EN TS
FLEUR DES N&IGEA
Bientôt l'abbé de Villamblard s'attache Passionnément extraordinaire, Flore également.
Lucien devint l'enfant de la maison,
Lorsque les colères de la servante ne auflisaient pas à obtenir du curé ce lait, Flore disait à Lucien :
—Demandez-le-lui, vous,
Et quand le curé avait été t ger le traditionnel :
—Surtout ne le dis pas à Flore, , +. par ces mots :
—Arrange-toi avec lore, seul tu peux l'empêcher de crier à faire écrouler la maison. . Et lui, de son côté, il les adorait tous les deux, eten vivant si près de ces braves gens, il
en prenait la simplicité, la bonté, la rigide loyauté, Tandis que dans la splendide bibliothque du curé, plus de trois mil]
e volumes, la seule chose qu'il eût emportée de son patrimoine, Lucien fouillait à pleine mains et meublait son cerveau de tous ces trésors ; tandis que grâce à cette somme incalculable d’études et de documents, toutes les cases de son entendement s'étaient élargies et avaient acquis une rapidité extraordinaire de conception et même de combinaisons, son cœur était devenu indulgent, bon, charitable, ne croyant jamais au mal qu'il ne voyait pas commettre,
—Bah ! disait.il à l'abbé, Flore vous aim
e comme une mère aimerait son vieil enfant.
Elle a peur que vous manquiez du nécessaire jours i &
— Qu'importe, s’il n'y à Pas de pauvres da
— Elle est prévoyante et économs, que deviendrez-vous ? ,
Et quand la servante, de son côté, le prenait de trop haut, Lucien lui disait :
—Tu sais bien que la charité est son essence même, Voir souffrir quelqu'un le tuerait,
N'es-tu pas fière de son renom de bonté, de l'amour
au jeune homme, et chose plus \
qu'elle vouur sûr qu’il ne vous le refusera pas | cop loin dans ses charités, il ne manquait jamais de chan-
que tous éprouvent pour lui ?
si, son maître... +» €t au fond elle ne
Mais, devant la misère que Lucien voyait chez lui,
—L'argent est donc une bien grande puissance ? Oui, puisque si j'en avais je pourrais réparer ces ruines ; à entreprendre une agriculture de ce qu'ils ont, leur permette de voir leur donner les avances qui leur manquent.
les forcer les uns et les autres nnés, qui leur fasse tirer parti Mais pour cela il faudrait pou-
urrait-il pas réaliser la seule pas-
ucien Bargemon, avec son organisantôt une autre.
Folie!.... Est-ce que cela ne lui était pas interdit
, puisqu'il était destiné au Sacerdoce eb que le bien qui lui avait été fait ne l’a
vait été que dans ce but ?
Il avait vingt-deux ans, et une puissance de réflexion rare, vio calme et monotone du prêtre dans les cam Peut réaliser, n’était pas ce qu’il lui fallait.
surtout à cet âge, Pagnes, même avec tout le bien qu'il
tout, Lucien resta longtemps réfléchissant, rep profond qu'il devait lui porter. Néanmoins le moment d’entrer au Grand Séminaire était arrivé, il se décida.
Un soir, M. de Villamblard revint d’une très longue éourss ; il Paraissait content, Lucien travaillait dans une Petite pièce, lui servant de salle d’études, et renfermant pour anc, l’une pour écrire, l’autre Pour supporter les livres:
Et ot
Flore litière, qu'elle :
la porte s'étenda long ser d'aulne:
maient, tubéreu la prem
Ma recc le croye —Ou
me, | chose plus 6 ce qu’elle voujamais de chan-
ler la maison. .
s braves gens, il ndide bibliothè.ée de son patries trésors ; tanles cases de son aire de concep-
charitable, ne
on vieil enfant.
ue, Sans elle
isait :
r quelqu'un le
pour lui ?
u fond elle ne
16 de son père
outs ; devant :
les Bargeiion,
et les autres 8e tirer parti faudrait pou- " la seule pas-
son organisa-
au Sacerdoce.
ge.
le bien qu'il us les jours,
chissant, rent d'entrer:
ait content, rmant pour er les livres:
FLEUR DES NEIGKS 95
à consulter, plus deux chaises de paille, Une violente discussion dan au dehors entre Flore qui dételait Saladin, et le curé, qui venait probablement de lui avouer quelque hsut fait,
C'était journalier, Bargemon n'y prit point garde.
M”"'\ soudain, ces mots frappèrent ses oreilles :
—Je vous prédis depuis longtemps que vous ferez le malheur de sa vie, monsieur le curé. : Un enfant si intelligent et si bon, qu'il n’y à pas son pareil sur terre !..…..
—Moi je vous dis, Flore, répondit l'abbé, que vous divaguez!..., Lucien possède la vocation, autrement il me l'eût avoué !
—1 ne l'a pas : mais il est trop délicat pour en parler.
IL n’est pas plus fait pour être prêtre que moi pour chanter à votre lutrin.
—Le vrai bonheur est certainement là, Flore,
— Pour ceux qui y sont véritablement portés comme vous, oui ! mais les autres !.... Voyez-vous cet enfer, et sans pouvoir en sortir !..., ;
—Mais qu'est-ce qui vous fait parler ainsi, Flore? Avez-vous quelque donnée particulière sur notre enfant ?....
—Pas per qu’à l'ordinaire, Il y a quatre ans que je vous le répète : Ce petit a l’âme tendre ; il lui faut une famille autour de lui, une femme, des enfants !....
—Il aura les pauvres et ceux qui souffrent !
—Comme si ça se ressemblait ?.,., Ja vous répète qu'avec votre entêtement vous ferez son inalheur, Mais, voilà, quand vous avez décidé quelque chose !....
La discussion montait dans les hauteurs, prenant, du côté de Flore, un ton suraigu de
Flore avait dételé Saladin, et ayant fini de le faire boire, de l’étriller, de changer sa litière, elle rentra dans sa cuisine, où un grand bruit de casseroles remuées annonça qu'elle n'avait pas obtenu de son maître tout ce qu'elle eût voulu. L'abbé assis devant la porte, sa soutane relevée sur ses genoux, regardait vaguement devant lui la vallée qui s'étendait à perte de vue avec ses champs cultivés, sa rivière sinueuse, semblable à un long serpent d'argent, se déroulant entre les rideaux des peupliers élancés, ou les massifs d’aulnes, plus épais et plus bas, Les regains de foins coupés dans les prairies embaumaient, mélant à l'approche du soir leurs senteurs pénétrantes aux parfums des roses, des tubéreuses, des verveines, des héliotropes, de toutes ces fleurs charmantes que Flore, sur la première des trois terrat .s, entretenait avec un soin jaloux.
1 y avait là une paix profonde, un calme souverain... Avec des livres, et beaucoup À à faire autour de soi, était-il possible que cette vie ne réprésentât pas le bonheur ait}...
"e Moder le curé, dit tout à coup une voix derrière l'abbé, je voudrais bien vrus arler, M. de Villamblard se retourna ! Lucien était à ses côtés.
Il tressaillit ; mais se remettant aussitôt et d'avance résigné à accepter comme un avertissement de la volonté divine, ce que son élève allait lui déclarer, il lui répondit :
—Je suis à ta disposition, mon enfañt. Veux-tu que nous rentrions dans mon cabinet ?
—Non, monsieur le curé ; ici, nous sommes aussi bien.
— Alors assieds-toi auprès de moi, et parle, je t'écoute, :
—Je vous dois tout, monsieur le curé......je vous dois mille fois plus qu’à mon père, Ma reconnaissance pour vous n’a pas de bornes. Elle n’a d'égale que mon amour... le croyez-vous ?
— Oui, mon enfant,
—Ah ! quelle joie vous me faites ! mais quelle douleur en même temps ?
—Douleur ?...... Pourquoi donc, Lucien ?
—Parce que je vais déchirer votre cœur si bon, moi qui voudrais donner ma vie pour . vous !.... :
—Qu'importe mon Dieu !
“con 4% votre volonté soit faite, et non la mieune !-. ‘Tec s Cette tristesse incommensurable et si douce fit saigner le cœur de Lucien, comme si “me: des griffes de fer le lui eussent labouré, ‘ oJ —Oh non ! s’écria-til, non Pas cela ! Je ne veux Pas que vous souffriez ainsi, vous “en mou bienfaiteur, mon ami, mon père”... Et, si pour que vous soyez heureux, il faut que ‘faut je sois prêtre comme VOus......eh hien, je le serai, et ma volonté suppléera à ma voca- sn tion absente? ï ‘* l Il s'était jeté aux genoux de M AL ‘ bes age de son fils adoptif, et le regardant bien dans les yeux. Ë ve “—"Æst-ce vrai cela que tu n’as pas la vocation ?..... lui demanda-t:il, et ne serait-ce is Pas plus tôt une tentation du Malin, qui voudrait empêcher une si précievse recrue d’en- A trer au service du Seigneur ? ; 4 " Jou U commencement, mon fils, il y a de ces doutes, de ces découragements {...... Puis de si lon persiste avec droiture et Courage, on est ‘out heureux après, de trouver la route si ouce, si unie!,,,... ® ds Mais c’est précisément cette uniformité, cette douceur qui ne peuvent m’aller. Vous de ‘m'avez donné des ailes, il faut qu’elles fendent l'air. Leg enchaîner, ce serait me tuer, J’ai besoin d'une indépendance, d'un Mouvement, de batailles et de luttes que l’on ne ‘ de trouve pas dans la vie sacerdotale, Je n’en ai ni l’obéissance Passive, ni la résignation + , effacée, ni la persévérance inlassable -. Voulez-vous que jy devienne un révolté i d’abord, un désespéré ensuite?.... à K 4 ny Ah! Dieu non ! Mais dans le monde qu'y feras-tu ? & # —Je lutterai, je travaillerai, ‘un Re — Est-ce chez ton père que tu veux revenir ? x he —Jamais. Et c'est encore sur vous que j'ai compté pour établir ma nouvelle exis- a tence...... ‘me —Je t'écoute, à —Je vous ai souvent entendu dire qu'un de vos amis d'enfance, parti de rien, s'était ca fait une place au soleil, à force de travail et de volonté. ‘cer —M. Pérignac ?. . “tu — Oui, je crois. Est-il toujours dans les affaires Pots L —Toujours. E — Voulez-vous lui demander de me prendre chez lui, ne serait-ce que cotame balayeur + .… So de ses bureaux ? Que je gagne mon Pain, seulement, pour commencer ; après je suis sûr honn u reste. hésit —Accorde-moi huit jours ; pendant lesquels je vais prier Dieu de m'envoyer sa lumi- PRE ère ; après j'agirai. Ti qu.
—Oh ! tout ce que vous voudrnz. Vous êtes la bonté, l'honnêteté, je vous ai ouvert e mon cœur et vous m’aimez. .. * Que puis-je désirer de plus ? peut Une semaine après, jour pour jour, assis le soir à la même place, le curé dit à Lucien : y —Le délai que je t'avais demandé, est expiré. Li —Oui, eh bien ! qu'avez-vous décidé ?. jus —J’ai écrit, le lendemain même de notre conversation, à M. Pérignac ; voici sa lettre, fami reçue ce matin. ; ; ne À Il tendit un papier à Bargemon. à espét Il contenait les lignes suivantes : pass ‘ Mon bon, mon excellent Germain. L' ‘ Cornme c’est bien à toi de t’être rappelé ton camarade de Jeunesse et de lui avoir cu “écrit !..., Si tu savais dans: mes angoisses et mes douleurs que de fois j'ai évoqué ton sible “ cher souvenir et combien j'eusse voulu te voir, pour reprendre un peu de Courage au Eu “ contact de ta force et da ta bonté, mon pauvre vieux !.... car il n'y a pas à dire, je 5 “suis le plus malheureux des hommes, ; pou “ Pas comme réussite dans lés affaires, ah ? Dieu non ! . À “ Tout ce que j'ai entrepris eat venu à bien, et j'ai une fortune cent fois plus considé- tion “ rable que je ne l'avais rêvée. app # Mais autour de moi, tout souffre, tout s’en va, tout meurt,
ation douloureuse, il
iieune !-:
le Lucien, comme si
souffriez ainsi, vous heureux, il faut que uppléera à ma voca-
ée sur ses mains, il
lans les yeux.
“til, et ne serait-ce écievse recrue d’en-
ments !......Puis trouver la route si
vent m’aller, Vous ce serait me tuer,
luttes que l'on ne ni la résignation vienne un révolté
na nouvelle exis-
‘ti de rien, s'était
Cotame balayeur + après je suis sûr
envoyer sa Jumi-
| VOUS ai ouvert
é dit à Lucien :
voici sa lettre,
et de lui avoir ai évoqué ton
courage au pas à dire, je
plus considé.
Des six enfants que ma chère compagne m'avait donnés avant de mourir, je nai pu “ conserver qu'un fils. Je l'avais marié aupres de moi, il était parfait. Déjà il m’aidait 4'et avait pris pour lui le plus ennuyeux,de mes affaires, lorsque ma femme est morte en “ mettant une petite fille au monde.
& Mon fils l'adorait' ... Le chagrin qu'il a éprouvé de cette perte cruelle a developpé «f en lui la maladie de poitrine qu'il tenait de sa mère, et qui m'avait enlevé tous mes ‘“ autres enfants,
“ Une phtisie galopante me l’a pris en quelques mois.
‘ Il y a seize ans de cela, il me semble que c'était hier. |
i Seul, j'ai élevé sa fille, pauvre petite épave de tous les miens disparus, et je n'ai pas “ besoin de te raconter, mon pauvre Germain, que pendant ces seize ans ‘e n’ai pas passé “ un jour sans me dire :
‘__Va-t-elle partir celle-là aussi ?....
: A Ja moindre toux, à le plus légère indisposition, ainsi qu’en ont cependant chaque “ jour les plus petits, je pensais épouvanté : :
__Ah! mon Dieu, Charlotte va aller retrouver ceux qui l’attendent là-haut !....
“ Comment, avec ces angoisses continuelles, ne suis-je pas mort moi-même, ou tout au ‘ moins devenu fou ?
‘“__Je t'assure que je ne lai jamais compris.
“ Peut-être que tout le bien que j'ai essayé de faire aura enfin désarmé la cruelle main
‘ de Dieu, appesantie sur moi et sur les miens....
‘ Peut-être qu’il épargnera Charlotte. ...
“ Car tout ce que j'ai pu répandre d’aumônes, tout ce que j'ai pu faire de charités, je “€ n'y ai jamais manqué.
4° Aussi aujourd’hui, quand tu viens me demander de m'intéwsser à un de tes protégés, à “ un enfant auquel tu as fait toi-même du bien, en dehors ‘ du bonheur que j'éprouve à ‘ t'être agréable, je te réponds:
“— Oui, qu’il vienne, et s’il a du courage et de là volonté, à coup sûr il réussira chez “ moi,
‘ Un vieil adage dit: ‘“La fortune ne fait pas le bonheur ?” Que de fois j'ai reconnu & la vérité de cette maxime et combien je suis sûr que toi, dans ta vallée, avec tes neuf “cents francs de traitement, que tu donnes certainement presque en entier aux pauvres, ‘ tu dois être plus heureux que moi!....”
Lucien avait depuis longtemps fini la lecture de cette lettre qu'il la relisait encore.
Enfin, il la rewnit à M. de Villamblard.
Son visage portait l'empreinte d’une grande tristesse ; car la douleur poignante de cet ‘honnête homme, si simplement dite l'avait bouleversé ; mais, cependant, pas la moindre ‘hésitation ne se voyait sur ses traits énergiques.
— As-tu lu les dernières lignes de la lettre, mon enfant ? demanda M. de Villamblard, “qui, en Gépit de son adorable renonciation, conservait encore un peu d'espoir.
—Oni, monsieur le curé, je les ai lues. Votre ami a beaucoup souffert, c'esi vrai, le ‘pauvre homme !...,
— Tu vois qu'il l'avoue lui-même! ma vie est préférable à la sienne.
Lucien ne répondit pas à cette assertion de l’abbé, il se contenta de lui dire :
—S'il a souffert, il a eu également des joies que rien ne saurait payer: il a fondé une
. famille, il a eu un foyer dont il a été l'âme et la vie et cette petite fille qui lui reste encore, ne doit-elle pas, malgré tout, lui faire oublier dans les joies du présent, dans les espérances de l'avenir, vivaces en dépit de ce qu'il peut dire, toutes les douleurs du