QUELQUES SAUVAGES
Une éclaircie dans lu forêt Quelqu $ RAUTUUES parttisst nt, enme
nant PuriipPé DE SAVIGNY 64 PAUL GUERTAL garrotes Lx les attachent
an pole“ de torturt é Le x Ulis DTCjnt ré ut le bûcher tandis que d'autres qgaœmbad nt autour des condamnés Les plu mieux, assis en Cercle, ont l'air de délibérer Au fond de la scène on voit LA SOURCE qui 8 glisse
f'urtivement derriwre les arbres
Pruniepe. 1{l nous faut abandonner toute espérance. 0 fatalité! avoir caressé un rêve erandiose et mourir à vingt ans, sur UN bücher, sans que notre mort soit utile à la cause que nous avons voulu servir.
Paur.C'est un destin cruel. Mais au moins, donnons aux sauvages l'exemple du courage. Sachons mourir sans faiblesse, souffrons héroïquement afin que notre valeur inspire à ces barbares la crainte et le respect de nos compatriotes. C'est encore un moyen de servir la cause de la France, c'est le dermier qui nous reste.
Paire. Tu as raison, mon ami, je ne veux plus penser qu'à cela. Oh! mais comment oublier que, là-bas, ma mère attendra vainement son fils, et que personne ne lui portera mon adieu. Cette pensee me déchire le cœur.
Paur.- De moi nul ne portera le deuil; mon père qui était pêcheur à Brouage fut emporté par une vague, quand j'étais encore dans mon berceau, et j'allais avoir quatorze ans, lorsque ma mère bien aimée succomba aux privations qu'elle s'était imposées pour m'élever.
Puirippe.— Vois, les sauvages vont commencer notre supplice, ils ont, fini de délibérer. Adieu mon ami, courage.
Pauz.— Adieu, Philippe, je souffrirais volontiers pour nous deux, Afin de vous rendre à la liberté.
Paicippe.— Merci, je connais ton bon cœur, mais nous ne devons plus rien espérer ici bas.
UN viEUXxX SAUVAGE. (/« tête empanachée et tenant une hache à la main) < Nous combattions à armes égales avec les Algonquins, et la valeur seule triomphait dans les batailles ; mais vous êtes venus vous mêler inutilement à nos querelles, portant des inventions meurtrières, et vous avez tué nos chefs en vous cachant comme des lâches. Nous vous montrerons comment nous traitons ceux qui se placent injustement entre nos ennemis et nous. Préparez-vous à souffrir les pires tourments que les Iroquois aient jamais inventés. Nous épargnerons vos vies cependant, parcequ'elles nous seront utiles. L'un de vous, après son supplice, ira porter notre message à votre chef. Qu'il nous livre les Algonquins retenus à Québec ou nous massacrerons celui de vous que nous aurons gardé, nous mangerons son cœur et nous jetterons ses entrailles à nos chiens. J'ai dit : (1 lève sa hache sur Philippe de Savigny. A ce moment on entend un bruit de branche sèches qui se brisent en s'écartant brusquement. Les sauvages se retournent alarmes).
FLEUR DES ONDES.—-(sortant d'un fourré, fuit un geste autoritaire et les SAUTHYES SE jette nt la Juce contre terre. S'avançant vers les Français elle coupe leurs liens et dit :) Vous n'avez plus rien à craindre, suivez-moi. (£Tle leur donne la main et sort avec eux),
SCENE TITI Personnages: FLEUR DES ONDES PHILIPPE DE NAVIGNY PauLz GUERTAL LA SOURCE
L'intérieur d'une caverne décorée d'une facon fantastique à la mode sauvage mais avec beaucoup de goût. On apercoit un foyer uu bas d’une crevasse qui tient lien de cheminée, deux lits de sapin, une grande pierre
plate qui sert de table, et trois escabeaux rustique 8.
FLEUR DES ONDES. —(entre suivie de Philippe e{ de Paul. Elle s'assied et leur désique les escabeaux :) Asseyez-vous, messieurs ; ici vous pouvez vous reposer en toute sécurité.
Parrippe.-Madame, per quels mots pourrons-nous vous dire notre gratitude !
FLeur DES ONDEs.—Contentons-nous d’un mot bien franqais: le devoir. Je n'ai pas fait autre chose en vous sauvant. Vous ne pensez pas, je suppose, que j'aurais pu vous laisser assasiner par ces cruelles gens, puisque ma bonne étoile m'a conduite de ce côté, à un moment si opportun ? Cet après-midi le soleil était beau et je suis allée me promener pour voir les premiers bourgeons éclos. Je me sentais avide de soleil, après ce triste hiver, le premier que je passe seule dans cette grotte. C'est triste l'hiver, la forêt toute blanche semble morte et les
arbres dépouillés ont l'air de gigantesques candélabres posés sur un linceul. Cette fois, surtout, la saison m'a paru interminable. Mais puisque maintenant j'ai des hôtes, je ne dois pas oublier les devoirs de l'hospitalité. Hélas! cette hospitalité ne peut être que fort sommaire, mais vous n'avez pas le choix des hôtelleries, dans ces régions.
Puicippe.-—On ne peut rien regretter chez vous, madame.
PAuL.--Que la nécessité de repartir.
FLeur pes ONDEs.—Ne parlez pas si tôt de vous en aller. Il faut laisser aux lroquois le temps de s'éloigner, En attendant, je vais vous préparer à dîner. Mais veuillez ne pas sortir de cette caverne : ici, vous êtes dans un asile inviolable :
AUuCUr C0 CES pauvres ë ; X 1 i mon seuil, mais s'ils vous retrouvaient dehors, je ne répondrais pas de vous. (Z{le va chercher dans un coin quelques
albums em écorce de bouleau et les tend aux jeunes gens.) Voilà
tout ce que je puis vous offrir comme distraction (Elle s'éloiqne vers le fond de la caverne et tire d'une anfractuosité deux canards parés qu'elle met à la broche, et revient cœupres de ses hôtes. Posant le di it sur les payes que les deux homm s feuillettent). Voici un croquis du petit ruisseau où ma mère m'apprit à pêcher, lorsque j'étais enfant. Et voilà un arbre sous lequel mon père m'amenait pour me donner des leçons d'écriture et de lecture.
(Elle retourne les payes, puis choisit le plus fœr des albums et le
feuillette aree émotion).
Voici mon premier livre. Voyez, ces caractères ont été tracés par mon pére.
Puirippe.—(aree surprise.) C’est un alphabet français! Et avec quelle patience il a été dessiné pour rendre l'étude agréable. Votre père était done Français.
FLeur pes ONpes.-- Oui, et caressant toujours l'espoir de me ramener en France, mon père consacra sa vie à mon éducation. Oh! la tâche fut rude, dans les conditions où nous étions placés. hotre bibliothèque ne comprenait qu'un seul volume, une traduction de Odyssée d'Homère que mon père avait dans sa poche, au moment du naufrage, De lavoir lu et relu, je sais le volume par cœur.
+) : } , ñ (Elle s él ty de nonreant el pose su la table trois yobelels eh terre
cuaile, trois asstettess né dan: Jeanne, HR DUR YTOSSET ct quelqu s CoU-
Lenauxr en SUeX Ap ès s'être ARRU rét que le (/ ner est L nuut, elle invite ses hôtes. Chacun apnroche de la ture son exe then FLEUR DES ONDEX. Veuiil'z partag su avec moi ce
modeste repas }
PHisippr. Mada ne, il va done encore des fées bienfaisantes sur cette terre! Tout ce qui m'est arrivé depuis quelques heures me fait croire que Je réve. Apres le cauche mar du bûcher, la griscrie de la grotte enchantée, Par pitié, dites qui vous êtes, où nous sommes, et st tout ceci nest pas un songe.
FLeur pes ONprs.Pour un songe ce serait trop mo teste,
Vous êtes simplement dans la demeure d'une pauvre métis.
Mon histoire est fort courte et peu compliquée On ii appei Fleur des Ondes et je suis née dans cette forêt d'un père Français et d'une mère Iroquoise le n'avus que cinq ans
lorsque ma mère mourut, et j'ai été elevee par mon pere qui
et
m'a enseigné sa langue et ee qu'il a pu, dans notre isolement, des mœurs de son pays. Depuis que j'ai eu le malheur de le perdre, j'ai veeu solitaire, sans autre ami que les oiseaux du ciel et une vieille Algonquine, qui fut prise par les Troquois et que je me fis donner pour larracher au supplice. Elle n'en témoigne une gratitude touchante, car les sauvages ne sont Jamais ingrats.
PauL.-— Vous n'êtes done pas tombée du ciel toute armée, pour arracher deux malheureux des griffes de jeurs bourreaux !
FLEUR DES OXDpes.—(riant.) Non, je ne viens pas du ciel ; et si vous demandiez à ceux de la nation quelle est mon origine, ils répondraient que je suis la fille du Démon des Mers et que mon père fut, il v a plus de vingt ans, apporté sur ces rivages par une vague monstre venue des profondeurs infernales. Tenez, si vous aimez les histoires merveilleuses, je vous conterai celle-là,
PHiLippe ET PauLz — Oh ! oui, contez tout de suite.
FLeur pes OXprs.-Novez indulgents, messieurs, ce sera la première fois que je dirai cette aventure, et depuis plusieurs lunes, je n'ai pas eu l'avantage de m'exprimer en français. Vous ne savez pas comme votre langage est doux à mon oreille ; souvent je chante les refrains que n'a appris mon père, l'écho redit ma chanson, il me semble que la voix du cher défunt répond à la mienne. Alors, je sens moins désespérément le sentiment de mon abandon. (ÆTle paraît mue en évoquant ces souvenirs.) Pardonnez-moi mon émotion, je vous ai promis une histoire la voici : Comme aujourd'hui les sauvages étaient assemblés pour faire le procès d'un prisonnier; déjà la victime entonnait son chant de mort et les femmes commençaient la danse funèbre, lorsque tout à coup le ciel se noireit, de gros nuages S'y déroulérent comme des paquets d'ombre, le vent s'éleva, poussant des rouleaux d'écume sur le fleuve et soulevant les vagues avec furie, L'une d'elles, venue de fort loin, déferla sur le rivage, et les sauvages virent avec épouvante qu'elle ÿ avait apporté un homme aux cheveux de soleil et aux veux de firmament. Celui qui arrivait de si tragique façon e’était mon père. Un
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son pays, il s'embarque sur un vaisseau pécheur qui faisait voile
vers le Nouveau-Monde, espérant trouver dans la rude vie des coureurs de mers l'oubli de son chagrin. Hélas, ni le tu-
multe des éléments, ni le calme serein de la nature ne purent jamais guérir le mal qui était en lui, mais un jour qu'il s'était aventuré seul dans une petite barque, il fut emporté par les fiots déchaînes, balloté pendant des heures et enfin Jeté épuisé au bas de cette falaise. Les sauvages de ces régions n'avaient encore jemais vu de blancs, et parce qu'ils sont très supertitieux, cette fantastique entrée en scène les remplit de terreur et de vénération. Toute sa vie, ils ont considéré mon père comme un génie redoutable qu'il fallait se rendre favorable par des offrandes et des sacrifices.
Voyant l'émoi que son arrivée causait aux Indiens, le naufragé résolut de ne point négliger un moyen qui lui assu rait la vie sauve. "endant qu'eux donnaient des signes d'é pou-
vante, il s'approcha du condamné et coupa ses liens. Mais tel était l'affolemeat général que cet homme s'enfuit sans un geste de gratitude, et que ses ennemis ne songérent pas à le pour suivre.
PauLz.—Quelle merveilleuse aventure !
FLEUR DES ONDES.— D'un regard anxieux le malheureux naufragé explora les alentours. Apercevant, tout auprès, une roche surplombante, il s'en approcha afin de Sy adosser et d'attendre ses ennemis en face, si que Iqu'un S'avisait de l'attaquer. Mais eux ne songeaient point à cela, ils s'élancèrent vers le bois et l'abandonné put à loisir mesurer l'horreur de la situa tion. Imaginez sa souffrance dans cette solitude, ne pouvant rien espérer mais devant tout redouter de ses voisins. Mon père courbait la tête sous lécrasement du désespoir, lorsqu'un filet d'air lui efHeura le visage, semblant sortir du rocher même. Eexemina la place plus attentivement, et constata qu'il était à l'entrée d'une grotte mal fermée par un quartier de roc, S'étant glissé à l'interieur, il s'aperçut qu'il avait trouvé un abri sûr contre les bêtes fauves et les rigueurs du climat, Mais il lui restait d'autres ennemis à combatre, la faim dont il commençait à ressentir les atteintes et les naturels qui pou vaient fort bien, le premier moment de fraveur passé, revenir et le massacrer, Les naturels ne lui voulaient point de mal, cependant, 11 n'en douta plus le lendemain, en trouvant auprès de son gîte une petite provision de maïs et divers présents. On le traitait en ami.
Cela durait depuis plusieurs jours, lorsqu'un matin, les indigènes en très grand nombre S'approchérent de la grotte, et les plus vieux seuls s'avancèrent conduisant une jeune fille,
ET
L'un deux fit un long discours uont mon père devina un pen le sens à la mimique de Forateur. Plus tard, il apprit que cette enfant était une orpheline de qualité, fille d'un chef illustre par sa sagesse et sa bravoure, La nation venait solennellement loffrir au Démon des Mers, puisqu'il s'était montré leur ami en acceptant leurs présents. Mon père était libre, cette enfant de la forêt était douce et bonne, il l’aima. Et c'est dans cette caverne que je suis née dun mariage de Lueur d'Aurore avec celui que les Troquois ont toujours appelé le Démon des Mers, mais qui fut en France le comte Samuel de Savigny.
Puicippe.—Le comte Samuel de Savigny? Ce frère de mon père mystérieusement disparu et si tendrement regretté !
FLEUR DES ONDES.— Alors vous êtes mon cousin ? (On voit La Source qui épie à l'entrée.)
PHILIPPE. —{ prenant la main de sa cousine avec émotion.) Oui, votre cousin, mais je serai un frère dévoué, je vous le jure. Ah pourquoi faut-il que mon père ne soit plus. Avec quels paternels embrassements il vous aurait accueillie. Hélas, il est mort depuis cinq ans. Après le départ du comte Samuel, mon pére attendit, pendant trois ans dans la solitude et le chagrin le retour de son frère bien-aimé, puis il songe: à fonder une famille: une autre comtesse de Navigny est venue s'assoir au foyer ancestral. Et ma mère vous aimera, je m'en porte garant.
FLEUR DES ONDES.— Oh! voir le pays de mon nère, ne plus être seule, sans amis ; cela me semble un rêve trop beau, j'ai peur de ie voir s'évanouir,
PHILIPPE, —{( paraissant très ému:) Non, vous ne serez plus jamais seule, puisque je serai toujours là moi, pour vous proteser. (LA SOURCE parait plus agitée.)
FLEUR DES ONDES. — Comment vous payerai-je jamais le bonheur que vos généreuses paroles ont fait descendre dans mon âme ?
Paisippe.—Oubliez-vous done si vite que vous m'avez sauvé de la plus horrible mort ?
t ans,
de vos
Paur, {rm ef voulant paraître Ladin:\ A vi on peut compter sur l'avenir, laissez lui le soin mutuelles créances,
FLeurs DES ONDEs.— Mais par quel prodige vous trouvez-vous en ces lieux !
Pauz.— Vous l'avez dit, c’est par un prodige que nous sommes en ce pays, prodige de patriotisme et de dévouement accompli par notre capitaine M. de*Champlain.
FLeurs pes ONpes.—Et depuis combien de temps êtes vous en ce pays !
Pau. Nous avons débarqué à Tadoussac le treize mai seize cent onze, après une traversée de deux mois et demi.
Firur pes Oxpes.-— Deux mois et demi en mer? Oh! racontez moi ce voyage, je vous en prie.
Paurz.—Philippe et moi nous avons fait un rude apprentissage de la mer Partis de Honfleur le premier mars, le vent nous fut favorable jusqu'au huit, après quoi nous fûmes contrariés de vents sud et surouet et ouest qui nous donna beaucoup de peine et travaux.
Enfin, nous arrivâmes à quatre-vingt lieues du grand bane où se fait la pêche du poisson vert et nous rencontrâämes des glaces de trente et quarante pieds de haut. Pendant plusieurs jours nous fûmes obligés de lutter contre de véritatables montagnes de glace, qui menaçaient à chaque instant d'écraser notre vaisseau. Enfin, nous arrivames à Tadoussac, le treize mai, et tout de suite nous repartimes pour Québec, où nous arrétames seulement le temps de réparer nos barques qui faisaient eau. De la, M. de Champlain nous enmena au Sault Saint Louis, où il espérait rencontrer Îles Algonquins. Ceux-ci n'étaient par au rendez-vous et M. de Champlain décida de les aller trouver dans leur pays. Ce voyage fut un digne pendant à notre traversée, Vingt fois au moins, nous avons failli périr Il nous fallut parcourir des lieues et des lieues en portant nos canots, nos armes et tous nos effets sur nos épaules ; à d'autres endroits, il nous fallait nous mettre dans l'eau jusqu'à la ceinture pour tirer nos canots avec des cordes, à cause de l'épaisseur du bois qui ne nous permettait plus de les porter. Enfin, pour alléger les canots il n'y eut plus d'autre moyen que de sacrifier les vivres et de nous rési uner au hasard de la chasse et de la péche pour notre nourriture. Le sept juin nous arrivâmes chez les sauvages can-
toniies «ti Ait
t : Laur ehof Nib is, ne pouvait en croire ses veux que des Français se fussent hasardés en de tels périls pour les venir Voir.
Le jour suivant, Nibachis fit équiper deux cannots et nous conduisit chez une nation amie établie sept lieues plus
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loin, sur les bords du Lac-aux-Allumettes. Le chef se nomme Tessouat. Il nous reçut avec une grande magnificence et don. na en notre honneur une tabagie à laquelle il convia les sagamos des nations voisines. Après le festin, M. de Champlain expliqua aux sauvages qu'il était venu pour faire alliance avec eux au nom du roi de France. Les sauvages se réjouirent fort à cette nouvelle ; mais quand M. de Champlain leur demanda des cannots et quelques hommes pour l'aider à continuer notre voyage vers le nord, ils refusèrent, dans la crainte de le voir périr durant cette expédition hardie, FLEUR DES ONDESs.-—Et alors ?
PauLz.— Nous revinmes au Sault-Saint-Louis accompagnés d’une centaine de sauvages qui venaient faire la traite. C’est là que nous rencontrâmes Le-Soir, un chef algonquin, qui sur la prière de M.de Champlain, consentit à nous héberger tout l'hiver, Philippe et moi, afin de nous permettre d'apprendre la langue et d'étudier les coutumes des Algonquins M. de Champlain ne sera pas désappointé à ce sujet, car non seulement nous parlons courramment l’algonquin, mais Philippe à réussi à enseigner passablement le français à Le-Carcois un jeune chef, fils adoptif de Le-Soir.
PaiLippe.—Le-Carcois est doué d’une intelligence merveilleuse, et j'ai trouvé à la tâche plus de plaisir que de peine. Le-Carcois est Troquois et son sens inné de l’honneur, sa loyauté en feront un auxiliaire précieux à la cause française en ce pays.
PauL.—-Je le crois aussi. Le-Carcois qui serait déja remarquable par sa force et sa beauté, a une supériorité de jugement incontestable. Son tuteur le reconnait et ne manque jamais de le consulter aux heures solonelles. Ceux de son âge le traitent en aîné et si quelqu'un le jalouse tout bas, je crois que nul n'oserait le lui dire en face, car Le-Carcois joint à une éloquence remarquable une bravoure incontestée. Le-Soir en est justement fier et le considère déjà comme son gendre, car notre hôte a aussi une fille, La Source, qui est agée de dix-huit ans. C’est une brave enfant d'un tempéramment fort violent, mais très fière et un peu sentimentale. Elle fera avec L>-Carvois, qui est doux et aimant, un ménage accompli.
Painippe.—C'est une étrange fille que La Source. Evidemment, elle aime Le-Carcois, mais à certaines heures, on dirait qu'elle le fuit pour rêver à je ne sais quelle chimère.
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PauL.—Bah,àdix-huit ans, toutes lesfemmesrévent ; c’est l'heure du Prince-Charmant. Danslaforètil a peut-être un autre nom, mais c'est toujours le même personnage, la même magie.
FLeur pes ONDES. Le-Carcois doit souffrir des caprices de son amante !
Paire, —1[l en souffre beaucoup, car il a Pâme sensible,
Paur. Oh! Le-Carcois n'est pas diplômate, en amour il faut cacher son jeu et réserver ses atouts. Le-Carcoiïs a trop ouvert son cœur à sa bien-aimée, elle l'a vu rempli d'elle seule et éprouve un malin plaisir à le torturer. C'est un petit jeu partout à la mode. Je plains les amoureux.
FLeur pes ONDEs.— Vous avez une philosophie décevante.
Pairiprg.-—Profane, ne calomnie pas l'amour.
Pau. A Dieu ne plaise que je dise du mal de l'amour, c'est la divine ambroisie : mais les amoureux la transforme en poison. C'est en amour surtout que les humains sont éternellement mécontents. Chacun a la prétention d'aimer pour être aimé, mais sitôt qu'il a atteint ce but, il veut recommencer ailleurs l'expérience. J'en conclus que le plus grand charme de l'amour c'est encore l'incertitude.
FLiEur pes ONDEs.-— Votre conclusion serait déconcertante, s'il fallait la croire sincère, Mais voilà bien assez causer sur un sujet que nous ne connaissons, je crois, ni l’un ni l’autre.
Puisque vous voulez partir à l'aurore, il serait sage de vous reposer, Vous devez en avoir grand besoin après les émotions de cette jeurnée. (Ælle désigne les lits de sapin.) Je vous souhaite une bonne nuit. Demain je vous conduirai par un chemin de raccourci qui a aussi l'avantage d’être le plus sûr. C’est une suite de rochers que l’on dirait dégrinwolée les uns sur les autres. Les sauvages ne S'y aventurent jamais parce qu'ils croient que c'est là la demeure du diable. En partant à l'aube et faisant diligence, nous pouvons atteindre la bourgade algonquine à la nuit tombante., (£7le dit bonsoir et s'en va à l'extrémité de la grotte où où la voit s'étendre dans un hamac. Les deux hommes dorment et lon voit La Source qui s glisse furtivement auprès du hamac, un pot- Elle lève son arme, mais Fleur des Ondes
n$ le naianet Les doux Fransais
anard d la midtin.
ef Zis5 pets
— nt et Philippe saisit La Source, mais celle-ci frappe droit devant elle et s'enfuit. On la voit s'enfoncer son poigard dans la poitrine en sortant.
Le Rideau tombe.
en,
ACTE II SCÈNE I Personnages : La SOURCE LEe-Carcois UXE VIEILLE SAUVAGESSE Un sentier dans la forêt. Le-Carcois paraît, portant La Source évanouie. I s'arrête et la couche sur le sol, regarde de tous côtés avec défiance, puis s'approche d'un bosquet de sapin, détache un peu de gomme et revient aupres de la blessée à qui il applique Un Danse nt de Jomme et de mouxse. À ce moment, parait la vieille sxuvagesse. Æile s'arrête derrière lui et regarde La Source avec attention. LE-Carcois.—(se redressant avec inquietude) Que veuxtu ?
La Viizie. (montrant La Source) C’est ta femme ?..
Nom.
La VixiLze.--Ta soeur ?
Le Carcois.
Le-Carcoi:s.—Non
La VieiLee.--Ah! je comprends ; le jeune guerrier aimait cette enfant mais elle a repoussé sa tendresse, et il n'a pas voulu qu'elle fut à un autre...
Lx-Cancots.-—Vieille femme, ton coeur aa done jamais aimé, à toi qui dis de si horribles choses !
La ViiLze. (posant la main sur son cœur) Le miroir du lac ne reflête pas plus fidèlement la face du ciel que mon cœur n'a gardé le souvenir du guerrier qui fit éclore en moi la fleur d'amour ! (Se penchant vers La Source,) Elle vit encore, emporte la dans ma cabane, ce n’est pas loin et je la ranimerai avec la plante des marais. (Z/s sortent, Le-Carcois portant La Source.)