‹ Fleur des ondes [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 27 · CR · texte numérisé non relu

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cents Algonquins décidèrent de reconduire les Français jusqu’au Grand Sault, qui était le lieu de leur rendez-vous. C’est 1à qu’ils espéraient tronver le gouverneur.

Le cinq du mois, les préparatifs étant terminés, les voyageurs partirent. Plusieurs emmenaient leurs femmes et leurs enfants ; c'était l'usage quand ils n’allaient pas à la guerre.

Ces pauvres gens ne laissaient point de trésors derrière eux lorsqu'ils s’embarquaient en famille, mais telle était cependant leur probité, que nul n'aurait osé toucher aux effets d’un absent.

Chacun retrouvait son ménage tel qu’il l'avait laissé. *

Au commencement, le voyage ne manqua pas de charmes. La température était splendide ; les rameurs, torse nu, penchés en avant, plongeaint vigoureusement et sans bruit l'aviron dans la nappe limpide, raidissant Icurs muscles contre la résistance de l’eau ; et les pirogues glissaient à la surface, en laissant un sillon argenté. Le soleil épandait une douceur tiède qui remontait du sol en buée légère, se parfumait en passant à travers les brindilles et les fleurs naissantes, et s'élevait plus d'aphane à mesure qu’elle élargissait ses plis,

* Quelques nations, cependant, étaient incorrigiblement larronnes. Les Hurons notamment lérobaient avec leurs pieds ce qu’ils ne pouvaient attraper avec leurs mains,

Ceci est confirmé par Champlain, Sagard et autres auteurs.

ou se chiffonnait en fronces capricieuses, comme un fichu de gaze sous la main d’une coquette. Quelques oiseaux, surpris dans leur retraite, s’envolaient en émiettant de petits cris effarés ; d'autres se balançaient sur leurs ailes déployées, aux notes berçeuses de leur chanson.

Les sauvages, quoique habitués à cette poésie du renouveau, n’y étaient pas insensibles ; mais elle captivait plus fortement les Français qui toutefois, en éprouvaient diversement le charme. Pour Philippe, c'était le cadre approprié au doux roman qui commençait à se dessiner dans son cœur ; Paul au contraire, amoureux dela liberté, trouvait sacrilège tout ce qui éloigne l’homme de la nature, et se disait que la civilisation n’est le plus souvent qu'un masque. L'homme reste tel sous l’habit que l'hypocrisie lui taille à sa mode : le méchant sait mieux s’y dissimuler, et le juste, gèné par trop de conventions, devient plus aisément sa victime.

Tout le monde se taisait ; le silence n'était interrompu de temps en temps que par quelqu’exclamation enfantine : une petite main se levait avec convoîtise vers un papillon neigeux, la mère souriait. et tout redevenait tranquille.

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Cette somnolente quiétude dura plusieurs henres, puis le charme fut rompu. On avait atteint le premier sault. Il fallait mettre pied à terre, afin d'éviter les nombreux rapides qui bouil-

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lonnaient entre Les Allumettes et le Graud Calumet.

Les uns portant sur leurs épaules des paquets de fourrures, pesant jusqu'a deux cents livres, les autres chargés des avirons et de leurs canots, les femmes trainant leurs enfants dûrent se résigner à une marche de deux heures sous l'épaisseur des branches. À chaque instant, les jambes s’écorchaient aux broussailles ; mais ces hommes robustes n'y faisaient nullement attention, et les meurtrissures ne les arrêtaient pas.

Philippe et Paul, aguerris durant l'hiver, suivaient allègrement, quoique lesté, de leurs hardes, de deux avirons et de leurs arquebuses.

Fleur des Ondes sautait d'un obstacle à un autre, comme une chevrette.

Enfin, on se rembarqua; après avoir navigué dix ou douze lieues, la troupe campa dans une ile remplie de vignes et de noyers où les sauvages mirent leurs filets à l'eau.

De quelques gros poissons et de pains de mais, les femmes composèrent le diner, après lequel on s'installa pour la nuit, les uns dans les canots, les autres s’accommodant à terre d’abris de branchages, devant lesquelils firent un feu afin d'éloigner les bêtes.

Un peu avant le jour, un sauvage ayant rêvé que ses ee l'attaquaient, se uit à crier.

‘ On me tue ! ’’ Toute la troupe s'éveilla en sursaut, et ce fut une panique générale : quelques

uns se jetèrent à l'eau. Les Français eurent de la peine à calmer cette frayeur.

Dès l'aurore, tout le monde se remit en route, pour faire halte au Sault de la Chaudière et accomplir une cérémonie traditionnelle, Après avoir porté les embarcations au bas du rapide, ils s’assemblièrent, et l’un d’entr'eux fit la quête ; chacun ayant donné un morceau de pétun, le plat en bois contenant les offrandes fut deposé au milieu de la troupe qui dansa à l’entour avec entrain. L'un des capitaines déclama l’habituelle harangue, expliquant qu'il était d'usage de faire pareïlle manifestation en ce lieu, afin de dépister leurs ennemis. Ces pauvres gens étaient persuadés que s'ils avaient manqué à la superstitieuse coutume, il leur serait arrivé malheur.

L’orateur ayant fini son discours, alla jeter le pétun dans la cataracte, et tous poussèrent un cri formidable.

Les Iroquois allaient souvei.i surprendre leurs ennemis en cet endroit, n'osant s’aventurer plus avant, à cause des mauvais chemins. Cette fois, le voyage s’effectua sans accident. Le lendemain, les Algonquins campèrent dans une ile à l'entrée d’un lac, éloignée de sept à huit lieues du Sault Saint-Louis.

Les sauvages s'établissaient de préférence dans des îles, parce qu'il était plus facile &'y prévenir uue attaque.

Après avoir caché les canots dans les grands

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