‹ Fleurs de pommier: versChapitre 11 sur 23 · A M. SAINTE-BEUVE · texte numérisé non relu

A M. SAINTE-BEUVE

L'art qui y prêtant secours auiL mollesses de Tâine^ S étudie à parer les grâces de la femme ^ Caresse les contours de son corps élégant , Humecte de langueui- son regard souriant , Pose sur des coussins de velours el de moiie Ses membres délicats et purs comme Tivoire ,

Eaveloppi' 1 idole avec ua soin jaloux ,

£t projelle sur elle ua jour trauquille el doux ; —

Cet art n'aime à toucher que la forme des choses ^

Il ne voit le printemps que par les fleurs écloses ;

La force et la splendeur sont pour lui la beauté -y

La laideur est sou mal y soa bica^ la volupté :

L'accent profond et vrai, la plainte entrecoupée >

Il en fait une creuse et riche mélopée^

Il vit d'éclat y de son , de chair, de coloris }

Dieu même, s'il n'est beau , Dieu demeure incompris.

Mais ce regard, noyé dans des flots de poussière Et d'épaisses vapeurs y filles de la matière. Ne saurait , échappant à l'instinct sensuel , Lire les mots écrits dans leiUngues du ciel : Il faut, pour y plonger y Tœil de riqtelligeHce f Hayon venu d'en haut, qui s'appuie en silence Sur le front tri^nsparent du malade endormi , Soulève sa paupière el Tentr 'ouvre à demi , Puis , rencontrant au fond de son orbite humide ,

Uoe Iracede feu y sciiilillaole et rafMtle^ Recueille les débris de cette flamme sœur , Et ranime la vie en rallumant le ccBiir.

C'est ce rayon d'en haut qui pénètre le» âOies , Cet œil intelligent qui lit au cœur des femmes , Et tend à conqu^iir^eii p}ierc)iaot plus d'un jpur , Un secret de douleur , d'inoopeoce et d'amou r j C'est ce regaid éïfluvieté sur. une vie Longtemps étudiée et longtemps. pour&uiyie , C'est ce tr^yaU cftché, my^ti^uç , int^rieifr. Qui m'a fXm i-^^^ foi^ ^ moiy pauvre rêveur, Signalé , loin du bruil et de^ spl^detiirs connues , Des naturesf^u 'un ^utre eûtÀ peia» enlrevues , Et dont j'interrogeais Tâme avecpassion , Et que j'aimais Wenl<yi d'i^mpur e^^de rai^w.

Oh ! si chacun savait les mystèiea de joie

Que l'on trouve ^ mesure , en suivant cette voie ,

Et tout le frais bonheur qui s épanche sur nous j

Nul ne s*exposerji^ii aux immenses dégoûts , Aux désilLusioDS qu enfante un autre mondes L'art même irait ehercher cette source fécoude Sous les aubiers touffus qui la cachent aux yeux, El reviendrait à nous, serein et radieux^

Voyez : lorsqu'un hiver , un long hiver de fêtes ^ A de ses fausses fieurs chargé de blondes têtes. Fait de tout homme jeune un meuble de salon , Entraîné le plus grave au sein du tourbillon ; Lorsqu'il vous a fallu trois mois vous y débattre , Comparse inaperçu d'un trop brillant théâtre , Et qu après cette iVVesse est venu le réveil , N'allez-vous pas aux champs mendier du soleil , Aspirant aux douceurs d'un cercle de famille , Puis écoutant la vdixde quelque simple fille Que n'entendit jamais le monde où vous viviez , El qui pourtant vous ti>uGhe , et vous tient à ^es pieds 7

L'imagination > cette pâle insensée.

Assiège incessamment notre avide pensée y S'agite et bat de l'aile autour de nos efforts , Remue et brise tout ^ le freîu et les ressorts ; Aussi y quand nous errons dans le chaos des rêves , On nous entend gémir comme Toiseau des grèves , Mornes, perdus, maudits, évitant les regards , Attristant l'horizon de tons froids et blafards^ Faisant ce que toujours font les âmes vulgaires , Jetant un vain mépris aux choses étrangères , Et, sous le faux orgueil d'un génie irrité ^ Cachant toute impuissance et toute lâcheté.

Puis y un flambeau plus doux éclairant mieux la vie. On retrouve la bonne et sainte poésie , £t l'inspiration , en traversant le cœur , S'embaumedes parfums du monde intérieur.

Déccmbir 18^8.

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