien.

— Oh ! j'entends bien, se hâta d'affirmer Grégoire,

—Un de nos parents est mort en nous le laissant, expliqua Bargemon, Le pauvre: petit avait déjà perdu sa mère, ma fille l'élève et l'adore.

—Mademoiselle a toutes les vertus, dit Grégoire en s’inclinant.

On annonça le marquis et la marquise de Gesdren.

Germaine, au moment où elle se levait Pour courir vers Abeille, surprit le même regard

* particulier, fixe et inconvenant, avec lequel Grégoire déshabillait la marquise, ainsi qu'il

l'avait fait pour elle-même, quelques instants auparavant, Maintenant, à ce regard, M. de Mussidan joignait un geste qui paraissait lui être famili

er lorsque quelque préoccupation le tenait : il tirait à les arracher les poils de sa moustache drvite, les prenant et les

laissant avec une rapidité fébrile, C’est qu’Abeille nourrissait encore Marguerite ; son teint, grâce à un léger embonpoint, s'était éclairei et lle était merveilleusement belle dans sa robe de velours noir échancrée à la nuque, et que fleurissait par devant un énorme piquet, ‘de roses du roi: Ses yeux, ses magnifiques yeux’ bruns, illuminés de tendresse et de bonheur, étaient irrésistibles, Les présentations commencèrent: Lorsqu’elles furent terminées, l'abbé de Villamblard devint naturellement le graud sujet de conversation, le trait.

donnée par Germaine sem-

Et quelle physio-

ne qui le soigne est une excellente.

M. de de surh mot ou auprès « elle éco:

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8 fils.

FLEUR DES NEFIGFS 133

M. de Villamblard voulait être aimable, surtout il voulait plaire, et pour cela, il faisait de surhumains efforts, tâtant le terrain avec une prudence infinie, ne hasardant plus un mot où un jeu de physionomie seus être sûr de l'effet qu'il allait produire, Son succès auprès de Bargemon fut iwumense. Abeille paraissait tout aussi complètement séduite ; elle écoutait tout ce que disait le jeune homme avec un grand intérêt, et s’attendrissait visiblement lorsqu'il racontait les luttes terribles dans lesquelles son père avait laissé la vie en Amérique, son propre isolement ensuite, sa détresse et son découragement sur cette terre étrangère, si inhospitalière à qui ne sait pas user de certains moyens, pour y être le plus fort,

Germaine le subissait avec un visage de glace, son esprit évidemment était ailleurs. Dans tous les cas, il n'était pas difficile de.voir que le nouveau venu ne lui était pas sympathique. Pascal, qui l'avait d'abord écouté avec une très grande attention parais. sait, maintenant, se lasser un peu, tout en gardant sur ses lèvres le sourire stéréotypé des hommes de bonne compagnie. Mais Pascal était si distrait !....

Est-ce que n'importe qui pouvait se vanter de l'arracher plus d’un quart d'heure à ses munis et à ses microbes ? Cependant, lorsqu'il fut seul dans sa voiture avec Abeille, il Jui dit :

—Ce jeune homme a une certaine intelligence ; mais il n’est pas sérieux. C’est un papillon. . Il ne sait rien, n’a jamais rien appris, et ne sait pas observer,

—Tu es sévère répondit Abeille. Moi, il m'a paru charmant. Et puis, il a été si malheureux !

—Ah ! que voilà bien les femmes !.. deux cu trois belles paroles apprises d'avance, voujours les mêmes ; une larme, factice le plus souvent, parce que tout le monde ne pleure pas à volonté, et le tour est joué.. Elles sont empoignées. ... Moi je te dis que ce petit bonhomme-là n’est rien de fameux !.. continua-til en s'animant, et en disant toute sa pensée, poussé qu’il était par la résistance de sa femme.

Que Bargemon lui rende le château de ses pères s’il se croit lié par quelque dette envets l'oncle, ce sera superbement'se libérer ; mis qu'il ne le laisse pas entrer dans sa vie ; tout le monde y gagnera !.. Quoique les iuées de Pascal eussent d'ordinaire une influ. ence souveraine sur l'esprit de la marquise, Abeille, cette fois-ci, ne voulût. pas admettre ce sévère jugement vis-àvis de M. de Villamblard, \

—Îl m'a peut-être un peu trop regardée, se dit-elle, et c’est ce qui rend Pascal si sévère ‘

our lui.

è Elle trouva la même impression chez Germaine que chez son mari ; mais comme en revanche Bargemon chantait sur tous les tôns les louanges de son protégé, et que Bargemon était un homme tout à fait supérieur, la marquise garda son impression indulgente, et essaya même de la communiquer à son amie.

À quelques jours de là, se produisit un fait capital qui sembla donner raison à Abeille et à Lucien contre l’antipathie de M, de Gesdres, et celle bien plus redoutable de Germaine, Bargemon avait déclaré à M. de Villamblard que son intention formelle était de lui rendre le château de Mussidan, avec les terres qui, jadis, lui appartenaient, et que lui, Lucien, avait peu à peu rachetées, :

Pascal, seul, assistait à la conversation. Grégoire refusait mollement, et il n'était pas diflicile de voir qu’une légère insistance aurait raison de son refus, lorsque le père de Gèrmaine, dans sa naïve loyauté, eut l’imprudence d'ajouter, afin de le décider plus vite :

—O mon cher enfant ! n'ayez donc pas ‘de scrupule !.. Si vous saviez ce que Mussidan représente pour moi, au prix où sont aujourd’hui les terres en Gascogne ! et à côté du reste de n.a fortune !., À peine un peu plus qu'un fétu de paille.

Les yeux astucieux et sournois dn jeune homme brillèrent d’un insoutenable éclat.

Pendant quelques secondes, il-tira sa moustache avec une rage fébrile, et tout à coup, très décidé, il dit :

N'insistez pas, M. Bargemon. Je n’accepterai. pas votre générosité princière. Vous “estiruez que mon oncle vous a fait du bien ?... \ i

—Plus que du bien, je lui dois tout,

—Oh ! tout ! ce n'est pas lui qui a fait votre cerveau !..

— 1] l'a développé, il l’a meublé. {

—ÆRh bien! en reconnaissance de cels, mettez-moi le pied à l'étrier. Donnez-moi également le moyen de faire ma route, à force de travail et de volonté : j'aime mieux cette manière d'agir, et vous aurez payé votre dette d'une manière aussi complète.

134 FLEUR DES NEIGKS

Malheureusement, en prononçant ces paroles, Grégoire jeta sur M. de Gesdres, et afin de voir l'effet qu'il avait produit sur lui, un de ces fameux regards de côté, si faux, et Pascal, qui le surprit au Passage, se dit instantanément : |

—Îl joue le tout pour le tout, Ce n’est Pas uné part du gâteau qu'il veut, c’est le gâteau tout entier,

Cependant, Lucien entho de lui dire :

—Tu vois qu’il est aussi désintéressé que son oncle, d'un vrai Mussidan !

Elle eut certainement la même pensée que le marquis de Gesdres, mais comme lui, elle

seule goutte d’eau froide sur le brûlant bonheur de Lucien. Et l'enthousiasme de Bargemon montait toujours. Bientôt Gré oire de Mus-

sidan fut, non plus un simple employé, mais le secrétaire tout puissant de M. Bargemon. Il connaissait ses plus petites affaires ; il l’accaparait et le APE 1 en tout et partout.

enant /comme il connaissait

et qu'il a le cœur et le caractère

Austère ? lui, que le plaisir n'importe quelle femme ?. .

et il renchérissait sur la répulsion naturelle qu’une très grande timidité autant que sa premiâre éducation et son existence avec

sa femme, avaient donnée à Lucien. Charitable f,, lui, l'égciste jouisseur personnel, et au fond plus avare qu'Harpagon.. mais il l'était par nature, assurait-il, bien plus que

—Moi, disait-il le soir devant Germaine et son père, je rêve d’avoir une grande fortune, non pas pour moi, je n'ai aucun besoin personnel, mais pour la consacrer tout entière à de grandes œuvres, Aider des savants, des inventeurs, des gens capables de doter'le pays

de-découvertes scientifiques.. de terres nouvelles. . de contrées inconnues... Ah ! oui, ce serait mon ambition.

À l'entendre, c'était un petit manteau bleu, qu’un tout petit sire à côté de lui! Et Lucien tinuait à se dire :

—Quel mari idéal pour Germaine !.

Maintenant, Grégoire était tout à fait chez lui à l'hôtel du Ranelagh, et lorsqu'on passait le soir du salon dans la salle à manger, il ne négligeait jamais d'éteindre les bou-

gies des candélabres, Bargemon qui, sous sa générosité intelligente, était resté économe, ne manquait pas de sourire et de dire : i

—Il a de l’ordre,

Germaine le trouvait horriblement tatillon etencombrant ; il continuait à lui déplaire ; cependant, elle le supportait, car il avait su la prendre, et à son insu, peut-être par le seul point actuellement sensible de son cœur : Il s’occupait de Rolland, lui portait des livres,

et le petit l’aimait. Au milieu de toutes les affaires de Barg

emon, Grégoire avait choisi spécialement la direction de l'imprimerie, et paraissait en faire une. question de senti-

ment. Là, avec l'esprit de minutie qui était en lui, il lisait ou corrigeait les manuscrits donnés uniquement pour les imprimer aux frais des clients ; sans nul droit, il les réma-

niait, suivant son idée, enlevait, ajoutait, et cela d’une façon absolument grotesque et renversante,

De son métier de correcteur, il avait gardé une singulière manie : ou se faisait adresser n'importe où il se trouvait, des paquets d’épr vie à corriger.

Un jour, Lucien occupé et fatigué, lui dit :

—Le locataire de mén café-concert des Champs-Elysées me demande une réparation assez sérieuse. Il paie très bien, il ne faut pas le mécontenter. Voulez-vous aller voir ce soir même en quoi consiste la chose ? Puis quand vous l'aurez bien comprise, vous y

amènerez mon architecte, vous lui direz de me faire un plan et un devis ; alors tous les trois ensemble, nous discuterons.

Aller dans ses endroits-là, c'était pour Grégoire, de misère et de privations, un régal sur léquel il était loin d’être blasé, tant s’en faut. C'était au commencement de l'été ; mais ies grandes chaleurs n'avaient pas encore. commencé, et l’on devait partir dans quelque temps seulement pour la Gascogne, où Grégoire

et saint Vincent de Paul, lui-même, n'était:

empoigné, roulé dans les grands prix, con:

il emportait avec lui, | euves qu’il passait sa

qui avait à combler un si dur arriéré

usiasmé ne put s’empêcher de raconter la chose à sa fille, et x

n'avait f Mussida meilleur:

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n'avait fait, jusque-là, à son oncle qu'une visite de quelques jours. M. de Villamblard Mussidan ne se rendit au concert qu'après avoir savouré un excellent dîner dans un des meilleurs restaurants à la mode, et fumé lentement un cigare exquis, en regardant passer ces affriolantes Parisiennes, qui malgré son soi-disant amour pour Mile Bargemon, le rendaient fou. Enfin, le chapeau un peu sur l'oreille, vêtu d'un élégant shoking noir, dont la boutounière était fleurie d'une rose, il se dirigea lentement vers l'établissement en question, La représentation était déjà commencée lorsque Grégoire demanda le directeur.

Il expliqua à celui-ci le motif de sa visite ; puis, il lui fit adroitement comprendre que rs rer ne faisait que ce que lui, M. de Mussidan, son secrétairé et son bras droit,

idait,

—Eb bien !....cher monsieur, s’écria le directeur, tout à coup on ne peut plus gracieux devant cette déclaration, dans la demi-heure d’entr'acte qui sépare les deux parties du spectacle, comme à ce moment-là le rideau est baissé, je vous amènerai moi-même sur la scène, et je vous expliquerai ce que je demande, C'est simple comme bonjour ; mais je ne puis point m'en passer,

—Bien, je verrai cela, Et si je puis vous être agréable, ce sera fait, affirma le petit faiseur d’embarras d’un ton extrêmement important,

—Merci. En attendant voulez-vous entendre quelques-uns de nos sujets ? Je vais vous faire donner un excellent fauteuil, et vous verrez que j'ai des artistes de premier ordre.

—Vous me comblez. J'accepte bien volontiers. à

Le directeur sonna,.

. —Conduisez monsieur à l’une de no: meilleures places. Au troisième rang par exemples.

Sur une minuscule scène, dont les toiles de fond, et de côté, admirablement brossées, représentaient de gigantesques massifs de roses, desquels émergnient des amours de marbre, une chanteuse fredonnait une de ses chansons les plus pimentées. C'était une étoile,

. son nom était fameux, et sans même entendre ou comprendre un mot de ce qu’elle débitait au public, rien qu'en lui voyant vuvrir la bouche, qu’elle avait du reste fort grande, *

tout le monde s’esclaffait, on criait ; “Bravo”, on la couvrait d’applaudissements, A cette époque, les artistes femmes qui devaient prendre part au concert étaient assisses en rond, sous la lueur incendiaire des lustres, contre les roses du décor, en grande toilette, les bras et les épaules nus. Les unes, elles étaient rares, avaient du talent ou une originalité quelconque ; les autres étaient belles, et le petit couplet qu’elles venaient débiter de leur voix de crécelle était surtout le prétexte d’étaler leurs charmes, sur le tremplin, fort envié d’ailleurs. A ces dernières, très discrètement, par le côté de la scène, une ouvreuse faisait passer des bouquets et une carte, Grégoire de Müssidan regardait tout cela, enivré, charmé, avec ce frisson à fleur de peau, que plusieurs mois de séjour à Paris n'avait pas encore calmé.

L'étoile, rappelée dix fois, couverte d’applaudissements, de bravos et de fleurs, était partie à reculons, envoyant aü public des révérences et des sourires. Une des nymphes assises en rond se leva et vint se planter sur le devant de la scène.

Elle était très laide, avec une petite tête de carlin, anx yeux effroyablement saillants et ronds ; son nez trop court était audieusement relevé, Elte était horriblement vêtue, plus mal peignée encore, ses cheveux bruns très ébourriffés durcissaient son visage commun. Elle commença une insanité érotique à la mode, d’un timbre de voix suraïigu, entrant dans la tête comme un sifflet de locomotive ; et tout à coup, s’interrompant, elle se mit à parler d’une voix énorme, basse, extraordinaire, et qui, succédant à son organe de chanteuse, paraissait appartenir à une autre femme.

—Je peux pus chanter, fit-elle ; ça vous a écorché les oreilles, pas vrai?....A moi, ça m'a mis la gorge en sang. Ce qui faudra de rogomme pour guérir cette plaie-là ?.... Causons les clampins, voulez-vous ?...... <

Alors, de ce timbre formidable, avec sa physionomie eflrontée et son accent faubourien, elle débita toutes les saletés imaginables. Et le public, que le contraste de ce chant grêle, et de cette parole masculine amusait, riait à se tordre, Et la femme de plus en plus commune, de plus en plus immonde, à mesure qué son succès augmentait, sc campait le poing sur la hanche, salant encore ses couplets grivois de-jeux de physionomie écœurants. Les yeux de Grégoire de Mussiden brillaient comme ceux d'un loup à joun, Ce vice émous

tillait sa nature crapuleuse; ce gamin de Paris, qui avait certaînement roulé dans toutes.

les fanges, éveillait en lui tout un monde de curiosités et de désirs.

11 fit un signe à l'ouvreuse et dit :

— Quelle est cette jeuhe femme qui vient de chanter !. …

—Avec le dialogue de sapeur ?

—Oui, ô —Mlle Alice Craponne,

— Voulez vous vous charger de lui remettre un bouquet ?

—Cette demande !,.,,.,

—Le recevra t-elle ?

gt francs. L'ouvreuse fit lestement or tre le tout dans sa poche et s'éclipsa. Un quart d'heure après, Mile Alice sur sa chaise,

Enfin, la première partie du concert fut termin , les musiciens pupitres se précipitant vers la sortie ; le rideau se baissa lentement, sans bruit ; les artistes quittèrent leurs sièges et coururent vers les coulisses et le foyor, se bousculant, cherchant leurs adorateurs d’un soir. Grégoire accaparé par le directeur dût examiner les travaux que demandait celui-ci, Et dans cette atmosphère particulière de poudre de riz, de parfums violents et durs, de senteurs de cheveux moites ou de peaux échauffées, il ne s'appartenait lus, tirant sa moustache à la faire saigner, regardant de tous les côtés,

ci avec des lueurs de désir si intenses que ce désir touchait à la

abandonnérent leurs

folie,

—-Remettez-moi donc une petite note, dit-il au collecteur, J'ai compris

wais j'aime mieux que vous l'écriviez, afin de la bien expliquer à notre architecte, que je vous amènerai probablement, du reste, ;

—Et vous croyez que M. Bargemon me l’accordera !...... \ . —Si je l’appuie, oui,

—C'est qu’il est un peu dur, M. Bargemon.

— Cela dépend de la façon dont on le prend ; comptez sur moi.

Le directeur vola vers son cabinet.

— Voulez-vous venir avec moi? demanda:til à Gré, dre ici? Et devant la physionomie, surtout les yeux cn comme s’il allait sauter sur quelque proie longte lui dit :

— Vos regards viennent de me artistes sont bien dangereuses vous,

Et, sans laisser à M. de cette fois-ci.

Alice attendait derrière un portant et s'était habilement ra formaient les deux hommes. Lorsqu'elle vit le directeur disparaî vement et se trouva près de Grégoire,

| celui-ci subitement suffoqué, que vous êtes belle

votre demande,

oire, ou aimez vous inieux m’attenu jeune homme subitement illumimps convoitée, le directeur ‘en riant

répondre. Seulement prenez garde,quelques-unes de mes l....8il arrive quelque chose ne vous en prenez qu’à

Mussidan le temps de lui répondre, il s'enfuit, décidément

pprochée du groupe que tre, elle fit un léger mou- Oh ! mademoiselle ? fit Elle demanda.

Belle ? répéta Alice de pète-t-on constamment ?, —Vous avez donc beaucoup d’adorateurs ?

—Oh ! ce n’est pas çà qui me manque |

is...

— Voulez-vous me permettre d'être du nombre ?

sa voix formidable, peut-être pas, muis mieux que cela ! me ré-

r mes hommages ?

— En v'ià du toupet..., Mais ici, donc, comme les autres,

. Ah ça !.... mon petit, pour qui me prenez vous ?

I] sourit en tirant convulsivement sa moust-che. ot murmura :

—Farceuse, va !....

Elle se fâcha tout à fait et finit par plegrer en Le fruttant lee ses del main que son : bouquet lui laissait libre, et dit :

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— C'est que je suis ane honnête fille, moi, monsieur ; je demeure avec maman, et elle ne me quitte jamais, elle m'accompagne jusqu'à mon entrée en scène. Eh ben ! si je tournais mal, je la tuerais, et ce ne serait pas à faire !..,,

Grégoire, un À 40 interloqué, la regardait,

La sonnette du rideau se faisait entendre.

—En scène, mesdames, en scène !..., criait l’avertisseur de tous les côtés.

M. de Mussidan fit un grand eftort,

Méfiant et astucieux ainsi qu'il l'était, n'ayant qu'un objectif dans la vie : rouler tout le monde, il voyait partout des fumistes, ainsi qu'il les appelait,

Cette fois-oi, il n'avait peut-être pas tort !

—Mademoiselle, dit il à Alice, je regrette beaucoup cetée situation. ,,, Veuillez m’excuser, je ne m'en doutais päs, et acceptez mes hommages.

Il fit mine de s'éloigner, elle le rappela.

—Je ne suis pas de la pantomithe qui clôt le spectacle, dit-elle, attendez-moi, je reviendrai dans un quart d'heure.

Un peu ébaubi de ce brusque changement de pied, Grégoire la suivit de loin, de por tant en portant.

Le hasard l’amena à l'endroit précis de la toile où la chaise de la Craponette était appuyée,

— Eh bien, lui dit sa voisine assez haut, parce que l'orchestre préludait, est-ce pour cette fois ci que tu vas devant M. le maire ?

—Peut être, répondit-elle : roublard et jobard, voilà mon nouvel adorateur. Si la pre-

mière épithète domine en lui, je serai roulée ; si c'est la seconde, je le ficherai dedans... Au petit bonheur !..., .

bis: entendit très distinotement, et pensa :

—Oh ! oh ! la belle, tu me plais beaucoup, c’est vrai... Je ferai peut-être quelque folie pour toi, mais M. le maire...

Oh non |! ce serait trop fort. (Ca, d’ailleurs, c'est pour aine !...,

À une autre fois!...,

Et il partit sans l’attendre, sans essayer de la revoir. ,

Trois jours après, étant arrivé au bureau qu'avait Lucien Bargemon rue Taitbout, il

trouva dans le courrier une 1 # Personnelle, ” I! l'ouvrit et lut :

‘# Gros chéri,

! Est ce ainsi qu’on incendie un malheureux cœur, qu'on porte le trouble et ‘le déses- “ poir chez.une pauvre fille, une travailleuse, qui à au contraire besoin de toute sa tran- ‘* quillité pour gagner sa vie et celle des siens! Car j'ai charge d'âmes, mon pauvre ami. ‘* Une mère de santé très précaire, un frère marié ayant des enfants, un immense talent ‘et pas de chance..., voilà les devoirs sacrés auxquels je consacre toutes mes forces

“Il m'a semblé que vous aviez assez de cœur pour le comprendre... Alors pourquoi, ‘’après m'avoir fait une si bonne impression, avez-vous disparu en me lançant la flèche “ du Parthe?...,

“ J'ai en vous une confiance que je n’ai jamais éprouvée pour personne, aussi vais-je “vous donner mon adresse que nul au monde ne connaît, à part mon frère.

‘Si vous voulez causer sérieusement avec moi, mais loyalement, honnêtement, ainsi “ que deux bons camarades, vous me trouverez tous les jours, de deux à quatre heures, “avenue de la Grande-Armée, 275. A cette heure je suis seule, car maman va chez ‘“ mon frère, qui est veuf, pour s'occuper de son ménage, et soigner ses enfants.

‘ Je vous dis au revoir, n’est-il pas vrai, et point ce triste mot, si désolant pour les « déshéritées comme moi : Adieu !.,...

ettre sur laquelle s'otendait en gros caractères ce mot :

‘“ Votre petite Alice !”

Cette lettre, commencée comme celle d’une cascadeuse, et terminée ainsi qu'eût pu le faire une grisette sentimentale, révolutionna Grégoire de Mussidan.

—Elle est adorable, cette petite-là, se ditil. Quand elle est en train, quelle rude no.

£euse alle dait faire !

MEET Lee, e se

Cependant les deux mots entendus retentissaient encore à son oreille : Roublard et

—Ah ! se dit-il, je suis prévenu, ce ne serk plus dangereux ! Elle croira me mettre dedans et c'ést au contraire moi qui la roulerai dans la farine ; mais si bien que le diable lui-même n'y verrait que du feu !....

Le soir même, il avait promis à la Craponette tout ce qu’elle avait voulu, des chevaux, ,

des voitures, un hôtel, des rentes, et par dessus tout, de se marier avec elle à l'étranger, sinon en France, ,

Et cela avec un ton de vérité, qui avait mis cette comédienne, cependant habile, abso-

lument dedans.

Il est vrai qu’il avait scellé ses promesses dun fort paquet de billsts de banque, pour aider à soigner les enfants du pauvre Ernest, — le frère, — actuellement tous malades de la rougeole ; et il était parti grisé, énivré, ayant naturellement obtenu, et sans grande insistance, tout ce qu’il lui avait plu de demander à cette vioieuse et menteuse créature.

—Tu sais, lui dit-il sans façons, au bout de quelques semaines, je vais être obligé de me marier,

— Oui, je sais, avec moi, puisque tu l'as juré !....

— Grosse bébète, va !

—Ah! mon Dieu, est-ce que tu ne m'aimes pas ?

sn pas peur, ça n’empêchera pas les sentiments, au contraire,

— Tu dis ?..., re >

—Que j'ai une vingtaine de millions en perspective, peut-être plus ; et que tu ne serais

pas la femme intelligente que tu es si tu ne me conseillais pas de mettre la main sur cette riche proie !....

Elle pleurnicha.

— O Grégoire, et mon bonheur ?....

Il leva les épaules, à

—Je t'aime comme tu es, lui dit-il ; mais ne me joue pas la comédie, je sais à quoi m'en tenir là-dessus.

Puis, tout de suite, afin de couper court à toute protestation :

—Songe à la position que je pourrai te faire, lui dit-il ; à celle de tous les tiens également, . Ce pauvre Ernest, au lieu d'être un misérable acteur du théâtre Ratterie, un théâtre ambulant de la foire de Neuilly et autres lieux de ce genre, deviendra un grand artiste des scènes subventionnées. Peut-être, à son tour, plus tard, directeur lui même.

En attendant tu pourvoiras à tous ses besoins, à ceux des siens... tu seras leur Providence à tous.... Quoi de plus beau ?. ...

Il s’attendrit, pleura à chaudes larmes et finit par s’écrier :

—Aprèë tout, moralement n’es-tu pas ma femme, ma vraie femme ? et moi ton mari 7... Si les événements plus forts que notre volonté nous imposent un sacrifice, qu’est-ce ‘que cela peut faire au fond mêmes des choses ?. ... Nos liens sont sacrés dès aujourd’hui... Et plus tard, peut-être... Qui sait ?....

1] ne voulut pas s'expliquer davantage ; mais il avait été si adroit, si bon comédien, si plein de confiance en lui, également en elle, qu’Alice le laissa partir pour la Gascogne sans trop de scènes,

Là, elle le savait, et maintenant, elle l’y poussait en dessous. i} allait essayer de hâter

les événements et de mettre enfin le grappin sur la riche héritière: qu'il avait convoitée le premier jour qu’il l'avait vue.

DETTE PAYÉE Rien ne devait lui coñiter pour cela.

Le pauvre abbé, en voyant arriver quelques mois auparavant son neveu, le fils de son frère, c'est à-dire son seul parent, ce petit Grégoire dont il avait tant rêvé, avait failli mourir de joie.

Et lorsqu'il avait su que Bargemon l'avait déjà rencontré, qu’il lui avait fait du bien et avait déclaré qu'il serait son secrétaire, le bonheur du curé avait touché à la folie.

Tout de suite après sa rencontre avec Lucien, en effet, et quoiqu'il y eût pas mal de temps qu'il était revenu d'Amérique, Grégoire avait fait une visite À l'abbé de Villam-

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blard, sachant bien que c'était de ce côté-là qu'il fallait frapper pour impressionner Germaine, qu'il voyait rebelle à ses séductions.

I] mentit effrontément, en disant que dès son arrivée il s'était présenté à l'imprimerie de M. Bargemon, afin d’être déjà au travail quand il le rencontrerait, et de lui montrer ainsi, qu'il avait du cœur et qu’il n'était pas un mendiant, «

Il fit pleurer l'abbé comme une source au récit des derniers moments de son père, et en lui affirmant que le comte Menri de Mussidan était mort comme un saint, en prononçant le nom de l’abbé.

Enfin, il acheva de conquérir par un étalage de vertus et de grands sentiments, qui étaient bien certainement tout l'opposé du triste individu que représentait le sire de Mussidan.

Et comme Flore, avec son flair de vieille paysanne, n'éprouvait pas une si grande sympathie pour le nouveau venu, et qu’elle ne se génait pas pour le laisser deviner, un matin Grégoire s’approcha d'elle pendant que le curé était à dire sa messe.

Il le regarda un moment avec un attendrissement qui paraissait extraordinaire,

Elle se retourna courroucée et furieuse :

—’est-y ainsi qu’on regarde les gens en Amérique ?:... s’écria-t-elle, en mettant son poing sur sa hanche. Dans not’ pays on passe pour des hurluberlus ou des pas éduqués. Et voilà !....

Grégoire ne se fâcha point de la sortie, au contraire, son émotion parut augmenter.

—0 chère Flore !...., chère Flore!.... s'écria-t-il tout à coup.

La vieille laissa tomber dans le feu la casserole de lait chaud qu’elle tenait à la main.

—C'est sûr; mais un peu original tout de même, et sa bonté n'empêche pas que vous avez dû vous faire pas mal de mauvais sang autrefois, avant que M. Bargemon envoyât.

C'est à vous, Flore, que mon oncle doit sa santé et sa vieillesse heureuse. Pour moi, je vous en serai éternellement reconnaissant ; et je vous considère comme étant de la

Flore pleura de joie et d'émotion, tout autant que l'avait fdit le curé au récit du soidisant souvenir de son frère.

C'était fini, les deux excellentes créatures étaient cenquises, l’une et l’autre, par ce comédien hors pair.

T1 repartit pour Paris, sûr d’avoir au presbytère de Gellac deux êtres qui chanteraient. ses louanges à Germaine, lors du prochain séjour de la jeune fille en Gascogne,

—Quand te reverrons-nous, mon enfant ? lui demanda l'abbé au départ.

—Mais, si je ne dois pas vous embarrasser, cet été, mon oncle, mon intention est de venir lorsque la famille Bargemon sera à Mussidan,

—Et tu descendras ici, n’est-ee pas ?......

—Oh ! oui, eÿ merci de votre bonne invitation. D'abord, par discrétion, je ne puis guère accepter l'hospitalité de mon patron. Moi, v 18 savez, je suis très délicat et assez: fier, alors j'aime mieux venir dans votre petite mais n qui me plaît tant et où Flore nous fait des petits plats que jamais les cordons bleus de M. Bargemon n’ont égalés.

—Tu seras toujours le bienvenu dans notre modeste demeure ; n'est-ce pas, Flore ?

La vieille servante, touchée au cœur une fois de plus par l'habileté du compliment, s'écrin :

—Oh ! oui, qu'il sera le bien acoueilli ici, et qu'on l’attendra, et qu'on le désirera, M, Grégoire peut le dire !......

Tout l'été, en effet, l'abbé et sa compagne comptèrent les jours qui les séparaient de la biénheureuse arrivée de seux qu’ils aimaient.

Enfin, un soir, Paulin, veuf depuis quelques années, vint dire qu’il avaient reçu l’ordre de tout faire préparer à Mussidan, |

lendemain matin, le comte écrivit à son tour qu'ayant un mois de congé, il le pas serait chez son oncle, si M. le curé était toujours dans l'intention de le recevoir,

Ce fut une fête pour Flore, qui n’ava

—M'est avis, dit-elle à son maître,

—Taisez-vous, ma fille, répondit l’a aujourd'hui. Ne parlez jamais de ment...

—Avec ça qu’il y pense à l'argent, notre Lucien Je suis sûre, moi, qu'il y a déjà songé, lui, à ce bonheur de sa vie, si aa fille portait votre nom.

—C'est possible ; mais, je vous supplie, Flore, de ne pas ouvrir la bouche de cette idée, Si on pouvait jamais croire que c’est à moi qu’elle est venue |...

—Bien ! bien..., pour qui me prenez-vous ? On dirait que je ne sais pas ce qu'il faut taire ou garder.

Le curé trouva Germaine aussi sérieuse et aussi triste qu’il l'avait vue depuis la mort d'André,

Rolland de sa vie:

L'enfant lui rendait set amour au centuple.

jamais, et lorsqu'elle avait les yeux baissés sur u heures, assis à ses pieds, la regardant en extase,

Grégoire, qui allait prochainement arriver, ne semblait pas exister pour elle.

T1 ne paraissait avoir apporté dans son existence, ni une préoccupation, ment.

Quand il écrivait, et qu’on lisait ses lettres devant elle, Germaine, eût dit qu’on parlait hébreu. à

—ÏTl ne l’a pas encore beaucoup réchauffée, notre Mémaine, disait Flore

—On ne sait pas, répondait l'abbé, avec ces natures si concentrées Fée

Et cependant, Mile Bargemon était plus seule qu’à l'ordinaire. Abeille était partie avec sa fille accompagner Pascal dans un grand voyage, à Berlin d’abord, en Russie ensuite, que le savant avait entrepris pour parler de ses ferments et de ses microbes avec d'autres docteurs étrangers, s'occupant des mêmes études. Alors Germaine, toujours accompagnée de Rolland, soit dans le petit panier qu’elle Jui laissait conduire lorsqu'il avait été très sage ; soit à pied, avec l'enfant trottinant à ses côtés, se mit à visiter tous les pauvres du pays, avec Mathilde Forestier.

On les vit alors sans cesse tous les deux au seuil des chaumières où il y avait quelque malade, quelque sinistre. Pls portaient les plantes qui guérissent, les potions et les remèdes nécessaires ; Germaine donnait l'argent que demandait le boulanger en retard ou le percepteur exigeant. Elle habillait les vieux : apprenait à lire aux petits ; elle envoyait

lés jeunes filles chétives dans les Pyrénées ; elle était enfin la Providence et la bienfaitrice de tous. .

Ainsi que Lucien l'avait rêvé jadis, l'argent g.gné par lui retombait en rosée féconde sur cette contrée de son enfance,

Grâce à sa fille il n'y avait plus un pauvre ou un besogneux à dix lieues à la ronde.

Et Rolland, qui entendait les louanges et les bén rait de ses bras le cou de la jeune fille et lui disait Ë

— Is t’adorent tous, maman Mémaine, mais pas comme moi!.... è

—Eh bien ! si tu veux me le prouver, cet amour, lui répondait-elle, il faut travailler, devenir savant comme M. de Gesdres, et bon comme papa Lucien, Plus tard, c'est toi

qui dirigeras la ferme-école que ton père et le mien ont créée ; c'est toi qui deviendras, à

ton tour, le bienfaiteur du pays entier: '

Et le petit, très cenvaincu, en baissant son grand front pensif, disait :

—Oui, ça, je le ferai, comptes-y !, “te . Enfin, cette arrivée de Grégoire, tant désirée du curé, de Flore et même de Lucien, roduisit,

* Ce fut un soir, les chevaux de Bargemon étaient allés le che Le curé, pour l’occasion, dinait au château avec sa vieille Mais le compte n'était pas seul,

Sur ie siège, à côté du cocher, dans l'obscurité

‘vigoureuse d’un homme d’une quarantaine d'a

maison,

it oublié ni le baiser, ni le compliment, .

que vous célébrerez encore un mariage.

bbé sévèrement ; Lucien est trop riche pour nous ces choses si vous ne voulez pas me blesser mortelle-

ñ quand il s’agit de vous ou des vôtres !

mariage, et que ce serait le plus grand

paraissait teujours être avec Lucien la grande et même la seule préoccupation

Ainsi qu'un jeune chien, il ne la quittait n livre ou sur un ouvrage, il passait des sans un mouvement,

et dont Bargemon parlait fréquemment, ni un changene bougeait pas ; on

toujours fine.

édictions écloses sur leurs pas, entou-

se

rcher à la gare voisine.

domestique.

qui tombait, se dessinait la silhouette nnées, vêtu comme un serviteur de bonne

ur nous nortelle-

vôtres !

8 grand

le cette u’il faut a mort upation

quittait sait des

nment, hangeas ;-on s fine.

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