‹ Fleur des ondes [microforme] (volume 2)Chapitre 26 sur 27 · COR ACC HART ARRETE LUE IT N · texte numérisé non relu

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VERS QUÉBEC 127 joncs qui bordaient la rive, et improvisé des abris pour la nuit, ils firent un sommaire repas de pain de maïs, n’osant allumer du feu en cet endroit, par crainte de révéler leur retraite aux rôdeurs Iroquois.

Redoutant saus cesse une suryrise, les Algonquins avaient cependant l'incroyable habitude de ne pas veiller : (*) leur unique précaution était d'envoyer quelques uns des leurs en reconnaissance. Ils se reposaient toute une nuit, même à la guerre, sur cette insuffisante mesure.

Là encore, il y eut uue alerte. Quelques jeunes gens s'étant imaginés voir des ennemis, jetèrent l’'épouvante parmi leurs camarades. Philippe et Le Carcois allèrent explorer les alentours, et puient se rendre compte que c'était une fausse alarme.

ns cette assurance, tous s’abandonnèrent au repos, sauf les deux Français qui se postèrent en sentinelles pour toute la nuit.

Enfin, le dix-sept juin, ils arrivèrent sains et saufs au Sault Saint-Lou:s.

Les sauv2ges éprouvèrent une grande déception de n’y pas rencontrer Champlain, Philippe et

e Reconnaissant cela, jeremonstraisla fautequ'its faisaient & qu’ils devaient veiller, comme ils nous avaient veu faire toutes lés nuicts, & avoir des hommes aux afuets, pour efcouter & voir s'ils u’apercevraient rien ; & ne point vivre de la façon comme beftes Ils me dirent qu’ils ne pouvaient veiller, & qu'ils travaillaient assez le jour à la chasse Voyages de Champlain 1609 page 157.

Paul ne pouvaient non plus expliquer cette absence ; ils persuadèrent à leurs amis de patienter quelques jours avant de prendre une décision. Mais le lendemain, il vint une barque portant des traiteurs de Saint-Melo, qui apprirent aux Français que le gouverneur avait été retenu en France par de pressantes aïfaires. À cette nouvelle, les Indiens échangèrent leurs fourrures et se disposèrent à retourner dans leur pays. Paul qui s'était épris de la vie libre des indiy;ènes s'en alla avec eux.

Une vingtaine de sauvages seulement voulurent accompagner Philippe jusqu'à Québec; Le Carcois était de ceux-là. Dès le début, il avait invité Fleur des Ondes et Philippe à voyager dans son canot ; et c’est assis l'un près de l’autre que les deux jeunes gens firent le voyage

Durant les cérémonies tumultueuses et bruyantes qui avaient suivi le décès de La Source, ils avaient eu rarement l’occasion de converser seul à seul ; mais pendant ce voyage ils échangeaient leurs pensées, car tout invitait à la causerie : :e désœuvrement et la beauté impressionnante des paysages déroulés devant leurs yeux. Philippe, à chaque instant, s'éton en lui-même du savoir de cette étrange nlle qui, sous la seule direction de son père, avait dû puiser toutes ses leçons dans le livre unique de la nature ; Fleur des Ondes de son côté, admirait la simplicité de ce beau garçon qu'elle jugeait savant et qui avait été

élevé dans un luxe dont elle n'avait même pas l'idée.

Après le départ des traiteurs, nos amis reprirent leur route. Le premier jour, ils s'arrêtèrent à l'entrée des Trois-Rivières. Le lendemain, quand ils repartirent, les étoiles n'étaient pas encore éteintes et le firmament avait cette couleur verdâtre et transparente des belles nuits ; mais J'aube écarta ses voiles, et l'aurore apparut, éblouissante : un nimbe d’or se dessina à l’horizon élargissant son cercle, à mesure que s'avançait le roi des astres qui bientôt apparut audessus des Laurentides.

C'était un spectacle d’une beauté saisissante : on eût dit que des mains invisibles et divinement habiles décoraient le ciel pour une fête. Des nuages aux nuances opalines se déployaient sur l'azur comme de souples écharpes, puis ramassaiert leurs plis et se festonnaient au bord des

flocons ouateux qui passaient majestueusement devant lo soleil en projetant des taches d'ombre sur la verdure des montagnes. Les rives boisées du Saint-Laurent présentaient toute la gamme des verts, depuis les feuiilettes argentées des trembles jusqu'aux rameaux presque noirs des pins. Le firmament avait l'air d’une vaste coupole appuyée à la pointe des arbres géants q'ii couronnaient les côtes de la Grande Rivière. Les voyageurs avaient l'illusion d'un vaste panorama se déroulant sur les deux rives : tantôt c'était la

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foret qui étalait la luxuriance de sa végétation en cascades ndoyantes jusque dans les flots : ailleurs, un banc de sable aux tons de rouille ou une tranche de glaise aux craquelures violacées; parfois un bouleau solitaire planté comme une sentinelle sur un rocher: ici c'était une falaise blanchâtre nervurée de bleu, l’à un banc de granit rouge tranchant sur la verdure comme le portail flamboyant de l’antre infernal. Les rameurs se relevaient de temps à autre et naviguaient avec une telle vigueur que la troupe arriva à Québec au crépuscule.

Du Parc qui commandait en l'absence de Champlain, vint au devant de ses amis sur la plage.

Remarquant avec étonnement la dame qui accompagnait Savigny, il s'inclina le feutre à la main.

Ce salut à l'européenne rendit à Fleur des Ondes toute son assurance : car en approchant de Québec elle s'était demandé avec un peu d'angoisse si les Français de là auraient pour elle la déférence que lui témoignait son cousin. Elle se sentait devenir timide, presque craintive, depuis qu'elle avait abandonné sa solitude. Quoique son père, gardant toujours l'espoir de la ramener en France, se fût sans cesse appliqué à parfaire son éducation, elle craignait que ces hommes ne la traitassent en sauvagesse, malgré son origine française,

dontéthtist si matbittii

La politesse du commandant ini causa un véritable soulagement. Elle s’avança et fitlarévérence.

Philippe mit fin à tout embarras, en présentant sa cousine.

« J] croît donc des fleurs de France aux pays des Algonquins, s'exclama le sieur Du Parc avec bonhommie. ””

‘ Pardon, commandant, répondit Philippe en :

riant, celle-ci vient du pays des Iroquois. ”’ |

‘“ De plus en plus étonnant ; décidément, vous n'êtes pas un homme ordinaire, Savignv : M. de Champlain vous conduit après mille périls au pays des Algonquins, avec mission de chercher

Iroquois vous trouver une belle cousine. Je le

répète ; vous êtes un homme extraordinaire.

“Ah : certes je ne regrette pas mon aventure’?

| | un passage par le Nord, et vous allez chez les | reprit Philippe, en regardant Fleur des Onas mais, s'adressant à du Pare : ‘‘ je vous assure que notre expédition manquait de gaité au départ. Ce n’est que par une protection visible de la Pr vidence que nous n'avons pas été rôtis vifs ! Et le jeune homme raconta en détail les circonstan- | ces de son enlèvement. Ce qui n'a pas empêché | Paul Guertal de me laisser au Sault Saint-Louis | pour retourner avec nos sauvages, ajouta-t-il. d | La première pensée de ces hommes de foi étant sans cesse de remercier Dieu, Du Parc, ense dirigeant vers l'habitation suivi de ses compagnons,

entonna le Te Deum, et tous rc ondirent au chant sacré de la gratitude.

Feur des Ondes franchit pour la première fois le seuil d’une maison à l’européenne. Sans laisser voir son étonnement, elle examinait tout à la dérobée ; il lui semblait reconnaître ces chôses qu'elle n'avait jamais vues.

L’Habitation comprenait alors trois corps de

logis à deux étages, et un magasin, le tout en-

ac

touré d'une palissade en boiset protégé par un »

fossé de quinze pieds de longueur sur six de profondeur.

On entra dans la salle commune : du Parc, en vrai gentilhomme, fit aux arrivants les honneurs de la maison. Il assigna à Fleur des Ondes la plus belle chambre ayant vue sur le fleuve, et lui dit en l'y installant : ‘ D'ici, Mademoiselle, vous serez la première à voir arriver les bateaux de France ! ”’

Deux heures plus tard, au diner que l’on prenait en famille, du Parc constata que ses compagnons avaient soigné leur toilette avant de se mettre à table ; il remarqua tout haut que la présence d’une femme a toujours un salutaire effet sur des Français.

La jeune fille était touchée de ces attentions et cherchait déjà le moyen de les reconnaître, Le lendemain, elle mit des fleurs sur la table, et, devant chaque couvert, une petite assiettée de fraises qu'elle avait été cueillir.

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Depuis lors, elle ne cessa de chercher, dans sa délicatesse et son ingéniosité, quelque nouveau moyen de complaire. Entendant ces hommes parler avec regret de la Patrie, elle s'éfforçait de les attacher à leur nouveau pays par plus de bien-être et de contentement . l'anniversaire de chacun fut marqué d'un modeste cadeau, devint le prétexte d'une petite fête.

Et la brave enfant trouvait un immense plaisir

à se dévouer ainsi : ce rôle modeste semblait satisfaire toutes ses ambitions ; elle n'éprouvait nulle hâte de voir poindre le jour où il lui faudrait abandonner ce milieu sympathique pour aller au foyer même de la civilisation, chercher des sensations qu’elle ignorait et qu’elle ne désirait pas. Ici, tout lien n'était pas brisé avec son passé obscur mais heureux ; elle se sentait dans son véritabie élément. C'était encore la forêt, mais peuplée de gens aptes à la comprendre, à l'apprécier, avec qui elle pouvait se montrer telle qu'elle était: bonne et compatissante, ne plus être un fantôme redouté, mais une camarade aimée.

Philippe ne semblait pas impatient de retourner en France : il laissa partir, sans y chercher passage, tous les bateaux de traite. Sans avoir consulté sa cousine sur ce point, il s'était décidé à attendre le retour de Champlain. Devinant que

Fleur des Ondes était heureuse dans ces régions, il craignait de lui faire abandonner la proie pour

D ee te ENS ES EEnn ga taeInes nmannenn : reed RENE ne

l'ombreen l’emmenant auprès de Mme de Savigny dont il redoutait l’opiniatreté et l’intransigeance. Philippe aimait tendrement sa mère, mais elle avait maintenant une rivale dans son cœur, et il tremblait d’avoir à choisir entre ses deux affections, se sentant incapable de briser l’une ou l'autre.

Les fleurs se fanèrent une à une sur les hauteurs de Québec; l'automne mit de l'or aux feuilles des érables : l'hiver givra le rocher sans qu'il fut question de départ entre Fleur des Ondes et Philippe. On semblait avoir conclu une tacite entente de n’en point parler.

Philippe n'avait pas divulgué à la jeune fille l'espoir qui emplissait son âme; mais candidement elle attendait tout de iui comme d’un frère dévoué, et bornait ses désirs à passer son existance auprès de lui, sinon au premier rang du moins au deuxième.

Elle avait arrangé sa vie d’activité et de dévouement qui laissaient peu de place à lasongerie.

Plusieurs familles algonquines étaient venues se cabaner pour l’hiver auprès de l'établissement des Français : elle apprit leur idiome et s’imposa le devoir de les visiter chaque jour. Bientôt, elle fut la meilleure amie des enfants, et se contraignit au rôle d’institutrice, afin d’enseigner à ces misérables les consolants préceptes du christia-

Elle s'efforçait aussi de leur incuiquer

nisme.

jes rudiments de notre langue, consciente de reniité et de patrio-

plir un double devoir d’humanti tisme.

Chaque saison lui ap mais c'était toujours au ja bonté de son cœur qu de nouvelles jouissances ; la forêt les moyens, Son industrie les utilisait.

Elie pensait à la France, mais ce n° rêve imprécis dont la réalisation loint apparaissait pas Sans souffrance.

portait des plaisirs variés, sein de la nature et dans elle trouvait les éléments lui fournissait

était qu'un aine uelui

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C'était l'hiver et sa monotonie blanche sur tout le pays de Canada. On ne voyait plus que dentelles, de givre, arabesques de frimas ; le toit de l'Habitation était lourdement encapuchonné de neise, les deux rives de la Grande-Rivière étaient reliées par un pont de glace.

Les Français restés à Québec se sentaient complètement séparés de l'univers civilisé. Ils avaient l'impression d’être plus loin de la Patrie, en regardant cette nappe blanche qui les entourait, les isolait. Leur unique divertissement était la chasse et les promenades en raquettes. Les jours qu'il fallait passer à la maison semblaient d'une longueur interminable.

Fleur des Ondes et Philippe étaient seuls à ne pas s’en plaindre ; elle parcequ’elle avait l’habitude de l'isolement, lui, parce qu’il vivait une extase d'amour qui gardait son cœur de tout regret.

Chaque matin, la jeune fille allait faire de longues courses, n’oubliant jamais d'emporter un arc et des flèches. Comme elle était d’une merveilleuse adresse à cette arme, elle revenait

A L'HABITATION 137 souvent la gibecière garnie de quelques pièces dont elle enrichissait le diner du lendemain.

Le reste du temps, enfermée dans sa chambre elle se livrait à des travaux de peinture ou de sculpture, pour lesquels ell ble talent soigneusement cultivé par son père. Elle exécutait aussi de petits ouvrages de

fantaisie dont l'originalité Quotidiennement elle réservait

e avait un remarqua-

et le bon goût faisait

toute la valeur.

quelques heures à l'étude des livres.

La bibliothèque de Fleur des Ondes se composait d'un seul volume une traduction de l’Odyssée que son père avait sur lui, lors de son naufra-

ge. Elle le portait habituellement dans un réticule

suspendu à Sa ceinture, et de l'avoir lu et relu

elle le savait par cœur: Il y avait à l'Habitation s livres sérieux, la jeune fille les apprit plaisir délicat à nt ou à donner

quelque tous. Philippe trouvait un complèter parfois un renseigneme une indication que réclamait sans fausse honte

son aimable cousine.

Fleur des Ondes était consi sse du logis, du Parc ayant abdiqué entre administration de l'intérieur. Cet une quinzaine

dérée comme la

mai ses mains | hiver-là, il y avait à Québec, d'hommes tant artisans que matelots, plus les mes que nous connaissons. Chacun de la gracieuse le bien être

gentithon subissait la douce influenc hôtesse : tout était mieux ordonné,

régnait sous le toit de cette famille héroïque.

Sans bruit, sans ostentation elle arrangeait tout de manière à donner la plus grand somme de Contentement, avec les maigres ressources dont on disposait. Quand approcha la Noël, Fleur des Ondes modifia son genre de vie, négligeant un peu la promenade et l'étude pour des œuvres | qu’elle dissimulait avec soin. Philippe un jour se plaignit qu’elle devenait cachottière.

| — ‘* Ne vous fâchez pas, mon cousin : je fais | de petits mystères pourcélébrer le grand mystère! | Il n’insista plus.

La veille de Noël, Fleur des Ondes appela son cousin après le dejeuner ; celui-ci, ravi de n’être plus tenu à l’écart, la suivit dans sa chambre.

Elle lui montra, cloué à la cloison, un grand |

morceau d'écorce de bouleau sur lequelétait peint la naissance du Christ.

— “ Veuillez m'aider et me porter cela dans la grande salle.

Philippe s'arrêta admirant le tableau et faisant des compliments à l’auteur.

—"" Ne perdons, pas de temps en vaines paroles, l'interrompit-elle d’un air comiquement sévère ; il y aura de la besogne pour vous aujourd’hui. D'abord placer ce tableau à l'endroit que je vous indiquerai.

Philippe promit d’être un serviteur docile.

| À l'étage inférieur le tableau fut étendu sur le mur, entouré d’un cadre de rameaux d’épinette.

A L'HABITATION 139 Le jeune homme, monté sur une longue échelle, clouait, attachait les branches vertes ; Sa cousine jugeait d’un coup d'œil, et d’un geste, d'un mot, corrigeait, redressait.

L'extérieur du cadre fut bordé d’une dentelle de branchettes en forme de croix. Tout autour, on établit un modeste luminaire prudemment disposé dans de larges coquilles dont l’une contenait les lumignons ; l’autre, appliquée contre la cloison, la protégeait tout en servant de réflecteur. Sur le sol, on étendit un tapis de mousse. Fleur des Ondes alla ensuite chercher un panier d’osier, rempli de fleurs diverses ingénieusement faites de petites plumes teintes, et les piqua à profusion dans la verdure. Phillippe construisit une palissade autour de cette parure. “L'œuvre est complète, déclara la jeune fille ; nos amis peuvent arriver. ’?

— ‘‘ Soyez assurée qu'ils ne tarderont guère,

répondit son cousin ; vous connaissez la curiosité

de ces grands enfants. Cholas le cuisinier a déja été obligé de renvoyer les Montagnais, qui voulaient trop tôt envahir l'Habitation ”

Quelques instants plus tard, en effet, on entendit les sauvages marcher paï groupes dans le corridor.

Du Parc et les gens de la maison peu de temps après, Fleur des Ondes ouvrit la porte. Tout le monde se précipita, les enfant se

faufilant au premier rang.

étant arrivés

Philippe, voulut ajouter un peu de féerie à la fête en faisant partir quelques petites fussées qu’il avait preparées en cachette, Ce modeste feu d’artifice emporta l'admiration des sauvages. Sans attendre le signal de Fleur des Ondes, les petits poussèrent un cri spont.:né : ‘* Gloria ! ”’ L'émo-

tion leur serrant la gorge,ils ne purent continuer, et tout le mal que leur maîtresse s'était donné depuis deux mois pour leur apprendre un cantique de Noël, n'aboutit qu'à ce résultat. Mais, à l’autre bout de la Salle, une voix vibrante et belle entonna :

D'ou viens-tu, bergère, D'ou viens-tu ?

Je viens de l’étable, De m’y promener.

J'ai vu un miracle Qui vient d'arriver,

Qu’as-tu vu, bergère, Qu'’as-tu vu ?

J'ai vu daps la crèche Un petit enfant

Dans la paille fraiche Mis bien tendrement,

Rien de plus, bergère, Rien de plus?

Sainte Marie sa Mère

Qui lui donne du lait,

Saint-Joseph, son père Qui tremble de froid,

Rien de plus, bergère, Rien de plus?

Y a le bœuf et l'âme Qui sont par devant, Avec leur haleine Rechauffant l'enfant.

Rien de plus, bergère, Rien de plus ?

Y a trois petits anges Descendus du ciel, Chantant les louanges Du père éternel !

1is, étonnés, S€ retournèrent et aper-

s, un truchement de Champlain, habillé en

Les Franç< curent Thoma qui, son bonnet de fourrure à la main, tait sans seulement avoir qui recouvrait ses

sauvage, chat pris la peine de secouer la neige épaules.

Tous reprirent en chœ jé cantique fut termivé,

du chanteur, la main tendue :

— ‘‘ D'ou venez-vous ES

— 4 Comment êtes-vous arrivé si à

ur le refrain, puis quand chacun courut au devant

propos ? ””

Tous l’interrogeaient à la fois. « C'est bien simple, reprit Thomas, ily a quinze jour, en revenant de chezles Ouescharinis, pays des Algonquins où j'ai

je me suis arrêté au n'ayant d'autres occupa

trouvé Paul Guertal, tions que de s’ennuyer :

venir passer les fêtes à Qu

ébec. Et nous voici.

nous avons décidé de

— ‘Vous êtes arrivés au bon moment,’’ reprit du Parc, d’une voix enrouée mais joyeuse,

— “Oui répliqua Philippe, sans toi la fête aurait manqué de musique ; notre seul chanteur, le Sieur du Parc, ayant commis la maladresse de s’enrhumer. ?’

— ‘Je m'en suis aperçu, fit Thomas, et comme j'ai l'habitude de parler pour les autres j'ai pensé qu'il ne serait pas déplacé de chanter en leur nom.

‘Et tu sais t’acquitter de l’un aussi bien que de l’autre, continua du Parc.

—*" Vous avez raison, dit l'interprête en se rengorgeant d'un façon comique ??

—‘" Voilà qui s’appelle recevoir un compliment avec modestie !’? railla Paul Guertal.

—"" Mon jeune ami, interrompit son c: mpagnon de voyage en lui tapant sur l'épaule, ne t'imagine point que j'ai fais trois cents milles sur des raquettes pour apporter un démenti au Sieur du Parc et avouer devant les camarades que je ne

sais pas convenablement chanter un cantique de mon pays. ?”

Pendant que les Français devisaient joyeusement, Fleur des Ondes exposait aux Montagnais le poétique mystère de la naissance du Christ. Lorsqu'ils eurent suffisamment admiré, elle les emmena dans la pièce voisine et leur servit une collation. Cela fait, la jeune fille congédia les Sauvages, et revint vers ses compatriotes.

4: C’est à votre tour de recevoir vos étrennes leur dit-elle : et, se dirigeant vers la salle à manger, elle leur fit signe de Ia suivre.

La table avait été rangée au bout de la pièce doat le centre était présentement occupé par trois magnifiques épinettes, plantées dans des caisses enjolivéesde verdure ;les chaises formaient un cercle autour de ce bosquet improvisé.

Fleur des Ondes remit à du Parc de petits carrés d’écorce, en expliquant que sur chacun était écrit au recto le nom d’une personne présente, et au verso un chiffre correspondant à un autre, attaché à quelqu’object suspendu aux arbres.

Du Parc commença l'appellation dans l’ordre alphabétique. L'interpellé prenait le coupon et cherchait lui-même sous les rameaux ce qui lui était destiné. Tous les présents svaient été intentionnellement cachés dans les branches ; pour les trouver il fallait se pencher, rega “der dessous,

dessus, parfois se glisser entre les épinettes, et parfois se mettre à plat ventre, car certains effets avaient été attachés aux rameaux inférieurs. Ces contorsions, cette gymnastique amusaient l'assistance. Celui qui découvrait facilement son lot était proclamé 1 n fin chercheur ; les autres étaient raillés impitoyablement.

Quand vint le tour de Philippe, il constata avec dépit que sa part était au faite de la plus haute épinette. Les yeux en l'air, il contemplait

avec convoitise un minuscule coffret qui se balancait comme pour le narguer. Un éclat de rire général acceuillit son embarras. Le jeune homme monta sur une chaise, maisce moyen était insufhsant : ‘‘ Je ne saurais jamais atteindre jusque là,” dit-il en regardant sa cousine qui lui avait fait cette malice.

—"" Tu t'avoues vaincu ! passons à un autre, déclara gravement du Pare, et il appela :

Thomas !....Puis, en manière de consolation, il ajouta :—‘‘ Tu prendras tes étrennes, Philippe, quaud nous mettrons l’épinette dans la cheminée.”’

Tout le monde battit des mains.

Déjà, Thomas au milieu de la chambre commençait à furetter. Au lieu de regagner Sa place avec résignation comme ses compagnons le lui conseillaient en riant, Philippe prit son élan, sauta sur les robustes épaules de Thomas, et décrocha triomphalement le coffret. Ce fut un tonnerre d’applaudissements, Thomas, pour marquer que ce fardeau ne lui pesait guère, tenant son wmi par les genoux, le porta jusqu'à sa place. Philippe sauta à terre et s'inclina devant sa cousine.

Le coffret, taillé en forme de cœur, était incrusté de perles.

La distribution étant cerminée, on poussa dans un coin les épinettes dégarnies ; la table fut remise à sa place, et Fleur des Ondes, aidée de

it

Paul Guertal et de Cholas, s'occupa à dresser le couvert.

Ce repas de Noël avait été attendu comme un grand évènement, par tous les gens de ! Habitation. Depuis huit jours, les chasseurs s'étaient employés à garnir le garde-manger: lièvres tourteaux, oiseaux de neige étaient strictement réservés pour ce festin.

Du Parc fit apporter le meilleur; vin, et les convives prirent leurs plates.

Ces hommes joyeux aveient bon appétit, les assiettes se vidaient et se remplissaient rapidement sans nuire à la gaité ; l'esprit coulait avec Je vin : les saillies se croisaient, jaillissant avec les éclats de rire.

Fleur des Ondes, assise en face du commandant jouissait délicieusement de ce contentement qu’elle lisait sur tous Îles visages.

Au dessert, chacun y aila de sa chanson. La fête se prolongea tard dans la nuit.

Le lendemain, il faisait une tempète affreuse : la neige tourbillonnait sur le rocher de Québec, poussée par le vent qui dévelait à une vitesse vertigineuse. Le froid était très vif.

La jeune fille seule ‘ans la salle à manger, regardait au travers du carreau la tempêtre s'abattre sur le fleuve scellé de glace. Son cousin entra. et, s'approchant doucement, il lui dit :

—‘* Le temps n’est guère propice à la promenade aujourd'hui ”?

—‘{ Ah ! non répondit-elle avec regret.””

—‘" Il l'est peut-être plus aux confidences reprit le jeune homme timidement ??

—‘' Peut-être, mais qu’avez-vous donc à me dire ? demanda-t-elle en rougissant ??

—‘* Vous connaissez déjà la moitié de mon secret. Hier nous avons reçu vos cadeaux sans rien vous donner en retour; voulez-vous accepter de moi un modeste présent qui sera en même temps un gage précieux ? ??

—‘‘#t quel est ce gage ?”? fit-elle un peu gênée.

—‘" Le voici!” Tirant de son doigt un petit anneau d’or, il le lui présenta en disant : ‘‘ il vient de mon père, ??

Elle hésitait à le prendre. Philippe insista :

—"* Le coffret ne contenait rien hier ; mettezy l’espérance, voulez-vous ? Et lorsque nous retournerons en France,j'y amenerai ma fiancée.”’

—"" Vous savez bien que je n’ai pas de plus doux rêve, repliqua la jeune fille, mais au nom de mon bonheur même je ne voudrais pas contrecarrer les projets de votre mère : n’a-t-elle pas sur vous des vues plus ambitieuses ?”’

—‘" Je me marierai selon mon cœur, ou je ne marierai jamais, je vous ‘le jure!’ reprit Philippe avec détermination.

—‘" Eh bien ! vous m'avez demandé de mettre l'espérance dans le coffret, gardez plutôt ma

le

promesse dans votre cœur. Je serai votre femme si votre mère y consent ; sinon, je reviendrai dans ce pays, et je consacrerai ma vie à l’éducade mes frères les sauvages du Canada.

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