ACTE III] NCÈNE 1 En France, an Chateau de Sariquy, un salon
Personnages : M. DE CHAMPLAIX,
MaDaAME DE SAVIGNY.
MapaME DE NAVIGNY. (assise dans son salon :) Vous êtes d’une exactitude merveilleuse, monsieur de Champlain, et Je ne saurais assez vous dire combien j'apprécie votre atten tion ; je sais quel prix vous attachez au temps, vous dont toutes les minutes sont consacrées à votre entreprise de Ja Nouvelle France.
CHAMPLAIN.—(baisant la main de madame de Sariqny :)
Je suis marin, madame, et la mer n'attend point ; c'est une
fameuse école d'exactitude. Je désirais aussi vous entretenir.
et votre invitation s'est trouvée à venir audevant de ma requête.
DE N.— Je voulais d'abord vous dire ma gratitude
des ‘ SOÏNS que Vous avez eus pour mon fils, durant ce
voyage a iquel jai eu la faiblesse de consentir...
CHaAMPLAIN.- Vous en repentez-vous done, madame ? Moi, je me réjouis d'avoir trouvé un collaborateur aussi dévoué que votre fils.
Mue pe N.— Ah si javais su ce qui devait arriver... Il est toujours de plus en plus épris de COLLE SAUVAagresse, que vous avez si charitablement importée du Nouveau-Monde.
CHAMPLAIN.--Madame?,..
Mu pe N. Les [Indiens me semblent des sons fort avisés, si jen juge par cette fille audacieuse...
CHAMPLAIN. Cnterrompant :) Fleur des Ondes est très bien, je vous l'assure, inadame la comtesse.
M ME DEN (d'un lon choque :) Eh quoi, vous la défen dez?...
CHAMPLAIN (ironique :) La défendre lt... Je sais bien qu'avec une personne pieuse et charitable, ii n'est point besoin de défendre une pauvre enfant à qui l'on ne peut reprocher que son malheur immérité.
M ME DEN. (méprisante :) Cette sauvagresse à raconté à mon fils Je ne sais quelle fable qui lui a tourné la tête. JIlne songe à rien moins que l'épouser.
CHAMPLAIX. — L'épouser, c’est fort bien. Le joli ménage qu'ils feront.
MuE DE NS.— Ah! monsieur, songez que Philippe est mon fils unique et qu'il à le devoir de garder sans tache le blason de la famille,
CHAMPLAIN. —Oh! madame, ne méjugez pas votre fils, nul mieux que moi na pu apprécier ses nobles qualité, pendant ce tragique voyage que nous avons fait ensemble. Le nom de Savigny est bien gardé, sovez sans crainte, Madame la Comtesse.
Muéë DE N.— Alors, vous n'aiderez à empêcher cette mésalliance qu'il rève.
CHAMPLAIN.— Rassurez-vous, Madame. Mademoiselle de Savigny ne manque pas de noblesse
MUE DE NS. (très étonnee) Que prétendez-vous !..., Elle vous 4 donc ensorcelés tous? On dit d'étranges chôses de ces Sauvages, mais aurais-je pensé que M. de Champlain, capitaine en Ja marine du roi, ri apporterait de ces contrées obiéhsirinn des idées si extravagantes. (rec un visibl effort pour si contentr:) Vous êtes gentilhomme, Monsieur, vous ne pouvez me refuser la grâce que J'attends de vous ?
CHAMPLAIX. Et cette crace, quelle est-elle, Madame la
Comtesse !
Mur pe S.— Vous reporterez tout simplement cette sau vasesse à ses forêts, où elle sera bien mieux. croyez-moi, que dans notre pays civilisé, qui n'est pas plus fait pour elle qu'elle nest faite pour lui. En reconnaissance de ce bon oflice, mon notaire vous comptera vingt-muille écus, que vous pourrez appliquer à votre guise aux fins d'évancilisation des sauve: ages de la Nouvelle France, Vous acceptez, n'est-ce pas? Dites moi tout de suite que vous acceptez,
CHAMPLAIN. (are sévérité :) Madame, je ne m'attendais point à ce pros charitable, Vous savez bien m'att: aquer par mon côté faible et c'est heureux que la pauvre Fleur des Ondes ne soit pas ICI, e iie voudrait me forcer à accepter,
Mue DE S. Il n'est pas besoin, je pense, de consulter cette barbare, qui n'a pas même un nom chrétien,
CHAMPLAIN.— Pourtant, Madame, puisque vous voulez bien me reconnaître quelque gentilhommerie, avouez qu'il serait fort mal séant de contraindre une jeune femme sans protection, à me suivre dans les dangereuses contrées d’où j'ai eu le bonheur de la tirer.
Me DE S.— Alors, vous refusez ?. ..
CHAMPLAIN.- Oui, Madame,
Muë DE S.— Capitaine, vous refusez d'écouter une mère qui défend l'honneur de sa maison. Mon fils me bénira, plus tard, Je le sais, de l'avoir empéché de commettre cette irréparable folie, Mais Je me suis donc trompée en comptant sur votre générosité ?
CHAMPLAIN.— Vous vous êtes trompée en me croyant capable de commettre une infamie.
MME DE S.-La misérable! Malheur à elle qui vient se placer entre mon fils et moi.
CHAMPLAIN.— Prenez garde, Madame : ne vous préparez pas le regret de trop cruelles paroles.
Mue DE S.—Ah! je ne regrette qu'une chose, c'est de n'avoir pas empêché Philippe de faire ce néfaste voyage. Il a l'âme aventureuse, cet enfant ; c'est son caractère capricieux qui l’attache à sa sauvagesse, j'en suis convaincue.
CHAMPLAIN.— Le Destin a de bien étranges caprices aussi. Cette histoire que ma protégée a racontée à votre fils, la connaissez-vous, Madame la Comtesse ?
Mue DE S.—Je me suis bien gardée d'entendre ces indignités.
CHAMPLAIN.— Hélas, Madame. j'aurai done l'honneur de vous la raconter moi-même, cette histoire invraisemblable. Mon récit, je le sais, vous paraîtra bien romanesque, mais je puis vous en garantir la véracité. A l'époque de votre mariage, vous vous en souvenez, Madame, votre noble époux pleurait encore la disparition de son frère, parti mystérieusement, après la mort de sa femme. .
Me DE S.— (iuterrompant :) Que peut il 4 avoir de commun entre cette tragique histoire et la fable d'une aventuriére ?...
CHAMPLAIN. Mon ami, le comte Samuel de Savigny, ne donna Jamais plus de nouvelles, mais il avait laissé sur la table de son frère, au moment de son départ, une lettre qui
établissait celui-ci son héritier. Le comte Samuel ne reviendra pas, Madame : il est mort. . Mais c'est sa fille que j'ai retrouvée dans les forêts d'Amérique,
(Madame di SNariquy «un geste d'éflurement tandis que Champlain
dire de son pourpoint un étui en acie r, d'où il sort des parchemins.) CHAMPLAIN. Voici la preuve que Fleur des Ondes n'a pas inventé son histoire. (Wettant les pièces sous les yeux de la COMLPSSE :) Vous COTINAISSOZ ces arries, Madame { 1. roulant de fines écorces de bouleau 2) Voici, maintenant, les pages que le Comte à écrites, lorsque se sentant mortellement atteint, il perdit l'espoir de ramener lui-même sa fille en France, Sur ces feuilles de bouleau, Madame, le comte Samuel a tracé son testament. (Z/7 lit:) “Moi, Henri Paul Samuel, comte de
“Savigny, je désire léguer à ma fille, Fleur des Ondes, la
‘preuve de son origine, afin qu'elle puisse s'en prévaloir auprès “des personnes qui voudraient la léser où lui refuser la “protection à la quelle elle aura droit, le Jour où elle passera “en France. Et j'écris ici, à cette fin. mon extraordinaire ‘aventure.
“Le douze avril mil cinq cent quatre-vingt neuf, un mal-
heur épouvantable brisa mon existence et
me laissa sans ‘force pour lutter contre le désespoir.
La femme que j'ado- ‘rais, à qui j'avais donné mon nom, le nom sans tache de Savigny, n'était qu'une aventurière, qui poussée par horrible frere, Jean Duval, s'était ennoblie en volant pour celui-ci les parchemins d'un ancien lancé, le duc d'Alombres, dont elle s'était fait aimer, La découverte de ces infamies
son
me fit prendre la détermination de inexpatrier, Je pour le Nouveau-Monde, après avoir mis d ia malheureuse épouse, qui mourut sul
partis ans son cercueil tement de désespoir et de honte en se voyant découverte,
Porté vers l’ouest, un naufrage me Jeta au pays des lroquois, jy épousai Lueur d'Aurore, qui était fille d'un chet illustre, et qui me donna une fille que + Fleur des Ondes.
[ Ni
al appelée
le Ciel entend mes vœux et que ma fille passe en France, je prie mon frère Olivier ou ses héritiers de lui faire ‘ l'accueil auquel elle à droit, et de lui accorder la protection qu'elle peut exiver, et que Je lautorise à réclamer devant “les tribunaux. siluw nl -
Et si tout cela peut vous laisser incrédule, Madame ln
Comtesse, 1l est une autre preuve, irrécusable celle-là, c'est la
ressemblance de la jeune fille avec son père. Elle n’a de sa mère indienne que le teint doré, qui fait avec ses cheveux châtain-clair et ses veux bleus un si étrange contraste.
ME DE S.—(atterrée :) Que faire, mon Dieu, que faire ?
CHampLaix. Le Destin vous vient en aide et vous refusez ses conseils. Mariez ces enfants, puisqu'ils s'aiment. Elle a sauvé la vie à votre fils et vous lui refusez le bonheur auquel elle 4 droit, Ne soyez plus injuste, puisque vous savez maintenant quel sang coule dans ses veines. L'orgueil n'a pas le droit d'imposer silence à la gratitude, (Se /erant pour prendre congé :) Que dirai-je de votre part à votre nièce ?
ME DE S.— Hélas! faudra-t-il donc que je m'humilie devant une barbare inculte ?
CHAMPLAIN.— Vous vous trompez Madame, mademoiselle de Savigny a toute la distinction de sa race, et quelle qu'elle puisse être l'héritière du comte Samuel de Navigny avait le droit d'attendre de la veuve de son oncle un acceuil plus empressé.
Mu DES, — (avec hésitation :) Dites-lui qu'elle vienne...
CHAMPLAIX.-— Vous l’aimerez, j'en suis sûr. (7 sort.) SCENE TI
Même décor. Le xalon di madume di Savigny est mpli d'une brillante société. Choomplain cutr: donnant la main à Fleur des Ondes. Il conduit lu Je une fille auprès de sa tante. Aussitôt Phil pp approche un tabouret pour <a cousine et si pla e deÿrière elle. L'out le montle