‹ Fleur des ondes [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 27 · RE · texte numérisé non relu

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Olivier en riant, cela ressemble à une fuite ; on dirait que je vous fais peur. ””

Le duc se retourna brusquement, et répondit : ‘Oh! je suis moins poltron que vous ne semblez le croire, et je ne demande qu’à le prouver. ”’

‘* Pour le moment, votre parole me suffit, répliqua Olivier railleur: en retour, je vous prie de croire que je ne suis redoutable que pour les traitres, mais ceux-là n’ont qu'àse garer, quand ils me tombent sous la main. Bonsoir, Monseiguneur, bonne nuit! ’’

‘Ah! Monsieur, le voila parti, enfin ; mais u'a-t-il pas causé quelque malheur avant de par. tir? Je crains pour madame.-. Le ciel nous protège. Il ne l'a pas tuée ! Voilà madame qui se montre à ia fenêtre; elle regarde s’en aller son pauvre frère,

"* Vous avez raison, Simon, la crise s’est passée sans accident cette fois ; mais je crains les fous de telle espèce, et par surcroît de précaution, nous allons faire bonne garde toute la nuit. Vous posierez un homme dans le jardin pour surveiller les fertêtres donnant sur l'appartement de la comtesse; vous mettrez un matelas pour Rémi en travers du corridor, De la sorte, nul ne pourra s'approcher de ma belle-sœur sans que je sois prévenu. Demain, je la prierai de ne pas sortir sans escorte ; au besoin, je la ferai garder malgré elle, Je dois celà à mon frère, qui m'a recommandé de veiller sur sa femme.

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28 PROLOGUI

‘ Monsieur peut être tranquille! je guetterai moi-même dans le jardin ; quant à Rémi, il ne dort toujours que d'un œil. ”’

La comtesse ayant entendu arriver son b-aufrère, descendit de l'air le plus naturel, souriante et remplie de sollicitude, s'informer de son voyage.

Olivier allait d'étonnement en étonnement, et se demandait si ses domestiques n'avaient pas eu la berlue. En vain cherchait-il sur les traits de la jeune femme un signe d'émotion.

‘Décidément, mes gens se sont trompés, pensat-il. Simon couchera dans son lit, et Rémi de même. La valetaille, qui n'aime pas d’Alombrès à cause de sa parcimonie, a eu bientôt fait de transformer en drame une dispute sans conséquen

Quelques minutes plus tard, la châtelaine étant remontée à sa chambre, Olivier s’alla promener sur la terrace.

Les heures qu'il passait loin de son frère lui semblaient toujours longues, mais ce soir-là elles étaient particulièrement pénibles.

L'intolérable hantis: d'un malheur possible opressait son cœur. Les nuages qui obscurcissaient le ciel avaient la couleur des voiles de deuil, et le coassement des grenouilles dans l'étang voisin résonnait à son oreille comine utie plainte luguübre. I'homme heureux qui jusquelà avait considéré la vie à travers sa joyeuse humeur, pressentait que le destin a parfois des

Û griffes cruelles. Sans que rien ne motivât cette : impression, il éprouvait la crainte du lendemain et le regret attendri de son passé serein

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Longtemps, il promena dans la nuit l'inexplicable obcession d’un sentiment nouveau pour lui ; mais ne pouvant plus supporter le mystère des ténèbres d'ou semblait émaner sa tristesse, il | rentra et se mit à lire.

Le comte Samuel, après avoir chevauché tout le jour, s'était arrété pour la nuit, dans une hôtellerie.

Se sentant las, il avait demandé une chambre et s’y Ctait réfugié, après un repas expéditif et léger.

Son domestique alla s'établir dans la grande salle, où il ne tarda pas à lier connaissance avec le valet d’un gentilhomme qui venait aussi d'arriver. Japhet ayant déclaré, au cours de la conversation, qu'il était de Savigny, l’autre s’exclama :—** Quoi ! vous êtes de Savigny ? cela tombe à merveille; je m’y rends avecmon maître. Vous pouvez donc me donner des indications utiles. ”?

Ce fut au tour de Japhet à s'étonner.

‘" Vous allez à Savigny ?

‘ Oui, répondit son interlocuteur, notùs allons au ChAteau.

‘Au château? Vous n’y trouverez pas le maître ; il voyage en ce moment, et j'ai l’honneur de Faccomipagner. Le comte Samuel se repose là-haut, tandis que je bavarde et me désaltère, en es de reprendre notre voyage, demain à l’aurore.

‘* Mais puisque monseigneur le comte de Savigny est ici, je cours en prévenir mon maître, dit le valet en se ravissant. Et il partit en hâte.

‘" Son maître est, sans doute, quelque vieil ami du mien, pressé de le revoir, pensa Japhet, sans s'étonner de la brusquerie de son camarade.

Puis, philosophiquement, il leva son verre et dit: Je bois à l'amitié, le vrai bien, le seul bien !

Le comte, les pieds aïlongés vers l'âtre et commodément installé sur un fauteuil, était plongé dans une rêverie très douce, où passaient de séduisants tableaux. Le bonheur de la comtesse était le but de tous ses projets. Pour elle, il désirait la vie brillante qu’il avait dédaignée, et voulait revendiquer tous les droits de son antique noblesse, afin que sa chère Mercédès fût l’une des premières dames de France. Il avait deviné qu’elle s’ennuyait à Savigny : il la mènerait à Paris ; elle était digne de briller à la cour, il la présenterait...

Un coup discret, frappé à la porte, le ramena en sentiment de la réalité. Le comte alla ouvrir, car il avait poussé le verrou.

Son domestique se faufila dans l’entrebaillement, expliquant sa rencontre avec le valet d’un gentilhomme qui se rendait à Savigny, et l’insistance de ce dernier pour être immédiatement reçu par le comte,

Samuel, fort intrigué, permit qu'on introduisit sur le champ ce visiteur impatient. Le solliciteur n'attendait qu'un signe. A l'instant, il s’approcha.

Le comte Satuu<l referma la porte. Puis, une à une, il prit les bougies des candélabres, les alluma à la flamme du foyer et les remit à leur place.

‘‘ Je vous écoute, dit-il en indiquant un siège et en reprenant le sien, ??

‘Il s'agit d'une affaire grave; c'est mon excuse d'avoir insisté pour obtenir une entrevue immédiate, dit le nouveau venu, sans plus de cérémonie. Mais, tout d’abord, veuillez me pardonner si je suis obligé de vous parler de moimêime : il est indispensable que vous connaissiez mon histoire.’

‘‘ Je vous écoute, Monsieur, répéta le comte en s'appuyant du coude au bras de son fauteuil.””

‘* Oh ! ça ne sera pas long; mon nisiute a été courte. Oui, elle a été, souligna-t-il, car survivre à ses illusions, ce n’est plus que subir une longue agonie !...Je suis le duc d’Alombrès.

‘* Le duc d’Alombrès ?? répéta le comte avec étonnement. Mais son interlocuteur, ému par de tragiques réminiscences, ne fit pas attention à cette interruption.

‘* J'ai trente ans, et déjà la vie n’est plus qu'rn fardeau à mon cœur désabusé !

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visiblement remué par quelque souvenir douloureux

Durant cette minute, le comte l’examinait discrètement.

Il était grand et fort, il avait le visage basané, le nez mince et aquilin ; sa bouche disparaissait sous une longue moustache châtain. Le front large et haut, plus blanc que le reste de la figure, semblait une couronne de fraicheur sur cette tête un peu rude et fanée. Les veux étaient bleu foncé : il y passait, selon les émotions qui agitaient 1 Âine, des expressions de douceur infinie ou d'énergie féroce. Celui qui possédait ce regard, devait être incapable de inmodération: et es livrer avec excès à ses affections comme à ses

ncunes.

] mte se dit qu'il avait devant lui un de ces homn it d’une pièce, pratiquant sans compromis ie culte de l'honneur, qui meurent pour uu principe et tuent pour une trahison.

Ce fut Conc à un auditeur disposé à la sympathie, que d'Alombrès s’adressa désormais.

Après s'être excusé de cet instant d’attendrissement, le duc reprit : ya cinq ans, mon père mourut, me léguant pour tout bien l'un des plus grands noms d’Espagne, de séculaires traditions d'honneur et le regret d'une fortune qui n'existait plus. Jusque là, j'avais mené la vie inutile d'un fils respectueirx qui attend sans hâte l'hérita- BC paternel. La mort de mon père fut une catas

ins nt ancien. 7 34 PROLOGUE trophe, pour moi, ma jeunesse d'enfant gâté s'était trop entièrement reposéesur son expérience

et sa tendresse, J'avais besoin de ses conseils et de sa directiun de tous les instants. Ma liberté me pesa, et je fis tout d'abord une irréparable sottise : je désertai ma patrie et partis pour Paris C’est à, dans la ville de tous les enchantements et de toutes les déceptions, que j'ai rencontré le monstre à masque d'ange qui a allumé les

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