A L'AUTEUR DE SPIR1DION
lin messager céleste i^st-venu sur la terre : Son front brillatt au loin d*une grande lumière ; Sa bouche modulait un bymne de son cœur ; Mais ce front , par instants , se voilait de ténèbres y Et cet hymne expirait en sons lentâet funèbres Traversés tout*à-coup par un cri de douleur.
~ 132 - Aux premiers pasqu^il fil parmi la muUilude , A son premier sourire , à son premier prélude ^ On s arrêta tremblant sou» un charme imprévu ; Dans le monde , où son vol avait voulu descendre j Bien d aussi surbumaiii ne s'était fait entendre ^ Rien d'aussi beau ne s'était vu.
Lorsqu'on l'eut approché; lorsque sa fantaisie y
Toute pleine de tendre et jeune poésie ^
L'eut fait atmel* encor d''un plus ardent amour ;
Quand Tadoralion d'une foule pieuse
Vint baiser à l'cnvi sa main blanche et soyeuse ,
On vit sur cette main la trace du vautour:
Et Ton interrogea lafanslante victime ; Et les maux palpitants de son destin sufalinpe Arrachèrent des pleurs aux yeux les plus flé4ris ; Le blasphèfne éclimaçt jaillit du fond des âmis , Et lesplusdouçes voi;^ des plus frivoles femmes* Crièrent vengeance et mépris.
George ! ce fut pour vous que gronda cet orage } Poète y vous ayiez le génie en partage ; Femme ^ voiif étiez belle /et "wus aviez souffert ^ Ce siècle , dominé par des instincts étranges , Etait ravi de yoir l'aûréo^e des anges S*unir , sur votre front » aux flammes de l'enfer.
Et vous même ^ attentive à flatter leurs caprices , Vous tendiez à leur soif la coupe de délices , Vous leur contiez le soir des drames merveilleux } Et y transportés par vous aux palais de féeries -, Ils revenaient , bercés de vagues rêveries ^ Avec des larmes dans les yeux*
Les plaintes de la femme et les chants du poète S'offraient^ manne sacrée , à leur bouclie|inquiète } Avide, elle aspirait l'harmonie et l'amour ; Vous étiez leur tyran , leur prêtre , leur idole *, Et l'on vous donnait tout pour prix d'une parole , Sa tristesse et sa joie , et sa nuit et son jour.
Certes , vous auriez pu , féconde enchahleresse , Passer toute une vie au sein de celle ivipèssfe , Peuplant devisions volk-e ciel entr*ouvert ; Soupirant à l'écho v^os longs soupirs d'àraanle , Et taillant avec art la pierre étincelante Dont la lueur est un éclair.
Mais \ous avez mieux feit : votre âme grande et libre Sentait vibrer en elle une plus noble fibre ; Les prismes de l'art pur pâlissaient à vos yeux ; Dans ses plus vifs transports , la Muse vagabonde S'arrêtait, pour jeter quelque mot grave au monde , Comme un enfant joueur qui devient sérieux.
Esclave enveloppé dans la loge du maître , Vous vous êtes fait iiomme , afin de mieux connaître Les choseàqiié nous seuls avions droit de savoir ^ Vous avez abordé les docteurs dans le temple , El leur avez iaipprls , en les préchant d'exemple , Là règle aiistère du devoir.
Beau lac bîeu , caressé paf TEsprii ^ui^urn^ige ^
Vos lumineux reflets son l la vivante image
De rhomme.ou de l'idée accueillis sur vos hypdsy •
Chacun accouFl à vous^ , philosophe ou poète ;
Mars le lac transparent ne voit «tne reAèie
Que ceux qui sont aimants , vrais , dévoués et ioilSii
Ausar , quels noms puissants prennent s'unrr «o vMre ! Hier ^ c'était le tribqn y aujourd'hui c'e&l V'apôtre ^ ^ Le dogme et la science arrivent par degrés ; Vous imposez à tous un sceau de poéife , En leur disant : allez I et chacun s extase De les revoir transfigurés.
Jie me souviens qu*un jour, an scffttr de l'eafiaince , Encoir tout plçin d^foi , dojrgueil et d'eapéronoe^ Je trouvai sur ma route une religion ; Sa bouche souriait et promettait aux hottimes Un si riche avenir > de si brillants fantâmçs j. Que je fus entraîné dans la jeune Sion^
Le temple était rempli de prêtres et de mages ^ Tous voués au progrès » tous courageux et sages -, J*épelai devant eux . rErangile nouveau :
Mais un doute pesait à mon âme ravie ; Et je leur demandai c.^que serait la vie Après la, halte du tombeau.
Le do^e était enoor semé dincertttudea ; Plus d'un père n'offrit à mes inquiétudes Que de vignes désirs abandonnés au sort :
Et^ triste de, plonger dans ce lointain mystère» J Implorais à genoux une foi salutaire , Un refuge éternel pùur conjurer la mort.
CeTui en ce moment qu'une vopx prophétique S'é)eva parmi nous.^ comme un oracle an.tique , El m'apprit que la mort n'anéantissait pas } Que tout se transforiiiait^ que toute àme expirante Choisissait.pourabri l'Ame la plus aimante Qu'elle eût rencontrée ici-*bas....
Quand la force brfsa le faisceau des doctrines > J'allai pieusement chercher sous les ruines L'oracle précieux qui m'avait consolé } Mais nul débris^ hélas I n'en conservait remprciiilc; Nul écho ne savait , dans la muette enceinte ^ Redire les accents du Verbe révélé.
Et c'est vous qui lavez tiré de la poussière ; Et , projetant sur lui votre vive lumière , Vous nous avez montré le champ de Ta venir ; Vous avez de nos cœurs fait une sépulture Où les morts qu'on aima revivront ti mesure , Embaumés dans le souvenir.
George , merci pour tous ! Que votre intelligence Agrandisse à loisir cet horizon immense } Qu'elle fasse laum^^ne aux humbles vérités ; Notre monde a besoin d'aimer et de comprendre ; Il accourt par instinct vous voir et vous entendre ; Eblouissez ses veux de soudaines clartés.
Mais ; parmi les docteurs , restez poète et femme ; Ils sont tristes et noirs ces médecins.de l'âme Qui viennent aux mourants comme les vers aux morts > De vos molles chansons bercez notre insomnie; Et mêlez doucement aux pleurs de Tagonie Des priëires et des accords*
51 mai ISS9.
liA FANTAISIE.
4L MM* a. F.
Voyez le filet de soie Que novembre nous envoie ^ Et qui s'attache en courant Au cloc'ier (intant matines ,
A Tarbre verl des ruines , Au bâton de rbomme errant -y
Voyez aussi laloaettç Qui chante à l'aube «uette Son premier cbant de réveil ^ Puis voltige , vagabonde^ £n baignant sa tête blond^ Dans un rayon de soleil ;
Voyez ^ par un soir d'auto^mne , Quand Thorizon se couronne De fugitives vapeurs , Voyez Tessaim des nuages En mille étranges images Grouper sis prismes trompeurs;^
Écoutez la voix légère Qui^ d'un accord sulitaH&
^ 143 — Part , sélève , redescend , El vive et folle et hardie , Joue avec la mélodie Comme avec un jeu d'enfant;
Ou bien , regardez encore , Dans cet âge où l'on s'ignore , L'écolîère aux jeux mutins^ Oui rit, boude, chante et pleuro.
S'agite , et change à toute heure De plaisirs et de chagrins :
Tous ces jeux , tous ces caprices ,
Ces passagères délices ,
Ces mobiles visions y
Sont l'enfance fraîche et pure
De l'âme et de la nature^
Les fleurs avant les moissons.
Oh ! gardons la fantaisie:
C *est la douce poésie f Souriante sans orgueil ) Berçons-nous à cette brise :
Assez tôt le cœur se brise Au plomb glacé du cercueil.
55 Février I8r.9.