NOUVELLE VIE
Le bonheur que de Villamblard avait promis à son fils adoptif, comme récompense de son généreux sacrifice, ne vint pas pour Bargemon.... au contraire ! Tout ce qu’une union mal assortie, tout ce qu’un mariage de travers peuvent amener
avec eux de tiraillements, de scènes; d’amertume ct d'irritation, Lucien, malgré toute sa volonté, dut l’endurer.
Le pire des enfers....quoil....
Charlotte aimait Lucien... . Elle l’aimait même éperdument. Mais il n’était pas en son pouvoir de faire le bonheur de ceux qui l’entouraient. Jalouse de son ombre, elle ne savait ni dissimuler ses soupçons, ni même les taire. Elle eût voulu également que Lucien se consacrât entièrement à elle et abandonât dans une adoration de tous les instants toute affaire, toute préoccupation étrangère. Mais il ne l’entendait pas ainsi, Et il le lui dit avec une douceur inflexible sous laquelle, — Charlotte le sentit aussitôt, —il y avait une énergie que rien ne ferait jamais plier,
Elle l’essaya toutefois, et il y eut à ce propos des scènes telles que M. Pérignac intervint. Dès les premiers mots, Bargemon l’arrêta net.
—Si vous insistez, monsieur, lui dit-il devant Charlotte, et si votre fille et vous ne voulez pas accepter ma manière de voir là-dessus, je m'en irai,
Elle s'exclama éperdue :
— Vous m'abandonneriez ainsi ?
— Plutôt que de vous sacrifier mon travail, c'est-à-dire ma dignité et indépendance de ma vie, oui!.... .
Elle comprit qu’elle n’obtiendrait rien, ct il fallut bien accepter ce qui ne pouvait être évité. Mais quelles récriminations !... . Quels reproches amers et continuels !.: .. Charlotte, avec cette manière de faire, perdit le peu d'amour que son mari commençait à éprouver pour elle. Car il eût fini par l'aimer, c'était immanquable. D'abord, elle réprésentait pour lui le devoir, et avec sa rigidité, il était dans la nature de Lucien de l’accepter très généreusement, ce devoir. Ensuite, Mathilde Forestier, une perfection morale, celle-là, avait, à l’époque de son mariage, suggéré à son élève une idée qui avait ouvert toutes grandes les portes du creur sensible de Lucien. Par son grand-père, qui ne savait rien lui refuser, Charlotte avait fait racheter le domaine, jadis considérable, de la famille de Villamblard-Mussidan, et ce domaine lui avait, naturellement, été donné en dot.
Charlotte avait fait plus : nvéc une délicatesse extrême, elle avait demandé à Paulin Bargemou, son beau frère, de le lui administrer. Hélas ! toutes ces impressions heureuses et qui, chez Lucien, eussent pu devenir si protondes, avaient été absolument annihilées par la vie infernale que cette pauvre déséquilibrée avait faite à son mari, Et cépen-
dant il y mt ire telle g:gndeur d'âme, qu’à part, certainement, Mathilde Forestier, à laquelle encore Laiéis ne se plaignit inmais, mais qni vit ses efforts et devina ses soûffrances, nul ne se demté de ce qu'il endurait, Enfin, le seul bonheur qui put le consoler, et que Lucien désirait dé toutes les forces de son cœur ardent, *t si crnellement déçu, se produisit : Charlotte devint grue,
Et tout de suite, Lucien sentiv que c'était là une de ce lui donneraient toutes les énergies, tous les courages,
À ce moment,là en effet, Bargemon en était arrivé aux limites extrêmes du découra
ment, Des envies folles de tout abandonner, de s'expatrier, le prenaient, devenant peu à peu des idées fixes.
Mais à l’annonce de cette espérance, son découragement, ses désespoirs cachés, tout s'enfuit comme dans le desert s'enfuient les souflrances intolérables “1 voyageur altéré à l'approche de l’onsis,
— Comme je vais l'aimer 1... se disait-il sans cesse,
La maladie de la malheureuse enfant fut terrible, Ses Pauvres nerfs exaspérés la rendirent la créature la plus injustement acerbe et méchante qui se puisse rencontrer, N'importe, Lucien, soutenu par le bonbeur qu'il allait lui devoir, la soigna avec un dévouement que rien ne put lasser,
Mais lorsqu'elle mourut en donnant le jour à une petite fille, il n'avait pas envie de rechercher le bonheur dans Ja vie à deux, et cette première ex périence du mariage avait suffi pour l’en dégoûter à tout jamais,
te mwr%, qui fut une délivrance pour lui, amena rapidement celle de M. Pérignac. pauvre } ux grand-père ne put survivre àcelle qui avait été l'unique passion de ses vingt dernières années,
Lucien, resté seul, mit la petite Germaine dans les bras de Mathilde :
— Voulez-vous être sa mère et ne
demanda-t.il à l'excellente créature.
Celle-ci très émue, répondit :
— Vous comprenez bien, monsieur, que le rêve de ma vie le vôtre, et d’avoir dans mon existence le b condition capitale à élever Germaine.
—Laqueile ?
—J’ai si wal réussi une première fois que je ne suis Néanmoins, si vous voulez me promettre de ne semblable à celle qui, jadis, m’a été si fatale, je
— N'ayez pas peur, dit B: rgemon, je ne vous contraire.
Mathilde avait vu Lucien à l’œuvre.
Elle l'avait apprécié, Entreprendre de nouveau, pheline allait à son cœur généreux, à son esprit élevé. Le curé ei Flore, prévenus du malheur qui était arrivé, avaient déjà trouvé une bonne et solide Gasconne, capable ce fortifier par un lait abondant et sain {a fille de Charlotte, On donna le biberon à l’enfant, en attendant l’arrivée de la nourrice, ce qui ne tarda pas, du reste, Et lorsque les
, derniers devoirs furent rendus au malheureux grand-père, qui ne survécut que de huit jours à sa petite fille, Lucien essura le fonctionnement de sa maison et alla s'installer à Gellac avec tous les siens. Ce ‘+ 20 château de Mussidan qu’il descendit tout droit, Il
‘ weriage, et il avait décidé avec Mile Forestier que
"++" &esconnes, dans l'air pur que parfument les genêts et les plantes sauvages, C:ti
“eclutisx, est-il besoin de le dire, combla de joie la famille de ucien, autant que iè hit ass d
“au presbytre. Le curé attendait son fils adoptif à sa descente de voiture.
# compensations qui, désormais,
est de rester à un foyer comme ut que vous m'offrez. Cependant, je mets une
peut-être pas bonne à grand-chose.
pas aunihiler mes efforts par une faiblesse tenterais encore l'épreuve. x
entraverai jamais, je vous seconderai, au
marrain ueiles ; #'v cons —…T @ ne veux Plusi au mors Mlle Et pr de Flore sa serva Charlot:
puisque plus qu éclatant a pa cu PA | vation à être celt M. de Math tenue ai si merve nait ave la mignc —Por elle voy —Flo savez pa les plus :
Et lor c'était a —Flo Lucie plus gra L'amo sonne, G:
rendait c sourire à naient d d’abord, nait adm pour son Mussida:
que Luci vert les ; fils du ps Et lors bourseme intelliger vaincué, rent dans bénédicti —Mai ees bienf!:
Rien n naïissait r —Ï]l fa terre ses
e Forestier, à vina ses soûfut le consoler, ment déçu, se
ui, désormais,
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as envie de nariage avait
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à d’une orévenus du capable Ce ron à l’enlorsque les jue de huit ‘installer à it droit, Il restier que ument les bla de joie ait son fils
qu’il avait.
sous l’ex-
quand il érignac le it uni les nfidences etite Gerer fût la
FLEUR DES NEIGKS \ 109
marraine de sa fille. Après cela, il se disposa à repartir pour Paris ; ses affaires aux queiles il voulait donner une très grande extension mé mt qu'il avait tout le loisir de s'y consacrer, le rappelaient impérieusement,
—le reviendrai souvent, dit-il à M. de Villamblard et à Mathilde : n'ayez pas peur, je ne veux pas être un étranger pour ma fille...
Plusieurs années se passèrent, Germaine n'avait rien de sa mère. Elle était, autant au moral qu'au physique, le vivant portrait de son père.
Mille Forestier l'élevait un peu sévèrement, elle était payée pour cela,
Et puis, elle avait autour F'lle un autre M. Pérignac ; c'était le curé, encore doublé de Flore, Véritablement, si Germaine n'avait pas eu une nature de dismant, l'abbé et sa servante en eusseut fait une petite créature encore plus désagréable que ne l'avait été Charlotte, Maintenant, le sujet de leurs disputes n'était plus les charités de l'abbé, puisque Lucien envoynit à M. de Villamblard plus qu'il ne pouvait donner, et à Flore plus qu’elle ne pouvait dépenser ; non, c'était cette fillette aux yeux de bluets, au teint éclatant, aux cils déjà semblables à une soyeuse frange noire, qui appelait l'abbé “bon papa curé, et Flore, ‘ma tante... ,”
Ah! Flore eût joliment arraché les yeux à qui se fût permis de faire une seule observation à son adorée. Et le curé, dont’ elle était atrocement jalouse, était encore peutêtre celui dont elle supportait le moins les caresses et l'amour pour Germaine,
M. de Villamblard, malgré cela, s’occupait infiniment de la petite.
Mathilde, avec sa bonté indulgente, le laissait faire, sachant bien qu’elle saurait, sou. tenue ainsi qu’elle l'était par Lucien, garder la direction de cette petite nature si droite si merveilleusement douée, Sous prétexte de lui faire aimer les pauvres, le curé l’amenait avec lui, à pied, soit dans le vieux cabriolet, ou l’idée de conduire Saladin ravissait la mignonne,
— Pour sûr que vous allez la tuer avec ces longues courses ! criait Flore rageuse, quand elle voyait revenir M. de Villamblard, tenant l'enfant par la main,
—Flore, répondait sévèrement l'abbé vous êtes absolument insupportable, et vous ne savez pas du reste ce que vous dites!..,.Le grand air de la marche sont les deux choses les plus salutaires du monde pour faire le tempérament d'une enfant,
Et lorsque Germaine sortait de la cuisine, barbouillée de crême jusqu'aux oreilles, c'était au tour du curé de bredouiller furieux :
-—Flore, c'est vous qui allez la faire mourir en lui donnant des indigestions !
Lucien venait la voir plusieurs fois par an, A chacune de ses visites, il la trouvait plus grande, plus intelligente, meilleure,
L'amour qu'il éprouvait pour elle devenait de la ‘lie. Dans son adorable petite personne, Germaine résumait pour son père: le passé, le présent, surtout l'avenir, Elle lui rendait cet amour : Lucien était son Dieu !....Tout du reste à cette époque, semblait sourire à Bargemon. A Paris, ses affaires prenaient une immense extension et lui donnaient d'incalculables bénéfices. En Gascogne, peu à peu, ses rêves se réalisaient, L'abbé d’abord, nageait dans l'abondance. La fameuse banque était montée, et elle fonctionnait admirablement. Paulin, avec son flair de paysan, doublé d’une si rigide obéissance pour son c11lct, la menait on ne peut mieux. C'était naturellement sur le domaine de Mussidan qu’avaient été faites les diverses expériences de taille, de cultures et d'engrais que Lucien voulait faire appliquer chez tous. Devant les résultats obtenus, on avait ouvert les yeux. Puis, comme celui qui faisait ces choses était lui aussi un paysan et un fils du pays, on avait eu confiance. Alors, de tous les côtés on vint voir; on s'informa.
Et lorsque Paulin parla de faire les avances, au nom de son frère, et gratis, avec remboursement, sans intérêté, plus tard seulement en cas de réussite, une dizaine des plus intelligents acceptèrent. C'était assez, et dès lors la partie était gagnée, et la routine vaincué, En effet, bientôt les vignes se reconstituèrent ; l'abondance et la richesse revinrent dans toute la région de Gellac, tandis que de tous les côtes s'élevait un concert de bénédictions et de louanges en faveur de Bargemon.
—Mais enfin, que veut-il ? disaient les hommes politiques du pays, inquiets de tous es bienfaits répandus. Songerait il à la députation ?
Rien ne lui eût été si facile que d'y arriver. Mais l'abbé de Villamblard. qui le connaïissait mieux, répondait très fier de son élève :
—1 fait le bien pour le bien, comme le soleil donne sa chaleur, la source’ sôn eau, la terre ses produits, naturellement !..,.On ne le crut d’abord pas, et l’on surveilla Lucien
n dut se rendre à 1 levèrent alors les épaules,
Les affaires colossale contraire la solidité de
Car son besoin de spéculer, résent et surtout q nait Jui-même t
t quelques-unes des fortes têtes del re de pitié : Un jobard !....
ussissait, prouvaient au
disant, avec un s-qu'il entreprenàäit mainten e intelligence, ci de vendre et d’ u’il trafiquait, po out cé qu’on lui p une industrie, un ma Bargemon étudia e n'avait pas réussi,
ant, et qu'il ré aire et pratique.
acheter s'était décuplé à l'infini.
urvu que la chose fût honnête.
ait si cela rentrait dans ses lui étaient ainsi offerts périclisi l'idée première était bonne,
roposait et voy
tants et presque perdus, et dans ce cas, ‘pourquoi ell
Puis lorsqu'il avait trou tait des hommes à lui, bien, ce n'étaient ni les à la fois un théâtre,
Bargemon seul suffisait à tout.
pelle, était resté sim comme jadis, quand il vi-
ait en Gascogne, lorsqu'il:
de sa carrrièe de travail.
Elle adorait tous ceux e continuait à appeler n, André, le petit camate mis au lycée d'Auch, Pendant plusieurs jours, maladie, ne sachant que
ans ses bras, étaie enait une perfection Paulin, sa femme, bon maman Thilde, mais s de ses jeux d'enfant.
dres vacances alade de joie,
Germaine dev qui l’entouraient :
l'abbé, tante Flore, rade si complaisant mais aussi aux moin elle en restait m
tes pour Germaine, gée camme après une —Dis, André, as- Un matin, un ho
tu pensé à moi? m'aimes mme d’affaires, o vint demander à Pauli C'était Gérard, l'intendan pas éloignées de Gellac.
agnait. Cette dernière étai equel arrivait de son lycée, Mathil et purs de la nouvelle venue.
—Monsieur Gérard, dit-elle, voulez-v que M. Bargemon vous fera vis —Je ne demande répondit aussitôt 1 — Est-ce qu’elle serait souffrante LR —Anémique, seulement.
voulu étudier dans les livres pas respiré le mêm lui refaire du san n'est-ce pas, ma
-tu toujours ?,,..
u plutôt le régisseur d'un des n Bargemon la marche à suiv t du marquis de G Une fillette, d’ t ce jour-là chez son oncle, de fut tout de suite séduit
plus grands domaines re afin de regreffer ses dont les vastes propriétés n plus âgée que Germaine, ‘à cause du retour d'André, e par les grands yeux droits
e votre fillette joue avec la nôtre, pendant
iter ses vignes, pas mieux, madame,
mais ne la laissez pas trop fatiguer, n’est-ce nas ?
C’est la fille de mon fils Ro
main Gérard, un savant, qui a Alors, voyez-vous
la petite qui est née là-bas n'a Sa mère me l’a donnée pour ça revient tout doucément,
e air que la vôtre, g et lui gonfler les petite Abeille?,...
faut encore ména —Oui, oui, dit la fillette, à 1 Papa, je ne me fatiguerai — Et tu mangeras à d —Tout ce que voudra M. Gerard, rassuré, la laissa, Le soir, lorsqu'il vint 1 comme des escarboucles.
Elle avait tant joué avec Germai âne, qu'André conduisa plus enfant qu
joues, Mais voilà que
&er beaucoup ces pauvres forces, aquelle Germa
ine plaisait infiniment, pas, laisse-moi ici,
jé serai sage, bon.
a chercher, Abeille était toute rose, avec ses beaux yeux brillants n6 et André ! Elle était m plaisance infinie ; car ce Pétillant de malice et l’on avait fait la dinette!.. :
y eut bien des pleurs sur les joues en se sé-
ontée sur un tout petit garçon de quinze bonne humeur, Puis,
it avec une com e les fillettes, gai,
si joli cabinet de verdure, où les trois s’adorèrent vite, et il
crain!
cette « anettre cances de Ge:
et si t monde cœur ( —) lettre, Elle Mai jusque capabl ligent quelqu était d contra une fai che et r'aS Cor Luci bonté « jer. Ï
tes de la con- Fe rouvaient au
fini. C'était à, n rait dans ses fferts péricliétait bonne,
risait, y met .
nctionnaient Il eut aussi t, une ferme bles les unes ts: Lucien millions à la quand il vine, lorsqu'il:
de travailt tous ceux à appeler petit camaée d’Auch, ieurs jours, achant que
| domaines egreffer ses propriétés Germaine, r d'André, eux droits
e, pendant est-ce nas ?
ant, qui a là-bas n'a
nnée pour Jucément,
sage, bon:-
brillants
ut petit le quinze ir, Puis,
en 8e sé-
FLEUR DES NEIGES rt 111
—Tu reviendras, dis, mademoiselle ? demanda Germaine, en levant ses grands yeux craintifs sur M. Gérard.
— Comme bon papa voudra, répondit Abeille de sa petite voix que des larmes étranglaient, ;
—Et tu voudrais bien que bon papa dise oui, fit le vieux Gérard, avec un sourire attendri. N’aie pas peur, chérie, ton vieux “Pagnan” veut tout ce qui te fera plaisir.
Cependant, il ne faut pas être indiscrète,
—Oh ! monsieur, intervint Mile Forestier, Abeille ne saurait être indiscrète, c’est une. si adorable petite fille, si douce, si bien élevée !....
Le vieux grand-père, ému jusqu’au fond des entrailles, souriait, les yeux humides.
Mathilde continua :
—Et puis, notre petite Germaine est un peu seule, je lis dans son cœur, et je vois combien elle serait heuseuse d’avoir une si charmante compagne. ‘Alors, plus vous lais. s rez venir Abeille, plus nous serons tous contents.
“—Je te montrerai ma maison à moi, dit Germaine tout doucement, et mon jardin, et le petit bateau qui va sur le grand étang... ;
Il faut revenir, mon Abeille, revenir au plus tôt.
— © bon papa ! je t'en supplie ! soupira la mignonne enfant.
— Eh bien ! c’est aujourd’hui mercredi, ta prochaine visite sera pour dimanche, puisque l’on est si aimable pour toi.
Et puis, dimanche, continua l'intendant, ça ne fera pas perdre la journée à un ouvrier, pour te porter à Mussidan.
—Mon fils André pourra aller chercher Mlle Abeille avec le poney et la voiture de- Germaine, dit Paulin Bargemon à son tour. Il conduit très bien, vous pouvez la lui donner sans crainte, Le soir, un domestique de confiance vous la ramènera.
—Je veux bien, répondit le brave homme; il faudra cependant en parler à bonne maman, n’est-ce pas! mignonne, et qu’elle dise oui.
Abeille eut un adorable petit geste de la tête, lequel affirmait son illimitée confiance en sa grand'mère.
— Alors, dit Germaine, André ira te chercher demain, mademoiselle ?.
— Non, déclara le père Gérard, pas demain, Abeille a besoin d’un peu de repos. Ce sera pour après-demain.
Pendant ces deux jours Germaine ne véeut pas. Elle avait aimé, du premier coup, cette douce petite fille, souriante et calme, chétive et pâlotte, avec l'ardeur qu’elle devait mettre plus tard dans sa vie à aimer ou à détester toutes choses. Tout le temps des va. cances l'intimité des trois enfants fut charmante, Abeille aimait tout ce qui était la vie de Germaine, les lieux come les êtres qui l’entouraient ; et elle était déjà si affertueuse et si tendre, s’oubliant sans cesse pour tous, avec une facilité si naturelle, que tout le monde, y compris le curé et Flore, en était fou. Quand elle dut repartir pour Paris, le cœur de Germaine se déchira.
—Je t'écrirai, disait Abeille, je t’écrirai souvent...
—Ce n’est pas la même chose, répétait Germaine en sanglotant. On se parle dans une lettre, mais on ne s’embrasse pas!
—Je reviendrai l’année prochaine,
Elles se jetèrent dans les bras l’une de l’autre. 11 fallut les séparer de dorce.
Mais une épreuve autrement redoutable attendait la fille de Lucien. André, élevé jusque-là à Auch, c'est-à-dire tout près, devait aller achever ses études à Paris, afin d’être capable «le seconder plus tard son oncle dans ses nombreuses affaires. André était intel. ligent et honnête comme Lucien, auquel il ressemblait par certains traits du visage, et quelques jeux de physionomie, Mais la douceur un peu froide du père de Germaine était doublée d’une énergie et d’une volonté à toute épreuve, tandis que chez André, au contraire, le fond du caractère était ‘d’être plus léger qu’un oiseau, avec une timidité et une faiblesse incapables de résister à une volonté plus nettement trempée que la sienne,
—Ï1 n’a jamais rien vu, ni fréquenté personne, disait Paulin à son frère, tout l’effarouche et lui fait perdre la tête; mais si tu peux le prendre et le dresser toi-même, tu verras conime il changera vite,
Lucien, qui avait une grande affection pour son neveu, auquel il reconnassait une bonté et une intelligence natives de premier ordre, ne demandait pas mieux que d’essa- Je. Mais la séparation des deux enfants fut terrible: surtout pour Germaine qui ai-
mait de toutes les forces de son cœur, et probablement
pensive et grave, cet André, si gai, si bavard, si bon, —Alors, lui dit-elle, en lui jetant les bras
départ lui fut connue, je ne te verrai plus... —Mais si, lui répondit aussitôt André, je reviendrai aux vaca
Oncle lu dit, Et puis, quand tu viendras toi-même faire ton éduc nous quitterons plus.
Elle hocha la tête sans répondre,
Germaine, au contraire d'André, ne parlait jamais beaucoup. Mais elle voulut revoir avec lui tous les endroits où ils avaient coutume d'aller ensemble, Partout, elle s'arrétait, ‘“appuyait la tête sur l'épaule de son camarade d'enfance, avec une grâce mélancolique “déjà irrésistible, et puis toujours silencieuse, elle éclatait en sanglots.
—Mais je reviendrai, répétait André, je reviendrai |... Et c'était tout ce qu'il trouvait, comme si l'idée du retour fût, en effet, la seule capable de consoler Germaine, Mais Ja pauvre petite ne répondait pas. On eût dit qu’une douleur au-dessus de ses forces avait figé la parole sûr ses lèvres.
—Tu n'es pas raisonnable, disait Mathilde, effrayée de son silence et de l'éclat de ses yeux.
Et elle ajoutait cette parole, son père :
—M. Bargemon le veut ainsi dans l'intérêt d'André.
Mais rien, rien n’arrivait à desserrer ces lèvres closes, rien n'éteignait le feu de ces prunelles,
, Par contraste, avec sa nature toujours prêt à toutes les folies.
nces prochaines, mon ation à Paris, nous ne
d'ordinaire, cependant, souveraine, car la fillette adorait
André partit, et contrairement à ce qui s'était passé pour Abeille, Germaine ne pleura même pas.
— Elle se consolera, dit le curé à Mlle Forestier que je ne l’espérais.
Mathilde le regarda.
—C'est-à-dire, répondit-elle, que si ça continue longtemps ainsi, Germaïne va tomber malade.
Deux jours après, en effet, Mathilde dit à M. de Villamblard :
—1l faut avertir M. Bargemon, Germaine ne mange plus, elle ne dort plus. Il va sûrement nous arriver quelque catastrophe,
J'ai bien peur que le seul remède à son mal, soit de l’amener tout de suite à Paris,
curé sauta sur sa chaise,
— Conduire Germaine à Paris! s’écria-t:il, ment,
Elle a même été plus raisonnable
Mais on avait dit dans deux ans seule-
ments qui surgissent modifient sans cesse les projets les mieux établis? Je connais bien Germaine, ni vous ni moi ne suffisons plus
maintenant à son âme ardente, quoique concentrée. Il lui faut désormais l’aflection et la
ver là.
rasme tel que l’on dut cette-fois-ci faire venir son père par dépêche. Lucien arriva le lendemain avec le médecin de la famille Pérignac, un des princes de la science.
— Cette fillette n'a point le moindre indice de la terrible maladie qui a emporté tous les siens, dit-il. Elle est même si admirable à redouter de ce côté-là. Seulement, elle e au possible,
C’est une petite harpe sans cesse en vibration, Elle doit être distraite, Ramenez-là
à Paris avec vous, et faites-la vivre à vos côtés, ainsi qu’elle en témoigne un si violent
désir. Cette nouvelle existence, loin d’être un danger pour elle, lui sera au contraire extrêmement salutaire,
IL n’y avait qu’à s’incliner.
Cette décision, dù reste, combla Lucien de joie, car s’il s'était séparé de Germaine, s'il avait consenti à vivre seul, avec un foyer désert où nul ne l’attendait au retour de ses formidables affaires, c'est qu'il l'avait cru indispensable à la santé de sa fille.
autour du cou, dès que la nouvelle de son :
Ce Paris, après ter le:
cienn.
nue d mieux tie ar!
Ma avait et mê les cal fectior
Les vérita Lucie:
vriers comm les be Marie.
peines
Sa nature folies.
elle de son :
ines, mon 3, nous ne
evoir avec s'arrêtait, ancolique
e capable e douleur lat de ses
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zu de ces e pleura
sonnable , tomber
Î va sûaris, s seule-
sse les 8 plus nn et la
qui lui de male len-
é tous is rien nnable
nez-là iolent traire
1e, s’il de ses
. FLEUR DES NEIGES qu, 113
— Ecoute, lui dit-il, c'est décidé. Tu vas venir à Paris avec Mathilde ; seulement je veux que tu y sois dans les meilleures conditions possibles, et je te demande un mois pour organiser ta future demeure: me l’accordes-tu ?
Elle souriait, déjà apaisée et calmée par la promesse de Lucien.
-— Tout ce qüe tu voudras, lui dit-elle, Tu sais bien que ces désirs sont des ordres pour moi.
Il sourit.
—Je m'en aperçois, dit-il, moi qui eusse tant voulu te faire rester dans cet air pur des landes jusqu’à ce que ta croissance fût terminée.
—Ah ! s'il le faut absolument !....
—Merci ! pour que l'on m'écrive encore dans quinze jours que Germaine ne parle plus, qu'elle ne mange plus, que ses yeux brillent comme des charbons et que l’on ajoute : “L'état est très sérieux arrivez ! ” Non, non....passer une Jeuxième fois par une telle épreuve, je ne le pourrais plus!.... t
Germaine avait une raison et un caractère bien au-dessus de son âge. Elle fut frappée de l’intraduisible accent que mit Bargemon à prononcer les derniers mots de la phrase.
—Tu m'aimes autant que cela ! l'interrogea-t-elle.
—Je t'aime à mourir de ta mort, dit-il, très grave. Peut-être même de tes douleurs !..
L'avenir devait lui apprendre ce que valait la moindre parole de cet homme au cœur de diamant,
Elle se ilottit dans ses bras: pe
—Ah! ....lui dit-elle au milieu de ses baisers, c’est parce que je te ressemble que je ne puis plus vivre seule ici.
—Seule ?..,.Et bon papa, et Mathilde, et tous ?
Oh ! ce n'est pas toi!....ce n’est pas toil!....
Elle allait dire : Ce n’est pas André!....
Une divine pudeur, déjà très fémifine, retint ce nom sur ses lèvres, Lucien. après tout extasié de trouver tant d'amour dans le cœur de sa fille, la pressa comme un fou sur sa poitrine.
—Eh bien ! c’est entendu, lui dit-il, et là-bas, à Paris, je réglerai mes affaires, de façon à venir passer denx mois ici tous ensemble pendant les vacances.
Ce fut l’abbé et Flore qu'il fallut consoler maintenant. Mais l'idée de la réunion des vacances fut très efficace sur leur esprit, et dans l'intérêt de l’adorée ils se résignèrent tous à son départ.